PAPILLOiVIES DU LARYNX
Les papillomes sont de petites tumeurs bénignes qui se développent assez fréquemment dans le larynx des jeunes enfants.
Étiologie. — Ils peuvent être congénitaux (23 cas sur 137, d'après Bruns). Cet auteur en a trouvé 9 dans la première année, 18 dans la seconde, 13 dans la troisième, 15 de trois à six ans, 1 1 de six à dix ans, 10 de dix à quinze ans ; le sexe masculin serait atteint 3 fois sur 5. L'influence prédisposante de la rougeole, de la variole, de la coqueluche, de la diphtérie, des laryngites,- a été signalée. Toute inflammation de la muqueuse, simple ou spécifique, expose aux végétations polypiformes.
Anatomie pathologique. — Le siège de prédilection est au niveau du bord libre et de la face supérieure des cordes vocales, dans leur moitié antérieure, mais les papillomes peuvent se rencontrer dans les régions dépourvues de papilles. Ils sont uniques ou multiples. Uniques, ils s'implantent toujours sur les cordes vocales ; multiples, ils sont disséminés sur toute la muqueuse et peuvent devenir cohérents (papifiomes diffus). Au début, on voit de petites
saillies blanchâtres, grenues, mamelonnées ; puis ce sont des masses villeuses, gazonnées, mûriformes, en grappes, en choux-fleurs. Leur volume varie de celui d'un grain de mil, d'un pois, à celui d'une noisette, d'une amande. Couleur rosée ou grise. Consistance molle, friabilité.
Unique, le papillome peut être pédicule ; multiple, il est sessile. Dans un cas de Th.-J.-Elterich {Arch. of Ped., nov. 1904), terminé par la mort (garçon de deux ans), l'entrée du larynx était bouchée par une masse envahissant aussi les cordes vocales, l'épiglotte et la trachée. On trouvait toutes les variétés de papillomes : en choux-fleurs, en grains de moutarde, sessiles, pédicules. Au microscope, tissu conjonctif sillonné de vaisseaux et recouvert de cellules pavimenteuses.
Symptômes. — Au début, on note une altération de la voix, une raucité permanente ou intermittente ; à l'enrouement peut succéder l'aphonie complète. Quelquefois il y a des accès de suffocation. La toux est souvent croupale.
A mesure que les polypes augmentent de volume, la respiration s'embarrasse de plus en plus. Ces phénomènes, susceptibles d'amélioration et d'aggravation, durent très longtemps et finissent par devenir permanents. Une fatigue, une course, une contrariété peuvent déterminer des accès de suffocation. L'examen direct du krynx n'est pas toujours facile ; bien peu d'enfants se prêtent à la laryngoscopie ; quand l'emploi du miroir laryngien est possible, on reconnaît aisément le siège, la forme, le nombre des papillomes. A défaut du laryngoscope, on peut se servir du toucher, qui ne donne de renseignements que dans le cas de papillomes volumineux remontant à l'entrée du larynx.
La marche de la maladie est lente, mais continue ; les papillomes tendent à s'étendre et à repulluler après l'extirpation ; la durée peut être fort longue ; la guérison spontanée n'est pas impossible, mais la mort par asphyxie est à redouter. Le pronostic doit être considéré comme grave, surtout chez les enfants du premier âge.
Diagnostic. — Si l'examen laryngoscopique est possible, et s'il a fait reconnaître la présence de tumeurs intra-laryngées, on doit penser au papillome, les autres tumeurs étant exceptionnelles dans l'enfance. En cas de doute, on cherchera à avoir un fragment du néoplasme pour le faire examiner. Si l'examen laryngoscopique n'est pas possible, on ne peut arriver au diagnostic que par élimination : croup, laryngite striduleuse, œdème de la glotte, spasme de la glotte, abcès rétro-pharyngien, corps étrangers, adénopathie bronchique. Le s/r/dor des nouveau-nés se reconnaîtra à sa bénignité, à l'absence de tout trouble de la santé générale, à la conservation de la voix.
Traitement. — Le traitement chirurgical offre seul des chances de succès.
L'extirpation par les voies naturelles à l'aide de pinces est fort difficile chez l'enfant et ne met pas à l'abri des récidives ; elle peut même avoir des inconvénients. Quant à l'extirpation par une voie artificielle (laryngotomie), c'est une opération grave, dangereuse, qui ne doit être proposée qu'en dernier ressort. Rosenberg (Arch. f. Lar., 1896) compare les résultats de 88 laryngofissures, 34 trachéotomies, 48 extractions par les voies naturelles, et il trouve que les enfants thyrotomisés meurent en plus forte proportion.