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URTICAIRE

œdème circonscrit de la peau : dilatation des petits vaisseaux du derme, diapédèse des leucocytes*, transsudation de sérosité. La saillie blanche de la papule répond à la partie infiltrée du derme, son auréole rose à la congestion périphérique ; celte congestion précède l'œdème ; la teinte blanche de la plaque ortiée est due à l'injection interstitielle du derme par la sérosité. Sur des pièces préparées par Poncet (de Gluny) et montrées par Vidal (1); on voyait : les vaisseaux des réseaux superficiels et profonds du derme dilatés et gorgés de sang, entourés de leucocytes qui se répandaient aussi dans les mailles du derme ; des globules rouges dans ces mêmes mailles, parfois assez nombreux pour donner à la papule une teinte ecchymotique.

Symptômes. — H y a plusieurs variétés cliniques d'urticaire :

70 Urticaire aiguë. — L'enfant est pris brusquement de démangeaisons le jour ou la nuit, parfois à la suite d'un repas copieux ; ces démangeaisons sont accompagnées de poussées érythémato-papuleuses qui siègent sur le tronc, sur les membres, sur la face parfois, qui devient rouge, bouffie, tendue ; les paupières sont quelquefois gonflées outre mesure {uriicaire œdémateuse, urticaire érysipétatoïde). Il y a parfois de la dyspnée (urticaire des bronches, de la gorge) et plus souvent des vomissements, de la diarrhée, des symptômes d'indigestion ou d'empoisonnement. Tantôt l'urticaire aiguë est apyrétique, tantôt elle est accompagnée d'une fièvre qui peut durer de quelques heures à plusieurs jours {fièvre ortiée). L'éruption peut récidiver. Quelquefois les papules ortiées sont surmontées de bulles ou vésicules qui font penser à la varicelle [urticaire vésicuteuse ou butteuse).

2° Urticaire subaiguë. — Cette forme est caractérisée par la répétition de poussées d'urticaire subintrantes ou séparées par des intervalles de calme, sans fièvre, sans réaction générale. La maladie dure plusieurs sem^aines.

30 Urticaire chronique ou persistante. — Cette forme, plus grave que la précédente, est marquée par des poussées incessantes et interminables de plaques ortiées, avec démangeaisons intolérables, surtout nocturnes, pendant des mois et des années. Le corps de l'enfant est couvert de lésions de grattage, de croûtelles sanguines, de stries rouges, de papules acuminées, de taches pigmentées. L'éruption à la longue devient polymorphe ; mais on retrouve toujours, entre les lésions anciennes de grattage, des poussées récentes de plaques ortiées typiques. Au bout de quelques années, l'urticaire chronique peut se transformer (j'en ai vu des exemples) en prurigo de Hebra, lichen agrius, ou hchen multiforme ferox de Vidal. A cette phase terminale d'évolution, on ne voit plus de plaques ortiées, mais des papules de prurigo excoriées, des fissures, des placards eczématiformes. Dans ces formes d'urticaire, j'ai toujours rencontré, chez les enfants, des troubles digestifs anciens (dyspepsie chronique, dilatation de l'estomac, abus des hquides, rachitisme).

Le diagnostic de l'urticaire est facile, il repose tout entier sur la constatation des éléments typiques de l'éruption, que rien ne peut simuler. Cependant il existe une orme, assez rare d'ailleurs, dite urticaire géante, qui se présente avec des éléments énormes, globuleux, enchâssés dans le derme et l'hypo-

(1) Société médicale des hôpitaux, 1880.

derme, qu'on pourrait confondre avec les nodosités rhumatismales éphémères, les gommes, l'érythème noueux. Elle s'en distingue par le prurit et par une évolution plus rapide.

Pronostic. — En présence d'un enfant atteint d'urticaire aiguë accidentelle, provoquée par une indigestion, on portera un pronostic bénin. Si l'urticaire se répète, si elle coïncide avec des troubles permanents de la digestion, on fera des réserves, et on pourra craindre la transformation si fâcheuse et si redoutable en prurigo de Hebra. La notion des causes guidera le pronostic.

Traitement. — On cherchera à prévenir l'apparition de l'urticaire en rectifiant les erreurs alimentaires dont les jeunes sujets sont victimes. Aux nourrissons, on donnera le régime lacté, en réglant les intervalles des tétées ou des repas (trois heures). A ceux qui mangent, on refusera les aliments indigestes, épicés, avariés (viandes faisandées, coquillages). On rationnera les gros mangeurs et les grands buveurs ; on ne donnera ni vin pur, ni café, ni boissons irritantes. On évitera, en un mot, les causes d'auto-intoxication.

