‹ Traité des maladies de l'estomac et de l'intestinChapitre 49 sur 184 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La définition que nous avons donnée des crises gastriques peut s'appliquer dans ses grandes lignes aux crises intestinales : ici aussi il s'agit d'accidents passagers aigus, et avant tout de poussées d'hypersécrétion se traduisant par de la diarrhée, accompagnées |)arfois de coliques violentes et même de collapsus. Ces accidents durent quelques jours, puis disparaissent; les paroxysmes sont séparés par des périodes où l'intestin n'est plus en cause et fonctionne normalement.

La délimitîition des crises intestinales comme celle des crises gas- Iriques est parfois fort difficile. Assez souvent l'entérocolitemuco-membraneuse suit une marche irrégulière, présentant suivant les écails de régime physiques ou moraux des malades, des paroxjsmes plus ou moins intenses; le paroxysme passé, les sym|)tômes de la maladie s'atténuent considérablement, ils peuvent passer inaperçus à un examen superficiel. C'est une erreur possible dont il faut être prévenu.

Enfin, il nous faut ajouter que les crises intestinales, sont encore très mal connues, et que, pour les variétés de crise intestinale qui sont déjà isolées, la description laisse fort à désirer sur plus d'un point.

Les ci-ises intestinales que l'on connaît le mieux, sont les crises que Ton j)eut observer dans le tabe ; encore faut-il avouer que nous n'avons sur ce sujet aucune description d'ensemble. Les manifestations tabétiques au niveau de l'intestin paraissent très variables, et la plupart des auteurs qui les ont signalées, ne s'appuyant (|ue sur un nombre très restreint d'observations, ne semblent avoir vu qu'une partie de la question.

La première mention des troubles intestinaux dans le tiibes fut faite par Charcot et Vulpian à la société de Biologie en 1862; mais le malade, dont ils citaient l'observation avait, en réaliU», une entérite tuberculeuse avec ulcération du gros intestin et infiltration déjà ramollie des deux sommets du poumon.

Plus tai'd, Vulpian, dans son traité des maladies de la moelle (1879),

signale une des variétés les plus rares des troubles intestinaux tabéliques : d'après lui, il s'agit surtout d'accidents gastro-intestinaux ; l'entéralgie vient compliquer le tableau de la crise gastrique. A la douleur de l'estomac et aux vomissements, s'ajoute une diarrhée abondante, extrêmement fréquente avec des douleurs intestinales atroces : l'état général du malade est bien plus grave que dans la crise gastrique isolée, les traits s'altèrent, le faciès rappelle celui d'un cholérique, la voix s'éteint, les urines se suppriment, les extrémités se refroidissent et se cyanosent, le malade se plaint de crampes violentes. Vulpian trace ce tableau d'après un de ses malades qui présentait des crises terribles se succédant à quelques jours d'intervalles, et qui mourut dans le coUapsus au cours d'une de ces crises.

Dans un autre groupe de faits, la crise intestinale est surtout cons-

tituée par de la diarrhée, sans grande douleur. Sigiialée par Vulpian et Roger, cette variété de crise intestinale a été bien décrite par Fournier. Nous en avons rapporté un cas très net.

En elle-même, la diarrhée n'a rien de spécial ; elle est constituée par des matières fécaloïdes Hquides ou semi-liquides, brunâtres ou grisâtres. Cette diarrhée est peu abondante, et elle est caractérisée plutôt par la grande fréquence des gardes-robes. Elle est fort peu douloureuse, et, si le malade ressent des coliques, elles sont toujours peu intenses.

Mais ce qu'il y a de caractéristique, c'est (ju'il s'agit d'une diarrhée sans cause. Elle apparaît brusquement sans qu'on puisse invoquer une influence physique ou morale. Cette impossibiUté à prévoir la diarrhée est ce qui gène le plus les malades, car les besoins sont très impérieux et il leur est impossible de retenir les matières en quelque endroit qu'ils se trouvent.

Le second caractère de la crise de diarrhée tabétique c'est sa persistance ; elle est rebelle à tous les agents médicamenteux. La crise disparaît spontanément, comme elle était apparue, sans qu'on en sache la raison.

En général, les crises durent quelques jours, et les intervalles des accès sont marqués ])ar une constli)ation opiniâtre. Parfois pourtant la diarrhée est permanente et peut durer deux, trois ou quatre ans et plus sans s'interrompre un jour.

Telles sont les deux seules variétés connues des crises intestinales du tabès ; mais il est probable que cet accident peut aussi revêtir d'autres formes qui seront distinguées un jour ou l'autre.

HÉMORit\GiES RECTALES. — Xous voulons sigualcr ici les crises d'hémorrhagies rectales que l'on a observées dans le tabès; ces hémor-

ragies souvent assez abondantes, peuvent succéder parfois à des douleurs très vives; d'autres fois elles surviennent I)rusquement sans manifestation douloureuse antérieure. Elles se présentent parfois par crist»s, durant trois à quatre jours, d'autres fois elles reviennent régulièrement chaque jour. Sur un de nos malades tabétiques, nous avons observé des hémorragies rectales quotidiennes pendant près de quatre mois : après avoir résisté à tous les traitements, ces crises disparurent brusquement, depuis elles ne sont plus revenues.

Il faut citer ici l'observation si curieuse rapportée par Senator; cet auteur vit se développer sur un tabétique tous les phénomènes d'une obstruction intestinale aiguë : tympanisme, vomissements fécaloïdes. ari'ét complet des matières et des gaz. Il est probable qu'il s'agissait d'un spasme intense d'un segment de l'intestin gi^éle.

