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Aspect extérieuh des matières fécales

Consistance. — Elle varie dans une mesure assez étendue, d'apnVs la nature de Talimentation. Avec une alimentation riche en viande, [)auvre en substances végétales, les matières sont plus consistantes et moins volumineuses ; plus molles au contraire et plus abondantes lorsque Falimentation est surtout végétale. Les fèces d'un paysan grand mangeur de légumes et de pain et d'un citadin grand mangeur de viande sont très différentes les unes des autres bien que tous deux

soient bien portants. Tantôt ce sont des cylindres moulés, sans Hrc durs, tantôt une masse pâteuse assez consistante. Assez souvent la première partie de la selle est moulée, la seconde pâteuse.

Dans la constipation, les matières deviennent sèches, dures: elles sont plus ou moins molles et même liquides dans la diarrhée. Dans le premier cas, il y a diminution, dans le second augmentation de la quantité d'eau éliminée par le rectum. Ces deux états opposés seront du reste étudiés plus loin dans des chapitres particuliers.

Couleur, — La couleur des fèces t\ Tétat normal présente aussi des variations assez accentuées.

La coloration fondamentale des matières fécales est due à Xhydrobiliruhine^ qui dérive de la biliverdine par hydratation. Il est à retenir qu'à Tétat normal les matières fécales ne donnent pas la réaction d(* Gmelin. Cette réaction ne se produit que dans les cas pathologiques où la bile se trouve évacuée sans avoir subi dans le gros intestin les modifications qu'elle y subit normalement.

L'alimentation carnée, l'usage du vin rouge tendent à donner aux (ï*ces une coloration plus foncée, brunâtre. Elles sont moins colorées avec une alimentation dans laquelle prédominent les végétaux ; moins foncée encore sous l'influence du régime lacté absolu. Elles peuvent prendre une teinte verte^ lorsqu'elles contiennent une forte proportion de cellules végétales riches en chlorophylle.

Selles blanches, — Les selles se décolorent et deviennent blanches lorsque l'accès de la bile dans l'intestin se trouve momentanément interrompu. Cette décoloration est un des signes classiques de l'oblitération des voies biliaires. Si la coloration ictérique de la peau et des muqueuses fait défaut, on trouve tout au moins des pigments biliaires dans l'urine.

Dans quelques cas assez rares, il est vrai, les matières fécales s(* décolorent sans qu'il y ait passage des pigments biliaires dans l'urine, ni coloration ictérique des téguments. Les fèces restent ainsi dôtolorées pendant plusieurs jours sans que la personne chez laquelle on observe ce phénomène éprouve aucun trouble particulier dans sa santé.

11 semble qu'on puisse diviser en deux catégories les faits de ce genre suivant qu'il y a ou non excès de graisse dans les selles.

Bungc et Fleischer ont vu qu'en traitant les fèces par l'éther de fa^^on à les dégraisser, on peut quelquefois leur faire reprendre une coloration brune.

Dans plusieurs cas du reste, on a pu démontrer la présence de l'hydrobiline dans les matières.

Nothnagel fait rejnarqucr (fu'il ne s'agit pas toujours de selles graisseuses. Il y aurait ou bien absence des transformations par lesquelles

les pigments biliaires donnent lieu à la matière colorante des fèces ou bien transformation en un pigment blanc la leucourobiline de Nencki. Cette décoloration des selles est habituellement passagère; dans un cas de Boas, elle a duré quinze jours. On Ta rencontrée dans les conditions très différentes non seulement chez des personnes bien portantes en apparence, mais aussi dans une série d'affections bénignes ou graves de l'appareil digestif. Nothnagel Ta vue dans le shnple catarrhe intestinal des enfants ou des adultes, dans la leucémie, le carcinome de l'estomac ou de Tintestin, von Jaksch dans Tentérite tuberculeuse, la chlorose, la néphrite chronique, la scarlatine ; d'autres auteurs dans la péritonite tuberculeuse, et des affections cachectiques de divers ordres.

En somme il s'agit d'un j)hénomène dont la valeur séméiologique et la pathogénie ne sont pas encore clairement déterminées.

Selles noires, — Les fèces peuvent prendre une coloration noire dans des conditions différentes ; sous Tinfluence de certains médicaments, les sols de fer, les sels de bismuth, sous Tinfluence de la présence d'une quantité plus ou moins considérable de sang digérv (Melaena) .

La coloration noire des selles après ingestion de sels de fer serait due, non à la production de sulfure de fer, comme on Ta dit depuis longtemps, mais d'après Quincke, à la formation d'un oxydule de fer; il en serait de même des sels de bismuth. (Quincke, Boas.)

Le mélaena sera étudié plus loin dans un chapitre spécial.

Colorations diverses des selles par les médicaments, — Le calomel colore assez souvent les selles en vert, ce qui d'après Hoppe- Seyler et Wassilieff serait du à ce que le calomel empoche la transformation de la bilirubine en hj'^drobilirubine.

Le séné, la santonine, la rhubarbe, la gomme-gutte |)euvent donner aux selles une coloration plus ou moins jaune.

