‹ Traité des maladies de l'estomac et de l'intestinChapitre 13 sur 184 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les procédés d'exploration que nous venons de passer en revue permettent souvent de noter la coïncidence chez un même malade des deux phénomènes suivants : relâchement de la paroi abdominale, chute des viscères abdominaux. La constatation de ces faits a servi de base à des conceptions théoriques souvent bien contestables.

On a voulu par les ptôses abdominales expliquer presque tout Tensemble des faits de dyspepsie et les divers accidents de la série neurasthénique. On a été même jusqu'à leur attribuer la pathogénie du goitre exophtalmique et du myxœdème (Schwerdt).

Dans ces conditions, il nous a paru non seulement utile, mais même indispensable de consacrer un chapitre spécial à Tétudc de^ ptôses, de leur genèse et de leur valeur pathogénique.

Dislocation de r estomac, — La dislocation de Testomac est toujoui's partielle. En effet, comme on peut s'en rendre compte t\ Tautopsie, Testomac n'est doué que d'une mobilité très limitée. L'orifice cardiaque est fixé sur le côté gauche de la onzième vertèbre dorsale, et le grand cul-de-sac est maintenu intimement contre le diaphragme [)ar un rej)li du [)éritoine. Ce s(mt deux points que l'estomac ne peut jamais quitter. On ne peut donc pas pai'ler d'un abaissement total de l'estomac; les auteurs qui ont admis cette variété de dislocation se sont appuyés sur des théories fausses ou sur des recherches de gastrodiaphanie mal interprétées; mais jamais ils n'ont apporté à ra])pui de leur dire l'examen de pièces anatomiques.

Sous le nom de gastroptose on doit (ionc décrire en réalité une dislocation partielle de l'organe, qui est du reste des plus fréquentes. A l'état normal, la petite courbure est située profondément sous le foie; elle décrit ime courbe à concavité tournée adroite, en haut, en arrière, contournant d'assez près le lobe de Spi(»gel. Mais très souvent à l'autopsie, d'après les recherches de Hertz, on trouve une disposition différente. La ])etite courbure modifie son trajet; sa première moitié s'allonge et devient verticale, tandis qu(» sa deuxième portion vient se placer parallèlement au bord inférieur du lobe gauche du foie. Le

pylon» a suivi le mouvement et tandis qu'à Tétat normal il est situé à la hauteur de la première lombaire ou de la onzième dorsale (Braune) , il atteint ici la troisième lombaire; il s'abaisse donc de la hauteur de deux vertèbres, soit de 6 à 8 centimètres et répond sur la paroi abdominale antérieure î\ Tunion du tiers moyen et du tiers inférieur de lespace xypho-ombilical. Quant h la grande courbure, elle est située plus ou moins bas suivant que Testomac est vide ou plein, de dimension normale ou dilaté, et le plus souvent Testomac ptosé ne tarde pas h se dilater.

Lfi caractéristique de la ptôse, c'est la situation non de la grande coui'bure, mais de la petite; verticale dans la première partie de son trajet, elle décrit une courbe horizontale mais très au-dessous de son niveau norniîil dans la seconde partie : c'est cette dislocation c|ue nous appf4ons gastroptose et que d'autres auteurs ont appelée dislocation verticale de l'estomac.

Rien de plus facile que d'en faire le diagnostic sur le vivant; le mieux pour la démontrer est de recourir h l'insufflation

A Tétat normal on ne voit se dessiner sur la paroi abdominale que la grande courbure; l'estomac insufflé soulève tout le creux épigastriqup et la petite courbure, cachée sous la face profonde du foie, peut à peine être limitée par la percussion. Dans le gastroptose, au contraire, le creux épigastrique est vide, l'estomac abaissé ne le soulève |)lus. et la petite courbure vient dessiner sa courbe plus ou moins haut suivant les cas, tantôt au milieu de l'espace xypho-ombilical, t;uitôi au niveau de l'ombilic, parfois môme lorsque le déplacement est très accentué au-dessous de l'ombilic.

