FORMES CLINIQUES DE L^ÏYPERCHLORHYDRIE
souvent un certain degré de stase. Ici, il faut admettre, non Texagération de la motricité normale, mais une hypersthénie motrice portant d'une façon prédominante sur le pylore, en somme le spasme du pylare. Certains chirurgiens, L)oyen (de Reims), Carie (de Turin) auraient, au cours d'interventions chirurgicales, constaté Tabsence de toute lésion anatomique du pylore dans des cas d'hypersécrétion continue avec stase, et ils ont été ainsi amenés à admettre la réalité du spasme de cet orifice.
Hartmann et Soupault ont invoqué dans le même sens la disparition des douleurs dans les cas où, chez des malades atteints du sjTidrôme de Reichmann, la gastro-entérostomie a été pratiquée sans faire disparaître complètement la stase. Pour ces auteurs, les douleurs tardives des hyperchlorhydriques seraient dues au spasme du pylore ; ils leur donnent le nom de syndrome pylorique.
Dans un mémoire tout récent, P. Cohnheim a défendu une idée analogue. Pour lui, la stase permanente serait toujours la conséquence d'une sténose pylorique. La gastrosucchorée serait sous la dépendance de la stase et attribuable soit à une sténose organique, soit à un resserrement spasmodique du pylore. L'ulcère siniple serait alors la cause la plus fréquente du spasme pylorique.
Nous reviendrons plus loin sur ces doctrines, nous en ferons la critique et nous exposerons notre opinion personnelle sur la question.
PRMCIPALES FORMES CLINIQUES DE l'hYPERCHLORHYDRIE. DIVISION
L'existence ou l'absence de la douleur, la présence continuelle de liquide dans l'estomac avec ou sans détritus alimentaires : tels sont les facteurs qui peuvent servir à distinguer entre elles les principales formes cliniques de l'hyperchlorhydrie.
L'hy[)erchlorhydrie peut être latente et ne se révéler par aucun phénomène subjectif; elle ne peut être démontrée que par l'analyse chimique du contenu de l'estomac au cours de la digestion.
Tantôt l'estomac se v4de complètement après chaque repas, tantôt on y trouve constamment une quantité plus ou moins considérable de liquide riche en HCl. Dans le premier cas, l'hyperchlorhydrie est discontinue^ dans le second elle est continue.
Dans l'hyperchlorhydrie discontinue, les paroxysmes douloureux |>euvent être très éloignés les uns des autres ou très raj)prochés et se montrer soit tous les jours, soit même ^près chaque repas. Lors([ue l'estomac n'est jamais trouvé vide chez les hyj)crchlorhydriques, tantôt il y a, tantôt il n'y a pas de stase alimentaire.
Ces combinaisons symptomatiqiies permettent de distinguer les formes suivantes :
Hyperchlorhydric latente ;
Crises gastriques chez des hyperchlorfiydriques ;
Hyperchlorhydric discontinue avec paroxysmes douloureux quotidiens ;
Hypersécrétion chlorhydrique continue sans stase alimentaire é\ idente;
Hypersécrétion chlorhydrique continue avec stase alimentaire.
Hyperghlorhydrie latente. — L'analyse chimique peut démontrer Texistence d'une quantité exagérée d'HCl chez des personnes qui ne présentent aucun signe de dyspepsie. Elles ont un appétit normal, digèrent fort bien, sans aucun malaise, et, cependant, Tanalyse démontre dans leur suc gastrique une quantité d'HCl supérieure à la moyenne habituelle. On peut aussi ranger dans la même catégorie les cas dans lesquels il y a des phénomènes de dyspepsie banale, peu accentuée, sans que rien puisse faire prévoir un excès d'HCl dans h* suc gastrique.
Un étudiant en médecine âgé de vingl-cinq ans, est vigoureux, doué d'un appétit excellent ; il n'éprouve jamais aucun trouble conscient de la digestion. Une série de repas d'épreuves d Ewald avec 400 gi*animes de liquide, donne les résultats suivants :
Après 30 minutes :
Volume du litjuide stomacal 341 cent, cubes.
