ULCERATIONS NON CANCÉREUSES DE L'INTESTIN
il est peu d'infection grave de l'homme ou de Tanimal qui ne puisse s'accompagner de pareilles lésions ; sans le suivre dans cette étude très longue, nous dirons qu'il a pu œlever ces accidents intestinaux dans Vérysipèle, dans les septicémies de cause locale, dans la variole, dans la scarlatine^ dans Yinfection puerpérale dans les affections sep tiques des voies urinaires, dans V étranglement /lemiatre^ dans les infectiotis biliaires^ dans ha pneumonie^ dans les infections broncho-pulmonaires et pleurales et dans la diphtérie.
Dans tous les cas, ces . ulcérations sont très analogues par leurs caractères anatomiques et leur évolution.
On retrouve toujours i\ Texamen anatomique une vaso-dilatation générale, excessive des veinules et des capillaires, compliquée parfois d'une infiltration hémorragique étendue de la sous-muqueuse et de la muqueuse. On note parfois aussi une thrombose spéciale, hyaline, des petits vaisseaux du voisinage ; enfin la lésion caractéristique est constituée par une nécrose débutant par la surface des glandes de la muqueuse, frappant les éléments en bloc, par îlots séparés à limites nettement tranchées. A la périphérie de l'ulcération, on trouve une infiltration inflammatoire d'éléments embrvonnaires, avec un œdème de la sous-muqueuse plus ou moins marqué.
Il s'agit, somme toute, suivant Gandy, d'une nécrose hémorragique.
(]es lésions paraissent dues à l'élimination de toxines au niveau de la muqueuse ; elles se rapprochent par là des lésions intestinales qu'on peut observer au coui*s d(»s intoxications mercurielles ou de l'intoxication urémique.
Ces lésions ont une marche aiguC ; lorsqu'elles amènent une perforation, celles-ci survient du dixième au quinzième jour après le début de l'infection. Mais elles peuvent guéiîr et si' cicatriser pai'faitement.
3"* Ulcérations consécutives à des embolies ou à des thromboses infectieuses. Dans l'infection purulente, les embolies se disséminent dans tout le système artériel et peuvent aller oblitéi'er les vaisseaux de l'intestin. Si l'embolie est volumineuse et s'arrête dans la mésentélique supérieure ou inférieure, il en résulte des accidents très graves, symptômes péritonéaux, hémorragies intestinales et le malade meurt avant (pi'une ulcération intestinale ait eu le temps de se constituer. II n'en va pas de même si le vaisseau atteint est de dimension minime et ne se distribue qu'à une petite portion de l'intestin. Le sang reflue aloi*s dans h» territoire de l'artère obUtérée, la muqueuse prend à ce niveau une teinte noire, puis rapidement, en quelques jours, les tissus ainsi altérés se nécrosent et s'éliminent. Il se fait ainsi une ulcération plus ou moins étendue, plus ou moins irrégulière, plus ou
moins profonde, suivant la grosseur de la branche oblitérée : il |K*ut se faire à ee niveau une |)erforalion de la paroi, entnuiiaiit une péritonite rapidement niortelle. Au [)ouKoui' de rulcération, dans la muqueuse intestinale, on trouve une infiltration inilaiumalmre nette.
On peut observer les mômes accidents au cours des endocardites et dans Tartério-sclérose généralisée.
Kussmaul et Maier, Minkowski, Lorenzont signalé dans les /«furi/^.^ infectieuses généralisées des ulcérations intestinales, qu'ils raj>p<)rU*nt égal(»nK*nt h des lésions inflammatoires des arlérioles de la paroi de Tintestin. Il s'agit de petites ulcérations rondes peu profoiidt»s. en général disséminé<^s sur toute Tétendue de Tintestin, n'ayant aucun rapport avt*c le follicule clos. L'examen anatomique aurait permis de constater l'obstruction ou même l'obliléi'ation des artèreîj correspHidantes.
3° Ulcérations stercorcUes. — C'est également h des infections d'origine int(*stinale favorisées par le traumatisme de la muqueuse qu'il jaul rapporter les ulcérations (jui s'observent dans la stase des inaliên»s fécales. La constipation simple suffit, d'aprvs Xothnagel j)our provoquer l'apparition d'ulcérations dans le gros intestin ; mais c'est surtout au-dessus des rétrécissements du gros intestin qu'on les oliser\ c nettement.
Nous en avons donné la d(»scriplion anatomique détaillét» ix pn)pos d(\s entérites, nous ra[)pellerons seulement (jue ces ulcérations localisé(*s en général dans le gros intestin immédiatement au-d(*ssiis d'un rétrécissement syphilifjuc ou tuberculeux, peuvent s'étendre i\ tout le ci)lon et gagner Tintestin grêle. Peu étendues en stirfac^e, ces uI<*éralions, d'après Letulle, se caractérisent par leur rafiide évolution en profondeur. Au microscope, on note î\ leur pourtour une h>"jx*rtn^ phit» et une hyperplasie des glandes de Fintestin qui n'atteint jamais un |)ar(*il développ(îmenl dans la dysenterie.
m. lYCKRATIONS INTKSTINALKS AU COURS DES MALADIES
INFECTIEUSES CHRONK>UES
1" Ulcérations tuberculeuses. — Nous avons déjfk longuement décrit les l/'sions (»t I(»s syniptames des entérit(*s tuberculeuses. Nous nous cont(Mit(»rons donc de rappeler ici brièvi^ment leurs principaux caractères.
Les ulcérations tuberculeus(*s de l'intestin se présentent sous deux formes différentes.
