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PIAN

peut-être par auto-inoculation, car les démangeaisons sont très vives à la période d'éruption. Le prurit siège entre les éléments et non sur eux ; les papillomes sont indolores. Après deux à trois semaines de progrès, autant de stade d'état, le bouton tend vers la guérison. La croûte s'amincit, les papilles se dessèchent, se momifient et se transforment en filaments coi nés. La nappe verruqueuse disparaît par résorption insensible, laissant des taches achromiques ou hyperchromiques qui donnent au corps un aspect moucheté, tigré, vitihgineux. On peut observer aussi des cicatrices analogues à celle? de la vaccine ou de l'ecthyma syphilitique.

L'éruption se rencontre de préférence au voisinage des orifices naturels. Des éléments analogues aux plaques muqueuses hypertrophiées se voient sur les commissures labiales et le pourtour de la bouche, à l'entrée des narines, sur la vulve, le pli génito-crural, la région périnéo-scrotale. Ils peuvent former une couronne à la base du gland, autour de l'anus. Outre ces foyers de prédilection, le pian envahit les joues, la paupière supérieure, les sourcils, le front, les oreilles, la nuque, le creux sus-claviculaire, les plis de flexion des membres, les mains et les pieds, le pourtour des ongles (périonyxis pianique). Le pian ne germe pas sur les muqueuses, il n'atteint ni les yeux ni les viscères.

Marche chronique, par poussées successives d'une durée variable (quelques semaines à plusieurs mois), marquées chacune par la fièvre et les douleurs rhumatoïdes.

Pronostic. — Malgré la longue durée de la maladie, le pronostic est généralement favorable et la mort rarement observée. Cependant il faut signaler le phagédénisme, qui peut compliquer le pian et amener avec lui son cortège de mutilations et d'infirmités incurables (cicatrices difformes et vicieuses, kéloïdes, ankyloses). Il existe parfois aussi des exostoses douloureuses.

Diagnostic. — Le diagnostic présente quelques difficultés. S'il est facile de distinguer le pian de V impétigo, de Veclhyma^ de la vaccine chancriforme, delà furonculose, il l'est moins de le différencier de certaines maladies exotiques, surtout de la syphilis.

Le clou de Biskra ou bouton d'Orient, inoculable et contagieux comme le pian, n'a ni la même localisation, ni le même cortège de symptômes généraux; il occupe les parties découvertes. Il présente les corps de Leishman.

Le pemphigus végétant de Neumann est au début une dermatose huileuse ; il envahit les muqueuses et se termine presque toujours par la mort ; d'ailleurs il n'est pas épidémique.

La verruga, maladie infectieuse et inoculable, jamais récidivante, est formée par des papillomes très vasculaires {pian hémorragique), qui donnent lieu à des hémorragies répétées et parfois mortelles. Ses éléments occupent les membres du côté de l'extension, le pourtour des lèvres, la paume des mains et la plante des pieds, épargnent le tronc, la région ano-génitale, s'annonçant par une fièvre et des douleurs ostéocopes très intenses, envahissant souvent les muqueuses. Elle est cantonnée d'ailleurs sur les hauts plateaux du Pérou.

La syphilis présente de telles analogies avec le pian que Jeanselme a pu dire de cette dernière maladie qu'elle était le sosie de la syphilis. Cependant, parmi les difîérences fondamentales, il faut rappeler les caractères suivants,

qui appartiennent au pian : maladie tropicale contagieuse toujours, jamais héréditaire, accident initial semblable aux accidents ultérieurs, réinfection possible, auto-inoculabilité de longue durée, coïncidence du pian avec la syphilis ou succession (une de ces maladies ne préserve pas de l'autre), uniformité de l'éruption (papillome), guérison spontanée et complète du bouton, identité de toutes les éruptions, quelle que soit leur date, intégrité des muqueuses et des viscères, démangeaisons, absence d'alopécie. Voir, sur cette question de diagnostic, l'article de de Beurmann et Gougerot : Le pian ei la syphilis, maladies spirillaires {Revue de Médecine, 10 mai 1907).

Traitement. — Malgré ces divergences, le traitement de la syphilis est applicable au pian ; les fumigations, les frictions mercurielles peuvent hâter la guérison du pian, sans mettre à l'abri des récidives. Jeanselme a traité avec succès quatorze enfants sur seize de trois à douze ans avec la liqueur de Van Swieten (2 à 4 cuillerées à café suivant l'âge pendant quinze jours). Les bains de sublimé (1 p. 10.000) ou les pansements au sublimé sont très efficaces. L'iodure de potassium (10 à 20 centigrammes par année d'âge et par jour) est à recommander. Récemment les injections de 606 (arséno-benzol) ont été appliquées au pian avec un réel succès.

Dans les cas rebelles, on cautérisera les ulcérations (sulfate de cuivre, nitrate d'argent ou de mercure, fer rouge).

Gomme prophylaxie, sans demander la séquestration des malades, il faut les isoler et désinfecter soigneusement leurs linges et leurs vêtements.

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