Acidité totale 1,17 p. 1 000
Chlore total 2,87 —
UCl libre 0,15 —
HCl en combinaison organique 1,97 —
Chlorhydric 2,12 —
Chlore des chlorures fixes 0,65 —
ApBÈS 1 HEURE :
Volume total du liquide stomacal .... 193 cent, cubes.
Acidité totale (A) 3,50 p. 1 000
Chlore total (T) 4,20 —
HCl libre (H) 1,75 —
Chlore en combinaison avec des substances
organiques (C) 2,20 —
Chlorhydrie (Il + C) 3,40 —
Chlore des clilorures fixes (T) 0,80 —
Après 1 heirk 30 mcs'utes :
Volume total du liquide stomacal .... 145 cent, cubes.
FORMES CLINIQUES DE 1/HVPERGlILORIIYDRIE 219
ApHKS 1 HEURE 45 MIXITES :
Volume total du liquide stomacal .... 151 cent, cubes.
(Ihez un jeune docteur de vingt-six ans, très vigoureux, très bien portant^ nullement dyspeptique . les chiffres obtenus au bout dune heure, dans les ni(^incs conditions de repas d'épreuve ont été :
Volume total du liquide stomacal .... 127 cent, cubes.
Dans quelle niesure est-on eu droit de considérer ces jeunes gens comme dtîs malades, comme des dyspeptiques, parce que les valeurs de leur chimisme stomacal sont supérieures aiix valeurs les plus habituelles».
Est-on autorisé îi penser que, s'ils ne sont pas dyspeptiques à l'l)eure présente, ils le deviendront jamais ?
11 nous parait plus logique d'admettre que ïéUxi normal est conciliable avec des chiffres assez notablement éloignés de la moyenne la plus commune. S'il existe une anomalie, elle est compensée grâce au Um état de la motricité. Des faits de ce genre démontrent aussi de la façon la plus nette que, pour souffrir de Testomac, |)Our avoir les douleurs du type hyperchlorhydrique, il ne suffit pas d'avoir une acidité clilorhydrique au-dessus de la moyenne, il faut encore avoir une hyperesthésie particulière de la muqueuse gastrique. A ce jKunt de vue, l'état de la sensibilité de cette membrane a beaucoup plus d'im[K)rtance que son pouvoir sécirteur.
L'hypersécrétion chlorhydrique relative cliez des gens jeunes bien [Mjrtimts, nullement dyspeptiques correspond-elle à une véritable gîis- Irile.^ Il est difficile de répondre à cette question ; il est de même très difiicile en anatomie pathologique, de dire où commence la gastrite.
* Rappelons que ces valeurs sont avec le même repas d'éprouvé, au l)Out d'une heure :
Sous rinflucnce combinée d'une certaine prédisposition congénitale et d'excitations répétées de la muqueuse stomacale, le développement anatomiqite des cellules glandulaires et de leur fonctionnement sécrêtoire j)eut atteindre son maximum. A quel moment la limite physiologique est-elle dépassée ? A quel moment commence la lésion ? 11 est impossible de le décider.
Nous verrons plus loin comment Texistence préalable d'une hyjK?rchlorhydrie latente peut servir à expliquer les paroxysmes douloureux éloignés de rhyperchlorliydrie.
Dans certains cas, le complexus symptomatique correspond à celui que nous décrirons plus loin sous le nom de dyspepsie sensitivo-motrice. La douleur ne revêt pas le type hyperchlorhydrique ; on ne constate pas de douleur tardive calmée par l'ingestion des aliments, mais du gonflement, des renvois, de la pesanteur, se montrant assez rapidement après les repas. L'hyperchlorhydrie est encore ici véritablement latente et rien ne démontre que la pathogénie des phénomènes subjectifs de la dyspepsie ne soit pas, dans ces cas, exactement la même que celle de la dysj)epsie sensitivo-motrice que nous étudierons plus loin.
