CHAPITRE VI
COLITE MUCO-MEMBUANEUSE
Synonymie, — Diarrhée glutineuse (van Swielen). Entérite glaireuse (Nonat). Diarrhée tabulaire (Good). Entérite membraneuse (Da Costa). Affection membraneuse de Tintestin (Goss). Croup intestinal (Clémens). Affection muqueuse de Tintestin (Witehead). Colique muqueuse (Nothnagel).
Définition, — La colite muco-membraneuse est caractérisée par trois ordres de symptômes : a. une constipation en général opiniâtre ; b. l'élimination par les selles de niiicosités qui tendent à se concréter et à prendre Taspect de membranes plus ou moins étendues ; c. des douleurs procédant souvent par crises plus ou moins intenses ; elles accompagnent, en général, Télimination des productions mucineuses et surtout des membranes.
a. La constipation est la règle dans la colite muco-membraneuse, elle fait partie intégrante du complexus morbide ; il peut bien y avoir (les poussées diarrhéiques plus ou moins prolongées, mais ce sont des états passagei^, des débAcles consécutives à une constipation préalable ou de la fausse diarrhée chez des constipés.
b. Les mucosités peuvent apparaître dans les selles en quantité plus ou moins considérable, quelquefois elles ressemblent à du blanc d'œuf cru, mais elles tendent toujours, et c'est une des caractéristiques de la maladie, à prendre Taspect et la consistance du blanc d'œuf à moitié cuit ou même à former des membranes blanchAtres aplatie**, rubanées ou cylindriques.
c. Les phénomènes douloureux ne manquent presque jamais ; ils se montrent surtout au moment de Télimination des masses glaireuses ou des productions pseudo-membraneuses, et revotent parfois le^ allures de crises paroxystiques intenses.
Historifjiœ, — Morgagni mentionne les concrétions membraneuses de rintestin dans sa trente et unième lettre.
Kernel, dans sa pathologie (1G38), rapporte Thistoire bien caractéristique d'un anil)assadeur de Charles-Quint « qui souffrit pendant six ans de cohques atroces, lesquelles ne cédèrent qu'après l'expulsion
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par r^inus, à la suite d'un lavement irritant, d'un corps dur creux, long d'un pied et que le malade croyait être une portion de son intestin ».
L'aspect des membranes, leur épaisseur, leur résistance devaient susciter dans l'esprit des médecins une comparaison entre la colite niuco-membraneuse et la diphtérie. On alla jusqu'à considérer ces maladies comme identiques dans leur nature ; cette confusion commise par Roche a amené à dénommer la colite* muco-membraneuse des enfants le croup intestinal.
Gendrin reconnaît la nature exacte de ces productions. « Le mucus, dit-il, déposé et comme agglutiné à la surface de la muqueuse intestinale, acquiert quelquefois une assez grande densité pour former des concrétions d'apparence pseudo-membraneuses qui sont excrétées avec les selles et que l'on rencontre dans les intestins après la mort. »
La véritable nature des concrétions muco-membraneuses fut définitivement établie par Laboulbène en 1861, dans ses recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneuses.
Depuis cette époque, un grand nombre d'études sur la colite mucomembraneuse ont été publiées, les unes purement cliniques, les autres basées sur des recherches microscopiques ou des analyses chimiques.
Parmi ces nombreuses publications, nous signalerons particulièrement des observations tout à fait typiques de cas graves de colite muco-membraneuse, présentées par Siredey et Guyot, à la Société médicale des hôpitaux en 1868.
Germain Sée, en 1883, donna une bonne description d'ensemble de la colite muco-membraneuse dans son Traité des dyspepsies gastrointestinales. A citer encore la môme année la thèse d'izoard.
En 1887, sous le titre de colite chronique, Potain publia dans la Semaine médicale une étude clinique très documentée sur la colite muco-membraneuse ; il y signalait pour la première fois le spasme du côlon.
Nous dirons, à propos de l'anatomie pathologique, que Wannebroucq faillit jeter de nouveau la confusion dans cette question en décrivant des lésions inflammatoires ulcéreuses de la muqueuse intestinale qui appartiennent certainement à un autre type morbide.
Les recherches chimiques et histologiques de 0. Kitagawa et de Sven Akerlund ont beaucoup contribué dans ces derniers temps à démontrer définitivement la nature muqueuse des productions pseudomembraneuses et à éclairer leur mode de formation.
