EXAMEN EXTERIEUR
État général, — L'altération rapide et progressive de l'état général est un des symptômes qui inquiètent le plus les malades, et souvent le premier qui les pousse ù consulter un médecin ; pendant la premièn' période de l'affection, lorsque le cancer ne se traduit que par quelque> troubli^s gastriques bénins, ils ne s'alaiTnent guèiv ; mais il n'en es( plus de même lorsqu'ils voient survenir un amaigrissement rapide et une perte des forces plus ou moins absolue.
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Comme nous venons de Tindiquer, ces troubles, dans Tétai général, peuvent faire défaut pendant un laps de temps plus ou moins considérable; mais lorsqu'ils apparaissent, ils marchent en général avec rapidité; le sujet maigrit, perd ses forces et s'anémie.
L'amaigrissement tient en grande paiiie, mais non exclusivement, à Tanorexie du sujet et au défaut d'alimentation. Lorsque les vomissements se produisent fréquemment, et qu'il existe une forte dilatation de Testomac, l'eau peut elle-même faire défaut à lorganisme, et le sujet se deshydrate et se dessèche en quelque sorte ; c'est dans des cas de ce genre que l'on peut, à l'aide de lavements alimentaires, élever rapidement le poids du corps de 4 ou 5 kilos, en lui rendant Feau qui lui manque.
L'amaigrissement est parfois extrêmement rapide, et progresse d'un jour à l'autre d'une façon continue. MuUer cite l'observation d'un malade qui maigrissait de 300 à 600 grammes par jour.
Dans ces cas, elle paraît beaucoup trop intense pour que l'alimentation insuffisante du sujet arrive i\ l'expliquer; il doit exister une autre cause qui accélère la dénutrition de l'organisme ; c'est ce que tendent i\ prouver les expériences de Millier. 11 a constaté sur des sujets atteints de néoplasme gastrique que la totalité de l'azote excrétée était supérieure à la somme de l'azote des ingesta. En somme, les albuminoïdes de l'organisme se déliuisent et leui's déchets azotés vont s'ajouter aux déchets des substances alimentaires ingérées : ce troul)le pmfond de la nutrition peut tenir à une intoxication du sujet par les substances qui se produisent dans rintérieur même du carcinome et qui sont entraînées par le sang.
C'est également à une auto-intoxication qu'il faut rapporter la lassitude extrême dont se plaignent souvent ces malades, avant même que les masses musculaires aient subi une diminution sufQsante pour l'expliquer.
En même temps que se développent ces troubles considérables, la peau prend une teinte assez spéciale; souvent on observe la teinte jaune paille, surtout lorsque le cancer détermine des hémorragies fréquentes. Quelquefois c'est seulement une pâleur extrême ou encore un teint ten'eux.
Si/mptâmes locaux. — Mais tout cela ne révèle qu'une cachexie avec anémie plus ou moins intense, et c'est l'examen minutieux du malade et surtout de son appai^eil digestif qui peut seul révéler la cause cachée de tous ces troubles.
D'après Riegel, la langue est presque toujours épaisse, chargée, couverte d'un dépôt blanc é[)ais ; le goût est altéré et les malades se plaignent d'une sensation d'amertume ou d'un goût fade, persistant.
Cet état semble coïncider avec les auto-intoxications intestinales si fréquentes dans le cancer, Testomac évacuant dans le duodénum un bol alimentaire en voie de fermentation avancée. Mais en réalité on observe très souvent une langue nette, sans apparence spéciale.
Uinspection de Vabdomen ne donne en général que peu d'indic^itions ; il est rare que la tumeur se dessine h travers la paroi amincie ; quelquefois pourtant, surtout lorsque le cancer a évolué d'une façon rapide, on peut voir les ondes périslaltiques soulever la paroi dans la région de Thypochondre gauche ; elles sont dues à la contraction violente de Testomac, luttant contre un obstacle pylorique.
La percussion ne permet pas non plus de recueillir des renseignements très importants. Môme lorsque la tumeur est facile î\ palper, elle ne donne à la percussion qu'un son tympanique légèrement assourdi, difficile à reconnaître et à interpréter. Avec une percussion trvs superficielle on peut parfois distinguer une légère matilé.
La palpation est beaucoup plus importante ; le sujet est placé dans le décubitus dorsal et dans le relAchement le plus complet de la sangle abdominale.