Crises gastriques chez des hyperchlorhydriques. — Xous étudierons plus loin les paroxysmes douloureux qui surviennent queUjuefois au cours de riiyj)erchlorhydie. Actuellement, nous voulons nous occuper seulement, ce qui est sensiblement différent, rfes crises gastriques survenant chez des hyperchlorhydriques pour une cause extra-stomacale, de la môme façon qu'elles se produiraient avec un chimisme tout autre.
Le type de ces crises est la crise gastrique tahiHique ; or, elle peut se produire chez un malade déjà hyperchorhydrique. Il en résulte quelques modifications dans les allures symplomatiques de la crise, mais ces modifications sont, en somme, d'une importance secondaire. 11 en est de môme lorsqu'il s'agit des vomissements incoercibles de l'hystérie et de la grossesse, des crises de vomissements qu'on peu! observer lorsqu'il existe un rein mobile ou d'autres ptôses abdominales.
Nous ne retiendrons ici que l'histoire de la crise de migraine avec hyperchlorhydrie : c'est l'afreclion (fécrite par Rossbach, sous le nom de gastroxt/nsis^ et pour laquelle Lépine a proposé la dénominalioii de gastroxu^ plus euphonique, paraît-il, pour des oreilles franvaises.
Les autres crises gastriques a\'ec hyperchlorhydrie, se trouveront décrites plus loin dans le chapitre consncré aux crises gastriques d'une façon générale.
Comme autrefois, on ignorait rhyperchlorliycb'ie latente, on avait
FORMES CLIMOUES DE L'HYPEHCIILOUHVDUIE 221
rru que les crises créaient rhypersécrétion chlorhydrique, en vertu d'une excitation nerveuse anormale de fa sécrétion gastrique. La connaissance de Thyperchlorhydrie latente a amené à penser qu'il n y avait là qu'une coïncidence. Les crises, en effet, peuvent également se montrer chez des hypoclilorhydriques : Thypersécrétion existe encore, mais elle n'est pas hyperchlorhydrique parce que Tétat de la muqueuse stomacale ne le pei-met pas; c'est surtout à Hayem que nous devons cette notion.
GASTROXYNSIS (gaSTROXIE)
Voici la description de cette affection d'après Rossbach.
Elle se présente toujours par accès de un à trois jours. Ces accès peuvent survenir toutes les semaines, plus rarement tous les mois ou tous les deux mois. Dans l'intervalle des crises, la santé est parfaite.
L'accès commence parfois après le rej)as, niais ce n'est pas constant ; il atteint son maximum plus ou moins rapidement, en un quart d'heure, une heure, une demi-jouraée. On observe alors une vive sensation de brûlure h l'estomac, un mal de tète d'une intensité extrême, la pâleur de la face, puis, surtout, apparaissent des vomissements. Les douleurs de tète disparaissent lors([ue les vomissements ont complètement évacué le contenu de l'estomac. Les matières vomies pn»senlent une acidité marqu<''e, qui va en augmentant jusqu'à la fin de l'accès. L'analyse chimique démontre qu'elle est due à une proportion élevée d'acide chlorhydrique.
Lorsque les vomissements ont cessé et que les maux de tète ont dîspani, le malade s'endort ; il se réveille bien portant, frais et plein de vigueur.
L'analogie avec les crises de migraine est frappante. C]omme la migrauie, la gastroxynsis est souvent causée par des excès de travail ijitellectucl, et surtout par un travail cérébral ininterrompu. Chaque crise reconnaît souvent comme cause occasioimelle un travail plus intense, une émotion, la colère, une irritation gastrique. Comme dans la migraine, les crises sont espacées, et, dans leur intervalle, la santé est parfaite : il semble que chacune d'elle rétablisse momentanément l'équilibre. Comme dans la migraine encore, la céj)halalgie s'accompagne d'une douleur au niveau des globes oculaires (jui sont sensibles à la pression.
