‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 169 sur 243 · Ott. Arnold, Diss. inaug. Berlin, p. 117, 18G · texte numérisé non relu

Ott. Arnold, Diss. inaug. Berlin, p. 117, 18G

cés, acides. Plus le malade est jeune, plus cette anorexie contraste avec ses habitudes antérieures. Elle est naturellement moins nette chez les individus d'un certain âge, alors que l'appétit diminue. Enfin on a prétendu que ce symptôme était plus marqué dans les formes de néoplasme à évolution rapide. Il faut d'ailleurs toujours se souvenir que des causes psychiques, une simple dyspepsie, peuvent déterminer le même phénomène, et partant ne pas lui accorder plus d'attention qu'il ne mérite.

Douleur. La douleuT a plus d'importance ; Brinton et Arnold l'ont retrouvée 92 fois sur 100. Katzenellenbogen la croit presque constante. Son siège varie; il est indépendant de celui de la tumeur; un cancer du pylore peut déterminer des sensations pénibles ou une véritable douleur à l'hypochondre gauche ou à l'épigastre, aussi bien qu"à l'hypochondre droit. Lorsque la tumeur est au cardia, HanoV a prétendu que la douleur se localise en un point plus directement en rapport avec le siège du néoplasme; ce qui est certain, c'est la plus grande fréquence de la scapulalgie, à gauche. La douleur, qui traduit un cancer de la petite courbure, déterminerait une sensation pénible entre les épaules. Mais encore une fois, ces relations sont trop vagues pour pouvoir servir à préciser un diagnostic.

La douleur dans le cancer de l'estomac est éminemment variable comme intensité. Certains malades succomberont sans avoir jamais éprouvé autre chose qu'une sensation mal définie de pesanteur à l'épigastre ; c'est plutôt un malaise qu'une véritable douleur. D'autres se plaindront d'une compression, d'une constriction épigastrique, déjà plus pénible que la forme précédente, mais étant encore lom d'égaler les vives souffrances observées dans certains

1, Hanot, Arch.gcn. de méd., oct. 1881.

LE CANCER DE L'ESTOMAC

cas Les élancements à l'épigastre apparaissent, en effet, le plus souvent d'emblée, ou après avoir été précédés pendant plus ou moins longtemps par les sensations pénibles que nous venons de signaler. Cette douleur lancinante appartient en propre au cancer; elle.diffère de celle de l'ulcère rond qui est brûlante et qui donne au malade la sensation d'une plaie à vif. Elle n'est pas, comme dans l'ulcère, en relations nettes avec le séjour des aliments dans l'estomac, et si ceux-ci provoquent quelquefois des exacerbations, la douleur ne cesse ni à la fin de la digestion stomacale, m après le vomissement; enfin son intensité varie, mais les souffrances ne disparaissent jamais complètement.

De même qu'elle a pu être pendant un certain temps précédée par les sensations pénibles dont nous avons parlë, la douleur est quelquefois remplacée vers la fin de la mJladie par une de ses formes atténuées, ou bien elle persiste pour ainsi dire jusqu'au dernier jour.

Lorsque la tumeur s'ulcère, on voit enfin, mais rarement, apparaître des phénomènes douloureux analogues à ceux qui accompagnent l'ulcère rond. On constate au cours de ces crises une douleur aux points épigastrique et rachidien, pouvant cesser momentanément sous l'influence des vomissements; mais la douleur propre au cancer subsiste et occupe seule la scène alors que l'estomac s'est vidé.

Enfin, et d'une façon tout à fait générale, on est autorisé à admettre une intensité variable des phénomènes et cela en raison directe de la rapidité d'évolution et de la facilité de propagation de la tumeur. C'est donc chez les sujets jeunes, dans le cancer encéphaloïde, que la douleur aura son maximum.

Le vomissement est également un des symptômes les plus vomissement, fréquents : Brinton indique une proportion de 88 p. 100; Arnold de 86 p. 100; Katzenellenbogen de 31 sur 60. Ce

phénomène dépend d'ailleurs du siège de la tumeur; si elle est aux orifices, il ne manque presque jamais; lorsque, au contraire, le cancer a envahi une des parois, les malades vomissent hien plus rarement et ce symptôme peut môme faire complètement défaut.

Au début, les malades vomissent souvent, et la fréquence des vomissements persiste indéfiniment lorsque le cancer siège au cardia. La dilatation œsophagienne ne permet, en effet, qu'à de petites quantités de matières de séjourner audessus du point rétréci et très souvent un effort de régurgitation, dans la production duquel intervient un certain élément spasmodique, ramène les aliments presque immédiatement après leur ingestion. Tantôt cette régurgitation se produit pour tous les liquides et les solides, tantôt au contraire les bouillies, les boissons franchissent encore l'obstacle alors que les aliments plus résistants sont rejetés. Après de longs mois seulement, la stase dans l'œsophage dilaté acquiert quelque importance et les vomissements n'ont plus lieu à un moment aussi rapproché de l'ingestion.

