DÉTERMINATION DES ACIDES ORGANIQUES
Dans l'examen clinique du suc gastrique, on se borne en général à déceler la présence de tel ou tel acide organique, mais on a rarement besoin de recourir à un dosage exact de ces éléments. 11 suffit donc de connaître ([uekjues réactions colorantes pour apprécier d'une fa^on suffisante la richesse d'un suc gastrique donné, en acides lacligue, butyrique ou acétique.
Recherche de Pacide lactique, — La recherche de Tacide lactique se fait à Taide du réactif d'Uffelmann. Si Ton s'en re|)orte aux indications de cet auteur, voici connnent il faut opérer : on met dans un tube à essai 3 centimètres cubes d'une solution à 4 p. 100 d'acide phéni((ue, et on ajoute 10 centimètres cubes d'eau distillée et une goutte de perchlorurc de fer ; on obtient ainsi un mélange d'une belle* teinte aniélhvsle.
On verse alors une petite quantité du liquide ù examiner ; s'il contient de l'acide lactique, on voit la teinte violette s'effacer, et une teinte jaune citron la remplace, teinte d'autant plus marquée que le suc est plus riche en acide lactique. On peut simplifier encore cette réaction ; Feau phéniquée n'est pas indispensable en effet, et il suffit d'ajouter à quinze ou vingt centimètres cubes d'eau distillée une goutte de perchlorure de fer, pour avoir un liquide aussi sensil)le, et prenant la même couleur jaune sous l'action de l'acide lactique.
Recherche de facide butyrique. — C'est encore l'odorat c(ui est le réactif le plus sensible de l'acide butyrique : il est facile de reconnaître la présence de cet acide dans un liquide gastricpie à son odeur caract<''ristique de beurre rance.
Pour avoir la certitude que l'on ne se ti'ompe pas, on pourra avoir recours à la réaction suivante : on extrait les acides organiques avec Téther, on en fait une solution aqueuse, puis on ajoute un petit morceau de chlorure de calcium ; on voit tdors l'acide butyrique se séparer sous forme de petites gouttes huileuses.
Recherche de r acide acétique. — Comme Facide butyrique, Tacide acétique se reconnaît au premier aboi'd à son odeur spéciale. Pour le caractériser d'une façon plus sûre, on le sature par la soude de façon à obtenir de racétate de soude : c'est une opération peu compliquée ; il suffit d'agiter avec de Tétlier neutre une petite quantité de liquidr gastrique. On sépare Téther, on le laisse évaporer, puis le résidu est dissous dans Teau distillée et neutralisé avec une solution étendue de soude : si dans la solution d'acétate de soude ainsi obtenue, on vers«» une goutte d'une solution étendue de perchlorure de fer, il a}>paraît une coloration rouge.
Détermination quantitative des acides organiques, — Pour doser exactement la somme totiile des acides organiques, le plus sûr est d'avoir recours au procédé de A. Gautier. Ce pi'océdé que nous avons exposé plus haut, permet de doser la quantité d'acide chlorhydrique total, et, aussi, la quantité totale des acides organiques.
DÉTERMINATION DE LA QUANTITÉ RELATIVE DE PEPSINE CONTENl'E DANS UN SUC GASTRIQUE
La pepsine, qui était autrefois le seul élément du suc gastrique intéressant les médecins, a j)erdu aujourd'hui beaucoup de son ancienne importance. Cela tient en premier lieu à ce qu'on ne peut avoir qu'une idée assez vague de lix ï'ichesse d'un suc gastrique en pepsine ; en effet nous ne savons pas encore isoler les ferments solubles et pour apprécier la valeur peptique des divers sucs gastriques il faut se contenter de procédés de compamison |)eu précis. En second lieu, il semble que, dans la majorité des cas, la sécrétion de pepsine est suffisante, et, si quelques sucs gastriques n'agissent pas sur l'albumine cela paraît tenir surtout à l'absence d'H(]l : la présence de cet acide est en effet nécessaire |)our que la [)epsine devienne active, et les acides organiques en particulier sont loin de {>ouvoir le remplacer (Petit).