La gastroxynsis se montre fré(juemment ('h(»z les adolescents au cours de leurs études ; pendant les vacances, les accès disparaissent complètement.
L'analogie avec la migraine ne j)Ouvail pas ne pas ôtre relevée. Rossbach s'est demandé si la migraine n'était pas toujours de la gastroxynsis; toutefois, dit-il, l'observation attentive de cette maladif» l'amena à penser que la migraine ne s'accompagnait pas toujours de vomissements hyperacides, et il finit par considérer la gastroxynsis comme une maladie distincte.
Pour lui, la sécrétion hyperchlorhj^drique amènerait l'irritation de la muqueuse stomacale et, par voie réflexe, tout un ensemble symptomatique analogue à l'accès migraineux. L'évacuation du contenu acide de l'estomac, sa dilution par une certaine quantité d'eau, surtout d'eau tiède, mettraient fin à l'accès, ce (jui en démontrerait bien la pathogénie.
Nous avouerons ne pas être convaincu par la démonstration que veut donner Rossbach de la non identité de la gaslroxjnsis et de la migraine. Les deux complexus symptomatiques nous paraissent av4»ir beaucoup plus d'analogie que de différences.
Pourquoi n'en serait-il pas de la migraine comme des crises gastriques du tabès qui revêtent un aspect particulier chez des malades atteints d'hyperchlorhydrie latente? On comprend très bien que l'existence de l'hypersécrétion acide puisse donner aux manifestions gastriques de la crise une allure particulière.
On n'a pas signalé la gastroxie au delà de quarante ans, nouvelle analogie avec la migraine, très favorable au point de vue du pronostic.
Hypersécrétion intermittente a paroxysmes quotidiens. — • Cette forme est très fré([uente, elle est même certainement la plus fréquente des formes de Thyperchlorydrie. La sécrétion est exagérée à cha(jue repas, après chaque ingestion d'aliments ; elle cesse dans l'intervalle des périodes digestives ; rintei'mittence est donc due i\ rintermittence même de l'alimentation. La muqueuse cesse de sécréter lorscpie l'estomac est vide, et comme il n'y a pas de stase permanente, cette vacuité se produit en général entre les grands repas, tout au moins dans le plus grand intervalle^ qui les sc'pare, pendant la nuit, du repas du soir au repas du lendemain matin. S'il y avait stase* permanente, dans ces conditions, le svndronuî de Reichmann, dont nous étudierons plus loin les caractères clini(pi(\s cl la palhogénie, se trouAcrait réalisé,
11 semble toutefois certain, et nous chercherons A i\\\ donner In preuve, que dans l'hypersécrétion chlorhydri(|ue intermittente cjue nous étuchons actuellement, il n'y a pas seulement augnientation qual\iaiiv(\ mais aussi augimnitalion qiiantitativp de la sécrétion chlorhydritjue. il y a recollement hypersécrétion, mais hypersécrétion intermittente.
FORMES CLIMOl'KS DE L'HYPERCHLORHYDRIE 223
Tanlùf la motricité de Testomac est augmentée, tantôt, au contraire, l'Ile est diminuée, ce qui contribue à constituer des variétés intéres- >iinles dans révolution du chimisme.
Dans les formes accentuées qui semblent être des faits intermé- «iinires entre Thypersécrétion chlorhvdrique intermittente et TliypersécnHion continue, la sécnHion est plus abondante et plus prolongée que normalement, de telle sorte ([ue, à la phase terminale de la digestion, à un moment où Testomac à éliminé déjà une proportion eonsidénible de la masse alimentaire ingérée, la sonde ramène une quantité exagérée d'un liquide riche en HCl, mais très pauvre en détritus solides.