.\ous avons nous-môme étudié la colite nmco-membraneuse surtout au point de vue clinique et thérapeutique. Nous avons cherché ù démon-
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trer sa coïncidence fréquente avec les ptôses abdominales et la contracture spasmodique de l'intestin .
Parmi les études d'ensemble sur la question, citons une Revue fçénérale de Gaston Lyon en 1889, une revue critique excellente de M. de Langenhagen, les thèses de Vouzelle et Froussard.
Symptômes, — La colite muco-membraneuse est une affection beaucoup plus commune chez les femmes que chez les hommes ; sans doute parce que les femmes sont plus souvent constipées que les hommes, qu'elles s'en soucient moins, qu'elles sont sujettes à des affections utérines et péri-utérines inconnues du sexe masculin, qu'elles sont souvent atteintes de ptôses abdominales et d'un nervosisme plus marcjué.
Comme nous Tavons indiqué déjà dans la définition, la constipation fait pai'tie intégrante du syndrome. Le plus souvent, elle existe depuis très longtemps, depuis des années. A un moment donné, les matières fécales dures, souvent ovillées, s'entourent, s'enrobent d'une couche blanchâtre de mucus concret, et les selles sont accompagnées ou suivies du rejet d'une quantité plus ou moins considérable de mucosités semblables à du blanc d'œuf ou à des œufs à moitié cuits, jaune et blanc. Parfois encore, aj)rès des périodes prolongées de constipation, surviennent des débâcles douloureuses, très douloureuses dans ceriaius cas. Les malades expulsent alors des matières dures plus ou moins bien délayées dans un liquide épais et brillant. Plus tard, les mucosités tendent à s'épaissir, il se forme des fragments de membranes, des lambeaux, quelquefois des membranes étendues, rubanées. aplaties ou tubulées. En même temps, les crises deviennent plus fréquentes, le ventre dans leur intervalle reste endolori ; la maladie est, dès lors, complètement constituée. Dans les formes graves, la douleur augmente le nervosisme préalable, les digestions deviennent pénibles, l'état général est compromis.
A l'examen de l'abdomen, on constate un endolorissement qui suit nettement la direction du colon rarement dans toute son étendue, plus souvent du c(Mon ascendant ou du côlon descendant que du colon transverse. Dans un grand nombre de cas, on constate l'existence de la corde colique, et des j>toses viscérales plus ou moins accentuées.
Cet état morbide peut devenir extrêmement pénible ; au moment' du paroxysme, les malades peuvent être obligés de garder le lit ; qutJques-uns sont forcés de renoncer à leurs occupations ; ce sont de véritables infirmes.
Telle est, dans ses grands traits, la colite nuico-membraneuse. Il convient maintenant de reprendre un j\ un les dilTérents élémcjils de
ce tableau morbide pour les analyser. Nous décrirons ensuite les principales formes cliniques de la maladie.
Constipation, — Nous considérons la constipation comme un phénomène essentiel dans la colite muco-membraneuse : elle ne la précède pas toujours, mais elle Taccompagne d'une façon réf»fulière.
L'expulsion des fausses membranes et les crises douloureuses ne se produit, en génénJ, que chez des personnes depuis longtemps constif>ées. C'estle cas chez beaucoup de femmes et cette constipation persiste lorsque le syndrome de la colite muco-membraneuse s'est installé au complet. Dans quelques cas plus rares, la constipation nVjcistait pas auparavant ; elle s'installe en même temps que la colite muco-membraneuse et dure autant qu'elle.
Les selles peuvent être plus rares, n'avoir lieu que tous les trois, tous les cinq, tous les huit jours, moins souvent encore ; beaucoup de malades déclarent que, s'ils ne faisaient usage de lavements ou de sui)Stanccs laxatives, ils n'iraient jamais à la selle. Dans ces conditions, les évacuations n'ont lieu qu'au prix d'efforts très grands, et Ton comprend qu'il puisse très bien se produire des fissures à l'anus ou des hémorrhoïdes qui vienn(*nt encore rendre la constipation plus tenace.
Elle est, du reste, caractérisée beaucoup moins par la raret»é des st*lles que par leur sécheresssc et leur dureté. Très souvent, elles ont la forme de scybales ovillées. Certaines personnes se pi'ésentent à la garde-robe tous les jours, mais elles n'expulsent qu'une quantité assez minime de scybales dufH3s, ou encore une petite quantRé de matières molles, mais sous la forme d'im cjhndre de calibre très petit comme le petit doigt et même moins ou encore ajJaties et conune passées à la filière.