Maladie de Basedow. — La maladie de Basedow nous présente inie autre variété de crise intestinale constituée uniquement par de la cliarrh<'»e : cette crise d'hypersécrétion intestinale évolue d'ordinaire sans la moindre douleur, et c'est tout au plus si le malade se plaint d'une légère sensation de brûlure à l'anus lorsque les selles sont très fréquentes et très rapprochées.

Ces troubles intestinaux s'observent d'une façon habituelle dans la maladie de Basedow; sur 13 cas, Marie les a notés 12 fois. Bien que très souvent ces malades soient sujets à de courtes poussées de diarrhées sous de simples influences morales, en général la crise de diarrhée apparaît sans cause appréciable. C'est une diarrhée très liquide et très fréquente, amenant 3, G, 10 et jusqu'à 23 selles par jour. Elle est i-cbelle à tous les traitements et cesse spontanément, comme elle avait débuté.

En général, le malade résiste bien, la diarrhée ne l'abat pas ; au contraire son appétit augmente. Parfois ])ourtant la diarrhée prend une telle intensité qu'elle constitue par elle-même une grave com[)lication et peut contribuer au développement de la cachexie rapide qui emporte parfois les malades.

Colique de plomb. — Parmi les crises intestinales nous pourrions (récrire ici la colique de plomb : par rintensité des douleurs, par l'intermittence des accidentij, par les intervalles de santé parfaite, la colique de plomb se rapproche beaucoup des crises intestinales. Il faut toutefois remarquer, qu'elle n'est pas locahsée î\ Tintestin mais s'étend à tous les viscères abdominaux, en particuher au foie et à l'intestin qui tous deux diminuent de volume; d'autre })art, étant donné son éliologie, elle n'est pas décrite habituellement avec les maladies de l'intestin et nous respecterons cette division traditioiuielle.

Crises intestinales nkvropathiques. — 11 nous reste maintenant h parler d'une dernière variété de crises intestinales infiniment moins bien connues : ce sont les brises intestinales névropalhiquos qu'ont essayé de décrire Cherchewsky et André (de Toulouse).

Le travail de Cherchewsky est assez confus et très pénible à lire, on se perd au milieu des observations trop détaillées que rapporti* l'auteur; pourtant il est nécessaire de les analyser avec soin. On s'aperçoit alors que parmi les six observations rapportées on trouve des troubles intestinaux d'origine très variable. Les observations 1 et VI sont des cas de tabès au début très probablement, comme le font supposer les douleurs fulgurantes dans les jambes, l'affaiblissement des n'jflexes rotuliens, et les troubles urinai res. L'observation V se rapporte à un malade qui présentait simplement de la constipation liabituelle. Restent trois observations qui doivent seules être prises en considération ; dans ces trois cas, il s'agit de neurasthéniques, très constipés, présentant de temps à autre à la suite dtî surmenage ou de choc moral, des crises de douleur intense, avec ballonnement massif du ventre, et débâcle diarrhétique. Dans tous les cas, le régime, l'hydrothérapie, et l'usage d'antispasmodiques intestinaux, surtout de la belladone, soulagent complètement les patients. Ces malades ne devaient pas avoir d'entéro-colite muco-membraneuse , sans quoi Cherche\vsk\' l'aurait noté : il semble donc que certains constipés puissent présenter du spasme de l'intestin avec douleur intense, comme dans l'entérocolite, mais sans expulsion de nuico-membranes.

Quant au travail d'André, il ne donne que fort peu de résultats positifs ; il est en effet des plus succincts. On y trouve deux observations pouvant se rapporter à des crises intestinales nerveuses ; dans le premier cas, il s'agit d'un sujet atteint de crises d'enléralgie revenant périodiquement tous les mois environ, durant cinq ou six jours, sans diarrhée, sans vomissement. Dans le second cas, il s'agit d'un neurasthénique, qui, pendant quekjues mois, présenta périodiquement des crises douloureus(\s intestinaK\s, accompagnées d'une constipation 0[)iniAtre. Au début, le malade pi'ésentait des tumeurs gazeuses se formant sur tout le pourtour du gros intestin, tantôt à un endroit, tantôt à l'autre. Ce malade eut même pendant une de ses crises des vomissements fécaloïdes. André i)ense à bon droit (pi'il s'agissait dans ce cas d'une véritable crise nerveuse. 11 semble en (»fft»t que, dans un certain nombre de cas, le spasme de l'intestin puisse se présenter sous la forme d'une crise intestinale. Talma a signalé un fait de ce genre : chez son malade» on pouvait voir i\ travers la paroi abdominale des ondes périslaltiques violentes cpii jmi'coiiraient l'anse d'intestin situé au-dessus du point rétréci. Nous avons pu observer nous-

même plusieurs cas analogues; dans un cas des plus curieux, on pouvait sentir le côlon contracté, dur et douloureux à la pression, sur tout son trajet. La constipation opinic'itre que présentait cette malade depuis quelques jours céda à une faible dose d'opium.

Le traitement des crises intestinales est un chapitre à peine ébauché. Dans la plupart des cas, comme nous Tavons dit à propos du tabès el de la maladie de Basedow, tout traitement médicamenteux est illusoire ; la crise cesse, comme elle était venue, sans qu'on en sache la raison. Pourtant chez un malade de Roger, la disparition des crises diarrhéiques qui duraient depuis 14 mois a coincidé avec Fadministralion d'une faible dose d'atropine. Dans les cas cités par Cherchewsky, la belladone, qui paralyse l'intestin et fait cesser le spasme, amena rapidement la diminution des phénomènes douloureux. Enfin, dans les cas cités par André il semble que Félectrisation intestinale ait contribué à Famélioralion présentée par ces malades.

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