‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 162 sur 243 · René Prus, Th. de Paris · texte numérisé non relu

René Prus, Th. de Paris

LE CANCER DE L'ESTOMAC

le cancer évoluant souvent sur un terrain préparé par la gastrite chronique, et celle-ci pouvant, comme nous l'avons vu, succéder à des troubles d'abord purement fonctionnels et d'origine neurasthénique.

L'hérédité joue, a-t-on dit, un rôle relativement important, cependant si Haeberlin l'a constatée'dans 8 p. dOO des cas, Brinton n'en parle pas et Lebert ne lui attribue qu'une valeur insignifiante. Les exemples historiques, comme celui de Napoléon P'", dont le père et la sœur étaient atteints de la même maladie, n'ont pas grande importance et les statistiques particulières sont le plus souvent muettes à cet égard. L'hérédité ne semble donc pas être ici chose plus certaine que dans les nombreuses maladies où on l'invoquait jadis; bien plus, si, comme les études les plus récentes tendent à le faire croire, la nature infectieuse du cancer vient à être un jour démontrée, il en sera pour cette maladie, quel què soit son siège, comme il en a été pour la tuberculose. La notion d'hérédité disparaîtra devant celle de l'infection par contage direct ou indirect, et les ascendants ne transmettront plus qu'une prédisposition.

L'étiologie du cancer de l'estomac est donc obscure et le quid divinum des anciens tient encore la place prépondérante dans les causes que nous lui reconnaissons. C'est une affection de l'âge mûr et du sexe masculin surtout, mais nous ne possédons aucune donnée précise sur ses causes premières et nous croyons mieux faire en avouant notre ignorance qu'en nous associant à des hypothèses qui ne reposent toutes que sur des bases trop fragiles.

La pathogénie est mieux connue, et si, dans bien des cas, elle nous échappe encore, nous trouvons dans la localisation habituelle du cancer, dans ses relations avec la gastrique chronique et l'ulcère rond, des facteurs importants de son évolution.

IIér(<dité.

Pathogénie.

Siège. Le cancer de l'estomac siège le plus souvent au pylore,

puis au cardia et les autres localisations sont rares en comparaison des deux que nous indiquons. Sur 360 cas analysés par Brinton, 219 fois, soit 60 p. 100, le pylore était le siège de la lésion. Rokitansky ' prétendait que le cardia était rarement atteint, mais Brinton l'a trouvé primitivement lésé chez 36 de ses malades, soit 10 p. 100 du nombre total, et d'autres statistiques donnent une proportion de 13 p. 100. Katzenellenbogen, sur 60 cas, a vu la tumeur siéger 35 fois au pylore, 10 fois au cardia; Kohn donne les chiffres suivants sur le total des 164 observations qu'il a réunies: Pylore 60, cardia 40, petite courbure 27, estomac entier 21, grande courbure 8, paroi antérieure et postérieure chacune 7; et Fischl", sur 15 cas, où la résection fut pratiquée, a vu 6 cancers du pylore et 5 du cardia pour 3 de la petite et 1 de la grande courbure^ Les orifices sont donc les deux points d'élection du néoplasme. Toutefois, Israël^ a montré que le cancer se développait, non pas au niveau même des orifices, mais sur la muqueuse voisine. Les orifices gênent momentanément son développement, la musculeuse agit de même, et cette constatation a une importance considérable au point de vue de la précocité de l'intervention.

Cette localisation au niveau des orifices, du pylore surtout, a été l'origine d'une théorie pathogénique que Brinton a reprise et faite sienne. En dehors du rectum, de l'œsophage et de l'utérus, l'estomac est, de tous les organes, le plus riche en fibres musculaires lisses. Ses fonctions impliquent une mise en mouvement constante et

1. RoKiTANSKY, llandbuch der speciellen pathol. Anatomie. Bdll, p. 205.

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