‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 244 sur 342 · ŒDÈME ET SCLÉRÈME DES NOUVEAU-NÉS · texte numérisé non relu

ŒDÈME ET SCLÉRÈME DES NOUVEAU-NÉS

décrit sous le nom de maladie de Ouincke (1882) : œdème angioneurotique s'observant même chez les nourrissons. Chez une fillette d'un mois, vue par Seilikovitch {Arch. of Ped., mai 1909), l'œdème commença par les grandes lèvres, envahit la moitié droite de la face, les deux bras, revint aux grandes lèvres. Cette succession de poussées œdémateuses se fit en quelques jours.

Traitement. — Il est indiqué d'activer la circulation, de réchauffer l'enfant, de favoriser la résorption de la sérosité. Billard conseillait l'enveloppement dans les flanelles chaudes, les frictions d'alcool camphré ; il luttait contre l'inertie du cœur et le collapsus du poumon par la saignée. Aujourd'hui, nous n'avons plus recours aux émissions sanguines, nous cherchons à ranimer le cœur et le poumon par l'alcool (quelques gouttes d'eau-de-vie dans un peu de lait, injections de caféine, de sérum artificiel, inhalations d'oxygène). Pour réchauffer l'enfant, on le placera dans la couveuse ; on le couvrira d'ouate ; on mettra des boules d'eau chaude dans son berceau. Pour faciliter la circulation et la résorption de la sérosité, on aura recours aux bains sinapisés, au massage avec des flanelles chaudes, avec les mains enduites d'huile chaude, d'alcool camphré, de teinture d'arnica. On fera les frictions de bas en haut, on malaxera les parties, on répétera les manœuvres deux fois par jour, pendant cinq à dix minutes. Si l'enfant ne peut prendre le sein, on le gavera.

2^ Sclérème des nouveau-nés. — Le sclérème est caractérisé par l'endurcissement de la peau, avec perte de mobilité des téguments.

Étiologie. — Suivant Parrot, l'athrepsie domine l'étiologie du sclérème, qui ne serait qu'une de ses manifestations ; il déclare ne jamais l'avoir vu en dehors de l'athrepsie. C'est une maladie rare, plus rare que l'œdème, et, dans le milieu même où Parrot l'observait (Enfants-Assistés), il ne se rencontre qu'exceptionnellement. Il affectionne les enfants chétifs, nés avant terme, atteints de débilité congénitale ; à cette prédisposition innée s'ajoutent l'action du froid, le manque de soins, l'allaitement artificiel. D'après Knôpfelmacher [Jahrh. /. Kind.j 1897), la graisse des nouveau-nés serait pauvre en acide oléique ; celle des enfants athrepsiés serait plus pauvre que celle des enfants bien nourris et se solidifierait plus aisément, surtout quand il y a déshydratation et hypothermie. Après six mois, le sclérème ne se voit plus, à cause de la proportion plus forte d'acide oléique.

Anatomie pathologique. — La peau est desséchée, dure, tassée, sclérosée, moins épaisse qu'à l'état normal ; il ne s'écoule aucun liquide à la coupe. Dans le pannicule graisseux sous-cutané, le tissu conjonctif paraît former des travées plus épaisses, enserrant les globules de graisse, qui sont atrophiés et en partie résorbés. Les vaisseaux sont amincis, revenus sur eux-mêmes. Il y a donc atrophie de la couche graisseuse, dessiccation et tassement de la peau. En réahté, il n'y a ni sclérose, comme dans la sclérodermie {sclérème des adultes), ni infiltration séreuse, comme dans l'œdème. En même temps, on trouve, du côté des viscères, une congestion intense et des lésions variables suivant les compHcations qui ont fait périr l'enfant. En dehors du sclérème des nouveau-nés, on peut observer, dans la seconde enfance, la véritable

sdérodermie, en'plaques, en bandes, comme Brocq et Veillon en ont montré un cas chez une fille de sept ans et demi {Société de Dermatologie, Il aYnl 1896).

Symptômes. — Le sclérème, très distinct de l'œdème, comme on le voit, peut se montrer plus tard que lui : huit, dix jours après la naissance. Il est souvent précédé de symptômes athrepsiques. Parrot dit que le sclérème s'étend de bas en haut, en commençant par les membres inférieurs, pour gagner les lombes et la région dorsale ; mais il peut aussi débuter par la face, et toujours il a de la tendance à se généraliser. La peau se tend, devient unie, perd sa souplesse et fait corps avec les parties sous-jacentes, comme si l'enfant avait été congelé. Il n'y a pas de tuméfaction comme dans l'œdème, mais la peau est livide, immobile, incapable de glisser sur les parties profondes. De cette rigidité de la peau résulte une entrave aux mouvements des membres ; les articulations perdent leur jeu, les jambes sont étendues, et on peut soulever les enfants tout d'une pièce. Si la face est prise, la bouche est immobilisée comme dans le trismus, et la succion devient impossible. Simultanément, on trouve le muguet, l'érythème des fesses, la diarrhée, l'athrepsie, le refroidissement du corps, la faiblesse du pouls. Au bout de trois à quatre jours, on voit survenir des convulsions, le coma ou une pneumonie, qui mettent fm à la scène.

Le pronostic est beaucoup plus grave que dans l'œdème, il est pour ainsi dire fatal ; du reste, la rigidité du sclérème rappelle celle du cadavre, et quelques auteurs ont pensé qu'il ne fallait voir là qu'un phénomène agonique (Billard, Velleix),

Traitement. — Le même que dans l'œdème des nouveau-nés.

Dionigi Tibone {Riv. di Clinica Pediairica, nov. 1908) a proposé de recouvrir les membres sclérémateux avec une couche d'ouate et une feuille de gutta-percha, pour obtenir un réchauffement favorable. Cette pratique se rapproche de celle qu'a préconisée Dufour {Soc. de Pédiatrie ,20 oci.l90S) pour remplacer les couveuses si souvent malpropres et d'un nettoyage imparfait : envelopper l'enfant tout habillé de taffetas gommé qui, en faisant une occlusion de la plus grande partie du corps, empêche la déperdition calorique.

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