Les selles ne prennent quelquefois cet asj^ect qu'au montent des crises douloureuses ; il semble que leur forme allongée, leur asj)ect laminé con*espondent à un véritable état de spasme du gros intestin.
La coikstipation est assez souvent traversée par des débAcles et des crises diairhéiques. Ces débâcles peuvent êti^e douloureuses. Des périodes de diarrliées de quehiues jours succèdent à des périodes {Jus ou moins prolongées de constipation, de telle sorte que les malades ne sont jamais dacs un état aljsolument noniial. En général, la constipation l'emporte sur la diarrhée et les malad(3s ont eux-mêmes la sensation (jue, sans la constipation préalable, la diarrliée ne se produirait pas. Dans certains cas plus rares, la diai'rhée semble l'emporter sui' la consiipation. Rarcmcsnt, et d'une U\i;on passagèi'e, il s'agit d'une diarriiée vraie allant, signe caractéristique, jusqu'à l'évacuation de matières liquides colorées par la bile en nature. D'autres fois, il ne s'agit que
de fausse diarrhée ; les évacuations, qui ont lieu une ou plusieurs fois par jour, sont liquides, abondantes parfois, mais on y aperçoit des scybales ou des fragments de scybales, même lorsqu'il y a eu plusieurs selles liquides auparavant.
Ces débâcles sont quelquefois accompagnées de douleuiN très vives, de crises de coliques qui ressemblent beaucouj) à celles que nous décrirons plus loin. Les selles liquides, plus ou moins mélangées de détritus solides, expulsées dans ces conditions sont souvent fortement colorées ; elles sont brillantes et donnent Fimpression de matières délayées dans un liquide fortement chargé de mucus. Nous considérons les débâcles qui présentent ce caractère comme le prodrome assez fréquent de véritables poussées de colite muco-meml)raneuse. Il n'est pas rare, en effet, que, quelque temps après, à la suite d'une crise plus douloureuse que les précédentes, on trouve dans les selles une quantité plus ou moins considérable d(* mucus h demi concrète et môme de véritables fausses membranes.
La constipation prolongée est le prologue habituel de la colite muco-membraneuse ; mais elle peut quelquefois succédei' assez rapidement à une poussée aigu(^ de colite dysentériforme. Cette colitt» aigui^ au début de la colite muco-membraneuse se renconti*e de préférence chez les enftmts ; elle se produit surtout en été. Elle débuti» par de la diarrhée, simple en apparence et souvent fétide ; puis les selles deviennent plus fréquentes, plus douloureus€»s, elles sont précédées par des douleurs qui suivent le trajet du côlon, s'accompagnent de ténesme, d'épreintes, les selles renferment une quantité plus ou moins considérable d'un mucus parfois sanguinolent ; souvent il y a de la fièvre. Cet état aigu, chez les enfants surtout, dure plusieurs jours, quelquefois dix à quinze jours. A la diarrhée du début succède la constipation, des fausses membranes, des mucosik^s à demi-concrétées se rencontrent dans les selles, la cùlite muco-membraneuse se trouve constituée. Elle se comportera dès lors exactement de la môme façon que la colite muco-membraneuse survenue lentement par petites poussées successives à la suite d'une période prolongée de constipation.
11 est possible du reste que la constipation méconnue soit dans beaucoup de cas la cause de ces crises dysentériformes ; mais elles peuvent aussi se produire sans constipation antérieure surtout pendant les grandes chalt^urs de l'été sous l'influence de l'ingestion d'aliments en voie de putréfaction, de fruits insuffisamment murs ou mal lavés, de l'usage d'eau ou de boisson de mauvaise qualité. On peut encore les voir apparaître après qu'il a été fait un usag(» abusif de certains purgatifs drasti(|ui\s : jalap, aloès, etc. Enfin, on les a vues se produire
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après rinlnnluction dans le rectum et le côlon de solutions irritantes : gi*ands lavements au sublimé, au tanin, etc.
Une fois la colite muco-membraneuse constituée, la constipation ivsle le fait habituel. Le mucus se mêle plus ou moins aux matières : tantôt c'est comme une mince couche qui les enrobe, tantôt ce sont «les mucosités et des fausses membranes qui accompagnent et surtout cjui suivent les selles. On constate de temps en temps des poussées de iliarrhée, des débAcles presque toujours douloureuses.
Parfois, ce sont des selles copieuses abondantes formées de scyhales, de débris de scybales, de membranes, de fragments de membranes, de mucus à demi-concrété ou de mucus filant ; parfois des selles plus nombreuses mais beaucoup moins copieuses, rendues seulement après des douleurs assez vives, avec une sensation de ténesme. Ouelquefois encore des matières molles, filées.