Sans l'insufflation, il est impossible de poser le diagnostic ferme de gastroptose; on peut seulement en avoir une certaine présomption lorsque chez une femme on trouve tard après le repas, un clapotage assez également réparti h droite, à gauche et au-dessous de l'ombilic.

Ptosf* iniestina/e. — Un certain nombre d'auteurs ont décrit une ptôse de l'intestin analogue à la ptôse de l'estomac : cet abaissement porterait surtout sur le gros intestin et Glénard fait môme jouer î\ la ptôse de l'angle droit du côlon un rôle prépondérant dans' toutes les dislocations abdominales : le côlon ptosé tirerait sur le pylore par l'intermédiaire d'un ligament pylorocôlique, sorte d'épaississement du mésocôlon et abaisserait ainsi l'estomac, et ensuite la plupart des autres viscères abdominaux.

Il est certain que, dans un grand nombre de cas, on trouve par la palpation le côlon notablement au-dessous de l'ombilic : mais il n'est pas sûr que cette situation constitue une véritable ptôse du côlon Iransverse. Les recherches anatomiques de Mauclaire et ^louchet,

ont prouvé que le côlon n'a pas une situation fixe dans Tabdomen ; il se trouve presque aussi souvent au-dessous qu'au-dessus de Tombilic. D'après ces mômes auteurs, le ligament pylorocôlique deGlénard n'existe pas et le côlon et l'estomac sont loin d'être solidaires l'un de l'autre : l'abaissement du côlon n'entraîne pas forcément celui de l'estomac, et l'on peut très souvent observer une grande distance entre le côlon transversc et la grande courbure.

Si certaines des idées de Glénard sur les ptôses du côlon et leur rôle dans la série des ptôses abdominales ne paraissent pas exactes, il n'en reste pas moins que la ptôse de la masse intestinale se rencontre de temps en temps.

Lorsqu'il y a en nïôme t(»mps relâchement des parois abdominales et allongement du méso, on observe un ventre qui tombe en masse à la façon d'une besace. (]'est ce qu'on observe chez des femmes qui ont eu plusieurs grossesses. Mais la ptôse de Tinteslin n'est pas le monoj)ole des gros ventres. Chez des individus maigres, elle se caractérise seulement, dans la station debout surtout, par la dépression épigastrique, et la saillie sous-ombilicale. La masse intestinale insuffisamment attachée h la colonne vertébrale, paraît avoir en bloc glissé vers le bassin, en refoulant l'hypogastre, et en laissant une dépression à l'épigastre (Glénard).

Nêphroptose. — Xous avons vu plus haut par quel procédé d'exploration on peut se rendre compte du déplacement du rein.

La i)tose rénale est le |)lus souvent limitée au rein droit. Elle est, en tout cas, lorsqu'elle est double, notablement jJus accentuée A droite qu'à gauche. La plose isolée du rein gauche constitue une véritable exception.

La ptôse du iH?in, de môme du reste que la ptôse du foie que nous étudierons plus loin, peut être purement rrsjmatoire ou définitive. c'est-ù-dire que, dans le premier cas. le viscèœ dé|)lacé n'est j)ervu au-dessous de sa situation normale que pendant l'inspiration, dans le second cas, il tvst définitivement descendu et son déplacement se perçoit sans qu'il soit nécessaii'e de faire l'esinrer le malade.

On peut en employant la terminologie proposée par L. Vincent, dire dans le premier cas (pi'il y a mobilité du rein ou du foie, dans le second cas, déplacement de ces organes.

On peut encon» distinguer des degrés différents dans la mobilité et le déplacenïent du rein.

On peut admettre deux degrés dans la mobilité et deux degrt^s dans le déplacement.

Je considère que le rein (\st mobile au premier degré lorsque pur la palpation resi)iratoire on arrive à pei'cevoir une notable partie de sa

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face antérieure. Au second degrés on peut percevoir cotte face dans son ensemble, et même enfoncer les doigts au-dessus de son extrémité supérieure de façon à le retenir complètement en bas.

