‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 93 sur 243 · LASIiGUE · texte numérisé non relu

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LES DYSPEPSIES

donnements d'oreille, des éblouissements, des vertiges; les autres auront une anxiété constante, des palpitations, des crises de suffocation. Bref, tous les symptômes de la neurasthénie la plus accentuée peuvent occuper la scène et l'état général s'en ressentira plus ou moins.

Enfin quand on vient à étudier de plus près les diverses phases de la digestion, on est frappé de ce fait qu'il n'y a pas entre les troubles fonctionnels et les sensations éprouvées par le malade de relation évidente. Bien plus la même douleur, en dehors des cas extrêmes bien entendu, peut s'observer quand l'estomac est normal et quand ses fonctions chimiques ou motrices sont perverties.

On peut donc résumer dans les deux propositions suivantes tout ce qui a trait à l'étiologie, à la pathogénie et aux symptômes généraux des dyspepsies :

1° // ïHy a pas de rapport constant entre la cause et la forme de la dyspepsie.

2" // n'y a pas de rapport constant entre les troubles de la fonction de V estomac et les sensations du malade.

Il est malheureusement très difficile de réunir dans un seul tableau toutes les formes possibles, et nous allons être obligés de grouper |les faits en plusieurs séries, selon que l'on constatera la prédominance lors de l'étude des fonctions de tel ou tel symptôme, moteur, sécrétoire ou sensitif. Il ne faut pas oublier toutefois que les nécessités de la nosographie nous obligent à dissocier des phénomènes en réalité unis dans la nature; s'il est permis à la rigueur de donner à telle ou telle forme du syndrome le nom de son facteur principal, il faut avoir toujours présent à la

mémoire que ce l'acleiir n'est jamais isolé, et que le passage d'une forme à l'autre est toujoure possible.

Et tout d'abord on verra, quoique ce ne soit pas là la forme la plus fréquente, des malades constipés habituellement, qui se plaignent d'avoir un appétit capricieux, en général très diminué; d'aucuns ont un goût exagéré pour des substances peu nutritives. Après le repas ils ont des D.vsi.opsio renvois inodores; ils vomissent rarement, mais désiresimpiomont paient volouticrs pouvoir le faire, car, sans être douloureux, l'estomac leur pèse; ils éprouvent, au creux épigastrique, une sensation de tension pénible, mais que ne modifie guère l'ingestion des aliments; par moment ils ont du pyrosis. Ces malades se plaignent aussi d'avoir du vertige, de la céphalalgie; un casque de métal, disent-ils, leur serre l'occiput; à d'autres moments c'est un poids qui les gêne pour respirer.

Ils ont des palpitations, leurs forces ont disparu; des idées tristes, des cauchemars, des inquiétudes indéfinissables les assaillent. — Vous explorez leur estomac, le matin, à jeun; il ne contient rien; après un repas d'épreuve, l'état des sécrétions est normal. Ils soulfrent de leur estomac cependant et ont sans doute déjà été soumis à un grand nombre de médications.

Ces malades ont ce que Leube appelait de la dyspepsie nerveuse.

«îastiaigLc. Chcz d'autrcs, les fonctions chimiques et motrices sont également suffisantes, mais il existe une véritable névrose de la sensibilité. Les manifestations portent tantôt sur la sensibilité spéciale, tantôt sur la sensibilité générale de l'organe. Nous avons décrit, en parlant de l'interrogatoire du malade, les troubles de l'appétit, l'anorexie, la boulimie, les diverses perversions dont cette fonction peut être atteinte. Les sensations de pesanteur, de plénitude gas-

trique, dont nous parlions tout à l'heure, sont, au contraire, des phénomènes dus à des troubles de la sensibilité générale.

Quelquefois la dysesthésie devient telle qu'elle a pu autrefois être considérée comme une dyspepsie spéciale; elle prend alors le nom de gastralgie. Le malade éprouve, après le repas, une douleur atroce, térébrante, irradiée dans le dos, aux épaules, mais pouvant survenir aussi en dehors de la digestion, ce qui la distingue des douleurs de l'ulcère rond. D'ailleurs, une pression au niveau de l'estomac la calme ; les malades présentent souvent aussi d'autres phénomènes hystériques ou neurasthéniques. Les idées hypochondriaques ne sont pas rares, et comme il est difficile au patient de ne pas s'imaginer que l'ingestion des aliments renouvelle ses souffrances, il se prive de nourriture et son état général s'en ressent.

