CHAPITRE XI
THÉRAPEUTIQUE CfÉNÉRALE DES MALADIES
DE l'estomac et DE l'iNTESTIN
Dans les pages qui vont suivre nous nous occuperons surtout de la thérapeutique fonctionnelle des gastropathies et des entéropathies. Toutes les fois qu'on le peut, on doit dans le traitement des maladies du tube digestif viser Télément pathogénique et chercher à amener la n'^gression des lésions. Malheureusement, cet élément pathogénique zious ne pouvons pas toujours l'atteindre, et, contre les lésions, nous sommes souvent impuissants. Il en résulte que le mieux que nous puissions faire trop souvent, c'est de chercher à rétablir l'intégrité des fonctions gastro-intestinales.
Cet exposé de la thérapeutique générale nous permettra d'ôlre bref lorsqu(i nous aurons dans la seconde partie de cet ouvrage à indiquer le traitement des maladies de l'estomac et de l'intestin caractérisées par des lésions anatomiques. Nous suivrons, du reste, assez c»xactement l'ordre dans lequel nous avons précédemment étudié les viciations des grandes fonctions du tube gastro-intestinal et des principaux complexus symptomatiques.
Nous renverrons pour la j^rophylaxie aux indications données à propos de Fétiologie ; il est bien évident qu'il convient d'une manière générale de faire disparaître les causes reconnues des phénomènes pathologiques.
PRINCIPES GÉNÉRAUX DE l'aLIMENTATION DANS LE TRAITEMENT DES ÉTATS DYSPEPTIQUES GASTRO-INTESTINAUX
Malgré ses trt)ubles fonctionnels et ses lésions, le tube digestif doit pourvoir aux échanges nutritifs de l'organisme; il appartient au médecin de rc'gler ralimentation de façon à obtenir que la nutrition se fasse le mieux |)Ossible, malgré les lésions s'il y en a, malgré les troubles fonctionnels, de façon fi ee que, si possible, l'équilibre fonctionnel se rétablisse (»t que les lésions s(* réparent ou tout au moins cessent d(^ progresser. Ces deux indications fondamentales sont malheui^eusement
souvent bien difficiles îi concilier. Il arrive assez souvent que, pour diminuer rirritation causée par la présence des aliments, on est ol)ligé momentanément de restreindre Talimentation au-dessous d(\s besoins réels de l'organisme .
En somme, on peut résumer de la manière suivante les indications principales de Talimentation des dyspeptiques :
a. Subvenir à la ration d'entretien ;
b. Donner une alimentation qui favorise le plus possible la conservation ou le retour à la normale des fonctions motrices de resfomac et de l'intestin;
c. Réduire au minimum l'irritation due aux aliments ;
d. Réduire à leur minimum les femuMitations gastro-intestinales et les causes d'intoxication d'origine digestive.
Nous le verrons chemin faisant, les moyens que l'on peut employer pour remplir ces indications, s'ils ré[)ondent quelquefois à plusieui-s de ces indications en môme temps, sont quekjuefois aussi contradictoires entre eux.
a. Subvenir à la ration d'entretien, — Dans cei-tains cas, on peut l'estreindre l'alimentation des malades au-dessous de leui' ration personnelle d'entretien ; on peut même sup[)rimer com|)lètement pendant quelque temps l'ingestion de toute autre substance que de l'eau. Toutefois, ces ivstrictions seront nécessairement passagères^ et d'autant moins pn)longées qu'elles seront [)lus sévères. On peut ètit' obligé pendant longtemps di* st* contenter d'une alimentation insuffisante, mais on devra toujours viser à re\enir le plus rapidement possible à une alimentation capable de subvenir aux échanges organiques ; on devra s'efforcer de faire que, le [)lus tôt possible, les nx'ettes couvrent les dépenses.
Le médecin doit donc savoir déttM'miner la ratitm dVntrt^tien de ' chaqu(» malade, et savoir rcconiuiître si l'alimentation donnée est suffisante^ si elle est uliUsèe.