Les matières restent le plus souvent colorées, comme elles le sont dans la constipation simple. On a quelquefois signalé leur décoloration ; elles deviennent alors blanches, grisAtius, couleur de terre glaise comme dans Tictère par rétention. Il n'y a cependant aucune coloration iclVirique des téguments, ni de Turine. Ce phénomène a été signah» en dehors de la colite muco-membraneuse, il n'est donc pas en rapport nécessaire avec cette dernière affection.
Les scybales peuvent acquérir une dureté véritablement pierreuse». .Nous en avons vues qui rebondissaient sur le sol comme des billes de marbre; elles étaient blanches à la façon des excréments de .chien et renfermaient une proportion considérable de sels de chaux. C'étaient de véritables coprolithes résultant de l'imprégnation calcaire de .scybales qui avaient pendant longtemps séjourné dans le cœcum ; elles en avaient été expulsées à la suite de douleurs très vives (jui rap|)elaient beaucoup par leur siège et leur intensité de véritables coliques hépatiques.
Plus souvent que ces coprolithes, on trouve dans les selles du sable intestinal^ nous Tétudici^ons dans un chapitre spécial. Nous sommes convaincu que son existence et sa formation sont intimement liées à celles de la colite muco-membraneuse.
Mucosités et fausses membranes. — Ce qui caractérise la colite muco-membraneuse, ce sont les mucosités et les fausses membranes c|u'on rencontre dans les selles. Les mucosités et les productions membraneuses peuvent se trouver réunies dans les mêmes évacuations ; elles peuvent aussi se succéder, les malades après avoir pendant longtemps rendu des mucosités liquides ou demi-liquides ex[)ulsenl des membranes plus ou moins épaisses, plus ou moins étendues : ainsi se trouvent bien indiquées les relations d'origine et de nature
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([ui existent entre les deux. On voit souvent des malades déclarer qu'ils ont toujours des glaires depuis des années, mais qu'il ne leur est ai'rivé que de temps en temps, par périodes plus ou moins prolongées d'expulser des peaux.
Les mucosités sont plus ou moins épaisses. Ce sont des massc^s glutineuscs dont Taspccl rappelle de très près le blanc d'œuf, ou le frai de gi'enouille. Assez souvent, on y trouve des grumeaux plus consistants, ressemblant à du blanc d'œuf à demi coagulé, mais en général à du blanc d'œuf auquel une partie du jaune aurait été mélangé par le battage. Cette coloration jaunâtre donne souvent aux midades l'impression qu'ils ont rendu de la graisse. Quelquefois U^ grumeaux à demi-concnHés sont pris pour des morceaux d'œuf à demi-cuits, pour des caillots de lait et les malades trompés par cette apparence se figurent avoir rendu des aliments non digérés.
C'est sous cette forme que se présentent le plus souvent les mucosités au début de la cùlite muco-membraneuse. Elles peuvent s'y ren* contrer en quantité très minime et se trouver expulsées seulement à la fin de la selle fiprès les matières fécales. Lorsque l'irritation mucinogène se trouve limitée à TS iliaque et au rectum, ce qui est ass(»z fréquent, les malades ont souvent tendance* dans le récit de lour maladie à en exagérer la quantité. Lorsqu'on leur demande de* préciser, on s'aperçoit qu'après avoir déclaré (ju'ils rendaient « beaucoup de glaires », il ne s'en trouve dans leurs selles qu'une ou deux cuillerées à café, une cuillerée à bouche, tout au plus. C'est le premier degré de la maladie ; h un degré plus avancé, c'est un verre à bordeaux, un demi-grand verre, un gi'and verre tout entier de semblables mucosités qu'on constate h chaque selle. 11 peut y en avoir beaucoup j)lus encore ; il s'y mêle alors, sinon d'une façon constani-e, tout au moins de temps en temps des peaux et des membi*anes.
Ces peaux et ces membranes j)euvent être foH petites, avoir par exemple au maximum les dimensions de l'ongle ; mais elles |)euvent être beaucoup plus étendues. 11 n'est jms rare iVen voir <jui présentent 7 à 10 centimètres de long, sur 2 ou 3 de large; le plus souvent elles sont aplaties inégales, h t)or(ls déchiquetés. Leur aspect rappelle celui d'un morceau de parchemin niouillé. Elles (Xîuvcnt ètrc^ tabulées. Les tubes peuvent avoir une longueur de lo, 20, 25 ctîntimèlres et même davantage. 11 est rare toutefois (|u'elles atteignent ces dernières dinK^nsions.
