EXAMEN CHIMIQUE DES SELLES
Réaction. — A l'état normal, les selles sont faiblement alcalines ou neutres. Elles peuvent devenir légèrement acides sous l'influence d'une alimentiition riche en substances végétales. Les selles deviennent encore acides lorsque l'accès de la bile dans l'intestin se trouve interrompu.
Dans la fièvre typhoïde, d'après Nothnagel, les selles sont presque toujours alcalines. Dans le choléra infantile, au contraire, elles sont presque toujours acides.
La réaction acide ou neutre des fèces ne comporte du reste aucun enseignement pour le diagnostic.
Recherche de la mticine. — Agiter les matières à examiner avec <le Teau, ajouter une quantité égale d'eau de chaux, laisser reposer l>endant quelques heures et traiter ensuite par l'acide acétique. Quand il s'agit de grumeaux dont on veut rechercher la nature muqueuse, il Éaut les triturer avec de la lessive de potasse ou de soude diluée, H en faire Tessai par Tacide acétique. La mucine précipite sans se redissoudre dans un excès d'acide.
Recherche de l'ai Immine, — Traiter les matières par de Teau très légèrement acidulée par Tacide acétique et filtrer. Le liquide filtré est ensuite examiné de la même façon qu'une urine suspecte de renfermer de l'albumine.
Von Jaksch a trouvé de l'albumine dans les selles typhiques et «lans deux cas de selles acholiques.
Pepione et propeptone. — D'après von Jaksch, on ne trouve pas de peptone ni de propeptone dans les selles normales ; mais on pourrait en rencontrer dans les selles diarrhéiques de la fièvre typhoïde et dans tous les cas où il se produit du pus en quantité notable dans l'intestin ; dans la dysenterie, l'entérite tuberculeuse, etc.
Hydrates de carbone. — A l'état normal, les hydrates de carbone sont parfaitement utilisés dans l'hitestin, de telle sorte c|u'on n'en retrouve pas de trace appréciable dans les matières fécales.
Toutefois, d'après A. Schmidt, qui a fait sur ce sujet des études intéressantes, en cas de diarrhée, des particules d'amidon renfermées dans des cellules végétales non brisées par la préparation culinaire des aliments et la mastication parviendraient quelquefois dans les selles. Dans des cas plus graves, il y passerait des grains de fécule ou d'amidon ou des hydrates de carbone dissous. Il a proposé de rechercher ces substances dans les selles en les soumettant à la fermentation alcoolique, en présence d'une certaine quantité de levure, et en mesurant l'acide cari)onique mis en liberté.
Graisse et acides gras. — La recherche de la graisse et des acides gras dans les selles présente un grand intérêt dans certaines circonstances pathologiques. Nous y reviendrons plus loin i\ propos de la dyfïpepsie duodénale.
On peut rencontrer dans les matières féctdes des matières grasses en nature, des acides gras résultant du dédoublement de la graisse, ou
encore des sels provenant de la combinaison de ces acides avec dt»s bases alcalino-terreuses.
Lorsque la quantité de graisse en nature est suffisante, les selles sont molles, et d'une coloration blanchâtre ou grisâtre (Stéarrhée). Quelquefois, on n y trouve que quelques petites masses graisseuses. Les selles stéarrhéiques graissent le papier ; en les agitant avec de Téther, on dissout la graisse qu'on peut mettre en liberië ensuite en faisant évaporer Téther au bain-marie.
L'éther dissout également les acides gras ; mais il est facile d'en reconnaître les cristaux caractéristiques à l'examen microscopique.
Nous verrons plus loin quelles sont les conclusions qu'on a voulu tirer pour le diagnostic des maladies du foie et du pancréas de la présence dans les selles d'une quantité appréciable de graisse en nature ou de ses produits de dédoublement.
Pigments biliaires. — Les pigments biliaires à l'état normal ne se retrouvent pas en nature dans les selles qui ne donnent jamais la réaction de Gmelin. D'après Nothnagel, on ne rencontre cette réaction qu'avec des selles plus ou moins diarrhéiques. Lorsque le pigm(»nt biliaire adhère à des flocons de mucus, ou ù des amas de cellules épiihéliales cylindriques, c'est le signe pathognomonique d'un catarrhe du duodénum.
Ferments jmncréatiqiœs, — On a recherché le ferment pancréatique dans les selles diarrhéiques, et on l'a quelquefois rencontré. Boas a constaté une fois son existence dans un cas d'inflammation du duodénum. Sa présence comme celle du pigment biliaire non modifié indique une évacuation précipitée du contenu de l'intestin grêle.
Nous avons dû nous borner à donner un aperçu très rapide de quelques-unes des notions les plus utiles parmi celles que l'étude chimique des selles peut apporter au diagnostic des aflections gastrointestinales.
Plusieurs de ces données se trouveront reprises et complétées â propos de l'étude des hémorragies gastro-hitestinalcs, de la diarrhée, de la colique muco-membraneuse, du sable intestinal, etc.