Au point de vue purement chimique, cette forme de Thyperchlorhydrie ne diffère pas de rhyperchlorhydrie latente, mais elle en diffèn* en clinique par Texistence de phénomènes douloureux plus ou moins acccentués, et d'un caractère asvsez particulier. L'estomac présenlt* une hyperesthésie particulière vis-à-vis des acides, qui ne s'e révèle que lorsque le suc gastrique atteint un certain degré d'acidité et surtout d'acidité chlorhydrique : il en n'sidte (jue les phénomènes douloureux sont habituellement assez tardifs.
Symptômes. — L'appétit est le plus souvent conservé comme flans les diverses formes de l'hyperchlorhydrie, souvent même il est augmenté. Quelquefois, les malades restreignent leur alimentation, non parce qu'ils n'ont pas faim, mais parce qu'ils craignent les malaises consécutifs à l'ingestion des aliments. L'inappétence est exceptionnelle. Elle paraît s'observer de préférence chez des sujets déjà avancés en âge, ayant atteint 50 ou 60 ans, ce qui amène quelquefois chez eux à croire au début d'un cancer de l'estomcic.
En général, les malades ne souffrent ni le matin à jeun, ni après le premier déjeuner. Quelquefois cependant ils éprouvent quelques douleurs avant le second déjeuner au moment où la faim commence à se faire sentir ; cette douleur est calmée par le repas.
A la première phase de la maladie, il est ti*ès fréquent que les malades ne souffrent que dans l'aprt's-midi ; plus tard ils souffrent également (>endant la nuit. La douleur de l'apivs-midi se montre en général vers 4 ou 5 heures, lorscpie le repas a (m lieu à midi. Parfois elle commence plus tôt, mais le maximum a lieu ver's 4 ou 5 heures. I^^s cara<îtères sont variables, parfois c'est une sensation de pesanteur, plus souvent une sensation de brûlure ou d'endolorissement mal défini. Son intensité est également très variable ; parfois la souffi^ancc est supportable, parfois au contrains intolérable, à crier. Elle s'accompagne assez souvent d'un retentissement plus ou moins intense vers la base du thorax. Les jxiroxysmes très douloureux s'observent
224 TRAITÉ DES MALADIES DE L'ESTOMAC ET DE L'iNTESTL\
surtout chez des individus tivs névropathos, plus particuliôroment chez les femmes. II faut dire toutefois que la douleur est en général beaucoup moins accusée que dans Thypersécrétion continue.
Il y a quelquefois une sensation de malaise assez rapidement après les repas, sensation de pesanteur, de gonflement, puis tardivement, trois à cinq heures après, la douleur augmente et prend les caractères qui viennent d'être indiqués. 11 semble que les malades aient tout d'abord la sensation d'endolorissemenl au contact des aliments, si fréquente chez les dyspeptiques de divers ordre, puis que la douleur duc à l'action irritante de Thyperacidité lui succède.
Certains hyperchlorhydriques, on le sait, ne présentent que ces manifestations banales de dyspepsie : c'est une variété de Thyperchlorhvdrie latente.
On peut observer encore de la flatulence, des renvois, des aigreurs. Ce dernier phénomène n'a rien de caractéristique ; le pyrosis, les aigreurs, sont dues non pas directement à Thyperacidité du contenu de Testomac, mais à l'incoordination des mouvements du cardia, il laisse passer des gorgcH;»s de liquide gastrique qui remontent dans l'œsophage et môme jusque dans le pharynx.
La cause occasionnelle de ce mouvement incoordonné est une irritation de l'estomac que les acides organiques peuvent provoquer tout aussi bien que l'UCl.
Lorscjue la douleur se montre pendant la nuit, elle apparaît en général entre minuit et deux heures du matin. Elle provoque alors le réveil. Nous l'avons dit déjù.
Cette douleur nocturne ne se montre le plus souvent qu'ù une période avancée de la maladie, et non t\ sa phase initiale.
Toutefois, on rencontre de temps en temps des dys[)eptiques hyperchlorhydriques ([ui ne souffrent que pendant la nuit et jamais pendant le jour.