Mucus. -^ D'après Nothnagel, on ne devrait jamais à l'œil nu apercevoir de mucus dans les selles. Toutes les fois que le mucus serait appréciable sans le secours du microscope, il y aurait là un phénomène anormal indice d'une lésion inflammatoire de l'intestin. Boas trouve cette opinion exagérée, et il se refuse à considérer comme pathologique la présence d'un vernis de mucus à la surface des cylindres fécaux, ou d'un peu de ciment muqueux entre les masses agglomérées qui composent un semblable cylindre. 11 fait remai*qucr que, lorsqu'on donne une purgation un peu énergique, on détermine l'évacuation d'une quantité assez considérable de mucus; il se refuse à y voir un signe de lésion calarrhale de l'intestin.

La sécrétion muqueuse est certainement en effet, un moyen de

défense de la muqueuse mtestinale contre un certain nombre cririitations excessives. L'hypersécrétion du mucus en présence de ces irritations est un ph(»nomène physiologique, en somme. Ce qui est pathologique, c'est que les causes d'excitation ayant disparu, rh3'{>ersécrétion muqueuse persiste encore.

Ces réserves faites, l'opinion de Nothnagel est parfaitement exacte, et l'on peut considérer la présence d'ujie quantité un peu notal)le de mucus dans les selles comme l'indice d'un état morbide de la muqueuse intestinîde. Nothnagel a beaucoup étudié la valeur séméiologique des selles muqueuses.

Le mucus dans les fèces se présente, d'aj)rès lui sous (jualre aspects différents :

a. Sous la forme de mucus pur, non mélangé aux matières, plus ou moins épais, transparent. Sa présence sous cette forme indique une lésion de la partie inférieure du gros intestin, du rectum ou de rS iliaque. On ne pourrait pas toutefois renverser les termes du pi-oblème et dire que Tabsence de mucus indique Tintégrité de la partie inférieure du gros intestin.

6. Sous la forme de concrétions, de grumeaux, de membranes plus ou moins allongées, c'est la caractéristique de la colite muco-membraneuse que nous étudierons plus loin dans un chapitre spécial.

c. Sous la forme d'un mucus gommeux collant, d'un brun jaunâtre entièrement mélangé aux selles diarrhéiques en purée claire.

d. Sous la forme de petits grumeaux nageant dans des selles tout à fait liquides.

Avant les travaux de Virchow sur ce point on considérait comme un signe d'ulcération de la muqueuse intestinale la présence dans les selles de masses transparentes, formées par l'agglomération de corpuscules arrondis ; ces masses rappellent par leur aspect les grains de sagou cuit ou le frai de grenouille. D'après Virchow, il ne s'agissait |Kis là de grumeaux de mucus comme on le croyait, mais de corpuscules amylacés. Kitagawa, qui a beaucoup étudié le mucus intestinal, tient pour leur nature muqueuse. Boas ne les a jamais observés, ce qui montre leur rareté.

Nothnagel attribue encore au mucus visible à l'œil nu dans les selles l'aspect de grains jaunâtres ou même brunâtres, du volume d'un grain de chénevis à celui d'un pois. Leur coloration serait due ù de la bilirubine non modifiée. La présence de ces grains indiquerait une inflammation catarrhale de l'intestin grôle. Ad. Schmidt et Boas ne les ont jamais observ es.

.Nothnagel signale encore une autre forme d'apparition du mucus dans les selles ; mais cette fois il ne serait appréciable qu'à l'examen

microscopique. Il se présenterait dans des selles u!i peu molles mais moulées sous Taspect de petits corpuscules muqueux intimement mélangés aux grumeaux de matière fécale et formant de petits îlots transparents. Ce serait Tindice d'une lésion catarrhale de la partie supérieure du gros intestin. Boas n'a jamais rencontré cette disposition et A. Schmidt conteste la nature muqueuse des prétendus îlots de mucus ; il les considère comme des débris d'amibes mortes.

La présence du mucus dans les selles a certainement une grande importance pour le diagnostic des lésions catarrhales de l'intestin, mais on ne peut conclure de son absence à l'absence de ces lésions. Lorsque la muqueuse de l'intestin a subi une atrophie complète, elle devient incapable de sécréter du mucus ; l'absence de mucus dans certaines diarrhées lientériques acquiert de ce fait une signification des plus graves.

Détritus alimentaires. — On peut reconnaître à l'œil nu dans les selles des détritus alimentaires de divers ordre. On y rencontre beaucoup plus fréquemment des détritus d'origine végétale que des détritus d'origine animale. La mastication insuffisante explique quelquefois leur apparition. La présence de débris de viande non digérés a plus do gravité, la viande échappant plus difficilement h l'action dissolvante des sucs digestifs que les aliments végétaux.

La présence de semblables détritus dans les fèces est Tindice d'une insuffisance de la digestion chimique ; mais elle jieut dépendre aussi dans une large mesure d'une viciation de la motricité et surtout d'une exagération de la rapidité des mouvements péristaltiques. Chez un hyj^erchlorhydrique qui avait des crises de diarrhée nocturne, j'ai vu plusieurs fois apparaître dans les selles des fragments de viande reconnaissables à l'œil nu. S'ils avaient séjourné dans l'estomac, ils eussent certainement été dissociés par un suc gastrique dont le pouvoir chlorhydropeptique était notablement exagéré.

On peut trouver quelquefois dans les selles des amas de fibres conjonctives, de fibres élastiques dissociées, ou encore des fragments reconnaissables de la tunique muqueuse de vaisseaux artériels, ou de petites bronches.

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