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III. — THYMUS

Le thymus est un organe lymphoïde transitoire, qui siège au devant de la trachée, derrière le sternum, et s'étend en bas sur le péricarde. Son volume et ses dimensions sont très variables suivant les sujets. Le poids va de 2 ou 3 grammes jusqu'à 15, 20, 30 grammes. Nous allons passer en revue les principales lésions de la glande.

1^ Absence. — Chez un enfant de deux ans, myxœdémateux, j'ai constaté l'absence du thymus, en même temps que celle du corps thyroïde. Chez cet enfant, qui avait à peine la taille et le poids d'un nouveau-né et dont la cachexie myxœdémateuse était apparue de très bonne heure, peut-être même dès la naissance (myxœdème congénital), le corps thyroïde n'avait pu être suppléé par le thymus, et c'est à cette absence du thymus que j'attribue la précocité des accidents. En dehors de cette coïncidence, l'absence du thymus ne se fait peut-être pas sentir, car l'organe s'atrophie peu à peu et bientôt ne joue plus aucun rôle.

2^ Hypertrophie. — On a considéré l'hypertrophie du thymus comme fréquente, et on lui a attribué bon nombre d'accidents asphyxiques, de syncopes, de morts subites.

Un enfant de deux mois, bien portant, est trouvé mort dans son berceau (dessin, Vraich, 1898) ; à l'autopsie, trachée comprimée et aplatie par le thymus, qui pesait 31 grammes. Un garçon de dix mois, vu par Biedert, présente du tirage comme dans le croup, mais la voix est claire ; on fait le tubage, la trachéotomie ; l'asphyxie persiste et aboutit à la mort. A l'autopsie, gros thymus enclavé entre le corps thyroïde et les ganghons bronchiques tuméfiés ; il en était résulté une compression de la trachée. Chez une fille de quatre ans €t demi observée par Al. Millskennedy [The Gtasgow Med. Journal, janvier 1912), l'hypertrophie du thymus se traduisait par de la matité et de la voussure pectorale, l'organe pesait 70 grammes. Il est rare que le thymus atteigne ces dimensions. Rupert Waterhouse (The British Journal of Children's Diseases, juin 1911) donne comme de grosses hypertrophies les poids de 24 et 34 grammes qu'il a relevés chez des enfants de 2, 3, 10 mois. Sans être

aussi gros, le thymus peut être disposé de telle sorte qu'il comprime la trachée. Chez un enfant de 12 ans ayant de la diphtérie pharyngée sans croup, avec tiraf^e et cornage, Marfan a trouvé que la mort était due à une compression de la trachée par un thymus de 20 grammes (Jour, de Méd. Int., 1909). Koppe a vu un garçon de sept mois, bien portant jusqu'alors, mourir subitement ; le thymus était très gros, avec hypertrophie des amygdales, ganglions cervicaux, médiastinaux, mésentériques et leucocytose. Beaucoup de cas ont été publiés ; ils ne sont pas tous à l'abri de la critique. A l'occasion de deux cas de mort subite rapportée au thymus par Maurice Perrin [Presse Médicale, 10 mars 1906), Hérard [id., 21 mars) a répété les conclusions de sa thèse (Paris, 1847) : l'asthme thymique n'existe pas, la mort subite ou rapide est due à un spasme de la glotte. Pour Paltauf (Wien. klin. Woch., 1889), ^hypertrophie du thymus serait causée par une diathèse lympathique et coïnciderait avec l'hyperplasie de tous les organes lymphoïdes. L'état lymphatique de Paltauf (slatiis lymphalicus) expliquerait la mort thymique dans l'anesthésie comme dans une maladie infectieuse.

