HYSTÉRIE
Les causes occasionnelles sont les émotions et les excitations de toute sorte: frayeur, onanisme, lectures, théâtre, bals, chagrins, contrariétés, traumatismes. Les agents provocateurs de l'hystérie sont innombrables. Baratoux cite 6 enfants d'une famille bretonne, devenus hystériques à la suite de contes fantastiques, pleins de sorciers et de revenants (1). Il faut se défier, chez les enfants prédisposés, des pratiques superstitieuses. Charcot a raconté une épidémie survenuedans un pénitencier militaire. M. et M^^e X..., nerveux, ont 3 enfants (onze, douze et treize ans et demi) également nerveux. Pendant les vacances, toute la famille est réunie et se livre, pour se désennuyer, au spiritisme. La jeune fille (treize ans et demi), à cette occasion, a une attaque de nerfs, qui se reproduit à la prochaine séance et s'accompagne ensuite de très nombreuses attaques. Les frères (onze et douze ans) prennent des attaques à leur tour. Aussitôt que l'un prend une attaque, les autres suivent ; ils ont tous des stigmates permanents (zones hystérogènes, anesthésie en plaques, troubles visuels).
Pour Charcot, l'hystérie est commune chez les jeunes garçons de douze à treize ans, et on peut observer chez eux Vhysieria major : attaques épilepti formes, grands mouvements, arcs de cercle. Bourneville et d'Oher ont vu un garçon de treize ans, appartenant à une famille d'idiots épileptiques, qui n'a pas eu moins de 582 grandes attaques en un an. On a dit que certaines races, la juive notamment, étaient prédisposées à l'hystérie. A côté des diathèses nerveuse et arthritique, il faut citer l'éducation, la vie urbaine avec son entassement, ses excitations, la sédentarité et le surmenage scolaires.
Babinski a montré, par des recherches très remarquables, que la suggestion jouait le plus grand rôle dans toutes les manifestations de l'hystérie.
L'hystérie infantile, très commune dans la seconde enfance, aux approches de la puberté, peut être plus précoce ; j'ai vu une fillette de deux ans qui avait des attaques ; Guyot a constaté une paralysie hystérique chez une enfant de quatre ans. Pour Briquet, les enfants hystériques ne forment que le quart ou le cinquième du chiffre total. La chlorose est souvent associée à l'hystérie, de mêm^ que la chorée de Sydenham. Une croissance rapide prédispose aux manifestations hystériques. '
Symptômes. — L'hystérie, Charcot l'a dit excellemment, peut imiter toutes les maladies nerveuses, et ses symptômes sont innombrables. Cependant, chez les enfants, le tableau symptomatique est moins riche que chez les adultes. Dès le berceau, on prévoit quelquefois l'hystérie : enfants irritables, sans cesse agités, violents, emportés, se ; étant par terre au moindre refus, criant jusqu'à l'asphyxie, jusqu'au spasme de la glotte, jusqu'aux convulsions.
Chez une fillette de six semaines, j'ai assisté à un sommeil léthargique durant deux ou trois heures, sans que rien pût la réveiller. Ce sommeil pathologique n'avait lieu que le jour ; pendant la nuit, elle dormait d'un sommeil naturel, dont on la tirait aisément.
( 1 ) Progrès médical, 1 88 1 .
Plus tard, les enfants deviennent rusés, menteurs, fantasques, persécuteurs ; leur caractère est insupportable. Déjà, en cherchant bien, on trouve les stigmates révélateurs de l'hystérie.