Pour soigner l'urticaire aiguë, on commencera par un purgatif (scammonée, huile de ricin) ; on fera de l'antisepsie intestinale à l'aide du bétol ou du benzonaphtol (1 gramme en six ou huit prises). On prescrira les bains vinaigrés (une bouteille par bain) ; on poudrera les surfaces avec l'amidon, le talc, le lycopode. Si l'urticaire résiste et passe à la chronicité, on fera des onctions tous les soirs avec le glycérolé tartrique à 1 p. 40, ou avec l'huile de foie de morue. Les emplâtres à l'huile de foie de morue conviennent également à la cure de l'urticaire chronique. Pour prévenir l'apparition de l'urticaire par les grattages, on fera l'enveloppement suivant la méthode de Jacquet.

E. Weill [Arch. de Méd. des Enf., juin 1916) recommande le nucléinate de soude par voie buccale ou sous-cutanée : 0 gr. 50 dans 10 ce. de sérum artificiel, 0 gr. 20 dans un peu d'eau sucrée pendant 5 jours.

Urticaire pigmentée (1). — Outre les pigmentations cutanées qui accompagnent l'urticaire chronique, il existe une maladie spéciale, fort difïérente de l'urticaire, décrite cependant sous le nom d'urticaire pigmentée. Cette maladie, d'ailleurs rare, est caractérisée par la production d'élevures permanentes et de taches cutanées : elle débute dans les premiers mois de la vie, sous forme de taches rosées, larges parfois de plusieurs centimètres, bientôt surmontées de saillies analogues aux élevures de l'urticaire, mais plus durables. -Ces saillies deviennent foncées, brunes, et, quand elles s'affaissent, elles laissent à leur place des plaques ovalaires, jaunâtres, café au lait. L'éruption est souvent généralisée à tout le corps. La maladie, procédant par poussées, devient ensuite stationnaire et persiste indéfiniment. Quand elle guérit, elle laisse des cicatrices. État général excellent.

E. Jeanselme et A. Touraine {Soc. de Derm. el de Syph., 6 nov. 1913), à propos d'un cas d'urticaire pigmentée chez une fille de vingt mois dont la mère abusait du café pendant l'allaitement, donnent la formule sanguine de cette dermopathie : hématies 5.280.000 (80 p. 100 d'hémoglobine), leucocytes

(1) Raymond, Thèse de Paris, 1888.

STROPHULUS 955

13.200 (48,5 p. 100 polynucléaires, 38 p. 100 lymphocytes), hématies nucléécs, 8,25 p. 100 leucocytes. L'éruption avait débuté à la naissance et les pigmentations s'étaient montrées au troisième mois. La mère ayant cessé l'usage du café, l'enfant a guéri.

On pourrait distinguer deux variétés : 1° variété commune d'urlicaire pigmenlée, survenant dans les urticaires chroniques ou à répétition et se caractérisant par des pigmentations plus ou moins persistantes ; 2° variété rare d'iirlicaire pigmenlaire, survenant chez les nouveau-nés et nourrissons et présentant des taches saillantes très colorées, confluentes, généralisées, donnant à l'enfant l'aspect d'un léopard (Voir notre observation publiée dans les Archives de Médecine des Enfants, 1<^^ juillet 1915). G. Pernet [Brii. Jour, of Ch. Dis., oct. 1916) a rapporté un l^eau cas d'urticaire pigmentée chez un garçon de 7 mois dont la mère avait un Wasserman positif.

Le traitement est palliatif. On calme les démangeaisons avec l'eau chloroformée ou chloralée, avec le baume tranquille. F.-H. Jacob {Bril. med. Journal, l^r juin 1907) a traité avec succès un garçon de treize mois atteint d'urticaire pigmentée depuis l'âge de quatre mois, par les rayons X appliqués une fois par semaine ; guérison après rechute.

Au chapitre de l'urticaire on pourrait rattacher V œdème aigu des paupières qui est une véritable urticaire à répétition, et la maladie de Ouincke, qui se présente sous forme d'œdèmes localisés, d'urticaire géante. Voici un exemple de cette dernière forme. Le 2 juillet 1913, on me conduit un garçon de treize ans, de famille neuro-arthritique, fort, gros, bien musclé, sujet à l'entérocolite. Depuis l'âge de trois ans, il a périodiquement, chaque trois ou quatre semaines, un gonflement d'une moitié de la face, à gauche surtout, pour lequel on l'a mis au régime lacté, au régime déchloruré, à différentes reprises et sans aucun succès. Rien dans les urines. Le gonflement œdémateux n'est pas toujours localisé au même point. On le voit quelquefois sur les paupières et le front autour du globe de l'œil ; il peut siéger à droite, s'étendre au-dessous de la mâchoire, envahir le cou. Pas de rougeur ni démangeaison. La partie gonflée, le jour de mon examen, est la joue gauche ; elle est ferme, tendue, sans chaleur ni douleur. Ce gonflement dure quelques heures et disparaît sans laisser de trace. Il y a là des phénomènes angioneurotiques remarquables et d'une explication difficile.

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