Tout cela fait que, dans la majorité des cas, il suffit d'examiner la richesse d'un suc gastrique en éléments chlorés pour avoir une notion suffisante de sa valeur digesti^e.
On |)()urra néanmoins (Mn|)loyer un certain nombre de procédés, pour avoir une idvo de» la richesse relative d'un suc gastrique en pepsine. Le procède» auquel on a recours le plus souvent consiste à apprécier la richesse vu pepsine d'après le temps que le suc? gastrique met A digérer une (piantitt* déterminée d'albumine coagulée. On emploie en général de Talbumine d'œuf coagulée : ù l'aide d'un couteau Il double lame on la découpe en [)etits cubes (jue l'on peut con-
CHIMISME (lASTRIQUE «9
scn-er un certain temps dans la glycérine. Il suffit alors de mettre un de ces cubes dans le suc gastrique à examiner et de porter le loiit à Tétuve ; on agite de temps en temps, et on note le moment où toute Falbumine est dissoute. Une précaution indispensable, c'est d'examiner si le suc gastrique a bien une réaction acide, et, au besoiii, on Tacidifier avec quelques gouttes d'HCl.
Au lieu d albumine on peut aussi employer un poids connu de fibrine stH?he, ce qui permet d'avoir recours à la méthode ingénieuse de Griitzner : on colore la fibrine bouillie avec du carmin ammoniacal (0,2 p. 100), puis on Live, avec de Teau d'abord, avec de THCl à l/lOOO ensuite jusqu'A ce que le liquide de lavage ne se colore plus. Otle fibrine colorée est aloi's prête pour les digestions artificielles : on en met un poids connu dans 10 centimètres cubes du suc gastrique à examiner. A mesure que la fibrine se dissout, le cannin se répand dans le liquide et le colore plus ou moins ; on peut ainsi, d'après l'intensilt* de la coloration, au bout d'un temps donné, apprécier la quantité de fibrine dissoute et, par suite, l'activiU!' du suc gastrique.
Mé-thode de Britth*. — La méthode de Briicke permet de comparer la richesse en pepsine de deux sucs gastriques. On ajoute ù chacun des sucs gastriques, deux fois, quatre fois, liuit fois, seize fois son volume d'eau. On a ainsi pour cliaque suc gastrique une série de dilutions en progression géométrique. On s'arrange pour nifiintenir identicjue l'acidité de ces diverses dilutions en ajoutant des quantités progressivement croissantes d'HCl.
Puis, dans chaque dilution, on introduit une même quantité d'alljuinine coagulée ; on met le tout à l'étuve^H on agite constamment, on voit bientôt entre quels termes des deux séries s'établit le paralh'*lisnie ; par exemple, si le premier suc gastrique étendu de quatre fois son volume d'eau, digère l'albumine aussi vite que le second étendu deux fois, c'est que le premier suc gasti-ique est deux fois plus riche en |)epsine que le second.
Tous c(?s procédés de digestion artificielle sont passibles d'une grave objection. En effet la surface du fragment d'albumine mis à digéi"er va en diminuant d'une manière progressive : or la vitesse de la réaction (»ntre un corps liquide et un corps solide, dépend de la surface de ce dernier ; la variation dans la surface de l'albumine, vient donc compliquer les n'^sultats et en ivnd rinter|)rétation encon^ plus difficile. C'est pour éviter cette cause d'erreur que Mette a modifié la techni(|ue des digestions artificielles. 11 introduit dans un tube de verre l'albumine qui doit être digérée ; le suc gastrique ne peut agir alors que par les deux extrémités des cylindres et la surface de l'albumine reste toujours la même pendant toute la durée de la digestion.