Au moment des paroxysmes douloureux se montre quelquefois une salivation abondante ou de véritables vomissements pituiteux œsophagiens ; il n'est j)as très rare même (|ue ces vomissements pituiteux soient la seule n)anifestation extérieure de l'hyperchlorhydrie, do l'action irritante du liquide hyperacide sur la muqueuse stomacale.
Les vomissements sont assez rar(\s; ils peuv(»nt cependant s(; produire. Ils surviennent alors au moment des paroxysmes douloureux auxquels ils mettc^nt fin. Les matières vomies ont une acidité marquée, asst^z parfois j.our agacer les dents.
Les paroxysmes douloureux, connue le fait très justement remarquer Riegel, sont souvent beaucoup plus intenses après de petits repas peu abondants ([u'après dos repas très copieux. L'explication du fait
FORMKS CLINIQUES DE L'HYPERCHLORHYDRIE 225
osl facile. En effet, avec un repas copieux, THCl sécrété par Festomac se trouve dilué davantage et fixé par les substances albuminoïdes en plus grande quantité. On aurait tort cependant d'en conclure qu'il convient de donner de préférence à ces malades des i-epas abondants d'une façon habituelle. Si Tingestion d'une grande masse d'aliments peut amener une diminution de la douleur due à rhyperstVrétion chlorhydrique une fois en passant, la répétition d'une alimentation trop abondante pourrait très bien provoquer une excitation plus grande encore de la sécrétion stomacale et de la sensibilité de la muqueuse, et, au bout de quelque temps, les douleurs deviendraient beaucoup plus intenses. Il ne faut pas oublier que les repas trop copieux sont une des causes de l'hyperchlorhydrie. Mieux vaut, comme nous le dirons à propos du régime, ordonner de petits re[)as qui s'imbriquent les uns sur les autres de façon à ce que chacun vienne diluer et atténuer l'HCl en excès du repas précédent.
L'intensité des phénomènes douloureux est aussi plus grande en généml, avec une alimentation végétale qu'avec une alimentation animale. Des recherches faites à ce sujet il semble résulter que, si les aliments végétaux bien divisés comme les légumes en purée excitent la sécrétion chlorhydrique à un moindre degré que les aliments d'origine animale, ils saturent en revanche beaucoup moins bien l'HCl Ûbr-e. Or, l'observation clinique démontre que la douleur chez les hyperchlorhydriques est due beaucoup plus h l'HCl libre qu'à l'HCl en combinaison azotée.
Période dexacerbation, — Des circonstances occasionnelles variées propres à [)roduirc soit une excitation locale directe de l'estomac, soit une excitation du système nerveux et une exagération de la névropalhie, et par contre-coup, de l'hypéresthésie gastrique, sont assez fréquemment la cause de périodes plus ou moins prolongées d'exacerbation des phénomènes douloureux. Les douleurs deviennent alors Irtîs vives après les repas, elles aj)paraissent peu de temps après l'ingestion des aliments, des vomissements survierment, l'intolérance de l'estomac est grande, parfois môme absolue. La ressemblance est quelquefois presque comj)lète avec les crises gastriques véritables, avec les crises tabétiques en particulier. 11 sera souvent besoin d'un examen approfondi du malade pour en éliminer l'hypothèse.
C'est naturellement chez les névropathes, les ncîurasthéniques, les hystériques par exemple, que ces périodes d'exacerbation acquièrent le maximum de leur intensité, et leur plus grande durée.
On les voit survenir après des excès d'aliments ou de boissons, après qu*il a été fait abus de mets fortement épicés, ou encore après l'in-
gestion répétée de médicaments irritants tels que le fer, le quinquina, riodure de potassium, etc. On les voit aussi se montrer après de vives émotions, après une période de surmenage intellectuel, apK^s de grands chagrins. Le surmenage physique s'est quelquefois surajouté au surmenage moral.
