Mazet, Bull. Soc. anal, de Paris, t. XV, p. n
GASTRITES AIGUËS
tube digestif, depuis la bouche jusqu'à l'estomac, et traversent même souvent la barrière que leur oppose la paroi de cet organe pour aller détruire une partie plus ou moins considérable des organes voisins.
Il se produit des plaques de nécrose d'étendue variable,
des acides.
entourées par des zones d inflammation intense et absolument comparables aux eschares que l'on observe sur les membres par exemple. L'acide sulfurique produit des plaques gris blanchâtre, dures, sèches, fragiles, noircissant au bout d'un certain temps et au niveau desquelles on trouve les éléments anatomiques intacts morphologiquement, mais troubles. En général, les lèvres, les gencives, l'œsophage présentent déjà des lésions étendues; les perforations de ce conduit, toutefois, ne sont pas très fréquentes. Au contraire, l'estomac est souvent perforé; le foie, l'intestin, la rate, les reins sont durcis et semblent avoir été cuits; le sang contenu dans l'aorte et dans les grosses veines abdominales est transformé en une matière poisseuse; le diaphragme, le péricarde, le cœur lui-même et les bases du poumon peuvent subir une déshydratation plus ou moins complète K L'acide chlorhydrique détermine des lésions tout à fait analogues; l'acide azotique produit une eschare jaune ou orangée (xanthoprotéine), et ' les parties moins atteintes sont violet clair ou gris blanc.
L'acide oxalique est déjà moins actif. Il tue autrement que les poisons que nous venons d'énumérer, et les eschares qu'il produit sont plus superficielles, blanchâtres ou légèrement grises; il en est de même de celles que produit l'acide phénique.
La potasse caustique entraîne des désordres tout à fait comparables à ceux qui succèdent à l'ingestion de l'acide
1. MooRE, Transact. of palhological Society, vol. XXX, p. 297, 1879.
Action des alcalis.
sulfuriquc; toutefois, l'eschare est plus résistante et, lorsqu'elle a été soumise à une action prolongée du caustique elle peut devenir transparente. Stricker et Korslakoff' ont étudié sur le cobaye les lésions qui succèdent à l'ingestion de l'ammoniaque ; ce poison provoque des pertes de substance de la muqueuse et tout autour de ces lacunes des modifications variables ; celles-ci consistent surtout en un gonflement avec effacement des plis de la muqueuse et coloration rouge vif. En même temps, il se produit une abondante sécrétion de mucus.
Substances Le sublimé corrosif détermine, dans les empoisonnediverses. ments aigus, un gonilement avec enduit pultacé et ramollissement de la muqueuse buccale. L'estomac présente des ecchymoses sous-péritonéales ; sa muqueuse est rouge, ramollie, enflammée par places et, au milieu de ces foyers, on trouve de petites eschares blanches.
Le phosphore produit surtout des ecchymoses qui se rencontrent déjà dans l'œsophage; on peut d'ailleurs relever leur présence très loin dans l'intestin; on sait que dans ces cas la dégénérescence graisseuse des divers éléments cellulaires se produit rapidement et les cellules de la muqueuse gastrique n'échappent point à cette loi. L'arsenic enlin provoque la formation de plaques hémorragiques, un peu saillantes, quelquefois gangreneuses; l'eschare est alors blanche comme celle que produit le sublimé. L'orifice des glandes n'est qu'érodé dans la majorité des cas.
Ces eschares, quelle que soit leur origine, ne tardent pas à se ramollir, plus tôt quand elles sont dues à l'action d'un acide, un peu plus tard quand ce sont les alcahs ,qui les ont causées. Il se produit tout autour une inflam-
1, Stricker et Korslakoff, Sitzungsb. d. Kniser. Acad. d. Wissensch. Bd LUI, 1866.
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mation violente et bientôt l'eschare liquéfiée est remplacée par du tissu de granulations, si la mort n'a pas été le résultat de l'empoisonnement.
Ce tissu est remplacé par une cicatrice avec induration de la musculeuse et de la sous-muqueuse si la muqueuse a été complètement détruite. Dans les cas oii elle n'a pas disparu entièrement, il n'est pas rare de trouver dans la profondeur de la membrane cicatricielle un grand nombre de petits kystes, vestiges des culs-de-sac glandulaires oblitérés. Enfin le mucus recouvre en plus ou moins grande quantité ces surfaces altérées. Dans les couches profondes, on peut rencontrer, surtout quand le poison a été le sublimé, de véritables plaques calcaires'.
Ces cicatrices déterminent à la longue des déformations de l'organe atteint; les sténoses œsophagiennes et pyloriques ne sont pas rares; la cavité gastrique peut être cloisonnée par des brides fibreuses, et le rétrécissement du pylore, la déformation de l'estomac, provoquent une dilatation consécutive, d'autant plus facilement que les fibres musculaires sont rarement intactes.
Riegel ^ a étudié dans un cas d'intoxication par Facide sulfurique ce qu'était devenue ultérieurement la sécrétion chlorhydrique ; elle avait totalement disparu, ainsi que celle de la pepsine, et l'on ne trouvait plus que des acides organiques.
La symptomatologie de ces divers empoisonnements présente un grand nombre de points communs et Brinton^ en a magistralement tracé les grandes lignes. Il se produit d'abord une sensation de malaise et de chaleur au niveau de l'estomac à laquelle succède rapidement une