‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 91 sur 342 · ASYSTOLIE · texte numérisé non relu

ASYSTOLIE

L'asystolie est au cœur ce que l'urémie est au rein ; elle traduit l'insuffisance du muscle cardiaque, dont les contractions affaiblies ne peuvent chasser le sang dans le système artériel avec toute la vigueur nécessaire. La pression est trop faible dans les artères, trop forte dans les veines. Il en résulte des stases dans tous les organes, des transsudations séreuses dans le tissu sous-cutané, dans les cavités, dans les parenchymes. La circulation se faisant mal, les fonctions du poumon, du rein, du foie, de l'estomac, de l'intestin, du cerveau, sont compromises. L'enfant respire avec peine ; le sang ne s'hématose qu'avec les plus grandes difficultés ; les lèvres sont cyanosées, les extrémités violacées et froides ; le visage est bouffi ; les jambes sont œdématiées, puis le ventre se prend, le foie dépasse les fausses côtes, l'appétit se perd, l'urine est rare, épaisse, parfois albumineuse. Le malade, gêné par les œdèmes, ne peut faire un pas sans essoufflement ; il tombe dans un état de torpeur cérébrale qui tient à la fois à la congestion passive et à l'auto-intoxication par dépuration insuffisante. On a bientôt le tableau de l'asystolie, de la cachexie cardiaque. Cette cachexie cardiaque est assurément plus rare chez les enfants que chez les adultes. Mais elle se rencontre encore assez souvent, car ses causes sont nombreuses.

, L'épuisement de la contractilité du myocarde et la faillite du cœur qui en résulte peuvent dériver d'une endocardite rhumatismale ancienne, longtemps compensée grâce à la jeunesse du muscle, à la souplesse des artères, à l'absence d'athérome et de tare alcoolique. Mais enfin l'obstacle finit par avoir raison du moteur, surtout si une nouvelle atteinte inflammatoire vient s'ajouter à l'ancienne, si le péricarde se prend, si la symphyse cardiaque s'en mêle. Dans ces cas, l'asystolie est l'aboutissant lointain, toujours prévu, d'une lésion oriflcielle permanente.

A côté de cette forme classique, il y a place pour Vasysîolie aiguë, qui se déclare quelquefois dans les maladies infectieuses, empoisonnant et altérant rapidement la musculature et les nerfs du cœur par les toxines qu'elles mettent en circulation : diphtérie, fièvre typhoïde, scarlatine, variole, pneumonie. L'asystolie aiguë peut se déclarer encore dans le rhumatisme, quand il se fait une endo-péricardite, avec symphyse précoce, étreignant le

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myocarde comme dans un étau. Alors tout est pris dans le cœur, ses enveloppes et son parenchyme ; cette cardile rhumatismale n'est pas rare chez les enfants. Récemment le D^ Josué [Soc. Méd. des Hop,, 3 mars 1914) a insisté sur l'asystolie d'origine surrénale, avec intégrité des valvules du cœur.

Outre les maladies acquises, il faut compter avec les malformations et les cardiopathies congénitales, qui réahsent le syndrome cyanose ou maladie bleue. Un refroidissement, une fatigue, une émotion, une bronchite, augmentant tout à coup le travail d'un cœur en équilibre instable, pourront déterminer l'explosion de l'asystoHe.

La pression artérielle, mesurée au sphygmomanomètre de Potain, m'a donné, les chiffres suivants, que je transcris sans leur accorder une valeur absolue :

Nourrissons jusqu'à 2 ans (l'^ enfance) 6 à 8

Enfants de 2 à 5 ans 9 à 10

Cette pression artérielle, qu'on peut considérer comme normale, sera trè& abaissée dans les cas d'asystoHe.

Traitement. — Quand un enfant est atteint de maladie du cœur, on doit prévoir l'asystolie et faire le possible pour en éloigner l'échéance. L'enfant sera vêtu chaudement, couvert de flanelle, protégé contre le froid et l'humidité qui pourraient causer la bronchite et affaibhr le cœur. Il ira passer l'hiver dans le Midi (Cannes, Menton), le printemps et l'automne dans la forêt d'Arcachon. Les climats d'altitude, les bains de mer, les plages du Nord, les eaux thermales, ne sont pas à conseiller. Cependant le D^ de Bosia a soutenu l'action favorable des eaux de Bourbon-Lancy dans les endocardites chroniques. L'hydrothérapie froide (bains et douches) sera écartée ; mais les stimulations cutanées, les frictions sèches ou aromatiques, le massage, les mouvements passifs de la gymnastique suédoise, la mécanothérapie (appareils Zander), en stimulant les nerfs, sans fatiguer, sans essouffler le malade, ne peuvent qu'être utiles. Il faut éviter la fatigue physique et cérébrale, les émotions. Le cœur sera préservé de toute secousse ; mais l'enfant ne sera pas condamné à la réclusion, à la privation d'air et d'exercice.

On surveillera le régime alimentaire, écartant les mets grossiers et indigestes, recommandant le lait, les œufs, les crèmes, les purées de viande et de légumes, le poisson, les fruits cuits. Pas de vin pur ni de hqueurs. Repas légers et réguliers.

S'il y a des indices d'inflammation récente, de récidive, d'éréthisme cardiaque (fièvre, battements précipités, palpitations), on fera de la révulsion : pointes de feu, vésicatoires volants, vessie de glace. Les palpitations simples seront amendées par le bromure de potassium ou de sodium. Aux enfants maigres, cachectiques, on donnera l'huile de foie de morue. On ne prescrira pas le fer, qui s'assimile mal, irrite l'estomac, congestionne l'appareil cardiopulmonaire ; mais on pourra conseiller l'hémoglobine, l'arsenic et surtout l'iodure de potassium à cause de son action eupnéique et résolutive.

Aux premiers signes d'asystolie, on devra porter son attention sur les émonctoires, véritables soupapes de sûreté dont le fonctionnement doit être assuré. On agira sur le rein et l'intestin par les diurétiques et les purgatifs. On prescrira l'eau-de-vie allemande associée au sirop de nerprun (1 gramme par année d'âge) ; si la potion est rejetée, on y suppléera par le lavement purgatif (sulfate de soude et séné, 1 gramme par année d'âge ; eau bouillante, 250 grammes). Chez les enfants déjà grands, cyanoses, suffoqués, la saignée peut être utile (saignée du bras, ventouses scarifiées au niveau du cœur, du foie). Inhalations d'oxygène. Régime lacté, digitale (2 centigrammes de poudre de feuille par année d'âge, en suspension, infusion ou macération ; solution de digitahne cristaUisée au millième de Nativelleou Miahle, II à III gouttes par jour et par année d'âge). On peut associer à la digitale la scille et la scammonée (2 centigrammes par année d'âge), ou le calomel. La digitale sera prescrite seulement pendant cinq jours. S'il y a urgence, on aura recours aux injections de caféine (10 centigrammes par année d'âge en deux ou trois fois), de sulfate de spartéine (4 à 5 centigrammes par jour). On pourra ajouter de la lactose au lait (40 à 50 grammes par litre) pour favoriser la diurèse. Le muguet, le strophantus, la théobromine pourront être essayés.

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