CHAPITRE VIII
Les tumeurs bénignes de Testomac, sont rares, le j)lus souvenl ce sont des découvertes d'autopsie.
Ces tumeurs peuvent prendre naissance aux dépens des divers éléments de la paroi gastrique : les unes proviennent du tissu fibreux ou du tissu musculaire, ce sont les fibromes^ les myomes, les lipomes, les myxomes : les autres résultent de la prolifération de la couche glandulaire, ce sont les polj/adénomes.
Ces dernières formations ont un intérêt particulier ; en efll^t elles semblent représenter dans certains cas le premier stade de dévelojH pement d'une tumeur maligne ; aussi c'est sur elles surtout que nous insisterons.
Fibromes. — D'après Tilger, on rencontrerait cette tumeur une» fois sur trois mille estomacs. On trouve les fibromes sur les personnes Agées, ils peuvent faire saillie soit à la face mu(jueuse soit ù la fnce péritonéale de l'estomac. Ils ne se traduisent en général par aucun symptôme. Mais parfois, ils peuvent revêtir un aspect cIini(|U(' rappelant le cancer de l'estomac. Dans un cas de Cornil, un (ibrouie polypeux, long de 8 centimètres, s'était engagé dans le pylure i*t avait amené des symptômes de sténose.
Lipomes, — Les lipomes prennent naissance dans la tunique* sousmuqueuse ou dans le tissu cellulaire sous-séreux, ils font saillie simI dans Testomac soit dans la cavité péritonéale ; ils ont tendance ù sr [)édiculiser : peu "volumineux, ils présentent les dimensions d'un iK>is. (l'une aveline, parfois d'une amande.
Mf/omes et fibromi/omes. — Ces tumeurs développées aux dé|HMis de la couclie musculaii*e ont une structure très comparable à celle du fibromvome de l'utérus. Les mvomes peuvent faire saillie sur la facr péritonéale de l'estomac, ils revêtent en général ras|>ect de tumeurs petites et dures. S'ils se développent dans la cavité gastrique ils eon.stiluent une tumeur plus volumineuse, souvent pédiculisée.
Dans un cas rapporté par Erlach, un myome parti de la couche musculaire de l'estomac avait atteint un volume énorme et |H\s(itt
5 400 grammes ; il s'était développé dans la cavité péritonéale, il fut enlevé par une laparotomie.
Toutes ces tumeurs de Testomac, fibromes, lipomes, fibromyomes, peuvent être en partie myxomateuses.
Ajoutons enfin que Ton connaît une observation de kystes dermoïdes de lestomac rapportt»e par Ruysch.
POLYADENOHES
On donne le nom de polyadénomes à des néofonnations développées aux dépens de Tépithélium des glandes gastriques, mais différant du cancer par leur bénignité.
Symptômes.' — Nous ignozt)ns complètement les causes qui provoquent l'apparition de ces tumeurs : on les rencontre surtout chez les gens âgés, et encore assez rarement : Ménétrier a fait rt^marquer la coïncidence fréquente des polyadénomes gastriques avec d'autres néoplasies viscérales : fibromes utérins, kystes de Tovaire, polypes <le rintestin.
Le plus souvent, le polyadénome ne se traduit par aucun signe, et, presque toujours, il s'agit d'une découverte d'autopsie. Pourtant, Chaput a opéré un homme sur letjuel on avait diagnosti(|ué un cancer gastrique; il avait en réalité un polyadénome pédicule, énorme, du volume d'une tête de fœtus : le malade guérit parfaitement. D'autre part. Ménétrier rapporte Thistoiit* d'un malade qui avait de l'anorexie, de la diarrhée, de l'œdème des jambes et de l'ascite : à l'aulopsie on trouva un polyadénome en nappe.
Mais, sauf ces cas très rares, la lésion est et reste silencieuse, et, si elle nous intéresse, c'est surtout par ses caractères anatomiques.
Anatomie pathologique, — On* peut décrire trois variétés dt* polyadénome gastrique :
Le polyadénome polypeux ;
Le polyadénome en nappe ;
Le polyadénome à type brunnérien.