On palpe Tabdomen suivant les règles générales que nous avons indiquées déji\; j)our bien sentir la moindre inégalité au niveau do Tépigastre, le médecin s'assied sur le bord du lit du malade du c<*)ié droit, près de son épaule : alors avec Texlrémité des doigts des dmi.x mains, il pal|>c en remontant depuis la fosse ilia(|ue gauche jusque Fépigastre ; on arrive^ ainsi, avec un peu d'habitude, i\ percevoir le moindre ressaut, la moindre variation de consistance dans la pi-ofondeur. Mais il faut aussi user des autres procédés de palpation (jui, dans certains cas, donnent des renseignements plus nets; par exemple* on \){y\\i palper d'avant en arrière directcHuent sur la région gaslric|ue. On ne négligera pas non plus de palper avec rextrémilé des doigts.
« Le siège de la tumeur dans Tabdomen, dit Brinton, vaiie l>eaucoup plus qu'on ne |)ourrait le croirtî d'après ses ra[)portsanatomiques. On ne la rencontre, bien entendu, qu'aux régions épigaslrique, ombihcale et aux hypochondres. Elle y forme une projection plus ou moins unie : tantôt c'est une masse considérabU*, dure, irréguHèrt», pn'*sentant des nodosités (jui proéminent de façon à ne j)ouvoir échapper ù l'œil du médecin, tantôt elle est d'un p(»lit volume, non saillante, élastique ou molle (*t très difficile à constater. Les tumeurs <le la gi'ande courbure tendent à se i)orter vers Tombilic, le cancer qui occupe» tout l'organe^ fait saillie à ré|)igastr(», tandis que c'est à la partie su[)érieurv (le cette région que l'on rencontre le cancer, qui occupe la petite courbure.
Dans le cancer du pyloi-e qui est encore plus fré(iuent, le siège de
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la tumeur est plus variable. Le plus souvent, c'est vers la ligne médiane que l'on trouve la tumeur, sinon on la rencontre plutôt dans Thypoehondre droit que dans riiypochondre gauche, ce qui s'explique non seulemi'ut par la situation normale du pylore, mais aussi par les adhérences qui s'établissent fréquemment entre la portion malade de l'estomac et le foie ».
Chez les femmes, les tumeurs de la région pylorique se rencontrent un peu plus bas, au niveau de l'ombilic ; cela tient à la situation de l'estomac qui a presque toujours pris une position verticale sous rinfluence de la constriction exercée par le corset.
Riegel recommande beaucoup de faire cette palpation en distendant plus ou moins l'estomac par de l'acide carbonique. On peut ainsi apprécier facilement la mobilité de la tumeur. Si à mesuœ que l'estomac se dilate, la tumeur s'éloigne du rebord des fausses côtes, c'est qu'elle n'est pas adhéi'ente au foie, qu'elle est relativement mobile et cette notion a une importance considérable au point de vue chirurgical.
Toutes les tumeurs de l'estomac sont plus ou moins abaissées et relevées par les mouvements respiratoires du diaphragme sans que l'on puisse tirer une conclusion quelconque de l'intensité plus ou moins grande de ces mouvements.
Enfin il importe de se rappeler que la tumeur est toujours bien plus considérable que ne semble l'indiquer la palpation. C'est un fait qu'il est facile de vérifier à l'autopsie ou au cours des interventions chirurgicales.
La palpation ne doit pas se l)orner à l'estomac, on doit également relever tous les signes qui peuvent indiquer une généridisation de la tumeur. Ainsi il faut palper, toujours par le môme procédé, le bord inférieur du foie : on sentira souvent les sinuosités dessinées par les noyaux épithéliomateux secondaires. L'augmentation de la matité du foie dans le sens vertical viendra alors confirmer le diagnostic de généralisation cancéreuse à cet organe.
On peut également sentir quelquefois la masse étendue que forme le grand épiploon envahi par le cancer ou encore les nodosités dures et arrondies qui corresj)ondent aux ganglions lymphatiques envahis.