Qu'es!-ce donc (jue la ration d'entretien ? C'est la quantité des substance; alimentaires des trois orih-es, albuminoïdes, hydrates de carbone et gniisse, nécessaire pour* (jue les i-ecettes de l'organisme couvrent exactement ses dép(Mises, snns ])(M'les ni gain.
Le corps doit recevoir et assimiler une (piantité suffismite d'aliments azotés pour que sa masse cellulaire puisse se maintenir intacte, se reconstituer au fur et à mesure qu'exile se désassimile ; il dtiit recevoir d(î plus une quantité d'alimtMits suffisante pour couvrir ses dépenses (*n calorique et en travail mécanique. (](*s aliments peuvent être des substances azotées, des Indrates de cai'bone ou des graisses.
THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE 371
Théoriquement, on devrait pouvoir nourrir Thomme exclusivement avec des substances albuminoïdes. En pratique, on n'a jamais pu le faire, parce que, lorsqu'on veut soumettre un individu au régime exclusif de la viande maigre, on voit survenir rapidement des troubles digestifs et un tel dégoût, qu'on est foi*cé d'en revenir rapidement à un régime mixte. D'autre part, l'analyse des déchets organiques prouve <jue, dans ces conditions, une proportion considérable d'azote est rejelée sans avoir été utilisée, donnant lieu à un excès de produits : urée, acide urique, etc., dont la présence est de nature peut-^tre à produire des accidents graves dans l'organisme.
La physiologie a démontré que les hydrates de carbone et les graisses sont des aliments d'épargne pour les substances albuminoïdes. Si on ne peut pas réduire la substance azotée au-dessous d'un minimum, on j)eut, ce minimum étant fourni, compléter la ration d'entretien par .des aliments non azotés. Les hydrates de carbone et les graisses peuvent être substitués l'un à l'autre sans aucun inconvénient à condition d'être convenablement élaborés par la digestion. Cependant l'observation démontre aussi qu'il est naturel d'avoir recours pour l'alimentation a un mélange des substances des trois ordres dans certaines proportions. Le lait, aliment complet des jeunes animaux, renferme des substances des trois ordres. Pour les hommes adultes on a déterminé la ration d'entretien par l'observation et par l'expérimentation .
Par l'observation, on a analysé les aliments dont se nourrissaient des individus j)ris dans des conditions sociales différentes, ou bien on a analysé l'alimentation des collectivités sociales. Les résultats obtenus ont été sensiblement les mêmes.
Par l'expérimentation, on a analysé exactement, d'une part, les aliments ingérés, et de Tautre, les drchels éliminés par le {)Oumou, la peau et les reins; on a estimé dans les matières fécales la quantité de substances non utilisées, et les résultats obtenus ont été tout à fait comparables à ceux qu'avait donnés l'observation.
On a calculé en calories quelle quantité de chaleur aurait fourni la combustion des aliments utilisés, et, d'autre part la quantité de calories dépensée par le corps sous forme de chaleur ou de travail mécanique, et on a obtenu ainsi, pour les recettes et pour les dépenses, des chiffres qui s'éloignent fort peu les uns des autres, et qui, fait remar- (juable, correspondaient assez exactement aux données fournies déjà antérieurement par l'observation et par rexj)érimentation.
On se treuve donc actuellement, relativement à la constitution de hi ration d'entretien, en possession de données d'une réelle valeur scientifique. On peut faire fonds sur elles et les prendre comme point
de repère lorsqu'il s'agit de déterminer ce que doit être quantitativement l'alimentation d'un individu, qu'il soit ou non dyspeptique. S'il est malade, et si, ce qui nous intéresse plus particulièrement, il est dyspeptique, la modalité de sa dyspepsie servira de guide pour déterminer la qualité des aliments qui doivent lui être conseillés.
Comment doit être constituée la ration d'entretien normale ? Elle doit être différente suivant l'âge, le sexe, le climat habité et la somme de travail musculaire fourni, mais ils nous sera impossible d'entrer ici dans les considérations relatives h ces diverses conditions ; nous ne nous occuperons que de la ration d'entretien moyenne telle qu'elle ressort des travaux les plus autorisés.