Scheele dit que l'aplatissement de la trachée exigerait un thymus de 1 kilogramme. Dans un cas de Marfan, il y avait effacement de la trachée en un point, quoique le thymus ne pesât que 31 grammes ; l'enfant, âgé de deux mois et demi, était mort après deux jours d'asphyxie ; il avait eu des convulsions auparavant. Dans un autre cas (garçon de quinze mois), il y avait cornage congénital par hypertrophie du thymus. Des cas d'asphyxie thymique ont été rapportés par Barbier, Moizard, V. Veau (Soc. de Pédiatrie, 1909). Veau, le premier en France, a pratiqué la thymectomie qui a pu sauver plusieurs nourrissons (Arch. de Méd. des Enfants, nov. 1909). Aviragnet (Soc. de Pédiatrie, 21 mars 1911) a montré les difficultés du diagnostic entre l'hypertrophie thymique et l'adénopathie bronchique. Veau, qui a opéré 11 enfants, le reconnaît : 4 opérés avaient de l'hypertrophie du thymus et ils ont guéri, 3 de l'adénopathie trachéo-bronchique et sont morts^ 4 du stridor congénital ou du spasme de la glotte. La radiothérapie a donné des succès à Albert Weil (Soc. de Pédiatrie, 15 oct. 1912) : il a traité 4 cas par les rayons (5 à 6 H.) avec un succès complet et il en connaît 11 semblables. E. Weill et M. Péhu (La Pédiatrie Pratique, 25 avril 1912) rapportent 2 cas guéris par la radiothérapie. Grenet a vu un cas de mort après 3 séances (Soc. de Péd., 10 déc. 1912). C.-W. Wyckoff (Tlie Clevetand Medicat Journal, mai 1913), chez deux enfants d-e sept et dix-sept mois, a obtenu la disparition des accidents par les rayons X (8 séances en dix semaines pour l'un,. 4 séances en deux semaines pour l'autre) ; il cite 15 autres cas favorables. Chez les chats, Regaud et Cremieu (Lyon Médical, 1912) ont obtenu la régression du thymus par les rayons de Rontgen. P. -H. Cook (Bost Med. and Surg. Jour., 5 oct. 1916) a guéri 3 enfants (3 jours, 10 semaines, 20 mois) par la radiothérapie. A. Friedlander (Amer. Jour, of Dis. of Ctiitd., juillet 1917) vante cette méthode dans l'hypertrophie du thymus : 50 thymectomies ont donné 17 morts ; 100 radiothérapies, 4 morts.

Le gonflement du thymus peut tenir à la congestion, à l'hémorragie, et l'on trouve parfois des ecchymoses, des infarctus de l'organe.

3" Phlegmasie. — L'inflammation du thymus est très raie. Demme a vu, chez un petit garçon de deux mois et demi, une tuméfaction chaude de la région antérieure du cou, avec gêne de la déglutition et de la respiration, cyanose, tachycardie, hyperthermie. A l'autopsie, suppuration de la totalité du thymus. Cette suppuration du thymus avait été jadis signalée par Paul Dubois chez des fœtus syphilitiques. Depaul, Lehmann ont signalé des gommes ramollies du thymus. Bednar a décrit des kystes à contenu clair ou jaunâtre dans l'hérédo-syphilis. Cependant Parrot, dans les autopsies de syphilitiques qu'il a faites, n'a pas trouvé de lésions spécifiques du thymus. J. Oliver {Am. Jour, of Dis. of Ch., fév. 1917), chez une fille de six semaines hérédo-syphilitique, a trouvé : pneumonie blanche, ostéo-chondrite, hépatite avec gommes miliaires, thyrnus fibreux avec kystes (abcès de P. Dubois. Gaz. Méd. de Paris, 1850).

40 Tuberculose, — Les thymus peut être envahi parla tuberculose ; j'ai trouvé des masses caséeuses thymiques chez un enfant qui avait de l'adénopathie trachéo-bronchique. Demme, chez une fillette de quarante-deux jours^ trouva trois tubercules du volume d'une noisette avec bacilles de Koch.

5° Tumeurs diverses. — Les néoplasies malignes, le cancer, le sarcome, le myxome simple ou lipomateux, le lymphome, ont été observés dans le thymus. Le D^ Emilio Perrero (Riv. di Clinica Pediatrica, avril 1913) a vu un garçon de cinq ans mourir asphyxié. A l'autopsie, tumeur du thymus englobant le coeur et les gros vaisseaux (sarcome à petites cellules rondes). Dans un cas de Stendener (enfant de douze mois), on trouva dans le médiastin un sarcome hémorragique à cellules rondes développé aux dépens du thymus. En pareil cas, il n'y a pas de symptômes caractéristiques, mais seulement des signes vagues de tumeur du médiastin (oppression, suffocation, mort subite). Gaillemin (Thèse de Nancy, 23 déc. 1905) a étudié une lymphadénie à forme médiasiine locahsée aux ganglions ou au thymus, qui évolue en trois stades : l^ période latente ; 2° phénomènes de compression ; 3^ cachexie. C'est une lymphocythémie qui produit des lymphomes thymiques très volumineux.

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