Enfin il convient aussi de palper un certain nombre de régions du corps où Ton peut trouver des ganglions en dégénérescence cancén^use. h'adrnopat/ne sus-claviculaire doit être surtout recherchée d'une fa^on systématique. Cette propagation du cancer, signalée par Virchow, par Ilenoch et Friedreich, a surtout été étudiée j)ar Troisier. Bien qu'on la rencontre dans toute espèce de carcinome abdominal, elle est surtout fi'équente dans le cancer de l'estomac : lorsqu'elle
existe, on voit parfois dans le triangle sus-clayiculaliv gaucho une tuméfaction plurilobée formée par un groupe de ganglions indurés (jui soulèvent la pami : ils sont durs, arrondis, distincts les uns des auti-es, indolents. Mais Tadénopathie est souvent unique, et, d après Troisier, le ganglion caractéristique doit se chercher entre les deux chefs du sternomastôïdien. ou en arrière du chef claviculaire de ce muscle. Ainsi que Fa fait remarquer Nattan-Larrier, on ne le saisit parfois qu'en plongeant les doigts en arrière de Textrémité interne de la clavicule el en faisant tousser le malade. Soupault et Labbé pensent que ce signe est loin d'être pathognomonique du cancer de l'estomac. On peut voir les adénopathies susdaviculaires gauches de nature tuberculeuses ou syphilitiques chez des individus cachectiques et cette concïdence a souvent induit en erreur les meilleurs cliniciens.
D'autre part, même dans le cancer abdominal, l'adénopathie que l'on observe n'est pas toujours due à une généralisation cancéri»ustî ; sur les 3 cas qu'ils ont observés, 2 fois la lésion ganglionnaiix? éliiit tuberculeuse et non pas néoplasique.
Enfin il faut se souvenir que l'on a observé parfois au cours du cancer de l'estomac des adénopatliies secondaires dans l'aine ou dans l'aisselle, et l'on doit explorer ces deux régions.
Lorsque le cancer siège au cardia, il est bien évident que la palpation de l'abdomen ne peut pas pei*mettre de la sentir. Aior> il faudra avoir recours à d'autres procédés d'exploration : une sondtintroduite par la bouche sera arrêtée à 25 on 30 centimètres dv^ arcades dentaires. Quelquefois l'arrêt est brusque et la sonde ne peut plus avancer; d'autrefois avant d'être arrêté, elle pénètre dans un chenal étroit dans lequel on sent que son extrémité est serrée. 11 faut d'ailleurs procéder toujours avec une grande prudence à cette exploration. Ynurigaro. de Buenos- Air*es, a fait construire pour cet usage dessondes molles en caoutchouc rouge, se terminjint par un cône plein que nous avons adoptées. On peut, pour les introduire, se servir d'un mandrin, et comme l'extrémité est constituée par un cône de caoutchouc rouge, plein, très flexible, on ne risque guère de faire fausse» route. Quelfois, alors que les aliments passent encore, la sonde est arrêtée au-dessus du cardia, sans pouvoir pénétrer plus avant; ce symptôme, en apparence paradoxal, tient ù ce que souvent le cancer du cardia ne laiss<» à l'extrémité de l'œsophage qu'un chenal sinueux par lequel les aliments peuvent cheminer plus ou moins bien, mais où une sonde verticale ne peut pas s'engager.
Modifications du suc gastrique. — L'étude du suc gastrique dans le cancer de l'estomac a donné lieu à un nombre très considérable de travaux. Déjà en 1842, Bird, communiqua une série de recherches sur
les rapports de THCl aux acides organiques dans un cas de cancer du pylore : il avait trouvé que l'HGl libre persiste dans les vomissements pendant le stade irritatif de la maladie, puis diminue jieu à peu à mesurt* que le malade s'affaiblit, tandis que les acides organiques augmentent.
Mîiis cette observation restii perdue dans la science jusqu'aux travaux de van der Velden en 1889. C'est en réalité ce dernier auteur qui établit que, dans le cancer de Testomac, Tacide chlorhydrique libre, décelable par des réactifs colorants, fait le plus souvent complètement défaut. Debove, Dujardin-Baumetz, Ewald, reprirent ces recherches, confirmèrent le fait : aussi cette notion passa-t-elle dans la science et on crut même pendant un certain temps qu'on avait là un signe pathognomonique du cancer. Mais Thiersch en 1885, puis Kruckenbergen 1888, apportèrent une donnée nouvelle et importante, c'est que, dans un certain nombre de cas, l'HCl libre existe en proportion moyenne dans le suc gastrique des malades atteints de cancer de l'estomac, et peut même quelquefois atteindre des chiffres bien audessus de la moyenne. Actuellement toutes ces questions sont définitivement tranchées : comme Ta montré Texanu^n du suc gastriques par le procédé de Winter, l'HCl libre fait presque toujours défaut dans le cancer de Testomac ; l'HCl combiné lui-même est en petite quantité, et quelquefois on note une disparition totale de l'acide ciilorhydricjue libre et combiné. Cette modification du chimisme, tient, comme Font démontré nos recherches et celles de Rosenheim. à la gastrite atrophique qui accompagne le cancer de l'estomac : elle ne dépend nullement de la tumeur en elle-même, comme on l'avait pensé pendant un certain temps ; ce qui suffirait à le prouver c'est que cett(î hj'pochlorhydrie persiste après l'ablation chirurgicale du cancer.
