GuiPON, Bulletin de thérap., 13 août
3. Peyer, CorrespondenzbLalt f. Schweiz. Aerzle, n" 20, p. 624, oct.
INTERROGATOIRE DU MALADE
La forme chronique de la boulimie est beaucoup plus commune; elle est annoncée par des prodromes; les malades ont d'abord besoin de manger d'une façon fréquente, puis les accès de faim se répètent de plus en plus souvent. Ces crises reviennent huit, quinze fois dans les vingtquatre heures, s'accompagnent de sueurs froides, de tremblement, troublent le sommeil et laissent constamment au malade une sensation de vide, d'inanition, en même temps qu'une grande fatigue musculaire. La céphalalgie est fréquente et l'intelligence s'affaiblit souvent. Ces phénomènes peuvent s'associer à d'autres symptômes qui traduisent un état pathologique de l'estomac, telle la dilatation chez les hyperchlorhydriques.
L'exagération de l'appétit peut encore s'associer, dans Des caprices, le cours d'une affection de l'estomac, à de l'anorexie. Il est des malades qui attendent le repas avec une impatience maladive, perdant tout appétit à la première bouchée; la répulsion, la pesanteur gastrique remplacent tout d'un coup, et dès le début du repas, la faim exagérée qui les tourmentait; une auto-suggestion, une contrariété au début du repas provoquent chez des nerveux, chez des neurasthéniques, surtout chez des femmes', une suppression tout à fait analogue de l'appétit.
L'appétit peut être seulement variable. Tantôt exagéré, tantôt réduit à néant il subit des modifications dont la brusquerie capricieuse ne peut s'expliquer que par des troubles du système nerveux. Mais tous ces phénomènes ont leur importance, et nous ne pouvons décrire, avec le même détail que les formes extrêmes, les troubles moins marqués qui dépendent des divers états pathologiques. Une simple diminution de l'appétit, il ne faut pas l'oublier, peut cependant être l'un des premiers symptômes d'une tuberculose pulmonaire, d'une affection cardiaque.
OU d'une affection rénale, pour ne citer que des exemples. Après les troubles de la sensibilité spéciale, nous devons rechercher les modifications de la sensibilité générale de l'estomac.
Les différentes sensations pénibles que le malade éprouve dans la région gastrique ont été pendant longtemps le seul guide que les médecins avaient à leur disposition. Elles ont servi de base à de nombreuses classifications des dyspepsies. On a même voulu faire de la gastralgie une entité morbide. Ce ne sont cependant que des symptômes, variables comme intensité, d'origine différente selon les cas, quoique singulièrement uniformes dans la description que peuvent en faire les malades. Quelle différence y a-t-il, par exemple, pour le malade, entre la douleur d'une crise gastrique essentielle et celle d'une crise viscérale d'ataxie locomotrice?
Une des sensations pénibles les plus fréquentes est le sentiment de plénitude et de pesanteur épigastrique. Tantôt cette pesanteur est fugace; elle apparaît après le repas, puis disparaît sans incommoder sérieusement le malade. Tantôt elle augmente au fur et à mesure que la digestion progresse, pour décroître et disparaître pendant que l'estomac se vide. Chez d'autres enfin elle persiste ; l'estomac est vide, il « pèse » encore au malheureux dont la neurasthénie est alors responsable de cette sensation fatigante. On ne peut mieux la comparer qu'à la sensation de casque, si commune dans cette même maladie et à laquelle ne répond aucune lésion cérébrale, comme la pesanteur gastrique ne répond à aucune lésion de l'estomac.
Pesanteur et plénitude gastriques sont deux phénomènes tout à fait connexes ; peut être sont-ils plus intenses chez les malades atteints de dilatation avec stase énorme
INTERROGATOIRE DU MALADE.'
des aliments, mais leur valeur est nulle au point de vue du diagnostic. Nous n'insisterons donc pas davantage; il suffit de les connaître pour leur attribuer, dans les résultats fournis par l'interrogatoire, la valeur qu'ils méritent.
Tout autre est l'importance de l'élément douleur; une étude attentive de ce symptôme peut fournir des renseignements d'une grande valeur ; mais il faut insister pour obtenir des malades une description exacte des sensations qu'ils éprouvent; cette douleur peut être en effet d'origine tout à fait différente selon les cas, et cependant ne présenter, d'un malade à l'autre, que des nuances fort légères. Le premier point qu'il faille établir, c'est que la douleur dont le patient se plaint est réellement d'origine Nécessité gastrique; elle peut, en effet, avoir pour point de départ /-^ 'l'^^'^'^ci^'-
1 i. X ri • A la douleur gas-
aes organes très éloignés, et pour cause des altérations
trique des autres
organiques tout à fait indépendantes de l'estomac. qurpïuvent Le rhumatisme de la paroi abdominale' pourra, dans i^s'^uier. quelques cas, être pris pour de la gastralgie. Lorsque nous étudierons les procédés d'examen objectif du malade, nous verrons que la palpation permet de distinguer le siège des souffrances. Il en est de môme dans les cas de névralgies intercostales; les malades accusent une douleur dorsale et une douleur à l'épigastre; très souvent il existe également une sensation pénible, unilatérale, et, au cas où elle passerait inaperçue, l'exploration directe de la région suffirait rapidement à lever tous les doutes.
Au lieu d'être continues comme dans le cas de rhumatisme ou de névralgies, les douleurs peuvent survenir par crises. Habershorn ^ a montré qu'un anévrysme de la paroi antérieure de l'aorte détermine parfois des accès de douleurs gastriques extrêmement vives, par altération
1. LÉO, Diagnostic dcr Krunkheiten der Verdauungsorgane. Berlin, 1890