HÉMATOME ET TUMEURS DU STERNO-MASTOIDIEN
On rencontre assez souvent, chez les enfants nouveau-nés, une tumeur dure et arrondie du sterno-mastoïdien, que la plupart des auteurs ont considérée avec raison comme un hématome traumatique (accouchement difficile) et qu'ils ont comparée au céphalhématome. Dans quelques cas, d'ailleurs très rares, l'épanchement sanguin a manqué, et l'on s'est trouvé en présence d'une myosite scléreuse ou d'une gomme syphilitique.
Étiologie. — Sur 23 cas observés par Henoch (18 à droite, 5 à gauche), il y avait eu 16 présentations du siège, 7 présentations céphaliques, avec dégagement pénible des épaules. Dans 4 cas que j'ai observés, il s'agissait aussi de présentation du siège ayant nécessité des tractions violentes. Dans tous ces cas, on pouvait donc invoquer une compression, une contusion, un froissement, un tiraillement du muscle, et l'hématome est acceptable. Dans un cas de Robin (Thèse de Paris,- 1898), l'accouchement avait été naturel, facile, rapide, et cependant l'autopsie a montré deux tumeurs nodulaires à gauche, absolument fibreuses, sans traces de sang. Dans 3 cas de Variot, la myosite scléreuse pouvait être invoquée comme dans un autre cas de torticolis congénital de Kirmisson et Kiiss (Rev. d'Orth., l^^ janvier 1898). Impossible d'incriminer le traumatisme dans plusieurs cas, et l'on doit remonter à une maladie intra-utérine. F. Taylor (1874) avait pu accuser la syphilis héréditaire chez un enfant présentant à la fois une tumeur sterno-mastoïdienne et une éruption spécifique, et plus récemment G. Durante {Soc. Ob.d. et Gyn., 10 fév. 1898) a décrit, chez un nouveau-né mort au douzième jour, deux -gommes symétriques et congénitales occupant la partie moyenne du chef
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sternal du muscle. Ces gommes, ces myosites congénitales peuvent expliquer parfois le torticolis congénital.
Anatomie pathologique. — On constate, dans l'épaisseur du muscle, à sa partie inférieure et sur le chef sternal le plus souvent, une tumeur nodulaire et arrondie, du volume d'une noisette ou d'une noix, sans réaction inflammatoire appréciable, de consistance cartilagineuse. S'il y a hématome, on trouve une rupture plus ou moins complète des fibres musculaires avec traces d'épanchement sanguin et rétraction consécutive du muscle, d'où torticolis. Ordinairement l'autopsie ne révèle pas de résidus hématiques, mais seulement un processus fibreux et scléreux qui a refoulé, étouffé, étranglé les faisceaux musculaires et qui s'est substitué à eux en grande partie. Quelquefois, autour du fibrome et du noyau scléreux, on trouve, comme dans le cas de Durante, des lésions vasculaires (endo et périartérite) et de petites gommes aberrantes. On doit donc admettre trois ou quatre variétés de tumeurs : 1^ /lema/ome par traumatisme obstétrical; 2° myosite 6T/e>euse par tiraillement; 3^ myosite d'origine inira-alérine ; A^^ gommes syphilitiques.
Symptômes. — Le nouveau-né, quelques jours après sa naissance, présente de la difficulté à mouvoir la tête, qui est inclinée plus ou moins fortement d'un côté ou de l'autre (torticolis). Si l'on veut la redresser, l'enfant pousse des cris ; parfois il refuse le sein d'un côté et semble souffrir au moment de la tétée. Mais tous ces symptômes sont inconstants. Ce qui est constant, c'est la présence d'une induration plus ou moins saillante, tantôt unique, tantôt double sur le même muscle, ou bilatérale et symétrique. Elle siège à la partie inférieure ou moyenne du chef sternal ; elle est fusiforme, renflée à sa partie moyenne, se confondant graduellement avec le tissu musculaire à ses extrémités. Peu à peu elle diminue de volume et arrive à la résolution complète en quelques mois. Sa marche est essentiellement sourde, insidieuse, chronique. Il peut persister un torticoHs par rétraction après la résorption de la tumeur. J'en ai vu un cas [Arch, de Méd. des Enfants^ janvier 1908). Le pronostic varie suivant la cause. S'il s'agit d'un simple hématome, la guérison complète est habituelle ; de même s'il est question d'une gomme que le traitement spécifique peut faire dissoudre entièrement. Mais, même dans ces cas, et surtout dans les tumeurs d'origine myo-sclérosique, l'incurabilité est à redouter, et le torticolis peut devenir permanent.
Diagnostic. — La palpation attentive du muscle sterno-mastoïdien permettra de reconnaître la présence d'une tuméfaction dure, qui sera aisément distinguée d'un ganglion, à'un abcès froid, d'un kysle dermcïde ou séreux, d'un lipome ou d'un enchondrome. Reste à déterminer la nature et l'origine de l'induration. Si l'enfant est couvert de taches syphihtiques, s'il est venu avant terme, si la syphilis maternelle ou paternelle est avérée, on devra admettre l'existence d'une gomme musculaire. S'il y a eu un accouchement pénible avec tractions énergiques ou appHcation de forceps, on admettra le irachélhémalome. Dans le cas d'accouc*hement spontané et facile, force sera bien de remonter à la vie intra-utérine et d'incriminer la pathologie du fœtus.
Traitement. — Dans les cas qui ne sont pas nettement d'origine obstétricale, on commencera par instituer le traitement spécifique : frictions mercu- CoMBY. — Maladies de V Enfance. 56
rielles quotidiennes, bains de sublimé à 1 p. 10.000. On appliquera sur la tumeur un emplâtre de Vigo. Si elle résiste, on fera des frictions au baume de Fioravanti, des massages, des pétrissages modérés pour faciliter sa résorption. Peu à peu la nodosité se réduit, et l'enfant guérit sans opération.