ULCERATIONS NON CANCKRELSES DE L INTESTFN 855
a) Les ulcérations lenticulaires^ petites, en forme de godets oa de gourde, consécutives à la fonte cas€»euse d'un tubercule isolé.
b) Les grandes ulcérations ayant soit une direction longitudinale, lorsqu'elles se développent sur une plaque de Peyer, soit une disposition annulaire, lorscju'elles succèdent à des lésions des vaisseaux Siuiguins ou lymphatiques.
Peu profondes en général, ces ulcérations se reconnaissent h leurs bords décotes, minces, et surtout h ce qu'à leur niveau on voit toujours sur la face externe de Tintestin un fin semis de granulations tuberculeuses.
Rappelons aussi qu'au niveau du caecum et du rectum la tuberculose détermine souvent des lésions fibreuses et hypertrophiantes ; la muqu(»use j)résente alors des ulcérations |)eu profondes, dont la surface est comme villeuse ; cet aspect est du à ce que de petites portions de la muqueuse sont respectées par Tulcération ; ces petits îlots s'enflamment et 1 bourgeonnent.
2** Ulcérations syphilitiques, — Les ulcérations syphilitiques de rinteslin sont des lésions fort rares et t^ncore très mal connues. C'est, semble-t-il, dans la syphilis héréditaire qu'elles ont leur i)his grande netteté. Elles succèdent à des gommes dont la [)aHie centrale s'est nécr'osée (^t s'est ouverte dans la cavité de l'intestin : il se fonne ainsi une ulcération h bords saillants et verticaux dont h* fond (*st constitué tantôt par des masses gommeuses, tantôt par du tissu cicatriciel. Ce qui d'ailleurs facilite beaucoup le diagnostic anatomique de l'af^ f(*ction iA en constitue pour ainsi dirx» la signature h distance, c'est la coïncid(*nce d'autres lésions d'hérédo-syphilis indéniable chez h* nouveau-né.
Dans les cas de syphilis acquisf», les observations d'ulcérations intestinales sont beaucoup plus d()uteus(\s : dans l)i(Mi des cas, les sujets étaient nettement tul>eïrul(»ux (»t la nature de la lésion pût être constatée. D'après Cornil, on doit, lorsqu'il s'agit d'une» lésion syphilitifjue, retrouver des gommes dans les bords et autour des ulcérations ; le fond de l'ulcération est lui-même gris jaunâtre, dur et fibreux. Enfin, au niveau de l'ulcération, sur la face externe de l'intestin, on trouve un épaississement fibreux du péritoine.
Toutefois, au niveau du rectum, l(\s ulcérations syphihtiques revêtent un asp(»ct facile à reconnaîtiv. Lors(pi'on peut examiner anatomiquement ces lésions, ell(\s tendcMit ver-s la guérison et sont plus ou moins modifiées ])ar un tissu fibriHix et cicatriciel. Cc^s ulcérations s'observent juscpie sur une étendue de dix centimètres au-dessus de l'anus. Elles occupent plus ou moins régulièn ment toute la circonfénnice du rectum. Assez bien limitée en général, leur fond est
formé par un lissu cicaliîciel et scléreux. Parfois elles creusent en profondeur pouvant atteindre le tissu cellulaire de la fosse isehionn*taie et donner lieu à des abcès et à des fistules. Orlh a vu un abcès de ce genre venir s'ouvrir à la paroi abdominale antérieure.
La lésion syphilitique dans ces cas, ne se borne pas d'ailleui-s à la production d'ulcérations. Toute la paroi rectale et même le tissu voisin sont envahis par un tissu fibreux dont le développement progrvssif finit par constituer un rétrécissement du rectum.
3"* Ulcérations amyloides, — Ce sont des ulcérations (jui apparaissent sur une muqueuse intestinale atteinte de dégénérescence amyloïde; elles ont été décrites par Colbei'g; elles peuvent coïncider avec des ulcérations tuberculeuses; mais on peut aussi les observcT à Tétat isolé.
A Tautopsie. les ulcérations amyloïdes se présentent comme des pertes de subtance plus ou moins étendues, ayant des dimensions tivs \ ariables, mesurant de quelques millimètres à plusieurs centimùln*s dV'tendue. Elle sont peu profondes, atteignant tout au plus la couche musculaire; sur leur foiid, on distingue des stries formées par des artérioles dont la paroi est atteinte de dégénérescence amyloïde. Leui-s bords sont nets, à peine renflés ; on n y observe au microscope aucunt* lésion inflammatoiiv. Dans Tintervalle des ulcérations, la muqueuse présente aussi des lésions de dégénérescence amyloïde.
Ces ulcérations peuvent se produire dans hîs cas ou Ton observe la dégénérescence iunyloïde (suppurations tuberculeusespix)longées, et<-\ (^)uant à leur pathogénie, pour les uns il s'agit d'une néci'ose parlieUe (!(» la muqueuse, consécutive aux lésions amyloïdes des artérioh\s; |)our les autres, les ulcérations résultent des traumatismes que subit la mu(|ueuse intestinale altérée de la part des substances alimentairc»s (fui circulent dans l'intestin.
4" Ulcérations intestinales dans tactinomi/cose. — Enfin, nous raj)pellerons que, dans l'actinomycose abdominale, on j)eut \*oir des loyers de suppuration au niveau du cœcum et au niveau du i-ecluni. s'ouvrir dans la lumière de l'intestin et laisser à leur suite une uh*i*ration à évolution aigu(^ et souvent curable.