Mais si cettt» modification du chimisme est très fréquente dans le cancer, elle n'est pourtant pas pathognomonique. On peut trouver le môme état de la sécrétion gastrique dans une foule d'autres circonstances, dans les gastrites, dans les dyspepsies nerveuses, et même, tout au moins d'une' façon passagère, sur des sujets en apparence parfaitement sains, ne présentant aucun trouble gastrique subjectif. C'est un signe qui ne prend de l'importance, au point de vue du diagnostic de cancer, que s'il est associé à d'autres symptômes.
D'autre part, dans un nombre assez considérable de cas, on peut trouver de 1 ^ hyperchlorhydrie ou un chimisme normal au cours du cancer de l'estomac : le fait se présente dans environ 6 à 8 p. 100 des cas. Rosenheim a le premier bien établi que, dans ces cas, on avait affaire à un cancer développé sur un ulcère. Cette hyperchlorhydrie tient à la persistance de la multiplication des cellules de sécrétion
ehlorhydropeptique qui est, on le sait, de règle dans riileère simple.
Quant à la pepsine et à la présure^ elles suivent d'une fa\*on générale les variations de THCl. Mais alors même que THCl libre ou combiné n'exista pas dans le liquide du repas d'épreuve, on trouve toujoui'S des quantités assez notable de pepsine. La pepsine et surtout la présure ne disparaissent que dans les cas d'atrophie avancée de la muqueuse gastrique (Boas).
Les acides organiques par contre existent en général en quantité considérable. Boas a môme voulu attribuer à la présence de Tacide lactique dans Testomac, une importance prépondérante pour le diagnostic D'après lui Texistence habituelle de cet acide dansFestomac dépend de la nature des ingesta, s'il existe dans le liquide du repas d'Ewald, c'est que le malade a ingéré une certaine quantité de pain, qui donne par lui-môme la réaction de l'acide lactique. Il conseille donc de doimer au malade une soupe faite avec de la farine d'avoine, sans lait et sans beurre : dans ces conditions, une réaction d'Uffelmann positive suffirait à établir le diagnostice du cancer. D'ailleurs, môme avec le repas d'Ewald ordinaire, une réaction marquée de Tacide lactique ne se rencontre guère que dans le cancer de l'estomac.
Il est certain, et le fait était connu depuis longtemps, que dans le cancer de l'estomac, la quantité d'acide lactique que l'on trouve dans le liquide du repas d'épreuve, est relativement très considérable; mais Boas paraît avoir tiré de ce fait des conclusions trop absolues. En effet, il existe des cas de carcinome gastrique où l'on ne trouve pas d'acide lactique, et cet acide peut exister en quantité consid('*rable dans d'autres affections. S'il est plus fréquent dans le cancer que partout ailleurs, c'est que, dans cette maladie , les conditions nécessaires au développement des fermentations gastriques sont plus souvent réalisées : il se produit en effet presque toujours de la stase par suite delà sténose du pylore; d'autre part, l'absence d'HCl libre est un des éléments les plus favorables à la fermentation lactique.
D'après Hammerschlag, il faut attribuer aussi une certiiine importance à la disparition de la pepsine; il a fait remarquer que, dans un certain nombre de cas, malgré une diminution considérable de l'HCl libre, malgré des phénomènes de stase très accentués, la fermentation lactique pouvait ne pas se développer : or, dans ces cas, on trouve une digestion de l'albumine aussi active qu'à l'état noi*nial. Cette conclusion s'accorde parfaitement avec les recherches de Minkowski, qui tendent h établir le rôle antifermenlescible de la pepsine.
