‹ Traité des maladies de l'estomac et de l'intestinChapitre 110 sur 184 · PROPAGATION DU CANCER A DISTANCE · texte numérisé non relu

PROPAGATION DU CANCER A DISTANCE

Nous avons déjt\ signalé à propos de l'anatomie pathologique les principales localisations secondaires du cancer; souvent ces gn*fTes secondaires restent latentes, ne se traduisant par aucun sjTnplônie appréciable, elles constituent de simples découvertes d'autopsie. Dans d'autres cas, au contraire, elles ajoutent au tableau clinique du cancer de l'estomac, un certain nombre de traits plus ou moins importants.

Le cancer secondaire du foie peut amener des modifications dans le volume et la forme de l'organe, comme nous l'avons déjî\ dît : il peut aussi provoquer des douleurs très vives et très intenses. Enfin, tirs souvent, dans un tiers des cas environ, les noyaux épithéliomateux peuvent atteindre les voies biliaires, gêner l'évacuation de la bile dans l'intestin et amener de l'ictère chronique avec décoloration dcï* matières fécales.

La péritonite cancéreuse^ très fréquemment observée aussi, se ti*aduit en clinique de deux façons différentes : ou bien il si» produit un >panchement considérable souvent hémorragique ; ou bien le péritoine ne réagit j)i\s, (»t la péritonite reste sèche ; on sent alors, ù ti-avers les parois abdominales amaigries, des nodosités disséminées dans tout l'abdomen, et souvent une tumeur plus volumineuse, formée par l'épiploon induré au niveau de Tombilic.

Lorsque le cancer envahit le thorax, c'est la plèvre gauche qui esl

en général la première intéressée ; il peut se développer un épanchement pleurélique souvent enkysté, et souvent hémorragique. Les noyaux cancéreux du poumon, peu volumineux, ne se traduisent en général par aucun symptôme ; si les lésions sont très considérables, on peut pourtant voir appaniîlre les signes du cancer pleuro-pidmonaire^ surtout la douleur intense, avec dyspnée croissante que n'améliore pas Tévacuation de répanchemenl. Chez un de mes malades, Tenvahissement des ganglions du mfkliastin avait provoqué des accès de dyspnée à fornie asthmatique.

Lti peait peut aussi être envahie, il peut s'agir aloi's soit d'une carcinose généralisée sous-cutanée, mais c'est une complication excessivement rare ; plus souvent, d'apivs Wickham Legg, on trouve un noyau dur, adhérent à la peau, et développé au niveau de la cicatrice ombilicale.

COMPLICATIONS INFKCTIEUSES

Des infections diverses s'observent souvent au coure du cancer de l'estomac : l'ulcération gastrique est une porte d'entrée largement ouverte par laquelle les microorganismes pathogènes peuvent pénétrer dans la profondeur et amener soit des suppurations au pourtour du cancer, soit une infection généralisée.

C'est aûisi que peuvent apparaître des phlegmons périgastriques, venant souvent s'ouvrir au niveau de l'ombilic : parfois même l'estomac communi(jue lui aussi avec cette poche purulente et ainsi se forme une fistule gastrique par oii s'écoulent du pus et des aliments. '

Ces collections purulentes peuvent aussi se développer dans les adhérences épaisses qui environnent l'estomac et le gros intestin ; c'est le mode de formation habituel des fistules gastro-coliques^ dont Bouveret a récemment fait une excellente étude ; l'existence d'une diarrhée lientérique, Tanalogie complète des matières rejetées par l'anus et vomies par la bouche, le passage dans l'estomac des liquides et des gaz injectés par l'anus, l'amaigrissement rapide feront reconnaître l'existence de cette complication (Bouveret),

Parfois les microorganismes attaquent des organes plus éloignés : Dans un cas raconté par Jaccoud, il y avait une pleurésie purulente du côté droit. Enfin on a signalé des arthrites suppurées, des accidents de septicémie générale, etc. Parmi les accidents infectieux à distance, un des plus intéressants est la phlegmatia alba dolens, qui est une complication relativement fréquente du cancer de l'estomac : c'est un fait sur lequel Trousseau a tout spécialement attiré l'attention ; on sait

qu'il mourut lui-même d'un cancer de Testomac, et que cVst une» phlegmatia alba dolens qui vint lui révéler la nature du mal dont il était atteint.

Toutes ces complications infectieuses s'accompagnent en général de fièvre^ et toute élévation de température au cours du cancer de Testomac, doit faire soupçonner un accident de ce genre. Pourtant il faut savoir que Ton a signalé dans un certain nombre de cas des élévations de température sans aucune complication de cet ordre, c'està-dire une sorte de fièvre essentielle du cancer de tesiomac.

C'est à des travaux récents de Hampeln, de Devic et Chatin, que nous devons la connaissance de ces faits, assez rares d'ailleurs puisqu'on n'en connaît que 4 ou 5 cas. Cette fièvre essentielle r^vél le type intermittent ; elle se présente sous forme de grands accès fébriles, avec les trois stades de frisson, de clialeur et de sueur; comme dans la fièvre intermittente, la température peut atteindre W et au-dessus. Ces paroxysmes se produisent à des intervalles variables, tous les deux ou trois jours ; pendant une semaine ou quelques mois. La rate n'est pas augmentée de volume. Ces accidents se pnlstnilenl dans toutes les variétés de cancer, et non pas seulement dans les cancers à marche rapide comme le pensait Brinton.

Dans un des cas, rapporté par Devic, l'ulcération cancéreuse avait atteint la rate ; mais il ne semble pas que la lésion de cet organe» soit nécessaire au développement de ces accidents. Il est bien plus probable qu'il s'agit ici de la résorption d(î substances pyrétogènes produites par les microbes à la surface de l'ulcération gastrique.

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