L'enfant a de l'anesthésie du pharynx à l'état permanent ; on peut toucher le fond de sa gorge avec le doigt ou un instrument quelconque sans provoquer de réflexe. Il peut avoir des plaques d'anesthésie sur divers points du corps, des points hystérogènes sur le crâne, dans les flancs. La sensation de boule hystérique, les troubles visuels (rétrécissement, dyschromatopsie), l'hémianesthésie, ne sont pas rares. Le point ovarique manque rarement chez les filles, et, chez les garçons, la pression du testicule est très douloureuse. Le délire, les hallucinations, les convulsions, les attaques hystéro-épileptiques, la catalepsie, les paralysies, les contractures, la toux hystérique, peuvent s'ajouter au tableau morbide. J'ai vu une fille de douze ans {Arch. de Méd.des Enfants, 1901, p. 289) présenter une monoplégie brachiale droite avec anesthésie survenue brusquement et guérie en quelques jours. C'étaitla quatrième fois en six ans que cette enfant était atteinte de paralysie hystérique (hémiplégie gauche, hémiplégie droite, monoplégie brachiale). La monoplégie peut occuper le membre inférieur (Simon, Soc. de Péd., 12 nov. 1901). Certains enfants refusent de parler et présentent le mutisme hystérique. D'autres ont le bégaiement hystérique. D'autres refusent toute nourriture et menacent de se laisser mourir de faim [anorexie hystérique). Il en est qui ont de la tachycardie paroxystique. Enfin, j'ai vu 2 fillettes qui présentaient de la dyspnée nerveuse : polypnée, tachycardie, menaces d'asystoHe avec cyanose. L'isolement et la suggestion ont amené la guérison en quelques jours. Parmi les manifestations hystériques les plus déroutantes, il faut signaler encore la coxalgie hystérique, qui guérit par la persuasion, et la fièvre hystérique, qui fait monter parfois le thermomètre à 41, 42 et même 43^, comme j'en ai vu un cas chez une fille de treize ans.
Béclère a publié un cas d'ecchymoses spontanées avec hématidrose chez une fille de treize ans et demi [Soc. Méd. des Hop., 4 mai 1900).
Le somnambulisme est fréquent chez les enfants ; on les endort facilement, et on peut agir sur eux par la suggestion. *
Parmi les manifestations rares, il faut citer les sueurs colorées (chromidrose), dont un cas a été rapporté par le D'^ Chabbert chez un garçon de douze ans dont le père et la mère avaient aussi la chromidrose jaune [Congr. de iVewr., Bordeaux, 1895). M^i® Campana [Journ. de méd. de Bordeaux, 4 déc. 1904) a vu, chez une hystérique de onze ans, une parésie du membre supérieur gauche avec œdème bteu des deux mains ; cette enfant avait eu la chorée deux ans auparavant.
Le pronostic est moins grave chez l'enfant que chez l'adulte, pourvu qu'on évite de cultiver la névrose et qu'on applique promptement les remèdes efficaces. Il faut étouffer l'hystérie dans l'œuf.
Diagnostic. — Le diagnostic, difficile parfois quand on n'a pas assisté aux attaques, est facilité par la présence des stigmates permanents, par les antécédents personnels et héréditaires. L'épilepsie ressemble un peu à l'hys- ^éro-épilepsie ; mais, dans cette dernière, il n'y a ni fièvre, ni évacuations
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involontaires, ni écume sanglante, ni stertor prolongé. II y a souvent, en revanche, des attitudes passionnelles, qui manquent dans l'épilepsie. Quand l'hystérie s'accompagne de contracture, d'amyotrophie, on peut songer à une sclérose médullaire, et la distinction est parfois difficile. Quelquefois l'hystérie simule la coxalgie. Cette coxalgie hystérique sera reconnue après anesthésie chloroformique. Elle sera traitée par la suggestion. Enfin, dans l'hystérie, il faut se mettre en garde contre la simulation.
Traitement. — Chez les enfants dont les antécédents héréditaires font craindre l'apparition de l'hystérie, on instituera un traitement prophylactique. Une mère hystérique, à grandes attaques, ne pourra allaiter son enfant. On confiera celui-ci à une nourrice forte et< saine, qui lui donnera le sein jusqu'à dix-huit mois ; on le gardera à la campagne aussi longtemps que possible, on le laissera jouer en plein air, en toute hberté. On l'élèvera, autant que possible, comme un paysan ; on lui évitera, si on le peut, l'internat, le surmenage scolaire.
Comme traitement de l'hystérie, il faut insister sur l'isolement ; les malades doivent être soustraits au milieu familial et placés dans des maisons de santé. Là, on leur appHquera l'hydrothérapie (douches froides très courtes, drap mouillé), l'électricité statique, et surtout la psychothérapie (persuasion, suggestion à l'état de veille) ; pas de bromure. Une fille de treize ans, soignée par Charcot, refusait toute nourriture ; elle était parvenue au dernier degré de l'étisie ; on obtint l'éloignement des parents, elle guérit. Avec la psychothérapie, l'isolement, l'hydrothérapie, on obtient beaucoup.