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MYOSITE AIGUË

On entend, par myosite aiguë, l'inflammation primitive ou secondaire du tissu musculaire strié.

Étiologie. — La myosite aiguë est rare, mais les exemples commencent à se multiplier depuis que l'attention est attirée sur cette localisation des processus inflammatoires et infectieux. Elle peut être primitive, succédant à une cause banale, au froid, à la fatigue, au surmenage, au traumatisme. Mais généralement elle est secondaire aux maladies infectieuses, telles que la rougeole, la variole, la scarlatine, le rhumatisme, la fièvre typhoïde, l'endocardite infectieuse, la morve. Sous le nom de dermaîomyosiie f.iguë, Unverricht (1891) a décrit une polymyosite infectieuse avec participation de la peau et parfois aussi des muqueuses [dermatomucoso-myosiie] . Voir la Revue générale de L.-M. Bonnet [Gaz. dps Hôpitaux, 14 avril 1900). Cette maladie ne s'observe pas dans la première enfance ; aucun cas authentique n'a été publié au-dessous de huit ans.

Anatomie pathologique. — Les lésions varient suivant que la maladie aboutit ou n'aboutit pas à la suppuration. Dans le premier cas, il y a du pus dans les espaces conjonctifs, les fibres musculaires sont dissociées, détruites en partie, les aponévroses peuvent être dilacérées, et le pus se répand dans les parties voisines. On peut trouver du sang ou des matières putrilagineuses mêlées à la suppuration. Les microbes sont les pyogènes habituels . streptocoques, staphylocoques ; dans les cas de fièvre typhoïde, on a trouvé le bacille d'Eberth, soit isolé, soit associé aux microbes précédents.

Quand la myosite ne suppure pas, tout se borne à un gonflement congestif et œdémateux du muscle avec induration plus ou moins grande et qui peut persister dans certains cas à évolution chronique et sclérosante. Dans la dermato-myosite, il y a de l'œdème cutané, de la dilatation vasculaire ; les muscles sont tuméfiés ou infiltrés de sérosité, atteints de myosite vraie, mais sans trace de suppuration. On constate souvent de la dégénérescence granuleuse et hyahne. Pas de lésions des nerfs.

Symptômes. — La myosite secondaire se déclare ordinairement dans le décours d'une maladie infectieuse, au moment de la convalescence, parfois assez longtemps après la défervescence. Efle peut être localisée à un muscle (psoas, bicep?) ou disséminée {polymyosite). On constate un gonflem'^nt chaud, dur, douloureux à la pression, au niveau des muscles atteints. La peau conserve sa couleur dans la plupart des cas ; elle peut être rouge et œdématiée quand la myosite sous-jacente aboutit à la suppuration.

Quand la résolution se fait, elle est assez lente et dure plusieurs semaines

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La myosite peut récidiver et, dans certains cas, on a pu constater la formation de foyers successifs sur le même muscle à des intervalles plus ou moins longs. Dans ces cas, il s'agit le plus souvent de myosite rhumatismale, et quelquefois une attaque de rhumatisme articulaire aigu vient mettre le fait hors de doute. Voici quelques exemples de myosite aiguë observés chez les enfants. Méry, Terrien et Genévrier {Soc. Méd.Hôp.^2'? nov. 1904) ont vu un garçon de neuf ans, atteint de polymijosite infedieus^, à la suite d'une morsure de cheval, guérir assez rapidement. Il y avait des tuméfactions douloureuses avec fièvre au mollet gauche, au bras droit, aux lombes, à l'abdomen, à la cuisse gauche. Le D^^BrUck (Arch. f Kind., 1897) a vu 3 cas de myosite chez des enfants atteints de scarlatine. Ces cas survinrent vers les deuxième et troisième semaines, assez longtemps après la défervescence. Pas de fièvre, douleurs spontanées et très grande sensibilité à la pression, gêne fonctionnelle, augmentation de volume. Une fille de quatorze ans, le quinzième jour de la scarlatine, se plaint de douleurs vives dans le dos et la cuisse, dont la peau est tendue, lisse, chaude, la circonférence l'emportant de 3 centimètres sur le côté sain. Le salicylate de soude favorisa la résolution de cette myosite, que Brûck désigne sous le nom de rhumatisme scarlatin. Une fillette de six ans et demi, le neuvième jour dç la scarlatine, a des douleurs intercostales et pectorales. Les muscles de ces régions sont très sensibles à la pression. Cependant la guérison ne demande pas plus de trois jours. Un garçon de onze ans, le quinzième jour de la scarlatine, a des douleurs de ventre ; les muscles sont contractés et très sensibles ; guérison en huit jours par le salicylate de soude. Le D'^ Van de Velde [Soc. méd. chir. d' Anvers, fév. 1899) a cité un cas de psoïte aiguë suppurée à la suite de la scarlatine chez un garçon de six ans. L'ouverture du foyer avec drainage amena la guérison. J'ai vu 2 cas de myosite aiguë du bras et de la jambe chez des fillettes atteintes de fièvre typhoïde. Le D^ Scannell (Bosl. med. and surg. Jour., 26 nov. 1903) a vu chez un garçon de neuf ans, après fièvre typhoïde, une myosite du tiers inférieur du muscle droit de l'abdomen à droite. Résolutionenquelques semaines, Le 2 juin 1910, je vis un garçon de huit ans et demi, pâle et maigre, entérocolitique avec polyadénopathie ; la veille, il avait présenté un gonflement de l'épaule droite occupant la masse du deltoïde et entravant les mouvements du bras : dureté, sensibilité à la pression, sans rougeur, chaleur ni fluctuation. Mouvements de rotation du bras conservés, pas de gêne ni douleur articulaire. L'élévation en haut et en dehors est entravée. Famille de rhumatisants. J'ai prescrit du salicylate de soude qui a amené rapidement la guérisson. J'ai pensé qu'il s'agissait d'une myosite rhumatismale du deltoïde, G. Muniagurria et Siquot (/?ei;. Méd. del Rosario, oct. 1918) ont vu un garçon de 4 ans atteint de polymyosite aiguë suppurée à la suite de rhumatisme: 28.400 leucocytes, incision, pus amicrobien, guérison.

