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MALADIES DES ARTÈRES

suppression des pulsations, refroidissement et engourdissement des parties. Le membre devient dur, livide, noirâtre, la peau se dessèche (momification). Un sillon se dessine ensuite entre la partie mortifiée et les parties saines {sillon d'éliminalion). Ce sillon se creuse de plus en plus, aboutissant à une amputation spontanée, l'os seul ayant besoin d'être détaché par un trait de scie.

Uembolie arlérielle se voit surtout dans les maladies du cœur et de l'aorte. Elle résulte de la fragmentation de caillots fibrineux formés dans l'oreillette et l'auricule gauches. Elle est donc précédée d'une thrombose cardiaque par endocardite aiguë (rhumatisme, diphtérie), ou par lésion valvulaire ancienne. Des fragments peuvent être lancés ainsi dans toutes les directions, dans les artères viscérales ou périphériques, d'où peuvent résulter des hémiplégies, des hématuries, des apoplexies pulmonaires, du sphacèle cutané, de la gangrène d'un membre. Quand les embolies sont capillaires, elles se traduisent par des érythèmes, pétéchies, ecchymoses des séreuses.

Chez une fille de sept ans, atteinte d'insuffisance mitrale avec cor boviniim j'ai observé une hémiplégie droite subite. A l'autopsie, outre les caillots de l'oreillette gauche, nous avons trouvé un foyer de ramoHissement du lobe frontal gauche par embohe artérielle. Dans ce cas, il n'y avait pas eu aphasie, le pied de la troisième circonvolution frontale gauche n'ayant pas été touché. Dans un cas de Brownhe [Brit. Med. Jour., 9 mai 1903), l'hémiplégie s'accompagnait d'aphasie : garçon de huit ans, insuffisance mitrale rhumatismale, oblitération embolique de l'artère cérébrale moyenne gauche.

Les thromboses cardiaques de la diphtérie (Deguy et Weill, Arch. de Méd. Exp., juillet 1902; Marfan, Soc. de Péd. ,noY. 1903) peuvent donner des embo- Hes multiples dans la petite comme dans la grande circulation : infarctus hémorragiques du poumon, oblitération de l'artère pulmonaire, ecchymoses pleuro-péricardiques, pétéchies cutanées, embolies cérébrales avec hémiplégie (35 cas d'hémiplégie par embolie de la sylvienne). Le D^" Auché (Congrès de Bouen, 1904) a vu, chez un garçon de quatre ans et demi diphtérique, une thrombose cardiaque se compliquer d'emboHe de l'ihaque externe gauche et des deux fémorales. Pendant la vie, il y avait eu de vives douleurs des jambes avec algidité, taches violacées, arrêt complet des pulsations artérielles.

Le D^* Fritz Fôrster {Jahrb. f. Kind., 1898) a vu une Tille de deux ans, atteinte de pneumonie double, présenter une hémiplégie droite par embohe de la carotide gauche, suite de thrombose dans le ventricule gauche.

Outre les lhrorn.ho-arlériles aiguës et les embolies artérielles, nous avons à dire un mot de Varlériie chronique {artériosclérose), très rare chez l'enfant, mais dont on connaît quelques exemples. L'hérédo-syphilis paraît être en cause dans la plupart des cas. Un garçon de dix-huit et une fille de sept mois, vus par Guido Berghinz {Gazz. degli Osp., 1898-1900) ont présenté de l'endartérite et périartérite avec éléments embryonnaires autour des artérioles rétrécies ou oblitérées. En même temps, artériosclérose du myocarde, début de cirrhose hépatique, splénite indurée, néphrite interstitielle. Chez la fillette, morte d'asphyxie après de nombreux accès de cyanose, on a trouvé une rate grosse avec artério-sclérose des reins, un foie et un cœur semblablement

atteints. Parois artérielles épaissies avec diminution ou suppression de calibre. Tissu conjonctif autour des veines. Gommes miliaires dans le cœur et le foie.

Le Dr Allen Baines {Arch. of Ped., août 1901) a trouvé l'artério-sclérose chez une fille de dix ans et demi, ayant eu la rougeole et la chorée. Les artères sont dures, il y a de l'albuminurie, des épistaxis, des accidents urémiques (céphalées, vomissements, convulsions). A l'autopsie, rein granuleux et sclérosé, athérome des fémorales, athérome dans le ventricule droit et à l'origine des gros vaisseaux. Plaques d'athérome sur les coronaires, l'aorte descendante et ses bifurcations.

Le D^ A. Lévy-Franckel a étudié dans sa thèse (Paris, 26 mai 1909) l'aortite chronique et l'athérome infantiles hérédo-syphilitiques d'après 33 observations.

Dans l'athérome générahsé de l'enfance, il peut y avoir une sorte de nanisme avec infantilisme ou mieux sénilité précoce dont un cas remarquable a été publié en Angleterre par Gilford et à Paris {Soc. de Pédiatrie, 15 nov. 1910) par Variot et Pironneau. Les enfants petits, maigres, ridés, ratatinés, ont l'air de petits vieillards. Dans le cas de Gilford, l'autopsie a montré de l'athérome artériel généralisé avec un gros thymus et des capsules surrénales hyperplasiées. Fremont Smith [American Journal of med. Se, 4 avril 1908) a vu un garçon de douze ans, faible, vieillot, retardé physiquement mais inteUigent, dont le père âgé de trente-deux ans avait eu une artérite oblitérante avec gangrène des orteils : artères noueuses, syphilis à dix ans. Déjà Romberg, sur 1.477 autopsies, avait trouvé les artères épaissies chez deux enfants de un à quatorze ans, chez 5 de quinze à dix-neuf ans (8 p. 100). Les maladies infectieuses aiguës, la fièvre typhoïde en particulier, peuvent jouer un rôle pathogénique dans l'artério-sclérose infantile.

Parmi les raretés, il faut encore citer, à la charge de l'athérome artériel, le syndrome de Siokes-Adams, très rare chez l'enfant, mais dont le D'* Arthur J. Cleveland (British Journal of Children's Diseases, mai 1911) a rapporté une intéressante observation : garçon de quinze ans ayant eu une fièvre typhoïde vers l'âge de dix ans ; santé débile depuis cette époque, troubles cardiaques, développement retardé ; depuis quelque temps, il a des attaques syncopales avec ralentissement du pouls qui ne bat pas plus de 30 ou 40 fois par minute. Ce pouls lent permanent coïncide souvent avec de l'hypothermie (moins de 36^). Il y a des traces d'albumine dans les urines. Les attaques syncopales se répètent et s'accompagnent de perte de connaissance pendant deux ou trois minutes. Le pouls tombe à 30, à 20, à 16 par minute. Mort. A l'autopsie, on ne trouve pas de lésions valvulaires du cœur, mais des taches blanches athéromateuses sur l'endocarde gauche et l'aorte ; le microscope montre dans ces taches du tissu fibreux et de la graisse.

Nous avons vu plus haut que l'anévrysme de l'aorte, conséquence d'athérome aortique ou d'aortite aiguë, n'est pas très rare dans la seconde enfance. L'anévrysme des artères périphériques est exceptionnel. Cependant le D^ Daniel G. Cranwell [Rev. de la Soc. méd. Argentina, mars-avril 1902) a extirpé avec succès un anévrysme de l'artère axillaire droite, gros comme une noix, chez un enfant de quatorze ans.

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