iOO TRAITE DES MALADIES DE L'ESTOMAC ET DE L'INTESTIN
Procédé de Mette, — L'albumine d'œuf, aspirée dans des tubes de 1 à 2 millimètpes de diamètre, longs de 20 centimètres est ensuite coagulée à la température de 93°. Les tubes ainsi préparés peuvent être conservés pendant trois semaines. Pour s'en servir, on en coupe un fragment long de 13 millimètres et on le met à Tétuve à 39° avec le liquide i\ examiner. Si Ton veut arrêter la digestion, il suffit de maintenir le tube à essai dans la glace. On apprécie la vitesse de la digestion en notant avec une loupe la longueur de Talbumine digér<'*e. Le plus souvent cette lecture est facile, car le tube est vide jusqu'au point où commence Talbumine non attaquée. !NLiis d'autres fois l'albumine se prolonge par une masse vitreuse puis granuleuse ; dans ce cas il convient de prendre comme limite la ligne, toujours très nette à la loupe, qui sépare l'albumine intacte de l'albumine digérée.
Ce procédé très facile à mettre en œuvre, aurait encore l'avantage d'indiquer la quantité relative de pepsine qui existe dans deux sucs donnés. Borrissow, en diluant progressivement un suc gastricjue, a pu établir d'une façon empirique la loi suivante : les quantités de pepsine contenues dans deux liquides différents sont entre elles comme les carrés des vitesses de digestion. C'est également ù cette loi qu'était arrivé Schutz en opérant avec une solution de pepsine sur une solution d'albumine et en dosant à l'aide du polarimètre la quantité de peptone obtenue dans un temps donné.
Enfin nous indiqueroiis aussi le procédé qu'IIammerschlag a proposé plus récemment, et qui est facile à mettre en pratique.
Procédé d'Hammerschlag. — On fait ime solution d'albumine contenant environ 0,4 p. 100 d'IICl. Pour faire l'essai d'un suc gastrujue on met dans deux tubes d'Essbach, environ 40 centimètres cubes de cette solution acide d'albumine : puis, dans un tube on ajoute 3 centimètres cubes de suc gastrique, dans l'autre tube 3 centimètres cubes d'eau distillée; on met le tout h l'étuve. Au bout d'une heure, on pn'^ cipite l'albumine h l'aide du réactif d'Esbach dans les deux tubes; on note alors dans le tube qui contient du suc gasti'ique un déficit d'albumine correspondant à la quantité (|ui a été digérée. Bien que l'on puisse faire îi ce [)rocédé de nombreuses critiques, par exem|)le que les dosages d'albumine dans le tube d'Esbach sont toujours approximatifs, que le suc gastrique ajouté contient une certaine quantité d'albumine, on pourra néanmoins l'employer avec avantagedans les recherches cliniques. 11 est en effet d'une grande simplicité et d'une exactitude suffisante pour comparer deux sucs gastri(|ues.
La sécrétion pcptique à f état pathologique, — A l'aide des diverses méthodes (|ue nous venons de décrire, on a fait de nombreu.ses recherches sur la richesse du suc gastricjue en [)epsine au coui's des
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diverses maladies de restomac. Toujours la conclusion a été que la pepsine ne fait presque jamais défaut.
Bourgct a fait des recherches à Taide de digestions artificielles d'un fragment d'albumine : sur les 354 malades ainsi examinés, il n'y a (|ue deux cas d'atrophie gastrique dans lesquels la pepsine était absente. Mais, à part cela, la proportion de pepsine a toujours été suffisiuite pour mener à bien une digestion artificielle, môme à une |)ériode avancée des carcinomes du pylore, à condition toutefois que Ton fournisse la quantité d'HCl nécessaire.
C'est aussi la conclusion de Gintl, qui a em[)loyé le procédé <l'Hammerschlag et a examiné ainsi 83 malades. Il a vu aussi que la .sécnHion de la pepsine n'est guère diminuée? que dans le carcinome de l'estomac, et encore fait-il remarquer cjue, lors(jue le cancer se développe sur une cicatrice d'ulcère, la sécrétion de pepsine paraît aussi abondante qu'A l'état normal.
