ANASARQUE
On décrit sous le nom d'anasarque l'infiltration séreusç, l'hydropisie du tissu cellulaire sous-cutané. Laissant l'anasarque symptomatique d'albuminurie et d'asystolie, nous décrirons l'anasarque idiopathique ou essentielle, dont Follet a rapporté un cas chez une fille de six ans [Bull. Méd., 3 sept. 1904).
Étiologie. — L'anasarque est fréquente chez les jeunes enfants ; sur 78 cas de Barthez et Sanné, 35 étaient primitifs et 43 consécutifs (scarlatine) ; l'anasarque chronique dépend surtout de la tuberculose et de l'entérite. Voici le tableau dressé par les auteurs cités plus haut :
Anasarque primitive 35 cas. ,
— secondaire à la scarlatine 25 —
— — à la rougeole 2 —
— — à la coqueluche 1 —
— — à la fièvre typhoïde 1 —
— — à l'entérite aiguë 6 —
— — à l'entérite chronique 2 —
— — à la tuberculose 6 —
78 cas
L'influence du froid a été invoquée ; la maladie ne s'observe guère qu'en hiver. Janvier et décembre fournissent le plus de cas. Mais il faut insister sur la diarrhée et les troubles digestifs qui, par l'ohgurie consécutive, entraînent la rétention chlorurée et la transsudation séreuse sous-cutanée. Les deux cas de W. Piaggio Garzôn {Soc. de Ped. de Monfeuideo, 22 juin 1917), semblent relever de cette pathogénie.
Sur les 78 cas de Barthez et Sanné, il y avait 49 garçons pour 29 filles. Fairbanks n'a pas cité moins de 168 cas de ces œdèmes essentiels de l'enfance.
ANASARQUE 703
De deux à sept ans, les cas sont beaucoup plus nombreux que de sept à quatorze ans. Si l'on admet l'action du froid, comment l'expliquer? Les vasomoteurs sont paralysés par le froid, les vaisseaux perdent leur tonicité, la sérosité transsude dans la trame conjonctive sous-cutanée. Dans les états cachectiques, à l'action du froid s'ajoutent la dyscrasie, la faiblesse du cœur, et on comprend que l'anasarque se double d'hydropisies viscérales multiples.
Symptômes. — La peau est gonflée, pâle, lisse et molle. Ses plis sont effacés : elle conserve l'empreinte du doigt ; elle est plus froide que normaleraent (œdème froid). Distendue par l'infiltration, elle devient sèche, écailleuse. L'œdème est plus marqué aux parties déclives, surtout quand l'anasarque est partielle et modérée. Il est plus marqué aussi dans les régions où la peau est fine et le tissu cellulaire lâche. Au cuir chevelu, l'infiltration est modérée ou nulle ; à la face, les paupières sont globuleuses, immobiles, empêchant la vue ; les joues sont grosses, la figure est élargie, les lèvres sont saillantes. Au thorax et à l'abdomen, les plis naturels sont effacés ; la verge, le scrotum, les grandes lèvres, la face interne et postérieure des cuisses présentent une infiltration considérable. Les membres arrondis et empâtés perdent l'élégance de leurs formes ; les articulations sont partiellement immobihsées. Le gonflement est très prononcé à la face dorsale des mains et des pieds. On ne peut sentir les pulsations artérielles qu'en écrasant l'œdème.
Au point de vue de la marche de la maladie, on doit distinguer : une anasarque aiguë primitive débutant quelquefois par de la fièvre, se limitant à certaines régions, ou s'étendant à tout le corps, restant isolée ou s'accompagnant d'hydropisies viscérales ; une anasarque chronique secondaire accompagnant la tuberculose pulmonaire et les cachexies en général, pouvant durer des semaines et des mois avec rémissions et exacerbations.
Les urines rares ou abondantes ne contiennent pas d'albumine.
L'anasarque aiguë se termine d'une manière favorable ; sur 63 cas étudiés au point de vue du pronostic, Barthez et Sanné signalent 49 guérisons et 14 décès. Le pronostic est donc assez sérieux, malgré tout. Considérée dans son ensemble, l'anasarque idiopathique a donné 19 morts sur 78 cas, 1 sur 5 (forme aiguë), 1 sur 2 (forme chronique). Dans la forme aiguë, ce sont les compHcations (hydropisies internes, phlegmasies, convulsions) qui entraînent la mort ; dans la forme chronique, c'est la tuberculose
Diagnostic. — On distinguera l'anasarque de V emphysème sous-cutané, de Vépanchemeni sanguin, du sclérème des nouveau-nés. L'examen des urines dira si l'anasarque est idiopathique ou brightique ; l'examen du cœur mettra hors de cause l'asystohe. L'anasarque idiopathique reconnue, on aura à en déterminer la cause : refroidissement initiai, maladies aiguës antérieures, scarlatine, rous^eole. Si l'œdème persiste, on songera à la tuberculose.
Traitement. — Il faut réchauffer l'enfant, l'envelopper d'ouate, le mettre dans une chambre à 20 ou 22», donner des boissons chaudes, faire des frictions avec des flanelles chaudes, du massage ; les bains d'air chaud et de vapeur ont été employés avec succès. Contre le collapsus : cognac, digitale, café, injections de spartéine, de sérum artificiel. Le régime déchloruré est à prescrire quand on soupçonne la rétention des chlorures.