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MYOCARDITES

On entend par myocardite l'inflammation du muscle cardiaque ; la myocardite est dite parenchymaleiise quand la fibre musculaire est atteinte, interstitielle quand l'inflammation est localisée au tissu conjonctif .

Étiologie. — Les maladies infectieuses aiguës exposent à la myocardite aiguë. De ce nombre sont : la diphtérie^ qui lèse souvent le cœur et qui peut tuer par lui ; la scarlatine, la variole, la fièvre iyptioïde, la tuberculose aiguë, le typhus et la fièvre récurrente, Vérysipète, le rhumatisme, qui, d'après Weill et Barjon, déterminerait la myocardite parenchymateuse. La myocardite chronique peut être le reliquat d'une myocardite aiguë produite par les causes précédentes ; elle peut aussi survenir d'emblée (tuberculose, syphilis héré

ditaire). Comment agissent les maladies infectieuses? Par leurs microbes et par leurs toxines. On a trouvé, dans le myocarde, les streptocoques et staphylocoques, le bacille d'Éberth ; on n'y a pas trouvé le bacille de Lôfïïer. Mais les toxines peuvent léser le myocarde, et la présence des microbes n'est pas nécessaire. Sans aller jusqu'à la myocardite, on peut admettre une insuffisance aiguë du myocarde avec augmentation de la matité précordiale, souffle systolique, gros foie, dyspnée. Cette insuffisance, passagère et curable, a été observée dans l'influenza (enfant de sept ans vu par Forchheimer : Arch. of Ped., sept. 1904), la diphtérie, la scarlatine, la fièvre typhoïde.

Ânatomie pathologique. — - La myocardite chronique, la sclérose du cœur se voit rarement chez l'enfant, qui n'est ni athéromateux, ni alcooHque, ni usé par l'âge et les excès de toute sorte. On ne trouve chez lui que la myocardite aiguë, si l'on fait abstraction des lésions secondaires à la péricardite, à la symphyse du péricarde. La myocardite peut être diffuse ou localisée. Dans la myocardite diffuse, le cœur est mou, friable, feuille morte, ses cavités sont un peu dilatées sans hypertrophie ni lésions valvulaires. Sur 500 cas de diphtérie, Rabot et Philippe n'ont pas trouvé l'endocardite.

On trouve des caillots cruoriques en abondance dans les oreillettes, surtout à droite, et des plaques/ blanches endaortiques rappelant l'athérome. Les fibres musculaires sont mal striées, les noyaux longs et prolifères : on voit des trous dans les fibres qui semblent tubulées. A une phase plus avancée, la fibre se désagrège en granulations albuminoïdes ou graisseuses rangées en long comme des perles (dégénérescence granulo-graisseuseet cireuse). Les espaces qui séparent les fibres sont élargis par des amas de cellules embryonnaires, surtout à la pointe du ventricule, à la base, au niveau du septum (myocardite interstitielle). Il y a artérite et endartérite au niveau des artérioles, et parfois névrite et périnévrite.

Si la myocardite est localisée, nodulaire, on peut trouver de petits abcès miliaires entre les fibres musculaires. Quelquefois il y en a d'assez gros, mais en petit nombre. L'abcès peut s'ouvrir dans l'endocarde ou le péricarde. Il est rare que la myocardite aiguë, dans sa forme diffuse comme dans sa forme nodulaire, aboutisse à la chronicité. La myocardite chronique dépend surtout de la tuberculose ou de l'hérédo-syphilis. Chez les nouveau-nés syphiliques, on a vu des traînées blanchâtres semées de petites gommes dans la paroi du ventricule gauche. F. Parkes Weber rapporte un cas de sclérose du ventricule gauche chez un garçon de 10 ans ; la capsule surrénale scléreuse pesait 14 grammes. Origine syphilitique probable [Brit. Jour, of Ch. Dis. oct. 1916). La myocardite tuberculeuse est secondaire ; elle se présente sous diverses formes : gros tubercule sembla])le à la gomme, mais contenant des bacilles de Koch ; amas embryonnaires et cellules géantes au sein d'une hypetrophie scléreuse avec pâleur du myocarde. Il peut y avoir des tubercules du péricarde et de l'endocarde. Dans les maladies congénitales du cœur, on a signalé des plaques, dos foyers de myocardite.

