KÉRATODERMIE SYMÉTRIQUE DES EXTRÉMITÉS
Confondue autrefois avec l'ichtyose, cette affection se localise à la paume des mains et à la plante des pieds ; elle rappelle les cors, durillons, callosités, mais s'en distingue par son étendue et sa symétrie. E. Besnier en décrit quatre variétés.
70 Kératodermie congénitale. — Cette forme peut être héréditaire et familiale, avec ou sans naevi disséminés. Neumann [Soc. des Méd. de Vienne, 1897) en a vu une série de cas dans une famille de la Dalmatie : depuis soixantedix ans, la kératose héréditaire s'était transmise des parents aux enfants, avec tous ses caractères d'épaississement corné de l'épiderme, de symétrie, de locaHsation palmaire et plantaire, Chez une malade, l'avant-bras, les coudes, les genoux présentaient quelques îlots cornés. Balzer et Germain [Ann. de Derm., mai 1905) ont signalé des cas famihaux de kératose palmaire (fille de douze ans, père et grand-père, frère et sœur du père). Le D^" Lewis Thatcher (Edinhurgh Med. Journal, avril 1912) a vu l'hyperkératose palmaire et plantaire chez trois enfants d'une famille des îles Shetland (fille de sept ans et demi, garçons de huit ans et onze ans et demi) comprenant 5 autres enfants sains. La maladie aurait débuté vers l'âge de trois ans.
Épaississement énorme de l'épiderme avec fissures, craquelures en mosaïque ; hypéridrose des pieds. Cette affection est connue encore sous le nom de iylosis palmaire et plantaire. Pour Kaposi, il ne faudrait voir là qu'une ichtyose localisée.
Aux pieds, toute la surface en contact avec le sol est doublée d'un épiderme épaissi et corné ; les limites de cette semelle kératosique sont marquées par un liséré érythémateux. Aux mains, même épaississement de l'épiderme palmaire avec empiétement parfois sur une partie de la face dorsale des phalange?. Plis de la peau exagérés et formant mosaïque. Cette lésion, torpide et indolente, ne gêne que par son volume et rend les sujets malhabile^. 2^ Kératodermie acquise commune. — Symétrique aussi, mais non congénitale, cette forme se développe dans la seconde enfance ; elle est irritable, érythémateuse, procède par poussées, présente des exacerbations, des rémissions. On note des îlots hyperkcrastosiques sur la face palmaire des doigts, à l'extrémité antéro-inférieure des métacarpiens, au sommet de l'éminence thénar, au bord cubital de la face palmaire de la main. Dans tous les points atteints, le revêtement corné de l'épiderme est énorme ; les lignes papillaires sont agrandies, interrompues cà et là par des érosions, des fissures. Entre les îlots, la peau est normale et séparée des parties malades par une ligne érythémateuse. Au-dessous de la couche cornée, les papilles du derme sont hypertrophiées, et de petits cônes cornés restent appendus aux grains papillaires. La marche, les mouvements des mains sont rendus pénibles par des durillons symétriques ; mais il n'y a pas de douleurs ni de troubles de la sensibilité et des réflexes. Ongles souvent incarnés et phalangettes aplaties latéralement.
30 Kératodermie en foyers. — Ilots multiples, non influencés par les pressions normales, à la paume des mains et à la plante des pieds. Quelquefois la kératose est limitée aux orifices sudoraux distendus par les cônes cornés, à feuillets concentriques.
W. Dubreuilh a vu une kératodermie érythémateuse en placards disséminés chez une fllle de deux ans [Ann. de Derm., fév. 1905). Outre l'hyperkératose plantaire, il y avait des plaques rouges couvertes de poils sur les membres inférieurs. La maladie avait été remarquée à un an et, à l'âge de dix ans, elle persistait sans modifications.
40 Kératodermie accidentelle. — Elle survient sous l'influence des pressions anormales : elle est partielle, curable et se rencontre surtout chez les adultes quand ils se livrent à des travaux manuels pour eux inusités. On la distingue des durillons ordinaires par son étendue, son épaisseur, sa persistance. Elle exige pour se former non seulement Vaclion locale, mais encore la prédisposition constitutionnelle.
Traitement. — Le traitement est purement palliatif : éviter les pressions résultant de chaussures mal faites ou de travaux manuels, ramollir les surfaces par les bains prolongés, les enveloppements humides, les gants de caoutchouc. Applications de savon noir. On arrive ainsi à ramollir et à faire tomber l'épiderme hypertrophié, mais les lésions se reproduisent, car il s'agit d'une malformation cutanée analogue à l'ichtyose ou d'un trouble trophique.
PITYRIASIS RUERA PILAIRE 997
Au traitement local on peut ajouter les eaux thermales : Luchon, Uriage, Saint-Gervais.