ŒDÈME DE LA GLOTTE
On entend, par œdème de la glotte ou mieux œdème du larynx, Tinfiltration séreuse du tissu sous-muqueux des diverses parties de l'organe vocal. Souvent l'œdème s'accompagne d'inflammation : laryngite œdémateuse.
Étiologie. — L'œdème du larynx s'observe à tout âge, même chez les nouveau-nés ; Billard en a vu un exemple chez un sclérémateux. Dans les cas d'anasarque scarlatineuse, brightique, cardiaque, l'œdème du larynx peut se voir. Le froid, les corps étrangers, l'ingestion de liquides trop chauds, l'inflammation simple ou spécifique, la diphtérie, la rougeole, la variole,' la tuberculose, la syphilis peuvent se compliquer d'œdème. L'abcès rétro-pharyngien, la laryngite toxique (iodure) de même. F.-R. Gômez (Arch. Lai. Amer, de Ped., nov.-déc, 1918) insiste sur l'œdème glottique par ingestion de boissons chaudes, nécessitant la trachéotomie plutôt que le tubage. L. Morquio, à Montevido, a vu cinq cas de ces œdèmes laryngés par brûlure.
Dans quelques cas exceptionnels, on a pu incriminer la fièvre typhoïde, l'érysipèle, les oreillons. On voit que les causes sont nombreuses ; mais elles agissent rarement, et la grande cause des œdèmes laryngés de l'adulte, la phtisie laryngée, intervient exceptionnellement. Sestier [Traité de V angine laryngée œdémateuse, 1852) n'indique que 17 cas se rapportant à l'enfance sur 215 observations. Sur ces 17 cas, il y en a 5 seulement avant cinq ans et 12 entre cinq et quinze ans. Quelquefois la laryngite œdémateuse, glottique, sus ou sous-glottique, simulant plus ou moins le croup ou l'abcès rétropharyngien, s'observe chez des nourrissons qui ont été simplement exposés au froid ou à la contagion grippale. Il s'agit d'un catarrhe banal, qui, pour une cause inconnue, présente une évolution inquiétante.
Anatomie pathologique. — L'œdème est rarement simple, et la sérosité est mêlée de sang, de pus ; ce dernier cas se voit surtout dans la laryngite sousmuqueuse, la périchondrite. L'examen du larynx montre souvent des lésions de surface, de l'érythème, des érosions, des fausses membranes, des ulcérations simples ou tuberculeuses, des papillomes. Parfois c'est une nécrose partielle des cartillages sous-jacents. Concurremment, on peut avoir une angine simple, membraneuse, ulcéreuse, gangreneuse.
Symptômes. — L'œdème du larynx étant ordinairement secondaire, on note d'abord les symptômes d'une affection aiguë ou chronique de la gorge, du larynx ou d'une anasarque scarlatineuse. Après ces symptômes, variables suivant les localisations de la phlegmasie ou de l'œdème, l'enfant est pris de dyspnée, d'asphyxie, de cornage inspiratoire. L'expiration est relativement facile, mais l'inspiration est longue, pénible, anxieuse, sifflante. Le malade porte la main à son cou, qui est tuméfié, et fait de vains efforts pour respirer. Avec le doigt introduit dans l'arrière-bouche, on sent l'épiglotte et les replis aryténo-épiglottiques gonflés, obturant presque complètement l'entrée du larynx. L'abaissement de la langue permet quelquefois de voir l'œdème du larynx et de constater l'œdème concomitant de la luette et du voile du palais.
PAPILLOMES DU LARYNX 579
Si un prompt remède n'est apporté à l'asphy ie, si l'obstacle à l'entrée de l'air ne peut être levé ou tourné, l'enfant succombe après une période de lutte et d'agitation plus ou moins grande. Quelle que soit l'intensité de la dyspnée, on remarque que la voix est claire, ce qui montre l'intégrité relative ou absolue des cordes vocales.
La marche de la maladie varie suivant les cas : il en est de rapides, de foudroyants, qui emportent le malade en quelques heures ; d'autres lui laissent plusieurs jours de survie, avec des rémissions plus ou moins longues ; d'autres enfin aboutissent à la guérison. Mais, dans tous les cas, le pronostic doit être considéré comme très grave.
Diagnostic. — Le diagnostic repose sur la marche des accidents, sur l'apparition soudaine ou rapide de la suffocation, sur les caractères de la respiration, l'intégrité de la voix. Dans le croup, il y a aphonie, dyspnée interrompue par des accès de suffocation, fausses membranes dans la gorge. Dans la laryngite siriduleiise et le spasme de la glotle, la respiration est parfaite dans l'intervalle des accès, qui sont courts. Dans Vabcès rélro-pharyngien, il y a une tumeur visible au fond de la gorge.
L'examen direct montre le gonflement œdémateux de l'épiglotte, des rephs aryténo-épiglottiques, étendu parfois aux amygdales, à la luette, à la bouche même. La coexistence d'une anasarque confirmera le diagnostic.
Traitement. — Après avoir mis des bottes d'ouate sinapisées, une éponge d'eau chaude au-devant du cou, si les accidents persistent, on fera des insufflations de tanin en poudre à l'entrée du larynx, ou des pulvérisations d'eau chargée d'alun, de tanin (1 p. 100); on pourra scarifier les parties cedématiées. Le tubage n'est pas toujours à conseiller, car le larynx est devenu difficilement perméable ; mais on aura recours à la trachéotomie, si les moyens précédents ont échoué.