STRIDOR DES NOUVEAU-NÉS
On rencontre assez souvent des nouveau-nés dont la respiration, même pendant le sommeil, est bruyante et rappelle le coassement de la grenouille. Cette respiration stridoreuse n'a rien de commun avec le spasme de la glotte ni avec la laryngite striduleuse. Elle peut d'ailleurs s'observer chez des enfants bien portants et disparaître, sans laisser de trace, après une durée de quelques semaines ou de quelques mois.
Sous l'influence des excitations diverses, pendant la succion, la tétée, le bruit peut s'exagérer et la respiration devenir pénible. Quand on décompose attentivement les sons qu'on entend, on distingue un bruit grave, rauque, humide, une sorte de gargouillement, et un bruit aigu qui le termine. Moure (Soc. de M éd. de Bordeaux, 8 mars 1898) pense que le bruit grave est produit par les vibrations du voile du palais et se passe dans l'arrière-gorge, le bruit aigu ayant pour siège le larynx. C'est également l'opinion de Thomson.
Le stridor occupe le temps de l'inspiration, l'expiration restant ordinairement normale, ou étant toujours moins altérée que l'inspiration. Il varie d'ailleurs de force et de timbre suivant les moments, grave et sourd aujourd'hui, clair et élevé demain. Il peut être inconstant, disparaître un jour pour revenir le lendemain. La toux et la voix sont nettes. Le stridor augmente quand l'enfant s'éveille, quand il est agité, remué, quand il passe du chaud au froid, quand il crie, quand il boit trop vite, quand il est contrarié, baigné.
Sur dix-huit enfants observés par Sutherland et Lambert Lack (The Lancei, 11 sept. 1897), il y en avait huit qui avaient des accès de sulïocation au moment du réveil, avec ébauche de cyanose. On a noté parfois un tirage modéré. Auscultation négative. L'examen du nez, de la gorge, ne révèle rien. Cependant, dans le cas de Moure (nourrisson de quatre mois), il y avait probablement des végétations adénoïdes.
Dans six cas où l'on a fait l'examen laryngoscopique, on a noté que l'épiglotte était repliée sur elle-même, ses deux bords latéraux semblent parfois presque en contact ; les rephs aryténo-épiglottiques, rapprochés l'un de l'autre, réduisaient encore l'ouverture du larynx et flottaient aii passage de l'air. Cordes vocales intactes.
J. von Bôkay (Arch. de Méd. des Enfants, juin 1909), dans un mémoire très complet basé sur 3 cas personnels, a montré que le thymus n'était pour rien dans le stridor (contrairement à l'opinion d'Hochsinger), et que le principal rôle était joué par l'enroulement de l'épiglotte et une disposition particulière des replis aryténo-épiglottiques.
Le stridor peut être passager ou durable. Chez un nouveau-né que j'ai vu avec le D^ Maranger, la respiration stridoreuse se montra dès la naissance et disparut au bout de quelques semaines. Elle est habituellement plus longue. Dans un cas suivi par les auteurs anglais, elle augmenta les premiers mois, resta stationnaire jusqu'à huit ou neuf mois, puis diminua et disparut avant deux ans. A la fin, il n'y avait plus qu'un court coassement quand l'enfant
était excité ou essoufflé. Chez un autre enfant, le bruit disparut aussi vers deux ans pour réapparaître sous l'influence des efforts, des rhumes. L'examen laryngoscopique montra, chez lui, l'épiglotte repliée latéralement, les replis aryténo-épiglottiques rapprochés au point de se fermer quand l'enfant accélérait sa respiration, et alors le bruit se produisait.
D'après Gee, le bruit se produirait dans le pharynx ; d'après Lori, il y aurait un spasme clonique des cordes vocales et, d'après Robertson, une paralysie des dilatateurs de la glotte ; Thomson incrimine un trouble d'innervation ; Herzfeld, un trouble du centre respiratoire [Soc. de Méd. de Berlin, 22nov. 1897). Mais il est plus probable que, suivant l'opinion de Lees, Goodhart, Sutherland, il y a une malformation laryngée avec flaccidité dés replis aryténo-épigiottiques ; si le stridor diminue avec l'âge, c'est que les enfants, en grandissant, ont des replis plus fermes et moins flottants. Dans tous les cas, le stridor des nouveau-nés n'est pas grave, et il guérit presque toujours.
Gomme traitement, outre une bonne hygiène, il faut conseiller des instillations nasales d'huile goménolée à 1/25, des pulvérisations d'eau boriquée, en un mot un nettoyage quotidien du rhino-pharynx. Les auteurs anglais déjà cités ont prévu l'asphyxie et conseillé la trachéotomie ou le tubage ; mais je ne sache pas que cette opération soit jamais devenue nécessaire en pareil cas.