Quand la tumeur siège au pylore, le rejet du contenu gastrique, pouvant être précédé de nausées et de renvois plus ou moins fétides, mais qu'aucun prodrome ne précède nécessairement, a lieu un certain temps après le repas. Au début, le vomissement n'est dû qu'à la présence de la tumeur dans la paroi gastrique; elle n'agit encore que comme cause d'irritation. Il est alors dans une certaine mesure moins fréquent que dans le cas où le pylore est à peu près complètement obstrué par le cancer. Il finit par succéder à chaque repas et a lieu alors au, bout de trois ou quatre heures. Puis, plus tard, la tonicité des parois gastriques diminue, le muscle distendu se prête à une réplétion plus ou moins considérable de la cavité, et c'est à des intervalles de 24 ou 48 heures, et même davantage,

LE CANCER DE L'ESTOMAC

que les malades rejettent des masses de liquides, nauséabonds, et anomalement riches en acides gras Ces vomissements disparaissent eux-mêmes lorsque 1 ulcération de la tumeur, en supprimant Tobstacle, permet aux aliments de franchir de nouveau le point antérieurement rétréci.

Quand la tumeur siège sur un autre pomt que les orifices surtout quand la petite courbure est mtéressée, on observe encore des vomissements; ceux-ci, plus rares, en oénéral, que dans les cas précédents, n'en peuvent pas Loins devenir vraiment intolérables. Nous devons en mentionner une forme particulière qui répond à TmAltration .cancéreuse de la paroi gastrique dans sa majeure partie ou dans toute son étendue. Dans ces cas, les malades ne vomissent, en effet, que si la quantité des ingesta dépasse la quantité toujours minime d'aliments que la cavité rétrécie est susceptible de contenir.

Les matières vomies, selon la fréquence des vomissements présentent des altérations variables. Tantôt, à peine modifiées, si elles sont rejetées peu de temps après leur ingestion, elles peuvent, si leur séjour se prolonge dans l'estomac, présenter une odeur repoussante et une véritable putréfaction. On y trouve alors tous les produits de fermenlation possibles, des sarcines, des cellules de levure, etc. Quelquefois, elles renferment du sang.

\J hémorragie est un symptôme d'ulcération, quelle qu'en Hématémùse. soit la nature. On l'observe dans 42 p. 100 des cas de cancer d'après Brinton, dans 40 p. 100 d'après Léo. En réalité, la fréquence de ce symptôme doit être plus grande que ne le font croire ces chiffres, car quelquefois le sang suinte d'une façon insensible à la surface de l'ulcération. Il se digère et colore alors en gris sale les matières vomies, sans que l'intensité de cette teinte soit suffisante pour attirer l'attention.

D'une façon générale, comme l'ulcération cancéreuse intéresse à peu près exclusivement des capillaires et ne se produit qu'à un moment oij l'atonie gastrique est déjà plus ou moins marquée, le sang contenu dans les vomissements aura subi des altérations variables. Il sera noir, poisseux, présentera une teinte analogue à du marc de café ou à de la suie. Mais il ne faudrait pas considérer ces caractères comme pathognomoniques. L'hémorragie du cancer peut se composer de sang rutilant ou peu altéré, soit qu'un gros vaisseau ait été ulcéré, comme dans les observations de Dusch*, de Cayley^, de 0. Larcher^, de Read% de Tapret\ etc., soit qu'au contraire, il se soit produit vers la muqueuse une poussée congestive intense comme on en observe dans la cirrhose au début. Ce symptôme est quelquefois isolé et alors, le diagnostic deviendra très difficile comme dans l'observation de Tapret.

Korczynski et Jaworski ^ ont indiqué un moyen qui rendra des services dans les cas douteux. Le sang vomi est abandonné à lui-même pendant 8 ou 10 jours. On trouve alors au microscope, dans le dépôt qui se forme, des cristaux d'hémine, développés aux dépens de l'HCl, s'il s'agit d'un ulcère, et ces cristaux font défaut quand le sang a été fourni par une ulcération cancéreuse, puisque le cancer s'accompagne ordinairement d'anachlorhydrie. En opposition avec ces faits sont ceux dans lesquels le suintement est si faible qu'il est impossible d'affirmer à l'examen direct la présence ou l'absence de globules rouges dans les

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