Pour terminer nous dirons quelques mots du dosage de F azote des fèces. Elle se fait par la méthode classique de Kjeldahl qui consiste à détruire les substances organiques par l'acide sulfurique, de façon à transformer les composés azotés en sulfate d'ammoniaque et à doser ensuite la quantité d'ammoniaque ainsi produite. La comparaison de la quantité d'azote ingérée et de la quantité d'azote éhminc'îe par les urines et les matières fécales présente un intérêt consîdérabh\ On espérait en tirer des données fort importantes sur l'utilisation des aliments azotés. Malheureusement, des recherches récentes que nous
avons citées précédemmoiit ont jeté un doute sur la signification du dosage de l'azote fécal. Il semble, en effet, que Tazoto des matières slerconiles comprenne dans une pro|>ortion beaucoup plus grande (ju'on ne le croyait autrefois Tazote des produits de sécrétion ou de <les(|uamation de l'intestin et de ses glandes annexes.
EXAMEN MIGROSCOIMQrE DES MATIÈRES FÉCALES
L'examen mi(*roscopi(]ue des matières fécales est riche en renseignement ; il permet d'isoler les divers éléments réunis dans les fèces et ilVn apprécier la proportion relative.
Résidus alimentaires. — Un fait curieux, c'est que les résidus alimentaires ne composent qu'ime partie restreinte des lùces ; cette observation nVst pas sans quelque apj)arence paradoxale» et pourtant Ions ceux qui ont examiné soigneusement les matières fécales sont d'accord sur ce point. La proportion varie du reste avec le ^enrc d'alimentation.
Considérons d'abord les hydrates de carbone. Nous n'insisterons pas sur la cellulose qui, [)eu ou pas attaquée dans le tube digestif, se retrouve toujours en quantité notable avec une alimentation végétale ; au contraire, la présence d'amidon dans les matières fécales à l'état normal est certainement rare : à l'œil nu on ne distingue aucun grain d'amidon, et, au microscope, la coloration par l'iode ne permet pas d'apercevoir une seule parcelle frîinchement colorée» en bleu. Les grains d'amidon qui sont contenus dans les cellules végétales ont aussi disparu, bien que les cellules végétales se retrouvent facilement dans les fèces. On ne trouve guère d'amidon qu'avec une alimentation composée surtout de légumes verts ou de légumineuses non broyées ; on en trouve encore en petite quantité chez les enfants dont la nourriture est riche en amidon.
Donc, chaque fois que le microsc(»|>e permet de déceler une quantité notable d*amidon dans les selles, c'est qu'il s'agit d'un trouble digestif plus ou moins accentué. 11 est vrai que ce trouble peut être léger et passager; il suffit parfois de quelques selles diarrhéiques pour voir l'amidon augmenter considérablement ; mais il s'agit toujours là d'un phénomène anormal (Nothnagel).
Il en va tout autrement avec Yalimentation carnée. On trou\e toujours des résidus de viande dans les matières fécales, des fragments de fibres musculaires reconnaissables à leur forme plus ou moins anguleuse, plus ou moins nette suivant le cas, et, surtout, à leur striation que Ton peut toujours apercevoir avec un grossissement suffisant (Nothnagel). Il est assez difficile d'apprécier exactement la
quantité de viande perdue ainsi par les selles. Tout récemment Kermauner, élève de Prasnitz, a ijidiqué un procédé plus ou moins exact pour s'en rendre compte, et, somme toute, il est arrivé à cette conclusion, qu'à TéUit normal les fragments musculaires ne constituent qu'une partie extrêmement minime des fèces. Leur quantité augmente notablement dans tous les troubles digestifs, et, dans ces cas, comme Ta indiqué Nothnagel, si Ton donne au malade une alimentation composée d'amidon et de viande en quantité connue, on peut constater que toujours l'absorption de l'amidon est bien plus complète que celle de la viande.
Reste la graisse^ que l'on rencontre toujours même à l'état normal dans les matières fécales. Au microscope on en décèle facilement la présence : elle se présente parfois sous forme de gouttelettes graisseuses, plus souvent, ce sont des cristaux d'acides gras, en forme d'aiguilles isolées ou groupées en masse. Ces cristaux de forme et de dimensions variables se reconnaissent à leur solubilité dans l'éther ; sous le microscope il suffit de vei^ser une goutte d'éther sur la préparation pour les voir disparaître, ils reparaissent sur la lame dès qucî l'éther s'évapore. Lorsque les selles sont riches en niatières grasses, ils sont parfois tellement abondants, qu'ils couvrent tout le champ du microscojKî.
