TUBERCULOSE DE L'IRIS ET DU CORPS CILIAIRE
La localisation sur l'iris est la plus commune dans la tuberculose oculaire, et son étude offre un vif intérêt au point de vue clinique.
Étiologîe. — C'est une maladie de l'enfance, de la seconde enfance principalement, mais aussi de la première : enfants de deux ans (Berthod), d'un an (Péris).
L'infection primitive par la conjonctive est rare, et on doit admettre que, généralement, la tuberculose irienne est secondaire à la tuberculose des ganglions du médiastin ou du poumon. C'est une tuberculose hématogène comme les autres tuberculoses chirurgicales. Van Duyse voit un enfant de onze ans présenter de l'irido-cyclite tuberculeuse qu'on pouvait croire primitive : puis il succombe avec des symptômes de méningite basilaire : à l'autopsie, on trouve des ganglions bronchiques caséeux et crétacés ; c'est de ce foyer initial qu'étaient parties et la bacillose oculaire et la bacillose méningée. Chez une fille de douze ans (Péchin, Gaz. Heb., 18 janv. 1900), les tubercules iriens sont survenus à la suite de tuberculose osseuse ancienne du tibia gauche et de spina venîosa de l'index droit ; chez une seconde fille, c'est la coxalgie ; chez une troisième, c'est la tuberculose de la main qui a précédé la tuberculose irienne.
Symptômes. — H y a plusieurs formes. Tantôt c'est un tubercule solitaire [granulome de von Graefe), unilatéral, accompagné ou non de fines granulations miliaires et simulant un néoplasme, sans vive réaction, sans iritis, pouvant évoluer vers la guérison. Tantôt on aperçoit sur l'iris de petites nodosités grises, qui, après un certain temps, disparaissent pour être remplacées par d'autres, qui guérissent parfois, qui aboutissent d'autres fois à la caséification, à la destruction du segment antérieur de l'œil ; ces tubercules siègent près du bord adhérent de l'iris (van Duyse) : ils peuvent occuper le corps ciliaire à l'exclusion de l'iris. Tantôt il n'y a pas de tubercules, mais seulement les symptômes de l'iritis séreuse ou de l'iritis plastique.
Il y a une forme atténuée, susceptible de guérison spontanée, et une forme grave, suppurative et destructive ; les tubercules grossissent, remphssent la chambre antérieure, émergent au dehors (fongus), distendent la sclérotique (staphylome intercalaire). Quelquefois, mais rarement, c'est le tableau du glaucome aigu.
Pronostic. — Quoique la guérison spontanée soit possible (enfant de cinq ans — de Wecker), le danger est grand pour l'œil dont la fonction et l'existence sont compromises, et pour l'état général menacé par la tuberculose.
Diagnostic. — Le diagnostic est difficile. On peut songer à l'hérédo-syphihs, au sarcome, à l'iritis rhumatismale, à la panophtalmie ; toutes ces erreurs ont été commises et rectifiées par l'énucléation. On ne pense pas assez à la tuberculose irienne, on ne la croit pas aussi fréquente dans l'enfance qu'elle l'est en réalité.
En cas d'insuffisance de l'examen objectif, je n'hésiterais pas, pour ma part, à injecter 1, 2 ou 3 dixièmes de milligramme de tuberculine de Koch suivant l'âge pour assurer le diagnostic. Mais il est préférable de faire la cuti-rédaction à la tuberculine.
Traitement. — Si la syphilis est soupçonnée, on ne manquera pas d'essayer le traitement mixte (frictions mercurielles, iodure de potassium). On s'abstiendra d'énucléer l'œil, à moins de glaucome aigu, de fongus perforant, de désordres graves. U iridedomie suffît dans beaucoup de cas ; de Wecker a opéré ainsi un enfant de cinq ans, et il a pu constater, sept ans après, qu'il était bien portant et doué d'une vue parfaite. L'iridectomie réussit surtout dans les cas de tubercule solitaire. S'il y a tuberculose disséminée, Péchin conseille de s'abstenir, le traumatisme opératoire risquant d'activer lamarche de la maladie.
En somme, il faut être très conservateur dans la tuberculose irienne et faire le traitement médical : cure d'air et de repos, bonne alimentation, huile de foie de morue.