Le déplacement au premier degré correspond exactement au second degré de la mobilité respiratoire, seulement, le rein définitivement descendu, n'est plus influencé par les mouvements respiratoires.

Le déplacement au second degré correspond au l'ein flottant des auteurs. On peut en constater la présence par la palpation uni-manuelle de la paroi abdominale.

Hépatoptose. — On reconnaît Texistence de rhéj)atoptose en exécutant la palpation du bord inférieur du foie par le procédé que nous avons indiqué plus haut.

Lorsqu'on perçoit le bord inférieur du foie d'une façon permanente au-dessous du rebord des fausses côtes, trois cas peuvent se présenter.

1* La limite inférieure du foie est abaissée, mais la limite supérieure de la matité hépatique ne l'est pas; quelquefois môme elle pamîi plus élevée que normalement. Il y a alors hypertrophie du foie.

Dans certains cas, il y a déformation plus qu'hypertrophie vraie. Sous l'influence de la constriction produite par le corset, les dimensions transversales du foie diminuent tandis que ses dimensions verticales augmentent. Son lobe droit formant un angle droit avec la face supérieure plonge dans l'hypocondre, où on le perçoit très bien par la palpation bimanuelle. On peut alors le prendre pour un rein mobile très augmenté de volume; mais on le sent se continuer avec le boixl antérieur du foie, ce qui est caractéristique.

2** Dans une seconde série de faits le bord inférieur du foie descend aussi notablement au-dessous des fausses côtes, mais seulement à la fin de l'inspiration. Dans l'expiration il remonte dans le thorax (Foie mobile). Le bord inférieur du foie fait ainsi à chaque respimtion une excursion considérable, pouvant atteindre 7 à 8 centimètres. On constate celte mobilité respiratoire du foie aussi souvent chez les hommes que chez les femmes, sur les individus qui ont maigri du ventre, surtout lorsque cet amaigrissement s'est fait rapidement. Ce qui vient un peu compliquer les choses c'est que souvent ce foie se congestionne et augmente de volume : mais alors même la mobilité du foie présente toujours son caractère principal, qui est l'amplitude de l'excursion respiratoire.

3' Enfin, dans une troisième série de faits, le foie est abaissé en permanence (foie déplacé) ; on trouve sa limite inférieure comme sa limite supérieure très au-dessous de la place qu'elle occupe à l'état normal; mais ici il n'y a plus d'excursion respiratoire considérable; à

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la fin de l'inspiration le bord inférieur ne remonte pïus, se cacher sous les fausses côtes, le foie a perdu droit de domicile dans le thorax.

La palpation bimanuelle du foie peut être alors pratiquée exactement comme pour la recherche du rein mobile. Elle permet de se rendre compte assez exactement de son volume, de sa situation, de sa consistance.

Frkquknce de la nkphroptose et de l'hépatoptose — Nous avons ainsi exposé rapidement les principaux caractères des ptôses abdominales qu'on rencontre chez les dyspeptiques. Ces ptôses sont loin d'ôtre exceptionnelles surtout chez les femmes.

Pour le démontrer il nous suffira de reproduire la statistique des faits de néphroptose et d'hépatoptosc que nous avons relevée à Thôpital Andral.

Femmes. — Sur 372 femmes atteintes de dyspepsie (Fulcère simple et le cancer étant laissés de côté), nous avons relevé 133 cas de néphroptose et 33 cas d'hépatoptose. se décomposant ainsi :

Rein mobile droit au !•' degré 45

Rein — 2* degré 73

Rein — 3« degré 8

Total îïc"

Le rein mobile gauche n'a été constaté que sept fois; mais je dois avouer que je le cherche avec moins de soin que le rein mobile droit.

Foie abaissé 45

Mobilité respiratoire du foie SO

Total 35

Ainsi donc j'ai trouvé le rein mobile plus d'une fois sur trois chez les femmes dyspeptiques, et la ptôse hépatique une fois sur dix.

Dix fois sur quinze, la néphroptose a été constatée en même temps que rabaissement définitif du foie.