L'école de Munich, grAce aux appareils dont elle disposait, a pu, la première, fournir des données exactes reposant sur l'analyse comparée des ingesta et des excréta. Voit, le chef de cette école, a donné, pour la ration alimentaire, des chiffres qu'on considère actuellement comme un peu trop élevés. Pour un homme adulte il admettait la formule suivante :
Albumine • 118 gr.
(iraisse 56 —
Hydrates de carbone 500 —
Pour la femme :
Albumine 90 gr.
(îraisse 40 —
Hydrates »ie carbone 400 —
11 admettait du reste que la ration d'entretien devait être plus considérable pour un homme fournissant un certain travail musculaire» (jue pour un homme au repos.
A. Gautier a pris la moyenne des chiffi-es donnés par les divers auteurs : il est arrivé à la formule que voici :
Albumine 100 gr.
(îraisse 45,4 —
Hydrates de carbone 373 —
C.Qii chiffres s'éloignent peu de ceux qu'indicfuent Munk et Uffelmann dans leur ouvrage sur la nutrition de l'homme à l'état de santé et de maladie.
Pour un adulte au repos ils admettent :
Alhuniiae 100 gr.
(iraissc 56
Hydrates de carbone 400 —
THERAPEUTIQUE GENERALE 373
Avec un travail modéré, ces chiffres s'élèvent :
Albumine 110 gr.
Graisse 56 —
Hvdrales de carbone 500 —
Les remarquables travaux de Berthelot, de Rubner et d'autres auteurs, ont permis de déterminer la valeur calorigénique des substances alimentaires des trois ordres. En movenne, la combustion de 1 gramme de substances albuminoïdes et de 1 gramme d'hydrates de carbone fournit 4,1 calories; celle d'un gramme de graisse en donne 9,3. On voit donc que la graisse, au point de vue de la prx)duction de la chaleur et du travail mécanique a, h poids égal, une valeur beaucoup plus grande que les albuminoïdes et les hydrates de carbone.
A l'aide de ces chiffres, il nous est facile de calculer ce qu'est, en calories, la ration d'entretien moyenne de l'homme adulte.
Albumine 100 gr. ^ 410 calories.
Graisse 50 — = 465 —
Hydrates de carbone 400 — = 1 640 —
Total =2 515 —
On peut admettre que la quantitc» de calories nécessaire à l'homme adulte, bien portant, varie, avec un travail modén'», de 2 500 ù 3 000 calories.
On a cherché à établir une relation entre le nombre de calories dépensées et le poids du corps, et à déterminer combien il convient d'attribuer de calories par kilogramme d'homme ; c'est en réalité déterminer la ration d'entretien de chaque kilogramme. La moyenne ndniise pour l'adulte bien portant vai'ie de 33 à 40 calories. Il n'y a là rien d'absolu naturellement, car un kilogramme de tissu musculaire au point de vue des dépenses, n'est nullement l'équivalent d'un kilogramme de graisse, la dépense des maigres est relativement plus forte que celle des obèses.
Les chiffres précédents, tout relatifs qu'ils soient, ont une grande utilité, car ils peuvent servir de terme de comparaison.
Nous donnerons plus loin des tableaux indiquant la composition chimique des aliments les plus usuels : il sera facile d'en déduira» leur valeur calorique.
Pour être scientifiquement exacte, l'estimation de la nutrition individuelle des malades exigerait l'analyse comparée de tous les ingestti et de tous les excréta; on saurait ainsi exactement s'il y a gain ou.
au contraire, déficit, et en quoi consiste ce déficit ou ce gain, s'il porte sur les substances azotées ou sur les substances non azotées. Malheureusement, cette recherche est absolument impossible dans la pratique.
