POUMON SYPHILITIQUE
Les pneumopathies syphihtiques, héréditaires le plus souvent, sont très rares dans la seconde enfance, moins rares chez les nouveau-nés et nourrissons. Il y a longtemps que Depaul, puis Virchow, avaient vu et décrit chez les fœtus et nouveau-nés Vhépatisation blanche, ou pneumoria alba, caractérisée à la fois par une hyperplasie épithéliale intra-alvéolaire et des lésions interstitielles. Cette hyperplasie épithéhale, signalée par Robin et Lorrain [Gaz. méd. de Paris, 1855), retrouvée par Balzer et Grandhomme {Reu. des Mal. de VEnf.,lSS7),par Gadeet Jambon (Arch.de Méd. Exp. ,now. 1905), est considérée comme spécifique par Tripier (Trai7e d^An. Palh. Gén., 1904). A cette hyperplasie, il faut ajouter la dilatation bronchique, imitant parfois les cavernes, et dont l'origine syphilitique ne fait pas de doute pour Tripier. Chez un nourrisson hérédo-syphilitique de six mois (service d'Augagneur), qui était mort avec de la toux et de la dyspnée, Gade et Jambon ont trouvé, à la coupe des poumons, de petits îlots indurés qui rappelaient la bronchopneumonie. Mais la lésion dominante était une dilatation générale des bronches faisant ressembler le poumon à un nid de guêpes.
Au microscope, lésions de pneumonie blanche telles qu'elles ont été indiquées par Virchow : nappe de grosses cellules saillantes oblitérant les alvéoles^ comme si le poumon n'avait pas respiré, avec çà et là quelques cavités sphériques ou sinueuses rappelant l'emphysème. Même hyperplasie épithéliale dans les bronches dilatées.
Les pneumopathies syphilitiques héréditaires ou acquises sont plus rares dans la seconde enfance ; cependant on en possède d'intéressantes observations. Roussel (De la syphilis tertiaire dans la seconde enfance et l'adolescence. Thèse de Paris, 1881) cite une fille de quinze ans qui, à la suite de syphilis vaccinale, présente des symptômes cavitaires et des hémoptysies ; comme elle avait en même temps des ostéopathies et des lésions cutanées, on lui donne de l'iodure de potassium ; elle guérit. Lancereaux [Cliniques de VHôlel-Dieu, 1891) a vu deux filles de douze et quatorze ans guérir de manifestations pulmonaires hérédo-syphilitiques par l'iodure de potassium. Dieulafoy [Cliniques de VHôlel-Dieu, 1897-1899) a guéri un enfant de trois ans et demi considéré comme phtisique (caverne pulmonaire), dont il avait soigné jadis le père syphilitique. Chez une fille de huit ans (Gaucher et Dubousquet- Laborderie), ayant de la matité au sommet droit avec souffle caverneux, gargouillement, fièvre (39^), l'apparition d'une gomme sternale, la coexistence de malformations dentaires, les aveux du père firent admettre la possibilité d'une pneumopathie syphilitique. Le traitement mixte (mercure et iodure) amena la guérison absolue. Chez un garçon de neuf ans vu par Méry
et Terrien {Soc. de Péd., 20 juin 1905), ayant à La fois des ulcérations pharyngées jugées tuberculeuses et des symptômes pulmonaires (infiltration du sommet droit), le traitement spécifique a amené la guérison complète. Chez cet enfant, on avait pu constater la kératite interstitielle et la dent d'Hutchinson. L'enquête a révélé la syphilis chez le père et chez la mère. Dans un cas de Zuber [Soc. de Péd., 18 avril 1905), la syphihs pulmonaire a encore évolué comme une phtisie tuberculeuse, mais le traitement, tardivement institué, n'a pas abouti.
Il s'agissait d'une fille de treize ans, malade seulement depuis quelques semaines : petites grosseurs aux jambes avec ulcération et suppuration, toux et crachats, fièvre (39^), Le médecin traitant a fait le diagnostic de tuberculose pulmonaire. Dyspnée, toux pénible, crachats jaunâtres, gommeux, striés de sang, albuminurie abondante. A l'examen du thorax, on note une voussure légère à droite avec matité à la base, submatité à la partie supérieure en arrière. Respiration absente à la base, diminuée au sommet. Skodisme léger sous-claviculaire. Donc signes de pleurésie ; la ponction donne un demi-centimètre cube de liquide séro-sanguinolent. Gros foie, pas d'ascite. Gommes ulcérées à la jambe droite. Pas de bacilles de Koch dans ces gommes ni dans les crachats. Bouffissure de la face, albuminurie plus abondante. Mort six jours après l'entrée à l'hôpital. A l'autopsie, le poumon droit est entouré d'une coque pleurale épaisse, fibreuse, avec adhérences et loges enkystées à la base. Dans ces loges existe un peu de liquide séro-fibrineux. La coupe du poumon donne issue à un liquide puriforme. Tout le lobe inférieur est transformé en une masse spongieuse, molle, gris jaunâtre. A la coupe, le poumon gauche est œdématié. Pas de tubercules, ni dans les poumons, ni dans les ganglions. Foie hypertrophié (2.360 grammes), ferme et lardacé à la coupe ; reins gros (235 grammes) contenant de petites nodules jaunâtres. Rate grosse (340 grammes), dure, contenant aussi de petites gommes. Donc, à part la sclérose pleurale, il n'y avait pas, dans le poumon, de sclérose notable, mais au contraire des lésions destructives très étendues. Il s'agissait en somme d'une gomme volumineuse ramollie occupant tout le lobe inférieur du poumon droit.
On voit, d'après les faits que nous venons de rapporter, que la syphihs héréditaire ou acquise peut atteindre le poumon. Chez le fœtus, le nouveauné, le nourrisson, la syphilose pulmonaire n'a pas d'histoire chnique ; elle se caractérise anatomiquement par une hyperplasie épithéhale des alvéoles avec lésions vasculaires et conjonctives (pneumonie blanche). En même temps, elle s'accompagne de dilatation des bronches simulant les cavernes. Plus tard, dans la seconde enfance, la syphilose pulmonaire donne le tableau de la phtisie ulcéreuse chronique. Pour la reconnaître, on s'inspirera non seulement de l'examen des crachats (absence de bacilles de Koch), mais de la coexistence d'autres lésions cutanées ou osseuses (gommes, hyperostoses, cicatrices), des érosions dentaires, de la présence des tréponèmes.
Dans le doute, on n'hésitera pas à prescrire l'iodure de potassium, le mercure en frictions quotidiennes ou les injections d'arséno-benzol (I centigramme par année d'âge).
PLEURÉSIE SÉROFIBRINEUSE 657