Symptômes. — Les symptômes sont assez obscurs. Prenons un enfant diphtérique, en apparence guéri. Veut-il se lever, marcher, il pâht et va tomber, il est menacé de syncope. Son cœur bat avec rapidité, son pouls est

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faible ; quelquefois il est ralenti et irrégulier. L'examen du cœur montre qu'il est dilaté, que ses contractions sont lâches ; l'auscultation fait entendre souvent un soufïle systolique. Anorexie, vomissements, diarrhée, parfois œdème des jambes, dyspnée, angoisse. La mort peut survenir après une ou plusieurs syncopes. Ou bien l'enfant se rétablit peu à peu. Il y a des formes atténuées, latentes, dans lesquelles on ne peut que soupçonner l'atteinte du myocarde à la pâleur, à la faiblesse de l'enfant, à l'accélération de son pouls. Si la maladie aiguë, cause de la myocardite, n'est pas terminée, quand on voit le pouls devenir très rapide, irrégulier, on doit craindre la myocardite. Le ralentissement subit du pouls n'est pas moins fâcheux que la tachycardie. Les myocardites partielles, nodulaires, tuberculeuses, hérédo-syphilitiques, n'ont pas d'histoire clinique.

Le pronostic de la myocardite aiguë est très grave ; dans la diphtérie, elle tuerait 12 fois sur 22 cas (Rabot et PhiHppe). Dans les cas qui guérissent, l'enfant conserve longtemps une susceptibilité cardiaque, de l'essoufflement pendant la marche, avec tachycardie au moindre effort.

Diagnostic. — Le point délicat est de distinguer les simples troubles fonctionnels éprouvés par le malade, soit à la période aiguë, soit pendant la convalescence, des signes de la myocardite. Un enfant peut, au moment de la défervescence, présenter de la pâleur, de la faiblesse générale, une tendance au collapsus, avec arythmie du cœur, sans qu'il y ait myocardite. Ce sont des phénomènes critiques qui annoncent la guérison et qui sont de bon augure. On distinguera la myocardite de la péricardite aux signes physiques qui sont le propre de cette dernière maladie. De même, V endocardite se reconnaîtra aisément par la localisation des souffles. Dans la fièvre typhoïde, le bain froid peut provoquer une tendance au collapsus qu'on distinguera de la myocardite ; en élevant la température du bain, les accidents disparaîtront. S'il survient une perforation intestinale, le cœur faiblit, le pouls devient misérable, la température s'abaisse ; on pourrait encore songer à la myocardite ; de même dans les cas d^liémorragies intestinales. Mais l'examen du ventre et des selles lèvera les doutes.

Traitement. — Le repos absolu au lit, dans la position horizontale, est de rigueur. Il ne faut demander aux malades aucun efïort, aucun mouvement. Il faut éviter de les remuer, de les faire asseoir pour les ausculter. Il faut réduire au minimum le travail du cœur. En cas de myocardite aiguë, l'application d'une vessie de glace à la région précordiale a produit quelquefois d'excellents effets. On stimulera le système nerveux à l'aide de frictions cutanées avec le baume de Fioravanti, l'eau de Cologne ou l'essence de térébenthine. Les injections de caféine, d'huile camphrée, de strychnine, d'éther, de sérum artificiel, sont à essayer ; de même les inhalations d'oxygène.

On s'abstiendra de digitale, qui ne pourrait que nuire, et il y aura quelquefois avantage à calmer l'anxiété du malade et à faire venir le sommeil par les injections de morphine. Dans la myocardite chronique (hérédo-syphihs), on prescrira l'iodure de potassium.

On donnera de petites quantités d'aliments Hquides (lait, jus de viande), des grogs, un peu de vin généreux étendu d'eau (champagne, malaga,

porto). Tant que le pouls restera fréquent, même si l'état du malade semble satisfaisant, on conseillera le repos au lit et l'abstention de tout effort.

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