Le plus souvent, le médecin devra se contenter de juger la situation d'après les deux seuls éléments suivants : les variations du poids du malade et Tétat général de ses forces. On ne saurait trop recommander de peser fréquemment les dyspeptiques, et c'est encore le meilleur moyen de savoir si Talimcntation donnée est suffisante ou insuffisante. L'analyse de l'urine par le dosage des produits de désassimilation azotée })eut aussi rendre des semces. On sera pleinement rassuré sur la nutrition d'un malade dont le poids augmente et qui élimine une quantité d'urée égale ou supérieure à la nonnale; on sera en droit de supposer que la quantité des aliments est suffisante, que leur élaboration digestive se fait bien, et que l'état de la nutrition générale est satisfaisant.
Ramener l'alimentation à un taux suffisant doit être le souci constant du médecin dans le traitement des maladies du tube digestif; toutefois, nous l'avons indiqué plus haut, il devra, dans ceriaines circonstances, diminuer sensiblement la ration d'entretien pour parer à un danger imminent : il pourra, par exemple, instituer systématiquement la diète hydrique, ou ne donner que des lavements alimentaires en sachant parfaitement que cette alimentation rectale est insuffisante pour couvrir les dépenses de l'oi^ganisme. L'insuffisance systématique, volontaire de l'alimentation devra en principe être passagère ; on devra revenir le plus rapidement possible à une alimentation suffisante en adaptant la quîmtité et la qualité des aliments à l'état de la digestion et de la nutrition.
Nous ne pouvons pas, dans ces considérations générales, indiquer comment la quantité et la qualité des aliments pourront être appropriées à la modalité de la dyspepsie ; nous donnerons plus loin à ce point de vue les indications nécessaires.
b. Donner une alimentation qui favorise le plus possible la conservation ou le 7'etoiir à la normale des fonctions motrices de testomac et de Fintestin,
Dans les chapitres précédents, nous avons insisté a plusieurs reprises sur l'importance considérable que présente Tintégi-ité des fonctions motrices du tube digestif. Lorsqu'il existe une viciationde la sécrétion gastrique soit en ])lus soit en moins, elle n'a guère de conséquence grave que si, en môme temj>s, l'évacuation du contenu stomacal ne s'effectue pas normalement, s'il va tendance à la stase. Si, au contraire», l'estomac se vide convenablement dans le duodénum, la com-
ÏIIERAPELTIOUE GENERALE 375
pensidion s'établit toutes les fois que le permet Tintégrité de rintestin et de ses glandes annexes. On a bien signalé (juelquefois une évacua- Uon hâtive de Testomac ; mais les cas dans lesquels cette évacuation hâf ive joue un rôle important dans le mécanisme des accidents dyspeptiques paraissent exceptionnels. En pratique, on a le plus souvent à compter avec la condition opposée, Tinsuffisance de la motricité de IVstomac et le retard apporté dans Tévacuation de son contenu.
Du côté de Tinstestin, la diminution de la motricité et le ralentissement dans le cheminement des matières ont aussi des conséquences regivttables. L'accumulation des substances fécales devient la cause de fermentations putrides exagérées, de phénomènes d'auto-intoxication et d'irritation du gros intestin qu'il convient de combaltiv et mieux encore d'éviter. L'exagération de la motricité a plus d'importance ici <|ue pour l'estomac ; c'est une cause de diarrhée, qui se lie souvent ù une exagération de la sécrétion.
En ce qui concerne l'estomac, la principale indication serait donc <réviter la stase, ou, tout au moins, la tendance à la stase. Pour cela <leux moyens se pivsentent ù l'esprit : exciter la motricité, ou diminuer le travail mécanique de l'estomac . L'excitation de la motricité s'obtiendrait sans doute en même temps que l'excitation de la sécrétion, parl'usiige d'aliments épicés, de boissons alcooliques, de liqueurs, etc. ; mais ce sont là des moyens dangereux dont l'homme civilisé n'a que trop tendance à abuser. Nous allons dire dans un instant, qu'il convient, au contraire en général, dans les états dyspeptiques, de restreindre ces irritations au minimum. Reste donc l'autre moven, diminuer et faciliter le travail mécanique exécuté par l'estomac.