Hoînmes. — Chez 428 hommes dyspeptiques la mobilité du rein droit a été constaté dix-neuf fois; celle du foie dix-huit fois.

Rein mobile droit au 1" dogré 7

Rein — i« dogn- 12

TOTAI 19

Foio al)aissé 13

Mobilité respiratoire du foie •. . . . 5

Total îâ"

La néphroptose s'est donc renconti'ée une fois sur 27 honimes. et rhépatoj)tose avec une frécjuence ù |)eu près ég-ale.

pathologie: gënéralt: des ptôses vis<:i^:rales uf. l'abdomrn

Historique. — Ouvcilliiei' «lès lHi!> a sijïnnlé la dislocnlioo et la déformalion de reslomac sous l'inllnotice du eoi-set, « Pi-essé par lo

Pi(t. 13. - Allons n nt par te corset F Rure d

Ciiii|>i>toi. )

corset l'estomac devient vertical par un mécanisme facile à comprendre. En effet, le foie refoulé à gauche pendant que l'eslomac est refoule à droite |)réîieiite un allungcmuiit dans le sens vertical, il foree l'estomac à se jMrter directemeut en bas. Au ma.\imum de cette disposition, l'estomac vci-tical atteint le dOlroit supérieur par sa grande courbure et s'infléchit brusquement sur lui-même pour se porter ver- Ucaleraenl en haut. Son extn'^mité duodénale, maintenue par ses adhé-

ronces natuix^les, tantôt reste en place, tantôt est entraînée par le reste de l'estomac. Ainsi on rencontre le pylore h Tombilic, aux régions iliaques droite et gauche.

La pression exercée sur Testomac par la circonférence inférieun^ de la poitrine rétrécie par un corset trop serré rend également compte de [)lusieurs cas d'estomac biloculaire ou double. »

Les figures 13 et 14, que nous avons empruntées à h\ thèse de Chapotot montrent plus clairement (|U(î ne pourrait le faire la meilleure description Tinfluence qu'exerce le corset sur le foie et Testomac. Dans la figure 13 on voit que le foie s'est allongé, et (pi'il j)ortt»

Fig. 14. — Allonf^einent progressif de IVsloinac et abaissement du pylore sous l'inÛuuncc tlu corset (d'après Gliapotott.

latéralement l'empreinte de la constriction. L'estomac s'(\st également étiré, sa grossi^ tubérosité s't^st effacée, h» pylore s'est abaissé et la petite courbure forme un angle aigu ouvert en haut et h droite. Sur la figure 14 on peut suivre la déformation |)rogressiv(» de ri\stomac. La dislocation verticali» de l'estomac si nettement indicpiée par Cruveilhier paraissait tomber dans l'oubli loi'sque le célèbre travail de Kussmaul a de nouveau attiré l'attention sm* elle. Depuis elle a été l'objet de recherches et de» publications nombreuses. La distension gazeuse de l'estomac, inauguivc» pm* Frei'ichs. a permis de démontrer plus nett(»ment que par les autres méthodes, l'existence de la |)tose du pylore et de la région pyloricpK» sur l'honmïe vi\ ant : il faut citer particulièrement fi ce propos les travaux d(* Ziemssen, de Riegel, Bosenheim, liourget de Lausanne. L'éclairage él(*ctri(jue a servi de i)oinl de

déjiarl aux rechei'ches do Hervng et Reichniann, de Mellzing. Parmi les éludes anatomo-pathologiques, il faut surtout eiter celles de Hertz. Plusieurs auteurs et particulièrement en France Bouveret, Chapotot, Hayem, se sont appliqués à définir et à faire connaître les méfaits du corset, instrument de déformation qui joue un rôle considérable dans la [mthogénie des différentes ptôses abdominales chez la femme.

Du reste, il est impossible de séparer l'histoire de Testomac verlical et de la ptôse de la région pylorique, de celle des ptôses abdominales considérées dans leur ensemble.