11 n'(îst pas très rare de trouver des rubans blancli«Mres, semblables ù (les cordons de tablier, (jui donnent aux malades l'impression qu'il s'agit des fragments de taenias. Potain pense (ju'ils se fornKnit le long des tractus longitudinaux de la couche musculaire externe du c<>lon«
On Jie se rend bien compte de la disposition de ces peaux et de ces membranes qu'en en pratiquant Fexamen sous Feau, en les y développant, en les y faisant flotter.
Au moment des débâcles, il en est quelquefois expulsé des paquets énormes; quelquefois après une selle qui n'en renfermait pas, un «i^rand lavage du colon en ramène des quantités, ce qui démontre leur siège élevé dans le côlon. Les malades n'en rendent parfois, à <'erlains moments, que sous l'influence de ces grands lavages.
Pour ne pas interrompre la description clinique de la maladie, nous n'exposerons la structure histologique et la composition chimique de <,*os productions membraneuses qu'au moment où nous discuterons la nature de la colite muco-membraneuse.
Les productions muco-membraneuses peuvent accompagner chaque selle pendant des mois et des années. Elles- peuvent disparaître pendant longtemps, puis reparaître de nouveau alors que le malade se croyait complètement guéri. La colite muco-membraneuse est en effet une affection qui récidive volontiers, le plus souvent sous l'influence des mêmes causes, quelquefois sans cause appréciable.
Phénomènes douloureux. — Eln généi'al, la douleur au début se produit exclusivement par crises paroxystiques^ {)lus tard seulement, en dehors de ces crises dans certains cas, surtout chez les femmes névropathiques, on observe un état permanent d'endolorissement plus ou moins marqué de l'abdomen.
Les paroxysmes douloureux se produisent à propos des débâcles ou simplement des selles. Les malades éprouvent dans le ventre, })articulièrement au niveau et au-dessus de l'ombilic, des douleurs souvent très vives. Ils les décrivent comme une sensation de colique, quelquefois de brûlure intense. Parfois la douleur se trouve localisée dans l'hypoehondre et le flanc gauche, dans la direction du côlon descendant et de rS iliaque. Plus rarement, elle se produit dans le coté droit dans la direction du côlon ascendant. 11 arrive qu'elle est généralisée, et encadre l'abdomen tout entier.
Ces crises sont pai'fois extrêmement douloureuses ; certaines femmes les comparent aux douleurs de Taccouchement. Lorsqu'elles se montrent à droite, et qu'elles semblent avoir pour siège la partie a.scendante et l'angle droit du côlon, elles peuvent rap})eler de très près les douleurs de la colique hépatique. Parfois les midades accusent un retentissement dorsal, des douleurs dans les lombes, une sensation de coostriction pénible à la base du thorax.
Les crises douloureuses s'accom[)agnent souvent d'une sensation de défaillance générale d'état lypothimique, de tendance à la synco|)e, parfois d'un étal plus ou moins vaguement nauséeux. Certaines
femmes au début de la crise ne savent pas si elles vont avoir une indigestion suivie de vomissement ou une débâcle intestinale.
Ces crises paroxystiques sont éloignées dans les phases initiales de la colite muco- membraneuse, plus tard elles tendent à se rapprocher, elles se reproduisent tous les jours quelquefois plusieurs fois par jour. Les malades sont alors véritablement en état de mal.
Les paroxysmes douloureux se montrent de préférence un certain temps après le repas, et encore assez souvent pendant la nuit vers 2 ou 3 heures du matin. Elles aboutissent en général à l'expulsion de mucosités et de membranes. Il n'est pas rare que, après des épi'einUîs assez vives, les efforts douloureux du malade amènent Tévacuation de quelques scybales et d'une quantité relativement peu considérable de muco-membranes.
Les mêmes phénomènes d'épreinte et de ténesme s'observent communément alors du côté de la vessie. Les malades ont des envies fréquentes d'uriner; la miction douloureuse n'aboutit qu'à l'émission d'une petite quantité d'urine. Souvent ces douleurs et ces épreintcs rappellent de tout point ce qu'on observe dans la cystite du col. Cependant il n'y a aucune trace de cystite, les urines sont parfaitement claires, elles ne renferment ni sang, ni muco-pus, ni graviers.
