SYMPTÔMES
()u'elle soit primitive ou secondaire, la tuberculose intestinale se révèle dans la majorité des cas par une diarrhée quotidienne, tenace, persistante. Dans la tuberculose primitive de Tintestin, elle peut rester pendant longtemps le seul symptôme ; dans la phtisie pulmonaire, au contraire, elle s'installe en général quand apparaît la fièvre hectique d'après Grisolle.
La fréquence des évacuations est en général proportionnelle à l'étendue des lésions intestinales. Le nombre desselles peut varier de i à 15 par jour : ces selles diarrhéiques se produisent surtout le matin, au réveil ou bien après les repas; l'ingestion d'aliments trop chauds ou trop froids, de substances indigestes, amène immédiatement des selles parfois lientériques. Les besoins sont en général très impérieux, et, malgré leurs efforts, il arrive souvent que les malades perdent leurs matières dans le lit.
Au début, il n'est pas rare d'observer des évacuations à demi solides; plus tard, elles deviennent de plus en plus liquides, ne contiennent que (juelques grumeaux grisâtres ou jaunâtres, des muco* sites et parfois des lambeaux de muqueuse (côHte diphtéritique ou gangreneuse d'Andral).
Blanches ou grises dans les premiers stades de la maladie, les évacuations ne lardent pas à devenir foncées et môme noirAtres; cette coloration est persistante et se fonce par intervalle. Elle paraît tenir dans bien des cas aux hémorragies plus ou moins abondantes qui se produisent si souvent à la surface des ulcérations intestinales. Lorsque les ulcérations siègent sur la partie terminale de Tiléon ou dans le côlon on peut observer des stries sanguinolentes dans le liquide évacué.
8è2 TRAITÉ DES MALADIES DE L'ESTOMAC ET DE L'INTESTIN
L'odeur, de» selles est très fétide et devient paj*iuis presque* gaagréneuse : cette odeur parait tenir aux troubles digestifs pnk*oces et aussi aux fermentations qui se produisent au niveau des ulcérations.
Au microscope, on peut reconnaître dans ces selles des débris alimentaires, des cellules granulo-graisseuses, des globules de pus, des» globules sanguins plus ou moins déformés et des cristaux 0(*taédriques (Nothnagel) qui paraissent identiques à ceux que Gharcol a décrit&dans la rate (Bizzozero). Enfin, au milieu d'un grand nombre di' microorganismes variés, on peut déceler le bacille de Koch. 11 faut avouer toutefois que cette recherche est souvent difficile, et que, dans un grand nombre de préparations, on ne peut déceler aucun bacille.
Dans un certain nombre de cas. la tuberculose inlestiuîde au lieu d'amener de la diarrhée ne se traduit que par une constipation opiniâtre ; il semble qu'il existe une véritable paralysie de Tintestin, Parfois on note des alternatives de diarrhée et de constipation, el, suicertains malades, c'est à la suite d'un puj'gatif énergique adminisln'» contre une constipation opiniâtre que s'établit une diarHiéc difficile à itfrôter.
La doulem\ qui n'est pas constante existe pourtant tivs souvent ; les évacuations diarrhéiques sont précédées de coliques tivs pénibles. Parfois les malades ont une sensation douloureuse continue, loctidiséo en un point du ventre ; cette douleur s'exagère par la pression et surtout par une décompression brusque.
Le ventre est en général souple, et, sauf chez les enfants, il est rare que l'on arrive à sentir les adéuopathies secondaires.
Aux troubles intesthiaux s'ajoutent presque toujôui*s des troubles gaulrigues^ nausé^es, vomissements, douleurs, î\norexie parfois absolue. Ils viennent encore aggraver le pronostic et rendre la niairhe de la maladie plus rapide.
PRONOSTIC. KVOLUTIOrf
Lvtat général Aexmni mauvais, le malade maigrit, sa peau se sèebe. sa figure et s(?s mains se pigmentent, la lièvx*e hectique s iuâlalie. c'est suilout dajis la tuberculose pulmonaire (pie l'entériie tuberr^ileuse est d'un pronostic très sévère.