Intestins. — Les hyperchlorhydriqiies qui souffrent sont le phis souvent constipés. Chez ceux qui n'ont que des manifestations douloureuses très atténuées, les selles sont quelquefois régulières. Il peut y avoir de la diarrhée par périodes ou d'une façon continue. Einhorn a attribué à la vieiation de la digestion stomacale la diarrh«''e qu'on observe chez un certain nombre de dyspeptiques. Elle se ren- |
contre du rt^stc tout aussi bien avec rhy|)ochorhydrie qu'avec l'hyp^rchlorhydrie. D est très naturel, a priori, de i>enser que la mauvaise élaboration des aliments dans l'estomac peut amener une irritation de l'intestin, çt provoquer de la diarrhée. Toutefois, comme daas beaucoup de dyspepsies stomacales on observe de la consti[)ation plutôt que de la diarrliée, il convient d'avouer que nous sommes encore fort mal renseignés sur les relations réciproques des manifestations stomii- I
cales et intestinales,et fort peu éclairés sur leurs ra[)portspathogéniqiK's.
On a oljservé quelquefois chez les hyperchlorhydriques des poussées presque quotidiennes de diarrhée survenant surtout le matin vers 4 ou 5 heures. La jjénétration dans l'intestin d'une masse considérable de licjMide hyj)eracide au moment où l'estomac se vide de son contenu en fournit une explication très satisfaisant(\
D'une fa(,*on générale, on peut dire (jue les manifestations intestinales de la forme de riiyperchlorhydrie cjui nous occu[)e ne diflerc»nt pas sensiblement de celles que l'on rencontre dans la dyspepsie tMi dehors de l'hyperchlorhydric, et, plus particulièrement dans la dyspepsie sensitivo-motrice.
Examen extérieur de l abdomen. — 11 ne |)résente rit^n de caractéristique. On ne constate pas de signes de stase permanente ; il peut V avoir ralentissement dans l'évacuation du contenu de l'estomac, mais Testomac ne renferme jamais de liquide le matin A jcum, contrairement à ce (ju'on voit dans le syndronje de Rticlmiann.
Etat fjhwial. — 11 est très varial)le, rhyperchlorhydrie pouvant se rencontrer dans les conditions les plus oppos<!'es : chez des neuroarthriti(|ues, des neurasthéniques, des chloroticpies, des alcooliques, des enfants, des vieillards, etc. 11 va de soi qu'il conviendrait fort |x*u d'attribuer à Thyperchlorhydrie un état gént^'al qui en est parfaitement indépendant, qui en a quelquefois préparé Tapp^uition, ou qui, tout au moins, a grandement favorist» Téclosion des manifestations douloureuses.
FORMES CLIMOl'ES DE LHYPERCHLOIiUYDRIE 227
Par contre, on comprt^nd que rhypcrchlorhydrie puisse à son four n^N'iilir sur Tétat gémirai, que les douleui-s (|ui en sont la conséquence p^lîs^ent5 par leur répétition, par leur durée, devt^nir une cause cl'aj^pravation de la neurasthénie ou de la chlorose, par exemple.
Quand les douleurs sont suffisamment intenses, Talimentation se ti"0uve souvent diminuée ; de plus, les hydrates de carbone sont mal élahor«'\s, et il v a là une double cause d'affaibliss<»raent et d'amail^rissenient.
Nous ne parlerons pas ici des modifications subies par les urines, l)ien qu'elles puissent traduire les [)erlurbations de la nutrition générale ; nous renverrons au chapitre spécialement consacré h cette étudt».
Chimisme gastrique. — Nous renverrons h Tétude séméiologique j^éiiérale qui a été faite diins un chapitre antérieur, nous n'avons rien a y ajouter.
Vm'ié/és cliniques. — C)n peut distinguer des variétés cliniques plus ou moins nette, plus ou moins intéressantes de Thyperchlorhydrie discontinue à paroxysmes quotidiens.
Nous ne reviendrons sur V hyp(*rchl()rfnjdnp tardive * que pour rappeler son im[)ortîince au |)oint de vue du diagnostic.