Lorsque les malades sont en état de mal, l'abdomen reste endolori dans l'intervalle des paroxysmes. C'est une sensation de constriction, de brûlure dans la région de l'ombilic, de coliques, une sensation de douleur dans les reins, de [)esanteur dans le bas-ventre surtout du côté gauche. La station debout et la marche exagèrent ces phénomènes douloureux, elles en rendent les paroxymes plus frt''quents et plus intenses.
11 ne faudrait par croire, après avoir lu cette description que tous les malades souffrent autant que nous venons de l'indiquer en terminant. On* trouve en somme tous les intermédiaires entre des phénomènes douloureux peu accentués, supportables, et des états de mal dans lesquels la vie des malades devient une torture continue, dans lesquels ils sont quelquefois réduits ù ne pas quitter la position couchée. Les cas où la douleur est tolérable et les paroxysmes éloignés sont beaucoup plus fréquents que ceux où elle atteint l'intensité que nous venons de dire.
Exploration de r abdomen. — Comme dans la majorité des cas il s'agit de femmes de trente ou cinquante ans, il est très fréquent de constater un relAchement plus ou moins marqué de la paroi abdominale ; souvent il y a une dépression ombilicale, et le ventre est étalé, ou déformé en dôme. Quelquefois il y a un certain degré de tympanisme.
COLITE MUCO-MEMBRANELSE 285
En pratiquant Texainen de Fabdomen par le manuel que nous avons indiqué, on constate souvent de Tendolorisscment le long du gros intestin, quelquefois sur toute son étendue, plus fréquemment le long du côlon ascendant ou du côlon descendant et de TS iliaque. Le côlon transveree est beaucoup moins souvent douloureux; nous no savons pas si Tendolorissement est plus fréquent à droite qu'à gauche.
Souvent, et surtout dans les cas où cet endolorissement est mar- <jué, on perçoit, dans la région correspondante, Texistence soit du l)Oudin C(ïîcal, soit de la corde colique. Chez les personnes maigres, la corde est extrêmement nette ; le côlon contracté, réduit aux dimensions du pouce, par exemple, donne la sensation très franche d'une corde qui ressaute sous le doigt. Elle se limite souvent au côlon ascendant ou au côlon descendant ; il n'est pas très rare qu'on la trouve seulement dans une des deux moitiés de Fabdomen à gauche ou à droite de la ligne médiane. Il est rare de pouvoir percevoir les coudes du côlon. Souvent on constate une dépression en U ou en V du côlon transverse, dont la partie moyenne se trouve aussi descendue notablement au-dessous de lombilic.
Parfois on perçoit un chapelet de scybales le long du gros intestin, suiiout du côlon transverse et du côlon descendant; à droite, Taccumulation des matières donne lieu de préférence à la production du boudin cœcal dont la masse plus considérable se distingue facilement de la sensation donnée par la corde colique.
La corde colique se perçoit dans une proportion considérable des cas de colite muco-membraneuse, mais non dans tous. Quelquefois il est imj>ossible de déterminer comment se comporte le côlon ; quelquefois on le trouve dilaté, surtout dans la région cœcale. Le cœcum dilaté peut se remplir de matières fécales^ ou ne renfermer cpie des gaz, ce qui se reconnaît à la percussion. Rarement et seulement au moment des débAcles diarrhéicjues, on y détermine des gargouillements et du clapotage. Nous ne savons pas très bien ce que de Languenhagen entend par la sensation de Tintestin chiffon. Si les parois du côlon étiiient molles et relâchées cemmeun chiffon, on ne pourrait pas les percevoir par la palpation à travers la j)aroi abdominale.
Le côlon peut subir des alternatives de dilatation et de distension gazeuse et de resserrement, de plénitude et de vacuité. La distension gazeuse et la contracture avec j)roduction de la corde colique peuvent se rencontrer successivement sur des mêmes segments ou se présenter simultanément sur des segments successifs : il nV a rien là qui appartienne en propre à la colite muco-membraneuse : ce n'en est pas moins une particularité des {)lus intéressantes au cours de cette affection.
L'examen méthodique de Fabdomen permet en outre de constater le cas échéant Texistence du rein mobile, de se rendre compte d<' TétiU du foie et de Testomac.
La néphroptose est extrêmement fréquente dans la colite mucomembraneuse, où elle se rencontre une fois sur trois cas environ. Elle est même plus fréquente encore dans les formes graves ou on peut presque la considérer comme la règle. Nous chercherons plus loin à dégager Timportancc de ce fait au point de vue de la pathogénie des formes graves de la colite muco-membraneuse.