Pour cela, il faut restreindre le volume des aliments ingérés, les rendre aussi nourrissants que possible sous la [)lus })etite masse. 11 convient donc d'éliminer la gangue rebelle à la digestion et de la diviser finement.
L'élimination de la gangue non utilisable par la digestion s'obtic^nt par des moyens différents. Quand il s'agit de la viande on })eut assez aisément écarter le tissu fibreux, les vaisseaux, les aj)onévroses et la graisse, qui ne se digère pas dans l'estomac. Cela ne se fait facilement et assez complètement que si on divise suffisiuninent la viande, en la hachant, en la grattant au couteau ou en employant les instruments spéciaux inventés pour cet usage.
La coction par rél)ullition dissocie certahies viandes jeunes, connue le poulet, le veau en transformant leur tissu cellulaire en gélatine ; elle dissocie également bien la chair des poissons maigres, tels que la plupart des poissons de mer plats.
La meilleure façon de diviser les aliments végétaux et d'éliminer
leur gangue rebelle à la digestion est de les réduire j\ ViHni de farine quand c'est possible, ou de leur faire subir une ébuUition prolongée et de les amener à l'état de purée. Il convient alois de les faire passer ù travers une passoire suffisamment fine.
Une ébuUition prolongée fait éclater les grains de fécule ou d'amidon, nouvel élément de dissociation, et leur fait subir une hydratation qui représente en somme le premier stade de leur digestion.
Lorsque les graines amylacées ont subi un commencement de germination, elles renferment un ferment de saccharific^tion, et une [vùriie de Famidon a été transformée en glucose ; leur utilisation dans le tube digestif devient donc d'autant plus facile. On trouve dans le commerce des farines maltées préparées d'après ce principe. Les aliments dépouillés de leur gangue indigeste, finement divisés, induits si possible, à l'état de poudre, sont beaucoup plus facilement impressionnés par les sucs digestifs qui peuvent les pénétrer profondément et les attaquer par une surface beaucoup plus large. Leur liquéfaction facilite beaucoup leur cheminement et leur absorption.
L'idéal serait de donner aux dyspeptiques une alimentation complètement liquide, mais à l'heure actuelle, il est impossible de constituer la ration d'entretien exclusivement à l'aide de substances liquides.
Le lait, souvent si utile, n'est que partiellement un aliment liquide, puisque sa caséine se coagule très rapidemeut après son arrivée dans Testomac. Il convient môme, surtout dans les cas d'hyperchlorhydrie de pi'endre garde que les caillots de la caséine ne soient pas trop volumineux et par conséquent difficilement attaqués par le suc gastrique.
c. Réduire au minimum rij^ritation due aux aliments. — Les aliments produisent dans l'estomac une excitation qui doit rester modérée. Trop considérable, elle devient une cause d'irritation séci'étoire, de douleur, de viciation de la motricité et même d'inflammation. Lorsqu'il y a déjà inflammation ou liypéresthésie, le contact des aliments devient une cause de douleurs quelquefois très intenses.
Les aliments peuvent produire sur la muqueuse digestive unt* irritation mécanique ou chimique.
L'irritation mécanique résulte surtout de leur mauvaise division d(^ ral)ondance d'éléments rebelles i\ la digestion, de particules, (1(* fragments durs, susceptibles de jouer le rôh* de véritalJes corps étrangei*s. On voit que cette irritation est diminuée par le fait d'une mastication suffisante, et l'emploi des moyens indiqués dans le paragraphe précédent.
L'irritation chimique d'origine alimentaire est directe ou indirecle. L'iiritation directe est due à la présence dans les aliments et les bois-
sons de produits tels que des acides, Talcool, le tannin etc. L'inîtation indirecte résulte des fermentations qui peuvent se produira au sein de la masse alimentaire sous rinfluence de la stase et donner naissance à des produits trùs variés, en particulier h des acides et à des substances toxiques.
