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Cruveilhier avait déjà posé l'indication formelle du trailement de l'ulcère résultant pour lui de l'étude approfondie qu'il avait faite de la maladie, et le rejios de l'ovcjane lui paraissait être la condition nécessaire de sa guérison. L'un de nous (Debove) ' s'est tout particulièrement attaché à l'étude de ce traitement curatif. Sans nous attarder à décrire les procédés des auteurs qui condamnaient leurs malades à une immobilité complète et à se nourrir par la voie rectale (mode d'alimentation bien insuffisant pour ne pas dire plus), nous allons aborder l'exposé de notre pratique.
Le diagnostic d'ulcère rond une fois posé, nous sou- Traitomeu., mettons d'abord les malades au régime lacté. Le lait doit être pris de préférence cru, et par petites quantités à la fois à la dose d'environ trois litres dans les vingt-quatre heures, pour éviter une surcharge des tuniques musculaires. En donner moins, serait soumettre le malade à une alimentation insuffisante; en permettre davantage, expose à la dilatation de l'estomac sans compter que la trop grande quantité d'eau contenue dans ce régime donne au malade une sensation de faiblesse.
Déjà l'action du lait sur la sécrétion chlorhydrique pro- Lait, duit une sédation marquée des souffrances en neutralisant l'excès d'acide. Mais il ne faut pas maintenir longtemps le régime lacté absolu. En effet le lait est pauvre en suIjstances amylacées, relativement à la quantité nécessaire dans l'alimentation ; l'albumine et la graisse seules sont
1. Debove, Thèse d'agrégation, 1878. Soc. méd. des hùpilaux, ISSl, 1882. 1884, 1886.
LES MAI,AD1ES DE l/ESTOMAC.
l'opi'dsoiilées en proportions suflisanlcs dans ce régime. Après avoir essayé successivement des conserves de lait dissoutes dans du lait frais, de la poudre de lait dégraissé, évaporé et pulvérisé, nous avons trouvé dans la lactose un excellent produit, qui, ajouté au lait en quantité suffisante, lui donne à volume égal une valeur alimentaire beaucou]) plus grande.
Lactose. A l'alimentation par le lait, on peut d'ailleurs ajouter l'emploi des poudres de viandes qui permettent d'administrer sous un petit volume une quantité considérable de produits azotés; ces poudres seront délayées dans de l'eau ou dans du lait. Quand la chose est possible nous employons, pour les faire ingérer au malade, la sonde qu'il ne faut pas enfoncer au delà de la moitié de l'œsophage.
Ces aliments n'exigent pas une grande activité motrice de l'estomac et ils n'irritent pas l'ulcère par leur contact.
.\icaiins. Mais nous avons vu qu'une des grandes causes de la douleur, la plus importante peut-être, était l'action, sur le point érodé, du suc gastrique acide. On arrivera à la supprimer en donnant an malade de grandes doses de bicarbonate de soude. Il devra en absorber autant qu'il sera nécessaire à la sédation de ses souffrances, cette substance étant, comme nous l'avons déjà dit, remarquablement inofîensive.
C'est seulement en employant de fortes doses sous forme de prises fréquemment renouvelées que l'on arrivera à dé terminer la neutralisation complète et permanente de sécrétions gastriques. Nous avons déjà dit, en parlant des dyspepsies, comment on devait administrer le bicarbonate de soude et nous ne saurions trop insister ici sur l'utilité de son emploi larga manu d'autant plus que son action sur l'ulcère est non seulement />rt//m^/ue mais cura*.ive;\\ supprime en effet l'autodigestion.
L'ULCÈRE ROND
Grâce à l'association du lait, des poudres alimentaires, (lo la lactose et des alcalins, on arrivera à atteindre l'idéal proposé par Cruveilliicr et les fonctions motrices de l'estomac n'ayant plus à jouer qu'un rôle minimum, ses sécrétions étant devenues inactives, on aura assuré ainsi le repos de l'organe. Sous l'influence de ce traitement, le malade , suffisamment alimenté et ne souffrant plus, retrouvera rapidement une santé dont il aura souvent été privé depuis longtemps.
Cette amélioration rapide constitue un danger, en ce sens que ni le médecin ni le patient ne doivent se départir des règles d'une prudence absolue. Les aliments solides les plus facilement assimilables , les moins susceptibles de léser la muqueuse, seront successivement autorisés, avec cette restriction que le moindre phénomène douloureux serait immédiatement suivi d'un retour au régime dès les premiers jours.
On arrivera ainsi à guérir l'ulcère rond; la cicatrisation, qui tend normalement à se faire, se produira dans des conditions de milieu tout à fait favorables. Nous parlerons pour mémoire des autres médications palliatives qui ont été proposées.
Trousseau' a vanté les bons eff"ets du nitrate d'argent; Médications
diverses.
il en administrait jusqu'à 10 centigrammes par jour en pilules de 1 centigramme. Luteau a conseillé l'emploi du perchlorure de fer à raison de 10 gouttes, trois fois par jour dans un verre d'eau sucrée. Bonnemaison (de Toulouse) employait le sous-nitrate de bismuth à très haute dose (70-80 grammes par jour), Abercrombie le sulfate de fer, Cazin la laitue vireuse (commencer par 10 centigr. et arriver progressivement jusqu'à 15 grammes d'extrait).
1. Trousseau et suivants cités ivàv D. Bcaumctz, Traitement des maladies de l'estomac. Paris, Octave Uoin, 1893.