Ces cas rentrent dans des myosites aiguës bénignes ; mais il existe une forme suraiguë et infectieuse qui peut aboutir à la mort. Elle débute par un frisson et s'accompagne de fièvre vive, de prostration, d'état typhoïde. L'évolution est celle de l'ostéomyélite aiguë avec foyers de suppuration multiples {potymyosiie aiguë infectieuse primitive, Thèse de Larger, Paris, 1891). Le

Dr ScLûUer [Soc. de méd. de Vienne, 23 oct. 1902) a vu la polymyosite à la suite de la coqueluche. Après une période de fièvre, céphalalgie, vomissements, l'enfant présenta un gonflement dur et œdémateux des muscles de la face et du cou. Puis les autres muscles du corps furent atteints, sauf ceux des jambes et avant-bras. Avec le gonflement et la dureté des muscles existaient de vives douleurs. Le tout se termina par résolution en deux ou trois mois.

Très grave aussi est la forme de polymyosite dite dermatomyosite. Après quelques jours de prodromes (céphalée, malaise), elle s'annonce par des douleurs dans les membres et le dos, avec raideur des parties. La fièvre s'allume. Puis on note de l'œdème des paupières et des membres, avec rougeur de la peau [dermaliie érijihématease). Les douleurs se localisent aux muscles ; elles sont réveillées par le moindre mouvement, et les malades sont obligés de garder le lit. Articulations intactes. L'extension de la maladie se fait sans ordre ni symétrie, par poussées, avec recrudescence de fièvre. Un grand nombre de muscles sont atteints, y compris les muscles respiratoires et parfois ceux du pharynx et du larynx. Alors la mort peut survenir par suffocation ou par pneumonie de déglutition. Le malade peut guérir, conservant une atrophie musculaire plus ou moins étendue. La marche, d'abord très aiguë, devient ensuite subaiguë ; il peut y avoir des rémissions avec rechutes successives.

Frederick E. Batten (The Briiish Journal of Children' s Diseases, iuin 1912), présentant un cas de dermatomyosite, rappelle les traits^caractéristiques de la maladie réunis chez une fille de neuf ans et demi : érythème des jambes, des bras, des mains, de la face, de la tête avec desquamation ; peau gonflée et dure, épaissie, ne pouvant être pincée, empêchant la marche. Muscles durs. Mort quinze mois après le début. On trouve à l'autopsie une atrophie de Tépiderme, l'absence des papilles cutanées en beaucoup de points, très peu de graisse, beaucoup de tissu fibreux, moins de vaisseaux que normalement. Dans certains muscles, prohfération conjonctive avec atrophie des fibres musculaires, accumulation de lymphocytes autour des vaisseaux.

E.Bronson {Roy. Soc. of Med., janvier 1917) cite un cas de dermato-myosite chez une fille de 5 ans : prodromes douloureux, gonflement, chaleur, sensibilité à la pression et au mouvement. Généralisation; la peau ne peut être pincée. On parla de sclérodermie et de myosite.

Diagnostic. — Le diagnostic est difficile, surtout à cause de la rareté de la maladie, qui fait qu'on n'y songe pas. En premier lieu, on songe au rhumatisme, qu'il faudra éliminer par un examen attentif, tout en n'oubhant pas que cette maladie peut elle-même être une cause de myosite. Le salicylate.de soude servira de pierre de touche. La phlébite, la lymphangite, Vérysipèle, le phlegmon ne seront pas toujours faciles à distinguer ; de même V ostéomyélite. La présence d'une endocardite permettra de faire le diagnostic de la myosite métastalique. Quant à la forme suraiguë primitive, il sera bien difficile de la reconnaître. Il faudra penser à la trichinose des muscles. D'après Oppenheim, le diagnostic avec la sclérodermie doit être discuté ; il a vu en effet un enfant présenter d'abord de la dermatomyosite et, trois ans plus tard, de la sclérodermie (Romme, Presse Méd., 30 mai 190c).

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Traitement. — On prescrira l'immobilité, le repos absolu au lit. On fera des onctions avec l'onguent napolitain belladone. Dans les formes hyperther miques, bains tièdes. A l'intérieur, on donnera le salicylate de soude. Oppenheim conseille : bains d'air chaud, boissons chaudes, aspirine {Berl. klin. Woc/i., 22 avril et 4 mai 1903).

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