Linossier, se servant de la méthode de Mette, (ju'il trouve excellente a l'épris l'étude de la proportion de pepsine dans des sucs gastriques de richesse chloi'hydrique très différente. Il est parvenu à cette conclusion contraire h. celle de la plupart des auteurs qui se sont avant lui occupés de cette question, que les variations de; la pepsiiic; se font dans le môme sens que celle de l'HCl, mais qu'elles sont beaucoup plus étendues. Dans ses observations, les rapports des deux substances ont varié de 1 à 6. Il fait de plus remarquer que, le temps |>endant lequel les albuminoïdes se trouvent en contact dans Testomac avec le suc gastrique étant limité, la diminution de la vSécrétion peptique a une grande importance. On ne peut pas raisonner comme si ce contact continuait pendant un temps illimité, et l'on comprend ainsi qu'il puisse y avoir avantage à administrer de la pepsine pour combler le déficit.
La présure. — On peut extraire par macération de l'estomac du veau et en général de l'estomac de tous les jeunes mammifères pendant la période où ils ne se nourrissent que de lait, une substance capable de coaguler le lait. Cette substance connue depuis un temps inmiémorial porte le nom de pj^ésure. En Allemagne on la désigne sous le nom de lab-ferment^ et plusieurs auteurs français ont adopté ce nom.
L'cvistence de la présure dans l'estomac de l'honune a été démon- In'H* par Schumburg. Elle serait contenue dans les cellules glandulaires à l'étal de proprésure et se transformerait en présure sous l'influence de l'HCl, d'après un certain nombre d'auteurs allemands (Lorcher, Boas, Klemperer). Mais le fait est loin d'ôti'e établi, et Duclaux pense que jusqu'à maintenant tous les faits considérés
comme démonstratifs de Texistence de cette substance peuvent être interprétés plus simplement en dehors d'elle. Comme on le voit, la présure est le ferment contenu dans ht suc gastrique, qui coagule le lait dans un inilieu neutre ou alcalin. Pour en déceler la présence, il suffit de prendre 5 à 10 centimètres cubes d'un liquide filtré provenant d'un repas d'épreuve : on le neutralise avec une solution normale de soude à 1/10; on ajoute alors 10 centimètres cubes de lait, neutre ou amphotère, de préférence cuit. Puis on met le loutàTétuve; en un quart d'heure, une demi-heure au plus, le lait se coagule.
Boas a essayé de déterminer la proportion approximative de présure contenue dans un suc gastrique donné.
Pour cela, il note de combien on peut étendre le suc examiné sans lui faire perdre la propriété de coaguler le lait. Chez un individu sain, il faut, pour atteindre ce résultat, ajouter à un volume donné 100 i\ loO volumes d'eau ; mais, dans certains cas, lorsque la sécrétion est diminuée, lorsqu'on a dilué le suc gfistrique de 3 à 10 fois son volume, il ne coagule plus le lait.
On constate ainsi que la sécrétion de la présure diminue beaucoup dans les gastrites atrophiques et surtout dans le cancer de l'estomac, qui presque toujours, comrnc on le sait, est accompagné de lésions atrophiques de la muqueuse gastrique. On sait d'ailleurs que, dans ces cas, la sécrétion d'HCl et de pepsine subit une diminution parallèle.
Inversement, lorsque la st'crétion gastrique csi riche en HCl et en pepsine, la présure devient plus abondante (von Jacksch). De sorte que l'acide et les deux ferments de la séci*étion gastriques semblent subir presque toujours des variations simultanées et parallèles. Tout récemment Chassevant et Gilbert ont publié le résultat de leurs recherches sur la richesse du suc gastrique des dyspeptiques en pepsine. Il y aurait tantôt conservation, tantôt diminution du taux de la pepsine tant dans l'hyper que dans rhy])Ochlorhydrie. Il conviendrait donc d'apprécier la richesse de la pepsine dans tous les cas ou dehors de sa richesse en HCl,