Le foie est quelquefois aussi définitivement abaissé, d'autres fois il y a simplement augmentation de sa mobilité respiratoire, c'est même un fait assez fréquent. Le plus souvent il a des dimensions normales; il n'est guère augmenté de volume que lorsqu'il y a de la diarrhée ou de la fausse diarrhée.
En ce qui concerne Y estomac, souvent un degré assez marqué de ptôse, de la tendance à la distension gazeuse, quelquefois même à la vstase et de la douleur à la pression au point épigastrique.
En somme, ce qu'on trouve de plus caractéristique par l'examen de l'abdomen dans un assez grand nombre de cas de colite muco-membraneuse, surtout dans les formes graves, c'est l'endolorissement du c(Mon, sa tendance à la contracture spasmodique ou plus rarement au relâchement atonique, et des phénomènes de ptôse viscérale, rénale, gastrique, colique et quelquc^fois même hépatique.
Df/spepsie r/astrique. — Les phénomènes de dyspej)sie gastrique sont habituels chez les malades atteints de colite muco-menibraneuse. Ils n'ont rien de caractéristique, et peuvent correspondre à Tune quelconque des formes de dyspepvsie que nous avons étudiées. A. Robin a prétendu que l'hyperchlorydrie était la règle; cela ne correspond pas aux données de notre observation personnelle. Nous avons constaté en effet à peu près aussi souvent Tliypo que Fhyperchlorhydrie. La coïncidence qui nous paraît la plus fréquente est celle de la gastroptose, surtout chez les femmes, tout au moins dans les formes graves de la coHte muco-membraneuse.
11 ne nous paraît pas douteux que les phénomènes intestinaux aient un contre-coup sur la dyspepsie stomacale, (*t qu'elle xxo, tende ù la provoquer, à l'entretenir et ù en aggraver hvs manifestations.
Phénomènes nerveti.r, — Le nervosisme est fréquent chez les malades atteints de colite muco-membraneuse ; c'est un point sur lequel s'accordent la plupart des auteurs. La forme de ce ncTVosisme et son degré d'intcMisité sont du reste extrêmement variabh\s ; on peut constater des signes de neuro-arlhritisme, de nervosisme vague, de neurasthénie, d'hvstéi'ie. etc.
Les nen'eux sont souvent constiperas ; ils semblent de plus prédisposés à la colite muco-mcmbraneuse comme ils le s )nt à certaines «lerinatoses. Quelquefois leur névropathie est vague ; elle consiste dans certain degré d'excitabilité, d'émotilité, de bizarrerie mentale, de tendance aux ix)ussées congestives. Les malades de cette catégorie ap[)artiennent très souvent à la famille arthritique ; on connaît du rt*ste, et ce n'est pas le moment d'y insister, la parenté du rhumatisme chronique, de la goutte, de Tobésité et du diabète avec les névroses.
11 faut bien reconnailre que ce nervosisme peut être peu marqué, à fïeine indiqué, qu'il peut même échapper i\ la démonstration. Il ne nous parait pas douteux toutefois, de par notre observation pei'sonsonnelle, que le nervosisme est plus marqué, plus développé dans les cas graves, intenses et persistants de colite muco-membraneuse. On |H>uiTait prétendre que cette accentuation est exclusivement la conséquence de l'afiection intestinale, si le plus souvent on ne constatait pas par l'interrogatoire des malades qu'ils étaient des nerveux dtVjà avant de présenter des accidents de colite muco-membraneux.
Nul doute du reste que la maladie du côlon ne retentisse fi son tour sur le svstème nerveux et ne devienne la cause de manifestations
particulières qu'on a tenté d'interpréter par le mécanisme de l'action réflexe. D'autres ont fait intervenir l'auto-intoxication pour expliquer les mêmes faits.
Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse ou non d'une action réflexe à point de départ colique, nous pouvons signaler ici : les pal[)itations, les intennittences cardiaques, les crises de fausse angine de poitrine, lous accidents qu'on voit se produire de préférence h la suite des repas. Potain a signalé l'insuffisance passagère de l'orifice auriculoventriculaire droit ; au moment des crises douloureuses, les malades ont une sensation marquée de dyspnée, ils sont congestionnés, cyanoses, la respiration est rapide, pénible, le [)ouls monte à 120 pulsations et même davantage. C'est tout à fait le tableau des crises d'asthme cardiaque selon qu'on les a décrites chez les dyspepti(jues. Ces crises de faux asthme |)euvent altei-ner avec des crises de coryza et d'éternuements qui rappellent beaucoup l'asthme des foins.