Franiz Glénard, par ses jiublications répétées sur les ptôses viscérales de Fabdomen dont la première date de 1885, a véritablement ouvert un chapitre nouveau de clinique et de pathologie générale. Nous ne partageons pas toutes ses idées, mais nous devons reconnaître qu'il a été réellement un novateur et qu'en attirant Faltention sur une série de faits inconnus, qu'en les reliant par une hypothèse générale, il a rendu à la clinique un signalé service. Avant lui, en 1878, Taccoucheur Guéniot avait signalé le prolapsus graisseux de Fabdomen ohez les femmes, et, en 1883, il avait publié un nouveau travail dans lequel il signalait les phénomènes d'endolorissement abdominal, de fatigue et d'impotence, qui résultent chez les femmes dont les parois abdominales sont l'elâchées, de la chute de l'abdomen, en bas à la façon d'une besace.

Lîi théorie de Fentéro|)tose de Glénard avait une amj)leur beaucoup plus grande : il y voyait la cause d'un ensemble de phénomènes de (lyspe[>sîe gastro-intestinale, et de manifestations h distance portant sur la nutrition et Finnervation.

Les idées de Fr. Glénard trouvèrent bientcM de nombreux partisans et des défenseurs convaincus. En France les communications de Féréol h la société médicale des hôpitaux (1887-88), les publications de Trastour (de 1889), de Monteuus (1894) contribuèrent beaucoup à faire connaître la doctrine nouvelle.

Une communication d'Ewald suivie d'une discussion importante à la Société de médecine interne de Berlin, fixe en quelque sorte le moment où la théorie de l'entéroptose prit officiellement pied en Allemagne.

A ce mouvement il convient de rattacher les recherches anatomiques si curieuses de Hertz sur la dislocation des organes de l'abdomen, ri les éludes de G. Kelling, de Meltzing, et de Schwerdt sur la pression iibdominale et ses rapports avec Fentéi'optose.

La théorie de Glénard a rencontré des sceptiques et des adversaires; nous-méme nous ne l'admettons pas dans son ensemble, mais nous reconnaissons que son auteur a eu le rare mérite de faii'c

connaître des faits nouveaux, ou d'attirer l'attention sur la fréquence très grande de faits considérés comme rares, comme la néphroptose. et de donner une place dans la pathogénie à la diminution de la pression abdominale et h la dislocation des viscères sous-diaphragmatiques.

Exposé de la théorie de l'entéroptosede Glanard. — Voici d'après le livre de Monteuus que Glénard a accrédité comme l'expression fidèle de sa doctrine (1894), l'expose de la théorie de l'antéroptose.

Le relâchement des replis du péritoine qui attachent les viscères à la colonne vertébrale est la cause première de l'entéroptose, ce terme étant pris avec le sens très étendu de ptôses viscérales de l'abdomen. L'abaissement de l'intestin grêle amène un tiraillement sur l'extrémité supérieure du mésentère et, comme ce ligament passe sur le duodénum, un aplatissement de la partie initiale du jéjunum. L'abaissement du côlon transverse se produit en même temps, il se fait surtout sentir sur le coude droit, de là tiraillement sur un tractus péritonéal que Glénard élève au rang de ligament pyloro-côlique. La conséquence peut être l'abaissement de la région pylorique de l'estomac. D'autres ploses, celles du rein et du foie, viennent souvent se surajouter à l'entéroptose proprement dite.

L'entéroptose amène un trouble fonctionnel dû surtout au tiraillement de l'intestin à Tinscrtion de ses ligaments suspenseurs, et î\ la compression du duodénum.

Comme étiologie de l'entéroptose, on peut invoquer toutes les causes capables de détruire l'équilibre intra-abdominal. L'affaiblissement général des tissus à la suite d'une maladie aigu<^ constitue une importante cause prédisposante. On peut faire intervenir encore les excès dans la quantité d'aliments et de boissons ingérés, la constipation qui accumule les matières fécales dans le côlon, les variations d(» volume du foie dues à la congestion ou à une affection organique capable d'augmenter notablement son volume. Pour Glénard, les modifications subies par le foie seraient la cause principale de Tentéroptose.