Le polyadénome polypeux est le plus communément connu : il a été vu et décrit par Morgagni, Andral, Gruveilhier, et plus récemment l'étude histologique en a été faite par Virchow, Lancereaux, Brissaud, Ménétrier, LetuUe. Ces adénomes se présentent sous la forme de [>etites saillies arrondies, du volume d'une lentille, d'un pois, d'une noisette. Elles s'implantent parfois sur la surface de l'estomac par un véritable pédicule très étroit, mais souvent aussi elles sont sessiles. D'ailleure on trouve tous les intermédiaires entre la simple saillie
papuleuse et le polype le plus parfait. Elles sont grises ou i-ougeAlres. molles au toucher.
On peut en rencontrer sur tous les points de la muqueuse gastrique, elles sont pourtant plus abondantes en général dans la rfl-gion pylorique. Leur nombre est très variable : on peut n'en trouver qu'un, deux, ou trois ; on peut en compter aussi beaucoup plus, 20, 30, et même jusqu'à 200.
Les ganglions lymphatiques de l'estomac, sont toujours intacts; CCS tumeurs en effet ne se généralisent pas.
Ménétrier a fait une étude très com)>lèle sur la structure de ces adénomes |>oIypeu,x, Si l'on couix" la tumeur suivant une direction
Fl«. il.
(ie polyaclénome giislriquiï (il'opri's Lclulk').
sagittale, on voit qu'elle comprend au centre du tissu conjonctîf et des vaisseau.\ : au-dessus s'élend la couche musculaire de la muqueuse, toujours intacte; au-dessus encore, on observe une couche glandulaire énormément by|)ertPOphiée, et enfin, dans quelques cas. recouimnt la couche glandulaire, un i-evCtemcnt de tissu cuDJimctif jeune : en général, en effet, la surface libre est dé]>ourvue d'épithélium, mais ce n'est Ift peut-être qu'une lésion eadavéïique.
Somme toute, le tissu eonjonctif représente !'a.xe et la char|)ente du m.'ophwne, c'est lui qui en constitue le pédicule : mais la tumeur proprement dite est constituée par le développement de la couche glandulaire.
Suivant que l'hypertrophie a porté sur le collet de la ghuide, ou
sur le fond des culs-de-sac, les coupes présentent deux aspects différents. Dans le pœmier cas, la lobulation est plus apparente, la tumeur contient un grand nombre de cavités kystiques dues à la dilatation des conduits glandulaires dont Torifice est oblitéré. Si les culs-de-sac glandulaires sont hypertrophiés, la division en lobule est moins nette et les kystes sont beaucoup plus rares, les conduits glandulaires présentent des culs-de-sac et des bosselures latérales ; il y a du reste entre ces deux variétés de nombreuses formes de transition.
Les cellules de ces glandes hypertrophiées sont très modifiées. On ne trouve plus de cellules à pepsine : les conduits glandulaires sont tapissés ^de cellules muqueuses à contenu clair et de cellules caliciformes. On trouve en outre des cellules cylindriques avec plateau, semblables aux cellules du revêtement épithélial de Testomac et c|uelques petites cellules prismatiques ou polyédriques : dans les kystes on voit aussi des cellules arrondies creusées de vacuoles.
Quant au tissu conjonctif jeune qui revôt parfois la superficie de la tumeur, il paraît provenir de la partie supérieure des espaces interglandulaires.
La muqueuse de Testomac peut être saine ; dans d'autres cas elle présente les lésions de la gastrite chronique.
Polyadénotne en nappe. — A l'ouverture de Testomac, le polyadénorae en nappe présente un aspect tout difféi'ent. Dans une observation déjà ancienne rapportée par Andral « la surface interne de Teslomac était garnie de nombreuses lames placées de champ, coupées perpendiculairement par Taxe longitudinal de Testomac et uniquement constituées par un développement insolite de la membrane muqueuse. Elles pouvaient être exactement comparées aux lames qui, chez les ruminants, caractérisent celui de leurs estomacs qui a le nom de feuillet ».
Dans d'autres cas, la disposition de ces saillies est moins régulière ; elles sont contournées, juxtaposées et séparées Tune de l'autre par des sillons très nets ; ces sillons peuvent avoir une profondeur de plusieurs centimètres. Cet aspect rappelle celui des circonvolutions céœbrales.