Du côté du tube digestif, on a signalé de l'cesophagisme ; dans le domaine du grand sympathique, des alternatives de rougeur et de pâleur de la face, des poussées de sueurs, des étourdissements, des vertiges, etc.
Pendant le cours de la digestion, les malades ont assez souvent de la ()esantcur, de l'inaptitude au travail, de l'amnésie et même de Taphasie. On a signalé encore les convulsions, le coma, des périodes
d'excitation et de dépression, la mélancolie, les idées de suicide ; des troubles sensitifs, de Thyperesthésie en plaques, des artralgies, des douleurs lombaires, des points douloureux vertébraux ; du côté des organes des sens, Tambyopie, et môme Tamaurose j)assagère.
Cautru a vu, dans deux cas, des crises d'épilepsie chez des enfants; dans un troisième cas, du môme auteur, une chorée tenace ne céda ({ue loi'squ'on eut Fidée de s'adresser à la colite muco-membraneuse. 11 en avait été de môme dans les deux cas d'épilepsie. Il serait certainement exagéré d'attribuer à la colite muco-membraneuse tous les accidents nerveux qu'on peut rencontrer chez les malades atteints de cette affection intestinale. Il peut y avoir une simple coïncidence qui n'a rien d'extraordinaire si on admet comme démontré que la colite muco-membraneuse se produit souvent sur un terrain névropalhique. Il semble toutefois y avoir là souvent un véritable (tercle vicieux ; le nervosisme et l'affection colique retentissent l'un sur l'autre el s'exagèrent réciproquement,
Nous avons vu dans deux ou trois cas le côlon devenir le sièg(î de véritables points hystérogènes, en les comprimant, on déterminait de petites crises convulsives : on comprend par là qu'il puisse devenir le point de départ de phénomènes névropathiques variés.
État grnéral. — Dans la^ colite muco-membraneuse, l'état général peut rester satisfaisant. Il n'est pas rare toutefois de constater un certain degré d'affaiblisscîment, d'amaigrissement et d'anémie. On a môme signalé de véritables états de cachexie, qui pouvaient faire penser à l'existence d'une lésion cancéreuse.
La fièvre s'observe quelquefois, il en sera question à pro|>os des complications.
Formes cliniques, — Quand un s>Tidrome comme la colite mucomembraneuse se produit chez des dysj)e[)tiques et des nerveux, les coïncidences symptomatiques possibles sont si nombreuses et si variées qu'il serait aussi facile qu'inusité de multiplier les formes cliniques.
Dans ces conditions, cette division en formes cliniques doit rester très large au risque d'être un j)eu vague. Nous distinguerons :
«.Les formes bénignes, atténuées;
//. La forme commune ;
c. Les formes graves.
a. Formes bénignes^ atténuées, — La colite muco-membraneuse peut être dite l)énigne ou atténuée parce que ses manifestations sont |)eu accusées, ou parce que (l(\s crises plus douloureuses, sont très t\spacées.
La triade symptomati(jue peut scî montrer au complet : constipation, douleurs, mucosités et membranes dans les selles, sans que ces
))hénomèjies présentent aucune intensité. Il peut se faire encore que la douleur fasse à peu près complètement défaut ; la maladie reste ainsi indéfiniment à son premier stade. Toutefois, il faut dire, que cet état atténué constitue une menace permanente et qu'on peut toujours, sous Imfluence d'une cause accidentelle voir des accidents plus graves éclater. Parfois encore, les crises douloureuses sont assez intenses, mais elles sont très espacées, d'assez courte durée, et, dans rintervall(% les fonctions intestinales se régularisent ou tout au moins, si la constipation persiste, elle ne provoque plus ni phénomènes douloureux, ni expulsion de mucosités.
b. Forme commune. — Dans cette forme, d'observation fréquente, qui peut servir de type de description de la maladie, les trois phénomènes symptomatiques existent nettement marqués : constipation, douleur, productions muco-membraneuses. De temps en temps, ils subissent des exacerbations ; mais ces crises paroxystiques ne sont ni très longues, ni très rapprochées, ni très pénibles. On a prise assez facilement sur l'affection colique par le régime et le traitement ; on en obtient assez souvent la guérison, sans que cependant on puisse jamais considérer les malades comme à l'abri d'une récidive.
c. Formes graves. — Parmi les formes graves on peut établir un certain nonibre de subdivisions et distinguer :
a. La forme grave continue ; i