A titre de causes occasioruielles, sont indiqués les traumatismes, les efforts successifs et répétés, les chutes, la danse, les vomissements, et enfin la faiblesse et le relâchement des parois abdominales.

Monteuus fait remarquer que l'entéroptose se rencontre surtout chez des sujets sans ventre. La chute de Tintestin se fait chez eux à Yintêrieur de l'abdomen et non à Yextérieur comme chez ceux qui ont le ventre tombant en besace sur la partie supérieure des cuisses.

L'abus du corset, après les travaux de Ziemssen, de Bouveret et Chapototj est considéré comme ayant un rôle d'une certaine importance

dans la production des ptôses abdominales ; il on est de même de la grossesse.

Quelles sont maintenant les conséquences pathologiques de ces ptôses ?

L'évolution de la maladie comprendrait trois phases successives.

Période de début. — A cette période se montrent des phénomènes de dyspepsie et de flatulence banaux, des aigreurs, des douleurs épigastriques.

Période d'élaL — La période d'état est caractérisée par une sensation de pesanteur, de barre, par des tiraillements, une sensation de fausse faim survenant trois ou quatre heures après le repas.

L'appétit l'esté excellent, après un repas copieux, il y a une sensation de mieux être beaucoup plus marc|uée qu'après un repas ordinaire. Le vin pur et le lait sont fort mal supportés. Les malades sont assez régulièrement réveillés vers deux heures du matin par des sensatiojis dyspeptiques. La constipation est la règle.

Le malade épmuve un affaiblissement croissant de ses forces; son caractère s'altère.

Troisième période. — La troisième période est marquée par Tapparition et l'accentuation des phénomènes de neurasthénie. En vertu de la diminution de l'alimentation, Taffaiblissement du malade s'accentue, il s'amaigint notablement.

Dans ses publications personnelles, Glénard avait systématisé de la façon suivante la genèse des phénomènes symptomaliques ([ue nous venons d'énumérer d'après Tordre d'évolution qu'il leur assigne.

Glénard attribue :

l* Les symptômes choméhens à l'atonie gastrique (flatulence, aigreurs, douleur épigastriqucï) ;

2* Les symptômes neurasthéniques à la diminution de la pression alxlominale ;

3* Les symptômes vaporeux à la constriction du corset (étouffements. angoisse, suffocations, bouffées de chaleur) ;

4* Les symptômes mésogastriques à l'entéroptose (pesanteur, plénitude, barre, talement, creu\, vide, délabrement, tiraillement, constriction, fringale).

Discussion de la théorie de Centéroptose de Fr, Glénard. — Après cet exposé sommaire, mais fidèle, de la conception générale de l'entéroptose d'après Glénard et ses élèves, il con\ ient de dire ce que nous en pensons.

La théorie ne nous paraît pas pouvoir être admise dans son ensemble. Dans la description clinique de l'entéroptose, Fr. Glénard a englobé la presque totalité des faits de dyspepsie et de neurasthénie. Pour lui.

les modifications de Téquilibre intestinal et abdominal seraient les phénomènes initiaux, cause première de tout le mal.

Or Tentéroptose est un fait physique dont l'existence devrait être démontrée par des signes physiques. En voulant la démontrer par ses symptômes fonctionnels avant que les signes physiques ne soient appréciables, Glénard s'expose à l'admettre avant qu'elle n'existe. De plus il amène à l'entéroptose des manifestations dépendant d'une cause tout à fait différente, l'hyperchlorhydrie par exemple. Nul doute c\\w la douleur tardive et le réveil de la nuit chez ses malades, n'aient eu souvent pour cause véritable, l'hypersécrétion chlorhydrique.

Enfin, Tobjection principale à sa conception doctriiialc est la suivante : l'intensité des phénomènes symptomatiques, n'est nullement en rapport avec l'étendue de la dislocation viscérale; on voit souvent des ptôses considérables rester complètement latentes. Par contre, il n'eM guère de symj)tômes subjectifs attribués à rentéroj)tose qu'on ne puisse rencontrer sans que celle-ci j)uisse être démontrée. On ne souffre donc de l'entéroptose que lorsqu'on est prédispose et l'observation clinique démontre que cette prédisposition consiste essentiellement dans la névropathie préalable des sujets.