Qunnt aux agents de la fermentation lactique dans l'estomac des cancéreux, ils doivent ôtre assez nombreux; elle parait dé|3endre en partie du développement d'un long bacille filiforme , signalé par
Schlesinger et Kauffinann; et il certain que ce parasite existe en grande quantité lorsque la fermentation lactique est très développée.
h' exploration par la sonde peut aussi donner des renseignements sur la motilité; assez souvent, en effet, dans le cancer de Testomac, môme lorsque le cancer ne siège pas au pjlore, Tévacuation est retardée : on peut même observer la présence de résidus alimentaires le matin à jeun. Mais ces troubles moteurs, ne se produisent pas loujoui's dès le début; sur 59 cas de cancer, Schiil^ n'a trouvé que 7 fois, soit 13 fois p. 100 un ralentissement des fonctions motrices; c'est en effet là un signe beaucoup moins précoce que la modification du chimisme : d'une façon générale, pendant la première période du cancer, on peut observer une sécrétion d'IiCl libre très diminuée, alors que les fonctions motrices sont encore intactes.
D'ailleurs, l'aspect du liquide extrait de l'estomac, après un repas d'épreuve, et surtout après un déjeuner abondant comme le donne Riegel, indique au premier coup d'œil la diminution qualitative de la sécrétion : les résidus alimentaires sont encore en gros fragments, la viande en particulier est peu attaquée.
D'après Strauss, les résidus alimentaires mis à l'étuve fermenteraient avec une activité extraordinaire; et cela alors même qu'.il n'y a aucun trouble moteur de l'estomac; il pense que cette fermentation abondante sans stase, le matin à jeun, serait spéciale au cancer de l'estomac. Avant même d'intéresser la couche musculaire, les végétations néoplasiques de la muqueuse en elles-mêmes, seraient très favorables au développement des fermentations: elles serviraient de réceptacles où pourraient s'accumuler les bactéries de Testomac.
Au milieu des aliments, alors même qu'il n'y a pas d'hématémèse proprement dite, on trouve parfois de petits caillots sanguins provenant des hémorragies microscopiques si fréquentes ù la surface ulcérée du cancer. Rchiebotz a étudié avec soin, sur des coupes, ces petites masses de sang coagulé dans huit cas de cancer; deux fois il a pu reconnaître au milieu du sang, de petits fragments du tissu néoplasique entraînés par l'hémorragie; cet examen peut donc servir au diagnostic.
Enfin, Vabsorption gastrique étudiée avec l'iodure de potassium, paraît être ralentie dans la majorité des cas. Mais cette doimée n'a aucune importance. 11 faut se rallier à ro[)inion de von Mering; il n'y a rien à tirer pour le diagnostic de l'étude de l'absurption des sels ou de l'iodure de potassium.
Somme toute, l'exploration de l'estomac avec la sonde n'a r.Wélé aucun signe pathognomon ique du cancer; comme nous l'avons vu pour les autres méthodes d'examen, on n'obtient ici non phis que
des présomptions en faveur du cancer et jamais une certitude vraie ; la présence d'une tumeur sentie à la palpatiôn ne permet pas d'être absolument affirmatif. Pourtant l'exploration méthodique du contenu gastrique peut avoir une importance considérable; elle a, en particulier, une valeur prépondérante lorsqu'il s'agit d'une personne âgée et que la maladie ne remonte qu'à i)eu de temps.
Si alors , l'examen répété à plusieurs reprises montre l'absence constante de l'HCl libre et la présence en quantité au-dessus de la normale d'acide lactique; si, en plus de cela, la digestion de l'albumine paraît ralentie, enfin si la motilité paraît aussi plus ou moins intéressée, on peut porter le diagnostic de carcinome gastrique à peu près sûrement. Mais, comme le fait remarquer Hammesrchlag, si on constate tous ces signes chez im malade où les troubles gastriques datent de plusieurs années on ne peut en tirer aucune conclusion.
Urines. — Par lui-même le cancer n'a aucune action sur la quantité des urines, mais lorsque l'absorption de l'eau devient insuffisante, soit à cause des vomissements très abondants, soit par suite de la stase gastrique, la quantité d'urine éliminée tombe notablement audessous de la normale; il n'est pas rare de constater une excrétion urinaire inférieure à 400 ou 500 grammes par jour.
On a voulu voir au contraire dans diverses modifications de la composition des urines, des symptômes [)ropres au cancer de Teslomac. En 1883, Rommehere publia une étude sur l'urée dans le circinome; d'après lui, la quantité quotidienne d'urée était toujours diminuée, et tombait au-dessous de 12 grammes par jour.
