SYPHILIS DE L'ESTOMAC
La syphilis de reslomac s'observe très rarement ; on peut compter les observations anatomiques et cliniques publiées jusqu'à ce jour. Pourtant c'est une lésion gastrique qui est loin d'être sans intérêt pour le clinicien : si on arrive en effet à poser le diagnostic exact, le traitement spécifique arrête en peu de jours les symptômes les plus effrayants et amène une guérison complète.
Les recherches de Chiari nous donnent une idée de la fivquence (le la syphilis gastrique. Cet auteur a examiné systématiquement Testomac de 243 sujets syphilitiques morts d'affections diverses : ce> 243 cas se répartissaient en 145 cas de syphilis héréditaire el 98 ca> (le syphilis acquise. Or il n'a rencontré (jue trois lois des lésioiKs nettement spécifiques de l'estomac : deux fois il a trouvé des gommes, une fois à l'autopsie d'une syphilis héréditaire, une fois à l'autopsie d'une syphilis acquise. Il n'a observé une infiltration diffuse de lîi paroi probablement d'origine syphilitique que dans un seul cas, chez un syphilitique héréditaire. Dans les 240 autopsies restantes, les h'sions de l'estomac, lorsqu'il en existait, ne i*elevaient pas de l'nifection syphilitique, d'une façon directe tout au moins; il ne fait d'exce|)tion (|ue pour les êrosiotu hémorragiques qu'il a observées plusieurs fois et qui semblaient consécutives aux lésions syphilitiques du foie.
Les quelques autopsies de syphilis gastrique publi(**e,,s permeltenl de nous faire une idée des lésions de l'estomac. Les gommes se dévelop[)ent sous la muqueuse et font saiUie h l'intérieur de l'estomac. Dans un cas rapporté par Cornil, on trouva à l'autopsie des gommes syphilitiques de l'estomac et du foie; le long de la petite courburt» près du pylore on voyait des tumeurs marronnées aplaties, de 2, 3, 5 centimètres de diamètre : ces nodosités étaient situées dans l(\s parois de l'estomac, au-dessous de la couche glandulaire, dans le tissu conjonclif sous-muqueux ; ces tumeurs étaient formé(*s de faisceaux de tissu conjonctif entre lesquels existaient de nombreuses cellules embryonnaires.
Ces gommes peuvent se ramollir, elles évacuent leur contenu dans
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la cavité de restomac et il en résulte un ulcère en général assez superficiel. Bipch-Hirschfeld a rapporté 4 cas de ce genre; dans un cas il existait une gomme de la grosseur du poing dans le foie, et dans la région pylorique une plaque longue, jaunâtre, épaisse, avec une ulci^ ration superficielle, formée d'un tissu semblable au tissu cicatriciel : dans un autre cas, il existait une ulcération dans l'estomac et des gommes dans le jéjunum.
Parfois Tulcération se fait assez ^ite pour amener la perforation (fun vaisseau. (îalliard a rap[>orté un fait des plus nets dû A Murchison. Le malade avait succombé à une hématémJ»se ; à Tautopsie, on nota un foie ficelé nettement syphilitique, et, au centre de Tulcération on vovait une arlériole ou\ er^(^
Les symptômes des lésions syphilitiques de Testomac paraissent assez variables. Dans le cas de (]ornil, où le malade n'avait que des gommes sans ulcéi'cs. les symptômes digestifs étaient assez vagues; et Ton ne trouve pas noté dans TobscTvation de douleurs intenses, de vomissements, etc.
Par contre, lorsque l'ulcération se crée, elle paniît déterminei' des douleurs aussi violentes (|ue l'ulcère simple de Teslomac. Dans les cas cliniques rapportés par Andral, par Dieulafoy, le malade était arrivé à un degré de cachexie extrême par suite de l'impossibilité dc*^ l'alimentation. Si l'on s'en rapporte aux observations publiées, il semble en effet que le régime lacté absolu n'ait pas les effets favorables que l'on ol)serve dans Tulcèn* simple de l'estomac. Les douleurs persistent aussi violentes, juscpfau jour où le médecin institue 1(.^ traitement mercuriel et ioduré.
On observe aussi parfois des hématériièses ; nous avons dit plus haut (jue dans un cas un malade avait succombé à une hématémèses fou- (b^oyante. A propos d'une comnmnicatiim de Dieulafoy qui eut un grand retentissement, Fournier a rapporté h l'Académie de médecine une observation des plus intéressantes. La mahide dont il a raconté Thistoire, ancienne syphilitique avérée, se mit ù présenter des hématémèses à répétition qui, ra|)idement. l'amenèrent ù un degré de dépérissement très menavant. Fournier la mit à Tiodure de potassium et les accidents cessèrent comme pai' enchantement. Sept ans après, les mômes phénomènes se reprochiisent ; la malade était alors en Italie. Malgré ses supphcations aucun des médecins qu'elle appelle ne veut lui donner del'iodure de potassium. Elh* revient donc à Paris, consulte Fournier, qui de nouveau a recours îiu traitement spécifique et les accidents gastriques cessent aussitôt.
Enfin, dans un cas, la syphihs gastrique put simuler un cancer de l'estomac. Le malade présentait des ti'oubles digestifs assez vagues,
et au-dessous de Tappcndice xyphoïde ou percevait une large plaque indurée de la dimension de la paume de la main. Les accidents dyspeptiques et la tumeur disparurent sous rinfluencc de Tiodure de potassium. /
Aussi, lorsqu'on est en présence d'un malade atteint d'ulcère de Testomac et qui avoue avoir eu la syphilis, il serait important de poser un diagnostic ferme. Malheureusement il n'y a aucun symptôme permettant d'affirmer sûrement la nature de l'ulcération. Tout au plus peut-on signaler que, môme en pleine évolution de l'ulcère syphilitique, l'iodure de potassium est merveilleusement toléré par l'estomac.
Quant au traitement^ c'est celui des accidents tertiaires syphilitiques. 11 vaudra mieux avoir recours tout d'abord aux frictions ou aux injections mercurielles intramusculaires : elles suffisent à améliorer notablement le malade. On n'administrera l'iodure de potassium <|u'au bout de quelques senjaines, lorsque les lésions gastriques seront <léjà en voie de guérison.