Toutefois, de la tentative de systématisation de Glénard, la clinicpu; et la théraj)eutique nous paraissent avoir sensiblement bénéficié. (Jlénard a eu le mérite très grand de démontrer la fréquence des ptôses abdominales, (ît de contribuer avec Lindner et Landau h démontrer la fréquence de lanéphroptose. 11 a fait voir que ces ptôses, le relâchement (le la paroi du ventre et la diminution de la tension abdominale j)ouvaient jouer un rôle dans la pathogénie de certains accidents. 11 nous a ap{)ris à mieux rechercher et h mieux connaître le resserrement spasmodique du côlon que I^otain avait décrit avant lui dans la colite chronique, et que Fleiner a donné plus tard comme une cause fré(|uente de constipation. La notion plus nette de l'abaissement des viscères a fourni d(\s arguments nouveaux et i)uissants contre l'abus du corset ; la notion du rôle de la diminution de la tension abdominale a amené h donner dans certains cas une place très importante dans le traitement au décubitus prolongé et à Temploi des ceintures abdominales.

Rôle pathogênique de V entèroptose et de t hypotension abdomi^ nale, — Après l'exposé et la critique que nous avons faits de la théorie de Glénard, après les restrictions que nous avons formulées, il nous reste à dire comment nous comprenons nous-môme le rôh» pathogénique des j)toses viscérales et de Thypotension abdominale.

Les ptôses abdominales peuvent être extrêmement marquées sans (jue les sujets en éprouvent aucune gène appréciable. Des conditions accessoires sont donc nécessaires pour que ces ptôses donnent nais-

sîince à des manifestations syniptonjatiques localisées ou à distmice. Souvent elle^ aggravent et entretiennent ladys|)epsie sensitivo-niotrice. (^etle aggravation se constate surtout chez les individus atteints de iiervosisme vague, de neurasthénie ou d'hystérie.

Nous pensons que Tinsuffisance de la fixation des viscères amène leur flollement dans la cavité abdominale. 11 en résulte des tiraillements sur les filets nerveux émanés des plexus ganglionnaires, et Tirritation ainsi produite se traduit j)ar une véritable hyperesthésie des organes ou par des troubles dans les contractions des i)arois musculaiœs du tube digestif. L'observation clinique montre que la contracture du colon n'est pas rare dans ces conditions. On peut penser qu'il |)Ourrait aussi se produire des s[)asmes dans d'autres points du tube digestif, et en jiarticulier du spasme pylorique.

L'excitation du système nerveux ganglionnaire peut retentir sur les centimes nerv(»ux cérébro-spinaux, la viciation des phénomènes digestifs p<'ut, de son coté, retentir sur la nutrition générale ; de là le \wvvosisme plus accusé, la neurasthénie, la dépression générale, l'amaigrissement.

Quelquefois l'endolorissement de l'abdomen devient très marqué et l'on observe une intolérance de l'estomac qui se révèle soit par des manifestations douloureuses, soit [)ar des vomissements.

Glénard a beaucoup insisté sur la valeur du signe de la sangle dans le diagnostic de l'entéroptose. L'amélioration produite par Pusage d'une ceinture bien appliquée et suffisamment serrée lui j)araissait démontrer nettement l'infiuence pathogénique de l'abaissement des viscères et de la diminution de la jiression abdominale. Un argument semblable, plus important encore, nous paraît fourni par les excellents effets que produit j)arfois le décubitus. Des malades qui digéraient fort mal. qui avaient des vomissements, de l'endolorissement de l'abdomen, sont rapidement calmés par le séjour au lit.

L'influence de la station debout et de la marche s'explique évidemment li-ès bien par les tiraillements que produit sur les filets nerveux émanés des plexus ganglionnaires la mobilité anormale des viscères.

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