Mais cette affirmation ne tarda pas à être contestée. Deschanips, Robin, Rauzier, Kirmisson apportèrent des ol)servations dans lesquelles l'urée excrétée dépassait de beaucoup 12 grammes par jour.
RommeLTre en effet avait négligé un côté importiint de la question; il n'avait pas tenu compte de l'ingestion azotée, or, suivant l'alinjentation du malade, on peut observer ou non de l'hypoazolurie. Lorscjue l'alimentation est insuffisante et l'ingestion d'albuminoïdes très restreinte, l'excrétion d'urée diminue beaucoup; mais il n'y a rien \h de spécial au cancer.
Bien plus, si l'on dose exactement les quantités d'azote ingéiv et excrété soit avec les fèces soit avec les urines, on trouve dans le cancer une hyperazoturie relative (Millier) .
. Ii(* malade excrète plus d'azote (ju'il n'en ingère; en dehors de l'azote alimentaire, il élunine de l'azote dû fi la destruction de ses propres albuminoïdes ; cela n'a d'ailleurs rien d'étonnant si l'on songe à l'amaigrissement rnj)ide de ces malades.
On peut dire la même chose de la diminution des chlorures dans le
cancer, signe auquel Jaccoud a voulu attribuer une importance prépondérante: Texcrétion chlorurée suit exactement les variations de Talimentation.
Le rapport de l'urée au chlorure de sodium ne donne pas non plus de renseignements précis; f)our la discussion de ce symptôme nous renvoyons au chapitre sur la séméiologie générale de Turine dans les gastropathies.
On peut aussi dans le cancer de Testomac, observer de l'albuminurie; mais c'est un phénomène transitoire. La peptonurie a été signalée par Maixner. La présence à'indican dans les urines n'est pas constante quoi qu'en ait dit Sénator, Lorsqu'elle existe, elle parait provenir des produits de la putréfaction des matières albuminoïdes qui, formées dans l'estomac, sont absorbées dans l'intestin grôle.
Loreque le foie est intéressé secondairement, on voit apparaître l'urobiline dans l'urine.
État du sang, — L'état du sang dans le cancer de l'estomac a été bien étudié par Hayem.
11 n'y a pas de modification dans la coagidation, à moins toutefois qu'il n'existe une complication inflammatoire; dans ce cas, on voit se dessiner un réticulum fibrineux.
Quand on dilue le siing avec le sérum de Hayem, pour faire la numération des éléments, il se forme assez souvent des plaques d'une matière plus ou moins granuleuse, emprisonnant les globules blancs ou rouges; ces plaques ne sont pas spéciales au cancer de l'estomac, elles se retrouvent dans toutes les cachexies.
L'anémie si apparente des cancéi*eux se traduit au début par une simple diminution dans le nombre des globules rouges, pouvant atteindre un degré extrême, jusqu'à un million et au-dessous.
Lorsque le nombre des hématies (\st tombé au-dessous de 3 millions, on voit survenir des altérations globulaires qui vont en s'aee(*ntuant à mesure que Tanémie fait des progrès : on trouve, à côté des petits globules, des globules géants, parfois môme des globules à noyau : certains globules très petits et très déformés, offrant l'aspect des bâtonnets noueux, pourraient faire croire à la présence de» parasites dans le sang ; mais l'existence» d'hémoglobine dans leur intérieur, ne laisse aucun doute sur la véritable signification de ces formes.
Les hématoblastes sont nombreux, contrairement à ce que l'on voit dans les anémies pernicieuses essentielles : l'hématopoièse est donc peu atteinte, et s'il y a des modifications anémiques du sang chez les cancéreux, c'est que les hématies ne trouvent pas un milieu nutritif suffisant pour s'y développer normalement.
Le nombi'c des globules blancs peut aussi varier ; tantôt on observe
un certain degré de leucocj-tose, le nombre des globules pouvant atteindre 17,600, tantôt cette modification fait défaut : lorsque Taugmentation existe, elle a une réelle importance pour le diagnostic. Les globules blancs sont eux-mêmes plus ou moins altérés, lorsque Tanémie est intense : ils deviennent translucides et se cœusent parfois d'espaces vacuolaires (Alexandre).
Enfin, d'après Scheyer, Li leucocytose digestive manquerait d'une façon à peu près constante dans le cancer de l'estomac ; toutefois il convient de faire des réserves à ce sujet, l'existence d'une leucocytose digestive ù l'état normal, n'étant pas parfaitement établie.