‹ Traité des maladies de l'estomac et de l'intestinChapitre 120 sur 184 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Historique. — L'inflammation de Tappendice et ses conséquences si graves ont été pendant très longtemps méconnues. L'attention, malgré quelques protestations isolées et non écoutées était tout entière accaparée par le ca>cum. L'appendicite était absolument méconnue. On ne connaissait que la typhlite et la pérityphlite.

Ménière (1828) et Albers, de Bonn (1839), avaient formulé la théorie stercorale de Tinflammation du caecum et du tissu avoisinant, elle satisfit les médecins jusqu'à il y a vingt ans environ. Quand on relevait une perforation de l'appendice, ce qui arrivait forcément au cours d'un certain nombre d'autopsies, on la considérait comme la conséquence de la typhlite, comme une complication de ses formes graves. La typhlite était regardée comme la conséquenoo de la constipation et de l'accumulation des matières fécales dans h» caecum. Cette accumulation devenait la cause d'une inflammation di* la muqueuse qui se communiquait au tissu cellulaire en dehors et, plus rarement, au péritoine en dedans. Il en résultait une pérityphlite qui j)Ouvait aboutir à la production d'un abcès sous-péritonéal de la fosse iliaque.

Il y a vingt ans, commença une série de publications qui vint renverser de fond en comble cet édifice en apparence si solide ; elles démontrèrent que rap[)endicite et la périappendicite due souvent ii une perforation, étaient la cause des accidents dans l'immense majorité des cas, sinon môme dans leur généralité. On en vint môme ù dire que la typhlite devait ôtre rayée des cadres nosologi(jues et faîii* place à l'appendicite.

Cependant, il est curieux de constater que, dès 1827, Môlier avait parfaitement reconnu l'existence et l'importance de l'appendicite en se basant sur six observations dont quatre personnelles. Il avait ptu^ faitemcnt distingué les principales particularités cliniques et anatomopathologic|ues de la lésion a[)pendiculaire et il terminait son mémoire par ces ligTies que Jalaguier considère avec raison comme prophétiques : « S'il était possible d'étabhr d'une manière certaine le dia-

gnosiic de ces affections, on concevrait la possibilité d'en débarrasser les malades au moyen d'une opération ; on arrivera peut-être un jour à c-e résultat. »

Le travail de Mélier passa complètement inaperçu. Son mérite fût complètement méconnu, sort habituel aux publications des initiateurs qui sont trop en avance sur leur époque.

Le mouvement de réaction contre la typhlitc et la pérityphlite date de 1879. A cette date, Biermer déclarait que la pérityphlite est toujours la conséquence d'une perforation de l'appendice due à une concrétion stercorale. La même année, au Congrès de Copenhague, With présenta un travail sur la péritonite appendiculaire basé sur 30 observations. 11 attribuait à des appendicites adht^sives guéries ce qu'on considérait jusque-là comme des typhlites terminées par résolution : cette conclusion parût alors aussi hardie qu'aventurée. Mais le branle était donné, et, à partir de ce moment, les publications allaient se multiplier, aboutissant toutes à substituer l'inflammation et la perforation de l'appendice à la tj^phlite et la pérityphlite. L'année suivante, en 1810, Matterslock ayant rassemblé 146 cas de suppuration péricaecale démontrait que, dans 132 cas, il y avait eu perforation de l'appendice. En 1 882, à la Société anatomique, dans une communication sur un cas d'appendicite, Talamon montrait l'influence de l'infection microbienne et formulait pour la première fois dans son principe la théorie devenue célèbre du vase clos.

La démonstration irréfutable du rôle de l'appendicite dans les inflammations pérityphliques devait être donnée par les chirurgiens. Les interventions précoces permirent de suivre l'évolution de la maladie dès sa phase initiale, d'en reconstituer toutes les étapes et d'en observer toutes les variétés dans leur évolution. Les opérations de l'appendicite au début de la maladie furent faites d'abord par les chirurgiens américains à partir de 1885. A Réginald Fitz, de Boston, est due la première publication sur ce sujet ; en 188G, dans un premier mémoire : il conclut à l'intervention chirurgicale précoce, deux ans plus tard, il confirma et accentua ses conclusions, les basant sur des observations personnelles. 11 convient de citer encore les noms de Bull, Lewis-Smith, Murray, ^^'eir, qui sont les principaux de la pléiade des chirurgiens américains. D'après Jalaguier, Mac Burney, dont nous retrouverons le nom à ])ropos de la séméiologicj a été le premier en 1889, t\ proposer le terme d'appendicite.

La chirurgie européenne ne tarda pas à suivre la chirurgie américaine dans la voie nouvelle des interventions précoces. Kraffl de Zurich, présenta en 1888 pour thèse inaugurale un travail d'ensemble intitulé : Essai sus la nécessité de traiter chirurgicalement la périty-

phlite appendiculaire stercorale perforatrice. En France, la question nouvelle de Tappendicile fût surtout connue grâce aux publications de Talamon (1890-92), et à la thèse de Maurin (1890). A partir de ce moment l'intervention chirurgicale devint de plus en plus fréquente. Trêves, en Angleterre, Kîimmel à Hambourg (1890), Schwartz, Routier, Jalaguier (1891-92), en France, firent les premières résections d'appendice à froid,

La résection de Tappendice faite à chaud ou à froid à des périodes initiales ou terminales de la maladie, les autopsies permirent de faire une étude complète de Tappendicite et de la péri-appendicite î\ toutes ses phases, dans toutes ses formes : nous aurons plus loin à citer le nom des auteurs dont les recherches ont surtout contribué à Tavancement de cette partie de la pathologie de l'appendicite.

Depuis dix ans, les publications sur l'appendicite sont devenues innombrables. La question a été portée devant toutes les sociétés savantes où elle a suscité des discussions animées et prolongées. On a surtout discuté dans ces derniers temps la question de l'opportunité de l'intervention, de ses indications, de l'époque à laquelle elle doit se faire. Les uns ont prétendu qu'il fallait intervenir immédiatement dans tous les cas où le diagnostic était certain ; les autres qu'à moins d'avoir la main forcée, il valait mieux attendre et intervenir à froid.

Nous nous contenterons de signaler, pour terminer celle rapide esquisse historique les travaux d'ensemble très remarquables de Talamon, de Brun, de Gh. Monod et Vaverts, de Jalaguier, de Legeu, de Broca, dans lesquels l'étude de la question a été mise au point d'une remarquable façon. Il n'est que juste de déclarer que pour la rédaction de cet article, nous nous sommes surtout guidé sur l'excellent travail publié par Jalaguier dans la seconde édition du Tmité de chirurgie.

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