Pourtant, dans un ceiiain nombre de cas de tulx^reulose intestin nale primitive, les ulcérations peuvent se cicatriser, et le malade gut*rit ; ïuais il est ex|)oséi\ d'autres dangers car, ainsi que Tanatoiiiie pa-
TUBERCULOSE INTESTiNALE »43
Uiologi(|iMî nous Ta appris, les cicatrices d'ukérations peuvent être Torigine d'un rétiwissement de Tintestin.
Dans renlérite tuberculeuse primitive, la marche est continue et progi'essive ; la diarrhée persiste, sans changer d'aspect jusqu'à la mort. Les lésions pulmonaires lorsqu'elles se développent secondairenient, peuvent rester presque silencieuses (Laennec).
Lorsque Tentérite apparaît au cours d'une tuberculose pulmonaire, la marche est plus irrégulière; la diarrhée se montre par périodes puis disparait brusquement; mais, une fois qu'elle a pris la teinte mélafnique, elle s'installe et persiste jusqu'à la mort.
La perforation intestinale constitue une des complications de la tuberculose de l'intestin ; il est !*ai^ que cet accident se produise avec grand fracas; le plus souvent, les signes locaux ou généraux sont insignifiants, le contenu intestinal s'épanche dans une cavité limitée par des adhérences,, et la perforation n'est découverte qu'à l'autopsie. Parfois l'existence d'une lientérie très intense fait soupçonner la perforation ; dans ces cas, il s'est établi une communication large entiv un segment supérieur et un segment inférieur de Fintestin.
Dans la tuberculose aiguë ài> rintesliii, les troubles digestifs peuvent disparaître au milieu de symptômes génémux; on a pourtant observé des hémorragies intestinales tr^ graves, susceptibles d'entraîner rapidement la mort.
DIAGNOSTIC
Lorsque l'entérite apparaît au cours de la tuberculose pulmonaire, le (Hagnostic s'impose et n'offre en général aucune difficulté.
Il n'en va [)as de méine de l'entérite tuberculeuse primitive. A une période avancée de l'affection, il est assez facile de reconnaître la nature de l'affection ; il suffît de se rappeler suivant le précepte de Chomel et Trousseau, que « la diarrhée chronique avec fièvre et sueurs nocturnes est un signe à peu près certain de tuberculisation ». En cas de doute, on peut chercher le bacille de Koch dans les selles, mais sa découverte v est assez difficile.
Mais au début, le diagnostic est souvent très délicat et difficile à poser d'une fa^on ferme. Lorsqu'on est en présence d'un sujet présentant une diarrhée tenace, et après qu'on a éliminé les diarrhées des pays chauds, les diarrhées toxicjues, les diarrhées nerveuses, ou consécutives à une mauvaise hygiène alimentaire, il faudra toujours examiner avec grand soin les sommets des poumons ; le moindre signe
anormal dans la respiration sera alors d'un grand poids ; il pourra faire pencher la balance vers le diagnostic d'entérite tuberculeuse.
TRAITEMENT
Le traitement de la tuberculose intestinale est jusqu'à présent purement symptomatique : pendant la longue évolution de la maladie on a en général recours aux différents spécifiques employés contre la diarrhée : on usera successivement du sous-nitrate de bismuth, du tanin, de la tannalbine, du talc, de la craie préparée. Le laudanum et les préparations opiacées permettront de lutter à la fois contre les douleurs et contre la diarrhée. On a encore préconisé le nitrate (Tar^ gent^ soit en pilules (2 à 10 centigrammes par jour] soit en lavements. Enfin il faut aussi surveiller le régime alimentaire ; Tusage exclusif de la viande crue pendant quelques jours peut parfois arrêter une diarrhée rebelle.
Si les malades sont constipés, il faudra éviter les purgatifs ln)|> violents, car ils peuvent être l'origine d'une diarrhée tenace plus gAnante pour le malade que la constipation.