Ici encore, cependant, les fonctions chimiques ne sont en rien altérées et la déplétion de l'estomac vers l'intestin s'effectue normalement.

Si les douleurs constituent parfois le seul ou le principal ti oui.ics élément du syndrome dyspepsie, elles ne manquent guère lorsqu'il existe un trouble de sécrétion, excepté cependant dans des cas rares, où sous l'influence de la neurasthénie, de l'hystérie ou du tabès, cette sécrétion a disparu. Un malaise gastrique vague est quelquefois le seul trouble qui traduit l'anachlorhydrie; celle-ci existe chez des individus qui ne souffrent pas de l'estomac, qui ne sont donc pas, à proprement parler, des dyspeptiques ; il n'y a plus là qu'une modification intéressante d'une fonction qui se supprime en général sous l'influence d'une gastrite chronique.

En revanche, une aflection du système nerveux semble être la cause primitive des différentes maladies qui ont successivement été décrites par Leyden sous le nom de crises gastriques et par Reichmann sous celui de gastro-

mccorrhée; Rossbach a appelé l'une d'elles gastroxynsis et Lépine gastroxie; d'autres formes très voisines des précédentes sont actuellement connues sous le nom à'hyperchlorhydrie avec ou sans hypersécrétion. Tout récemment MM. Bouveret et Devic ont appelé maladie de fleichmann une de ces dyspepsies dont l'étude est plus particulièrement intéressante et qui servira de type à notre description. Maladif Ce syndrome peut affecter trois formes qui ne se succèdent pas nécessairement. La première a une étiologie nerveuse très nette; on peut la rapprocher des crises viscérales du tabès; procédant par crises, elle a été considérée comme une forme de dyspepsie d'origine cérébrale. Un malade sur lequel agissent, depuis plus ou moins longtemps, les influences que nous avons discutées précédemment, est pris brusquement, sans cause appréciable souvent, d'une céphalalgie intense avec douleurs atroces à l'épigastre. Il vomit d'abord les aliments, puis un liquide, coloré ou non par de la bile, et dont le passage dans le pharynx s'accompagne d'une sensation de brûlure extrêmement vive. L'abdomen est rétracté, la constipation opiniâtre, Turine foncée, sédimenteuse. Il existe une hyperesthésie générale , quelquefois même des troubles des organes des sens. Par ces derniers phénomènes la crise gastrique se rattache à certaines formes de migraines accompagnées de divers troubles nerveux. Le liquide vomi, plus ou moins abondant selon les sujets, est du suc gastrique pur, acide, contenant souvent plus de 2 grammes p. 1000 d'acide chlorhydrique, et la quantité qui en est rejetée est considérable; cependant le malade ne peut ingérer la moindre quantité de substances liquides ou solides. Ces crises durent en général douze ou vingt-quatre heures, s'accompagnant d'insomnie, d'agitation et d'une soif intense. Puis tout rentre dans l'ordre jusqu'à ce qu'une nouvelle émotion, un no avel

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elFort intellectuel trop intense, une nouvelle fatigue viennent en provoquer le retour. Dans l'intervalle des crises, les malades ne souffrent pas, et les fonctions de l'estomac s'accomplissent normalement, tant au point de vue moteur qu'au point de vue chimique.

A cette première forme succède parfois la seconde, mais celle-ci peut aussi débuter d'emblée et graduellement. Peu à peu, un malade est tourmenté par une soif constante; fréquemment il a du pyrosis après les repas. Au bout d'un certain temps, il s'ajoute à ces symptômes de véritables crises douloureuses apparaissant quatre à cinq heures après le repas et reproduisant en petit les caractères de celles que nous avons décrites plus haut ; fréquemment ces malades, qui souffrent davantage la nuit, vomissent le matin des liquides acides déterminant une sensation de brûlure à la gorge et dont le rejet les soulage. Déjà, à ce moment, leur état général commence à s'altérer; ils maigrissent et se cachectisent lentement, à la fois parce qu'ils souffrent, se nourrissent mal et sont assiégés par des préoccupations sérieuses sur leur état. A ce moment aussi, si l'on examine l'estomac le matin à jeun, on constate qu'il contient du liquide. Celui-ci est acide, digère bien les matières albuminoïdes et tient en suspension une plus ou moins grande quantité de matières amylacées, dont la digestion salivaire a été brusquement arrêtée au moment où elles sont arrivées dans l'estomac. Tantôt les souffrances restent ainsi uniformément vives après les repas, tantôt, au contraire, à des périodes de calme relatif succèdent des crises plus violentes. Non seulement, il y a prolongation de la sécrétion dans l'intervalle des digestions, et l'estomac n'est jamais vide, mais encore au moment où l'excitation alimentaire a lieu, il y a une exagération de la sécrétion chlorhydrique. L'hypersécrétion s'est associée à Thyper-