Ces saillies sont toujours mamelonnés ; elles sont formées par une quantité de petites saillies pressées l'une contre l'autre et confondues pour ainsi dire : ce détail est important car il correspond à la constitution môme de la tumeur et la rapproche des polyadénomes polypeux que nous venons de décrire. On peut d'ailleurs trouver sur le môme estomac des polypes isolés à côté d'un polyadénome en grappe.
En général, le polyadénome est Hmité à une petite portion de l'estomac ; il forme une plaque saillante dont la coloration peut trancher sur celle de la muqueuse; cette plaque s'abaisse en général par une
pente douce jusqu'au niveau de la muqueuse, mais elle peut ôtre limitée par un rebord à pic.
Les ganglions lymphatiques de Testomac sont toujours intacts.
Comme dans la variété précédente de polyadénomc, la tumeur est formée par Thypertrophie de la couche glandulaire. Mais les tubes glandulaires sont ici moins déformés : ils sont très allongés, rectilignes dans leur partie superficielle, sinueux dans leur partie profonde : ils contiennent dans la partie droite un revêtement de cellules cubiques, dans les culs-de-sac, des cellules plus grosses, polyédriques ou prismatiques. Au-dessous de la couche glandulaire s'étend lamuscularis mucosîe intacte.
Enfin la charpente est constituée par des lames cellulo-fibreuses provenant de la couche sous-muqueuse ; mais, d'une façon générale, le tissu interstitiel est beaucoup moins développé lans cette variété de tumeur que dans le polyadénome polypeux.
Polyadénomc à type bntnnérien. — Hayem est le seul auteur qui ait décrit cette variété de polyadénome. 11 en a rapporté deux observations : dans les deux cas il s'agissait d'épaississement adénomat(*ux ayant à peu près la structure des glandes de Brunner : on y trouvait uniquement des grappes de vésicules arrondies, tapissées d'épithélium pavimenleux à noyau basai. Dans les deux cas, ces lésions adénomateuses existaient sur le bord d'ulcêralions gastriques. Hayiîui pense que ces ulcérations se sont développées dans le tissu même de l'adénome, il suppose même que c'est là un des modes de production de Tulcère de l'estomac. L'interprétation inverse nous pamit |>ossible. Comme l'a montré Hauser, on observe souvent la formation de véritables polyadénomes dans le bord épaissi des ulcères chi*oniques de l'estomac. On peut donc se demander si les polyadénomes brunnériens décrits par Hayem n'étaient pas plutôt secondaires aux ulcénitions de l'estomac.
Rapports du polyadénome avec la gastrite chronique et le cancer. — \ji\ certain nombre d'histologistes pensent que Tadénome peut résulter du dévelo[)pement d'une gastrite chronique. C'est une hy|)othèse à l'appui de laquelle il est difficile d'apporter des preuves certaines ; les lésions de gastrites (»t les polyadénomes peuvent coexister sur le même estomac ; mais, si l'on songe t\ Textréme fivquence de la gastrite chronicpie, il paraît difficile de tirer de ce fait une conclusion qu(»lc()nque.
Par contre, ilsembh* bien (jue, dans cerUiins cas, le polyadénome puisse constituer le premier stade du dévoloj)pement d'un cancer. Ménétrier a rapporté en effet deux observations ([ui entraînent la con* viction. Dans ces deux cas il a observé, à côté de polyadénomes type^,
des lésions cancéreuses manifestes ; par endroit les tubes glandulaires hypertrophiés avaient franchi la musculai'is mucosie, les ganglions correspondants étaient en dégénérescence cancéreuse et dans un cas le foie était envahi.
TUMEUR MYCOSIQUE
Hayem et Lion ont rapporté une observation très curieuse de tumeur mycosique ; c'est le seul cas, que Ton connaisse encore. Sur un sujet ayant succombé à une affection gasrique avec hypochlorhydrie, ils trouvèrent un épaississement considérable de la région pylorique. Au microscope on put constater qu'il s'agissait d'une affection parasitaire ; on trouvait dans les veines et dans les artérioles des mycéliums et des spores ; autour de ces vaisseaux, s'était faite une accumulation de cellules polyédriques par pression réciproque, à gros noyaux, très voisines des cellules sarcomateuses. Dans l'intervalle, le tissu cellulaire était œdématié, infiltré d'une fine poussière composée probablement de spores.