Nous nous contenterons aussi de rapp<4er que l'évacuation de Tesfomac peut être accélérée ou au contraire ralentie.
(luand Té vac nation est retardée et qu'il y a hypersécrétion il se trouve constitué une forme de passage entre» riiy[)erchlorhydrie discontinue et rh\'])erchlorhydrie avec hypers(''crétion continue, que nous étudierons plus loin.
Enfin, on peut distinguer des fonnès léfjères et des formes graves^ suivant le degré de l'hyperchlorhydrie, suivant sui'tout Tintensité des manifestations douloureus<*s.
LK^s variétés cliniques intéressfuites résulttMit enfin de la combinai- M>n de rbyperchlorhydrie avec un état gr^néral tel <|ue la neurasthénie, la cliloro-anémie ou rafT4iii)lissement sénile.
Diagnostic, — La conservation de Tappétil, la surv(*nue tardive des doul-ei^rs après les repas, l«Mirs paroxysmes nocturnes, leur atténunti<m par l'ingestion des lifpiides ou dos aliments, ce soïit là autant de raisons de soupçonner rhv{)erchlorhydrie, mais seule T anal gs** chimiq^te du contenu de festomac peut permettre d'en affirmer la réalité.
Pronostic, — 11 est très variable suivant le cas. Certains hyperclilorhvdriques sous l'influence d'un traitement mieux ordonné, gnVce
* Vtlir plus haut.
à la suppression des causes d'excitation de Testomac ou du système nerveux reviennent rapidement à rhyperchlorhydrie latente.
D'autres, au contraire, dans des conditions opposées, ou s'ils sont atteints d'un degré accentué de névropathie continuent à souffrir et leur état général se trouve compromis.
Il ne faut pas oublier que l'hyperchlorhydrie simple est le terrain sur lequel se développe Vulcère simple et que l'on peut passer, par aggravation, de Thyperchlorhydrie simple à l'hypersécrétion continue avec ou sans stase.
HYPERSECRETION GHLO RH YDRIQU E CONTINUE
Dans les faits que nous allons maintenant passer en revue, l'estomac, tout au moins pendant des périodes de temps plus ou moins prolongées, n'est j.imais trouvé vide lorsqu'on l'examine, surtout lorsqu'on l'examine avec la sonde. Toujours on y rencontre une quantité plus ou moins considérable de liquide. Dans certains cas, on y trouve des détritus alimentaires en abondance, d'autres fois, ces détritus n'existent qu'à l'état de traces minuscules, parfois même, on ne découvre à l'examen microscopique que des particules inappréciables h l'œil nu ou de simples débris épithéliaux.
En général, le volume total du liquide est d'autant plus élevé que la stase alimentaire est plus abondante.
Ce qui caractérise ces faits, ce n'est pas seulement la présence de liquide et de détritus alimentaires à jeun, c'est l'existence dans ce liquide d'une quantité plus ou moins élevée d'HCl. De plus, lorsqu'on pratique le repas d'Ewald après lavage préalable de l'estomac l'analyse chimique indique encore l'hyperchlorhydrie.
Présence permanente de liquide dans restomac, richesse plus ou moins grande du liquide de stase en HCl, hyperchlorliydrie dans le liquide du repas d épreuve : ce sont là les trois éléments caractéristiques de ce qu'on a appelé la maladie de Reichmann et qu'il vaut mieux appeler syndrome de Reichmann. Il est démontré, en effet, que l'existence de cette triade symptomatique ne correspond pas toujours au même état morbide. C'est un point que nous discuterons phis loin.
Quoi qu'il en soit, dans les faits de dyspepsie dans lesquels on peut rehner le syndrome de Reichmann, deux séries principales peuvent être distinguées : les cas atténués dans lesquels il n'y a pas de stase alinientair'c, et les cas plus intenses dans lesquels cette stase est évidente et même considérable. Ces deux séries de faits seront tout d'abord examinées au point de vue purement symptomatique ; il