FOIE
Le foie se trouve placé sur le trajet des vaisseaux qui rapportent au cœur le sang venu du tube digestif, à la fa<,*on d'un gn)s gîinglion veineux. De même que les ganglions lymphatiques sont des organes de défense» qui arrêtent les gx?nnes d'infection venus par les \'oies lymphati({ues, de môme le foie est un organe de défense qui protège dans une certaine m(»sure l'organisme contre les pn)duits infectieux et toxiques venus de l'estomac et de l'intestin. Il détruit au pîissage une notable partie des toxines venues par la veine porte.
Dans ces conditions, on ne doit pas être étonné qu'il subisse le contn»coup des \iciations de la digestion et de l'augmentation anonnale des processus de fermentation et de putréfaction dans l'estomac et Tinteslin. 11 pt^ul, du reste, être atteint anatomiquement ou fonctionn<»llenM»nt par d'autn^s mécanismes : 1** l'inflammation du duodénum, qu'Hayem considère comme fréquente lorsqu'il y a de la gastrite, [)eut se propfiger aux voies biliaires parle cholédoque; 2° la circulation du foie et l'actiim des cellules hépatiques peuvent être modifiées par voie* réflexe ; 3° la dilatation du cœur par action réflexe à point de départ gîistrique ou inli'stinal poun'ait avoir pour conséquence la stasi* veineuse dans lo, (o\e et sa congestion.
Il est difficile de dire dans quelle mesure ces trois mécanismes plus ou moins hy|)othétiques interviennent dîins la genès(* des ti'oubles et lésions du foie consécutifs aux gastro-(^ntéro[)athit*s. Le* passage des toxines à travers le parenchyme hépaticpu^ au contact direct de la cellule, grAce aux capillaires du système j)ort(% suffit i\ lui seul largement pour expliquer les phénomènes observés.
Le s;^Tîîptôme hépatique le plus souvent signalé par les auteurs est la congestion avec augmentation de volume du foie. Bouchard y a particulièrement insisté. Il a communiqué à Boix sa statistique, elle s(î décompose ainsi : « Sur un total de 652 gros foies observés chez des malades (hommes ou femmes), 240 coïncidaient avec la dilatation de Testomac, 69 avec des troubles digestifs, tels que Tanorexie, la constipation, la diarrhée, les vertiges, ce qui fait un total de 309 gros foies chez des malades dyspeptiques, soit une proportion de 40 p. 100 environ. »
« Si Ton prend la statistique concernant la dilatation de Testomac; seulement, on voit que, sur 665 cas observés, le gros foie s'est ivnconlré chez 240 malades. » Cela fait plus de 1 fois sur 3.
Le Gendœ, dit avoir observé 24 fois sur 61 dilatés (dyspeptiques ou latents) une tuméfaction hépatique permanente ou intercurrente avec foie lisse et le plus souvent indolent, dél)ordant le rebord costal de un à chiq travers de doigt. Ici encore, la pi'oportion est supérieure à 1 : 3.
Comme nous le dirons plus loin, nous n'avons pas constaté si fréquemment Taugmentation de volume du foie, que nous avons par contre trouvé assez souvent abaissé.
Les toxines gastro-intestinales d'après Hanot et Boix ne seraient pas seulement capables de produire la tuméfaction permanente ou variable du foie, mais môme de provoquer une véritable cirrhose que Hanot dans un mémoire posthume a proposé de dénommer cirrhose de Budd, du nom de l'auteur anglais (jui en a le premier nettement indiqué l'existence.
Dans cette cirrhose d'origine dyspeptique, l'hypertr^iphie du foie est en général modérée. Les symptômes fonctionnels sont peu accentués et ne consistent guère que dans une certaine lassitude, ujie sensation de pesanteur dans l'hypochondre droit. Quelquefois cependant, surviennent des accidents d't*mbarras gastrique, des poussét»s congestives qui rendent le foie douloureux et même de la [)ér-jhépatil(% cause de douleurs assez intensifs pour simuler quelquefois la coH(jue hépatique. Il n'y a pas d'ascite. ni d'ictère, pas d'augnienlalion de volume de la rat(\ pas de circulation collatérale.
Au |)oint de vue histologicjue, il s'agirait d'une hépatite inlerstitiellt» diffuse généralisée ù t(Mulance mono-cellulaire. La sclérose débute pai'les espaces [)orto-biliaii'es; elle envahit les lol)ul(*s parleur péripliérie, elh» en dissocie les travées cellulaires et mèm(» les cellules elles-mêmes.
Boix est |)ai'venu à reproduire expériment<'demeiit une hépatite interstitielle du même type en faisant ingérer aux animaux les acides
organiques qui figurent communément dans les pmduits de fermentation stomacale : acide lactique, valérianique, acétique. Avec Tacide butyrique, il a obtenu une cirrhose du type atrophique de La^^nnec.
Boix a déterminé encore de rhépatile parenchymateuse et interstitielle avec Tacétone, Tacide oxalique, le poivre, déjà incriminé par Budd et Virchow.
Les cultures vivantes de bactérium coli, les diverses coli-toxines mises en expérience, et l'extrait de fèces produisirent une angio-cholite ascendante avec sclérose rapide des larges espaces portes, irritation des vaisseaux avec prolifération embryonnaire, et dégénérescence granuleuse de la cellule hépatique avec prolifération nucléaire dans les cas où l'action des substances toxiques avait été longtemps prolongée.
Nous ne mettons nullement en doute la réalité de la cirrhose d'origine dyspeptique dont Tobsei^vation clinique et Tanatomie pathologique auront h démontrer la fréquence.
Nous avons examiné le foie chez un grand nombre de dyspeptiques, et nous ne l'avons trouvé augmenté de volume que dans un nombre de cas beaucoup plus restreint que ne l'ont fait Bouchard et Legendiv. Nous serions même tenté de déclarer, après avoir examiné à ce point de vue tous les dyspeptiques qui se sont présentés à notre observalion depuis plusieurs années, que le foie chez les malades de cet ordiv est plus souvent petit que gros. Quand il est augmenté de volume on trouve en général quelque raison autre que la dyspepsie gastrique qui explique cette hypertrophie : alcooUsme, obésité, affection orificielle du cœur, artériosclérose, viciations du fonctionnement de l'intestin et, en particulier, diarrhée ou alternatives de diarrhée et de constipation.
L'hypertrophie du foie nous paraît attribuable beaucoup plus souvent à l'intestin qu'i\ l'estomac.
L'influence nocive des processus gastro-intestinaux sur le foie pourrait se traduir*e non seulement par l'augmentation de volume du foie, mais aussi par certains troubles fonctionnels en rapport avec la viciation de la cellule hépatique. Ilayem a ])articulièrement insisté sur la fréquence de Vtirobilinurie chez les dyspeptiques. On a noté aussi quelquefois et attribué à la même cause la décoloration des matières fécales.