chlorhydrie qui a pu exister seule au début de la maladie.

Ces malades ont souvent de la diarrhée. Les douleurs dont ils se plaignent ressemblent singulièrement à celles de l'ulcère rond. Cette coïncidence est d'ailleurs fréquente; l'on doit toujours penser chez eux à l'existence possible de cette lésion et prendre de grandes précautions si l'on veut employer la sonde. Enfin un dernier signe, important, c'est l'accalmie que provoque l'ingestion des matières albuminoïdes ou des alcalins.

Cette maladie est peut-être un des meilleurs exemples qu'il nous soit possible de donner de Terreur commise en faisant de la dyspepsie autre chose qu'un syndrome. Voilà, en effet, une affection débutant par un trouble purement fonctionnel, trouble placé lui-même sous la dépendance exclusive de l'irritation centrale et même peut-être périphérique des nerfs glandulaires, et qui, à un moment donné, est susceptible de s'accompagner d'un ulcère rond. Celui-ci est une maladie avec lésions anatomiques à laquelle il n'est pas permis de donner le nom de dyspepsie sous peine de tomber dans une confusion éminemment regrettable.

La composition du liquide contenu dans l'estomac, le matin à jeun et constaté par le lavage, est aussi un bon exemple de la solidarité qui unit les diverses fonctions gastriques. Ici le symptôme principal est, en effet, le trouble sécrétoire, l'hyperchlorhydrie, mais la douleur s'y associe avec une intensité variable, et la stase des matières amylacées prouve qu'il existe aussi un certain degré d'atonie musculaire, de trouble moteur.

La troisième forme de la maladie de Reichmann n'est que l'exagération de la précédente"; la douleur, les vomissements, la dilatation de l'estomac deviennent de plus en plus graves et intolérables; les malades finissent par tomber dans une cachexie qui peut faire penser à un can^

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ccr. D'autre part les fibres musculaires ne sont plus simplement atones, elles s'atrophient; les glandes ne fonctionnent plus seulement d'une manière exagérée, elles subissent de véritables lésions anatomiques. Plus tard la sclérose du tissu conjonctif amène la rétention de leurs produits de sécrétion et les transforme ainsi en kystes, ou bien les atrophie et les fait disparaître. Au catarrhe acide succède un catarrhe muqueux. L'état décrit par Meyer sous le nom de phtisis ventriculi est constitué, et on a alors devant soi, non plus une dyspepsie, mais une véritable gastrite chronique différant par son début seul des autres gastrites, que nous étudierons un peu plus loin. Dans l'espèce, c'est encore la terminaison la moins fâcheuse \

Les troubles de la fonction motrice sont rarement isolés. Dj'spppsios Cependant certaines formes de rumination, ne s'expli- m°tnw-s. quant que par une parésie du cardia, certaines atonies de la musculeuse à début brusque ou graduel, ne s'accompagnant que d'une extensibilité anormale de l'estomac sans troubles chimiques ni stase alimentaire, peuvent être considérées comme les formes les plus faciles à reconnaître de dyspepsie par insuffisance motrice. Ebstein ^ a montré qu'en dehors des lésions anatomiques susceptibles d'atteindre le pylore et d'entraver son fonctionnement, ce sphincter peut être simplement parésié. Ceci ne se produit guère que lorsqu'il y a anesthésie de la muqueuse gastrique ou lorsque, comme dans la sclérose en plaques ou le tabès, le pouvoir excito-moteur de la moelle est con sidérablement diminué. Ebstein recommande enfin l'emploi des mélanges effervescents pour diagnostiquer cette parésie particulière, qui s'accompagne de tympanisme et de diarrhée; on s'apercevra alors que l'acide carbonique

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