SYMPHYSE CARDIAQUE
Quand la péricardite a laissé des adhérences unissant intimement les deux feuillets de la séreuse, il y a symphyse cardiaque.
Étiologie. — La symphyse cardiaque succède aux péricardites sèches, subaiguës, chroniques, aux atteintes répétées d'endo-péricardite rhumatismale. La péricardite purulente expose moins à la symphyse que la péricardite simple. Les deux maladies qui agissent le plus souvent sont le rhumatisme et la tuberculose. On observe la symphyse cardiaque à tout âge, aussi bien dans la première que dans la seconde enfance. On l'a rencontrée chez les nouveau-nés (péricardite fœtale).
Anatomie pathologique. — La cavité du péricarde n'existe plus, et le cœur est recouvert par une membrane fibreuse parfois très épaisse, qui se confond avec le myocarde. Dans quelques cas, l'adhérence n'est pas intime, ou bien la symphyse est cloisonnée, divisée par des brides plus ou moins longues. L'examen histologique montre des amas graisseux, des nappes fibreuses, des cavités, des fentes tapissées d'épithélium, de sorte qu'on pourrait croire à l'existence d'ûne^multitudrde^etites séreuses. Si la tuberculose est en cause, on rencontre des nodules fibro-caséeux, des granulations grises ; le cœur n'est pas augmenté de volume. Dans la symphyse rhumatismale, au contraire, il est hypertrophié et dilaté ; car il y a eu des lésions valvulaires en môme temps que de la péricardite (endo-péricardite). La plupart des auteurs signalent des lésions scléreuses du myocarde (myocardite interstitielle). Renaut n'a trouvé que de l'œdème interfasciculaire ; Bernoux a signalé la myocardite parenchymateuse. Outre les adhérences du cœur au péricarde,
SYMPHYSE CARDIAQUE 685
on peut observer des adhérences péricardio-pleurales, unissant le péricarde au sternum, aux côtes, aux poumons.
Quelquefois, les tiraillements exercés sur le cœur par les adhérences se traduisent par une insuffisance fonctionnelle (insuffisance aortique, insuffisance mitrale).
Symptômes. — Weill distingue deux variétés cliniques, l'une avec gros cœur [symphyse rhumatismale ou active), l'autre avec cœur normal {symphyse tuberculeuse ou passive). La symphyse peut être latente. La symphyse rhumatismale se traduit par des troubles fonctionnels plutôt que par des signes physiques et entraîne l'asystolie.
Le soulèvement en bloc de la région précordiale, avec dépression systolique de la pointe, n'est pas constant. Les ondulations précordiales (roulis de Jaccoud) manquent souvent.
Il ne faut pas compter sur la voussure précordiale. La pointe du cœur est abaissée et bat sur un espace assez large. Elle ne se déplace pas quand on fait incliner le malade sur un côté [invariabilité dans la position du cœur). L'aire de matité est augmentée. Quelquefois, j'en ai vu un exemple chez une fillette de mon service, et le D'^ Ponticaccia en a cité ua autre cas [La Pedialria, avril 1915), le cœur fait saillie à l'épigastre entre le foie hypertrophié et les fausses côtes gauches. Les signes stéthoscopiques sont trompeurs. A la période d'asystolie, on n'entend rien ; quand le cœur est moins tumultueux, oa perçoit un bruit de galop, un dédoublement du second bruit. On peut entendre aussi un souffle systohque de la pointe ou de la base (insuffisance fonctionnelle mitrale ou aortique). Ces souffles peuvent d'ailleurs être organiques, si l'endocardite a été associée à la péricardite. Parmi les autres symptômes observés, il faut citer la discordance entre les battements cardiaques et les pulsations radiales, l'affaissement diastolique brusque des veines du cou, le pouls paradoxal (arrêts inspiratoires).
Les troubles fonctionnels sont très graves ; le myocarde, gêné par la cuirasse fibreuse qui l'enserre, est bientôt vaincu, et l'asystolie apparaît : gros foie, œdème périphérique, bouffissure générale, pâleur de la face avec cyanose des lèvres, dyspnée, angoisse, pouls très petit, fiHforme, mort rapide. Quelquefois l'enfant présente des symptômes rappelant l'angine de poitrine et meurt subitement. La symphyse tuberculeuse est moins bruyante ; le cœur n'est pas gros ; après une période fébrile, survient de l'ascite, qui se reproduit vite après la ponction ; le foie est gros ; l'enfant finit par succomber dans la cachexie. Rien n'attire l'attention du côté du cœur. C'est de Vasystolie périphérique sans participation du cœur (Weill).
Dans quelques cas, la symphyse est absolument latente ; il n'y a ni troubles cardiaques, ni asystolie, mais seulement une granulie généralisée avec symphyse cardiaque reconnues à l'autopsie.
Les D""' Thomesco et Graçoski [Arch. de Méd. des Erfants, n°' 3 et 5,1906) ont rapporté un cas de symphyse péricardique tuberculeuse latente et un autre cas de myocardite simulant le syndrome d'Hutinel, sans qu'il y eût la moindre symphyse à l'autopsie.
La durée varie suivant les formes. La symphyse rhumatismale procède par
accès qui vont se rapprochant jusqu'à l'asystolie permanente ; la mort par cachexie cardiaque peut survenir en quelques mois ; elle peut être différée une, deux ou plusieurs années. La symphyse tuberculeuse met un an en moyenne à entraîner la mort. Dan 5 tous les cas, le pronostic est des plus graves. Chez tous les enfants morts de rhumatisme cardiaque, on trouve la symphyse (Roger, Cadet de Gassicourt).
Diagnostic. — La symphyse rhumatismale se reconnaît par les antécédents et par les signes physiques. La symphyse tuberculeuse prend le masque d'une affection hépatique, on croit à la cirrhose. Quand la symphyse se comphque de médiasliniîe fibreuse, elle peut s'accompagner d'œdème de la face et des membres supérieurs par compression de la veine cave supérieure, de pouls paradoxal.
Traitement. — H n'y a pas de traitement spécial ; on en est réduit à traiter l'asystolie : purgatifs, digitale ou mieux théobromine, lait, repos au lit. Dans les moments d'accalmie, on fera de la révulsion, et on donnera l'iodure de potassium.