CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES
Des corps étrangers, Hquides ou soHdes, peuvent s'introduire accidentellement dans les voies aériennes, soit qu'ils proviennent du dehors, soit qu'ils occupent un siège voisin des conduits aériens (poumons, plèvre, foie, gros vaisseaux). C'est ainsi qu'on peut voir un abcès du poumon, une pleurésie purulente, un kyste du foie, un anévrysme de l'aorte, faire irruption dans les bronches ; un ganglion tuberculeux ou crétacé peut aussi s'y vider.
Mais ce sont là des complications particulières de certaines maladies, étudiées avec elles, et je ne m'occuperai que des corps étrangers introduits par la bouche ou par les narines, c'est-à-dire venant du dehors. Et encore aurai-je surtout en vue les corps sohdes, dont le rôle est prépondérant. Quand un hquide pénètre accidentellement dans le larynx, quand on avale de travers, il en résulte quelques quintes de toux, et la santé n'est pas com-
promise. Chez un nourrisson cependant, Parrot a vu la mort résulter du vomissement de lait et de l'introduction de ce lait vomi dans la trachée (1). Mais c'est un cas exceptionnel.
Je ne parlerai pas des corps étrangers des fosses nasales, dont l'intérêt est restreint, qui ne menacent presque jamais l'existence, dont l'extraction est relativement facile, et qui ont été étudiés plus haut. Je ne m'occuperai que des crops étrangers qui pénètrent dans le larynx, la trachée et les bronches. Étiologie. — Les corps étrangers des voies aériennes sont plus fréquents chez les enfants que chez les adultes ; la plupart des observations publiées ont trait à des enfants de moins de dix ans.
C'est généralement en jouant avec un corps étranger de petit volume, tournant dans leur bouche, que les enfants sont exposés à l'introduire dans leurs voie& aériennes. Il suffit, pour que cette introduction soit possible, que l'enfant, sous le coup d'une émotion subite (frayeur, rire, pleurs), fasse une inspiration profonde qui entraîne le corps étranger dans le larynx avec la colonne d'air aspiré. Le corps étranger peut aussi pénétrer dans le larynx pendant la déglutition, quoique cela soit plus rare, et s'observe surtout quand le larynx est paralysé ou l'épiglotte détruite.
Les corps solides qui pénètrent à travers la glotte ont une forme et un volume très variables ; ce sont des objets en corne, en ivoire, en métal, des noyaux de fruits, des haricots, des pépins. Les haricots figurent très souvent dans les observations : Guersant, sur 5 trachéotomies faites pour corps étrangers, eut affaire 5 fois à des haricots ; Bertholle (2), sur 130 observations qu'il a réunies, compte 33 haricots ; les noyaux de cerises et de prunes viennent au second rang, avec le chiffre 19. Voici un exemple de corps étranger rarement observé : un enfant de neuf ans, jouant avec un sifflet (3), aspire l'air à travers son instrument ; l'anche se détache et, à l'autopsie, on la trouve dans la bronche gauche. On a trouvé parfois des corps vivants, des ascarides lombricoïdes, des sangsues.
Ânatomie pathologique. — Le corps étranger introduit par le larynx peut s'y arrêter, descendre dans la trachée, où il est généralement mobile, puis dans les bronches, où il ne tarde pas à se fixer. Sur 166 corps étrangers, Bourdillat note la présence dans la trachée 80 fois, dans le larynx 35 fois, dans la bronche droite 28 fois, dans la bronche gauche 18 fois (4). Le larynx arrête seulement les corps trop gros ou anguleux ; ils peuvent se fixer, s'enclaver dans l'espace sus-glottique, dans les ventricules. Guyon a vu, chez un enfant de six ans, un fragment de coquille de noix pénétrant dans le ventricule du larynx par une extrémité. Walker Downie (Glasg. Med. Journ., 1905) a vu des fragments de pépins de pommes enclavés dans la région sous-glottique chez une fille de deux ans. Après un séjour de deux semaines, la trachéotomie a permis d'éliminer les corps étrangers. La trachée ordinairement n'est qu'un lieu de passage pour le corps étranger, qui se fixe plus volontiers
(1) .Soc. mcd. desHôp., 1886.
(2) Des corps étrangers dans les voies aériennes, Paris, 1866.
(3) ApoNssEHN, Thèse de Strasbourg, 1856.
(4) Gazelle médicale de Paris, 1868.