Cellules épithéliales — On trouve très frécjuenunent dans les matières fécales des cellules épithéliales provenant des différents points du tube digestif. L'épithélium pavimenteux arraché par le frottement des fèces contre la muqueuse mixte ne présente aucun intérêt. L'épithélium cylindrique se rencontre fréquemnient. Dans les matières fécales, les cellules épithéliales sont en général isolées les unes des autres : quelques-unes sont à peu près intactes. Le plus souvent, elles sont déformées et altérées ; leur protoplasma est finement graimleux ou présente au contraire un aspect hyalin. Parfois, on trouve des cellules dont le noyau est ratatiné ou déformé en forme de fuseau et dont le protoplasma peut présenter d'après Nothnagel tous les signes de la nécrose de coagulation. Tel est l'aspect habituel des cellules dans les matières fécales, mais parfois il est plus ou moins modifié : dans les diarrhées séreuses il arrive souvent que l'on trouve toute, une rangée de cellules cylindricjues encore accolées les unes aux autres. Cette dis|)osition est encore plus marquée dans la dysenterie où l'on peut trouver des lambeaux entiers de muqueuse ulcérée au milieu du sang et du mucus. De même dans le choléra les grains riziformes flottant au milieu du liquide séreux qui constitue les selles, sont composés de détiitus épithéliaux.
Les substances minérales, — L'examen microscopique* des matières
ftVales permet de reconnaître en plus des éléments que nous venons de citer, un cei'tain nombre de cristaux : on rencontre dans les selles normales, comme dans les selles pathologiques, le phosphate ammoniaco-magnésien, le phosphate neutre de chaux, Toxalate de chaux, i'I, aussi, souvent, des cristaux de choleslerine. On a môme signalé <lans quelques cas, chez des malades, chez un phtisique, un typhique, un rachitique (Nothnagel) la présence de ces cristaux en forme de fuseaux que Charcot a découverts dans le sang des leucémiques, que Levden a retrouvés dans les crachats des asthmatiques et Boettcher^ dans le spenne. Quant à Torigine des différents cristaux, il .semble qu'ils proviennent en partie tout au moins de sécrétions intestinales : en effet Robert et \V. Koch ont vu se produire les concrétions à base de magnésie et de cluiux dans les détritus épithéliaux accumulés dans la partie de Tintestin située au-dessous d'un anus contre nature.
Parfois, sous l'influence des causes variées, cette sécrétion nonnale sVwagère ; alors on peut isoler des matières fécales du sable intesiinaL Pour le recueillir, on met les fèces sur un tamis sous un counuit d'eau ; les matières sont dissociées et entraînées à travei*s les mailles, le sable intestinal reste sur le tamis. Sa composition et sa valeur séméiologique seront exposées dans un chapitre spécial.
Les parasites. — Microbes, — On trouve toujours dans les matières fécales un grand nombre et une grande variété de bactéi'ies; il est difficile d'en isoler les différentes espèces et de reconnaître parmi les nombi-eux saprophytes les microbes réellement pathogènes; on trouvera énumérées à pro[>os des fermentations gastro-intestinales les différentes espèces microbiennes que l'on a essfiyé d'isoler. Mais nous p)uvons indiquer d'ores et déjc^ que de tous ces agents le seul bien connu c'est le colibacille. On le rencontr-e toujours en grande quantité, et on sait que, dans certains cas, les matières ensemencées en fournissent des cultures à l'état de pureté. C'est ce qui arrive parfois dans les diarrhées aiguOs, dans le choléra infantile, dans la dysenterie» nostras.
il est certainement moins important de connaître le nombre des liacléries que leur variété. Cependant leur évaluation numérique ne manque pas d'un certain intérêt. 11 existe à ce sujet des recherches curieuses de Gilbert et de Dominici. En faisant les cultures sur la gélatine, ces auteurs ont trouvé qu'ù l'état normal les fèces contiennent 67.000 microbes par milligramme, ce qui fait environ 12 milliards de microbes éliminés chaque jour ! Diverses conditions peuvent faire varier ce chiffre ; il faut mettre en première ligne le régime : c'est ainsi qu'avec le régime lacté absolu on voit tomber rapidement le
nombre de microbes : au bout du deuxième jour, il n'y en a |)lus que 14,000 par milligramme, au bout de troisjours que 5.000, au bout de quatre jours de régime lacté, que 2.250. Par contre, les purgatifs élèvent momentanément d'une façon considérable le nombre de bactéries contenus dans les fèces : après une purgation énergique, on trouvait dans les selles 270.000 microbes par milligramme, ce qui, pour les cin(| selles diarrhiques émises dans la journée représente un chiffre total de 411 milliards de microbes. Le résultat de cette évacuation abondanli* c'est que Ton voit ensuite diminuer rapidement la richesse des matières fécales en bactéries. Deux jours après la purgation, elles ne contenaient plus que 1.350 microbes par milligramme, ce qui fait pour la journée un peu plus d'un demi-milliard.
Ces recherches expliquent comment, en clinique, dans le traitement des accidents urémiques, en particulier, la meilleure façon de diminuer Tauto-lntoxication d'origine intestinale est de recourir à l'emploi combiné du régime lacté et des purgations répétées.
L'étude des amibes et des inftisoires pourrait venir ici. Nous pensons qu'il vaut mieux la rapprocher de celle des parasites intestinaux d'organisation supérieure, tœnias, helminthes, etc.