‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 34 sur 342 · CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES

dans les bronches ; le corps, mobile d'abord, peut devenir immobile par le seul efïet du gonflement que l'humidité lui fait subir (haricots).

Au contact des corps étrangers, le larynx, la trachée, les bronches, sont irrités, ulcérés, parfois perforés. De la perforation d'une bronche peut résulter la broncho-pneumonie, la gangrène du poumon, la pleurésie purulente, qu'on trouve assez souvent dans les autopsies (1). L'emphysème pulmonaire n'est pas rare à la suite des accès de suffocation qui accompagnent l'introduction du corps étranger. Il peut se comphquer d'emphysème souscutané. La dilatation des bronches est commune.

Symptômes. — La pénétration du corps étranger dans les voies aériennes s'annonce par une violente quinte de toux avec suffocation. Après cet accès plus ou moins violent, le calme renaît souvent complet et, par suite, trompeur. Mais un nouvel accès ne tarde pas à se produire, suivi d'une série d'autres, séparés toujours par des intervalles de respiration hbre et naturelle. L'intermittence des accès est presque caractéristique. Elle s'explique par la mobilité du corps étranger ; tant qu'il reste fixé en un point, il ne donne pas de toux convulsive ; mais, aussitôt qu'il se déplace et qu'il remonte vers la glotte, il provoque la suffocation. Quand les quintes de toux se répètent incessamment, il peut en résulter de l'emphysème sous-cutané.

Les enfants accusent parfois un point douloureux au niveau du larynx ou un peu au-dessous ; mais c'est un phénomène inconstant et peu précis. Quant aux bruits de choc, de grelot, de clapotement, de soupape, perçus par l'auscultation ou la palpation de la partie antérieure du cou, ils existent, mais ils sont très souvent obscurs et ne se rencontrent que dans les cas où le corps étranger est mobile dans la trachée, c'est-à-dire au moment des accès de suffocation, qui rendent l'exploration très difficile.

Quand le corps étranger s'est engagé dans une bronche de calibre, dont il oblitère la cavité, l'auscultation du poumon révèle une diminution ou une absence complète du murmure vésiculaire dans une partie hmitée ; l'absence complète est très rare, la diminution est habituelle. Cependant la sonorité est normale à la percussion, et le controste de ces deux signes (apnée et résonnance) est révélateur du corps étranger. Enfin, si la présence du corps étranger a déterminé de la bronchite, de la pneumonie, on percevra d'autres signes (râles, souffle), qui traduiront ces complications.

Il peut arriver que l'accès de suffocation initial reste unique et que le corps étranger, fixé pour longtemps dans une bronche, ne donne lieu que plus tard à des accidents. Le retour à la santé paraît complet ; mais, au bout de quelques semaines, de quelques mois, apparaissent des signes de bronchite, une toux pénible, des crachats muco-purulents ou sanguinolents, de la dyspnée. Parfois le corps étranger est expulsé par les voies naturelles. Mais il ne faut pas y compter. On a pu prendre pour des phtisiques les enfants qui présentaient ces symptômes tardifs.

(1) Bouvier {Société médicale des Hôpitaux, 1864) a rapporté le fait suivant : Un garçon de huit ans avale de travers un embout de parapluie. On trouve, à l'autopsie, la bronche gauche obturée et ulcérée, une pleurésie purulente, des abcès pulmonaires, etc.

Il est bien rare que la présence d'un corps étranger dans les voies aériennes soit compatible avec la santé et même avec la vie. La mort presque immédiate ou prochaine dans quelques cas, la gravité des complications, la rareté de la guérison, même après la trachéotomie, tout assombrit le pronostic.

Diagnostic. — L'âge des sujets souvent inconscients, l'absence de renseignements précis, l'intermittence des accès, rendent le diagnostic difficile dans certains cas. On attachera de l'importance aux commémoratifs, à la toux convulsive initiale, à l'intermittence des accès de suffocation, au bruit de grelot ou de drapeau quand il existe, à l'affaiblissement du murmure vésiculaire coïncidant avec la persistance de la sonorité, et enfin à l'examen laryngoscopique, qui permettra seul parfois de faire le diagnostic et le traitement (corps étrangers fixés dans le larynx). Le cathétérisme œsophagien, dans les cas douteux, fera éliminer les corps étrangers œsophagiens. La laryngite striduleuse et le spasme de la glotte se reconnaîtront par leurs signes propres et par les conditions au miheu desquelles ils surviennent. Le croup d'emblée ne tardera pas à se distinguer par la raucité permanente de la toux et de la voix, par l'état général. L'erreur n'est possible que lorsqu'on se trouve tout à coup en présence d'un enfant atteint de suffocation et qu'on manque de renseignements sur les phénomènes qui ont précédé cet état. Alors il faut attendre pour asseoir son jugement.

La radioscopie, en indiquant le siège exact du corps étranger fixé dans une bronche, peut servir à son extraction (Meunier, Arch. Gén. de Méd., 16 août 1904 : enfant de trois ans et demi ayant aspiré un clou de tapissier). Récemment on est parvenu à éclairer les bronches [bronchoscopie directe) et à retirer le corps étranger avec des pinces spéciales (cas de d'Astros et Molinié, Marseille Médical, 1904, garçon de onze ans ; nombreux cas plus récents de Guisez et d'autres spécialistes).

Traitement. — L'indication unique est de provoquer l'expulsion rapide du corps étranger, soit par les voies naturelles, soit par l'ouverture de la trachée. Les vomitifs, administrés trop souvent, ne sont pas à conseiller. La position tête en bas est plus rationnelle ; elle a donné quelques succès. L'enfant étant ainsi incliné, on lui frappera sur le dos en lui disant de tousser. Mais il ne faut pas s'attarder à ces moyens, qui peuvent accroître la suffocation et faire perdre un temps précieux. Si le corps étranger est sus-glottique, il peut être extrait avec les doigts et une pince; s'il est intra-laryngé, on s'aidera du miroir.

En général, la trachéotomie s'impose ; on la fera le plus tôt possible, et on maintiendra béantes les lèvres de la trachée avec un dilatateur. Si le corps étranger n'est pas chassé, on ira à sa recherche à l'aide d'une pince recourbée. La statistique nous apprend que les enfants trachéotomisés pour corps étrangers guérissent dans une proportion beaucoup plus grande que les enfants laissés à eux-mêmes (Guyon). Depuis quelque temps l'extraction des corps étrangers par les voies naturelles a fait de grands progrès, grâce à l'éclairage des cavités (bronchoscopie) ; de très beaux succès ont ainsi été obtenus par Guisez, par Sebileau et Lemaître.

Page 1