Thiébaut, Th. de Nancy
LA DILATATION
l'étude soit susceptible de donner quelques renseignements, . il faudra avoir soin de laver la cavité gastrique la veille au soir. Les matières retirées par ce lavage préalable, parfois extrêmement abondantes et présentant la même composition que les vomissements, se séparent ordinairement par le repos en trois couches : une supérieure mousseuse et trouble; une moyenne, liquide; une inférieure, composée de détritus alimentaires de toute espèce, ou simplement de substances amylacées, comme cela a lieu chez les malades hyperchlorhydriques. On y trouvera au microscope des ferments, des sarcines, toute la série des produits qui peuvent, normalement ou non, être contenus dans l'estomac.
Le matin, à jeun, la cavité gastrique, préalablement vidée la veille, pourra renfermer de nouveau des produits de sécrétion acides (gastro-succorrhée), neutres, ou riches en mucus (alcoolisme, gastrite chronique).
La digestion du repas d'épreuve sera en général ralentie, et dans les cas de cancer surtout, il sera impossible de déceler l'acide chlorhydrique. Chez d'autres malades on constatera un état normal ou exagéré délia sécrétion de l'HCl. Dans tous les cas, les réactifs appropriés permettent de reconnaître la présence en excès d'acide lactique et d'acides gras,
A ces symptômes déjà nombreux s'en ajoutent encore constipation, d'autres qui relèvent de l'état de l'intestin. La constipation est fréquente ; elle est opiniâtre, et non seulement les selles sont rares, mais la quantité de matières évacuées est également beaucoup moindre qu'à l'état normal. Ce signe a une grande valeur, car il indique la quantité approximative des aliments qui passent dans l'intestin. Ainsi Kussmaul avait déjà pu établir le pronostic des malades soignés par lui, selon que, en traitant les dilatations, le cours normal des matières se rétablissait ou non. Ce dernier fait in-
diquc une slcnosc incurable du pylore, sur la gravite"' do laquelle il est inutile d'insister.
État L'urine est également modifiée en qualité et en quan-
tité. Les malades sont dans un véritable état d'inanition chronique, et l'urée est ainsi forcément diminuée. L'estomac absorbe peu de liquide, comme en témoigne la soif constante dont ces sujets sont tourmentés, et la dilatation entraîne une oligurie relative. Enfin, quand la dilatation accompagne une sécrétion exagérée d'acide chlorhydrique, et que celui-ci est rejeté au dehors soit par des vomissements fréquents, soit par le fait de lavages trop répétés, l'urine devient alcaline. Nous avons déjà suffisamment développé toute cette urologie spéciale pour n'avoir pas à y insister.
Troubles La dilatation peut s'accompagner d'un certain nombre .sychiques. phénomènes rares, qui constituent en général de
véritables complications. Certains auteurs, Léo' entre autres, l'ont vue s'associer à de véritables crises de délire. Duchon-Doris^ a étudié ces désordres psychiques, et a montré que les hallucinations et le délire des persécutions, le délire religieux, parfois observés, se développent chez des individus chez lesquels une tare héréditaire a joué le rôle de cause prédisposante; l'affection stomacale n'a dans le cas particulier pas eu d'autre valeur que celle de cause occasionnelle.
Wagner^ a rapporté l'observation d'un malade qui mou-
1. Léo, Diagn. der Krankh. cl. Vcrdauungsorgane, p. 41. Berlin, 1892.