Les mêmes causes, il est facile de s'en rendre compte, ne produisent pas la même action sur Testomac et sur l'intestin. En effet, la grande division des aliments, l'élimination de la gangue indigesti» favorisent le travail mécanique de Testomac, mais elles deviennent, au contraire, une cause d'excitation insuffisante de Fintestin, et, par conséquent, de constipation : la motricité de Fintestin est utilement excitée par la présence dans les aliments de détritus végétaux rebelles «\ la digestion comme les fibres de cellulose ci les cellules chargées de chlorophylle, comme les pellicules de son qui manquent dans le pain blanc et qui donnent au pain bis ses qualités laxatives.
II arrive souvent de cette façon qu'un régime alimentaire tivs utile au point de vue de la digestion gastrique devient une cause de constipation et par conséquent d'aggravation de la dyspepsie. D'autiv part, les moyens d'hygiène alimentaire propres h combattre la stagnation des matièr€*s fécales dans l'intestin deviennent souvent pour l'estomac une cause d'irritation telle qu'on est forcé d'y renoncer.
d. Réduire à leur minimum les fermentations gastro-intestinales et l'intoxication (Toriyine digestive. — Pour obtenir ce double résultat, il faut : a. restreindre au minimum l'introduction dans le tul)e digestif de germes de fermentation ou de putréfaction ;
^, restreindre au minimum l'introduction par les subtances alimentaîres de toxines déjà toutes formées en dehors de l'organisme;
y. combattre la stase des aliments en voie de digestion ou des résidus de la digestion.
a. Pour restreindre au minimum l'introduction dans le tube digestif de germes de fermentation ou de putréfaction, il faut donner des aliments aussi peu riches que possible en semblables germes. Les aliments seront donc frais, ils n'auront subi aucun commencement dt» décomposition, si possible. La coction intervient souvent heureusement pour détruii^e des germes (|ui eussent pu devenir dangereux dans l'estomac ou l'intestin.
C'est pour cette raison que le lait stérilisé a joui, jusque dans c(»s derniers temps, d'une vogue contre laquelle se sont manifestés des signes de réaction.
On n'oubliera pas que la principale cause des fermentations et des putréfactions dans le tube digestif, c'est la stagnation. On la combat, nous l'avons vu, entre autres moyens par la tîne division des ali-
menls qui permet aussi une action chimique plus active des sucs digestifs. Or on sait que le suc gastrique, grâce à son acide chlorhydrique, possède un pouvoir anti-fermentescible qui, pour n'avoir pas toute rétendue qu'on lui a attribué, n'en est pas moins réel.
Ne pas oublier que la bouche est un réservoir de microbes et qu'il est très utile de la nettoyer et de l'antiseptiser le mieux possible.
p. Les aliments, surtout les aliments azotés en voie de putréfaction, n'apportent pas seulement des germes, mais des produits toxiques déjà tout élaborés. 11 convient donc, pour cette raison, toutes les fois qu'il paraîtra convenable de restreindre l'intoxication d'origine gastrx)intestinale, d'écarter de l'alimentation les viandes en voie de putit> faction, le gibier faisandé, la charcuterie, les viandes de conserve, le poisson d'une fraîcheur douteuse, les fromages forts, etc.
y. La stase est une cause importîinte de fennentations anormales et de putréfactions ; on la combattra donc par tous les moyens jkkssibles et, en particulier, par la réglementation de l'alimentation. Nous avons indiqué plus haut quelques moyens utiles à ce [K>int de vue. Nous aurons l'occasion de revenir plus loin sur cette indication.
Nous nous bornerons pour le moment à ces considératioiis générales sur le régime alimentaire des dyspeptiques ; chemin faisant nous donnerons des indications plus détaillées sur le régime qui convient plus particulièrement aux divers syndromes dyspeptiques.
ALIMENTATION RECTALE
Actuellement l'îilimentation i*ectale tient une place importante dans la thérapeutique des maladies de l'estomac et il convient de lui consacrer une étude particulière. On y a recours diuis des conditions différentes. 11 existe, par exemple, un rétrécissement marqué de rœsoi)hage, les aliments ne |)euvent plus pénétivr dans Testomac; ou encore il v a un rétrécissement du pvlore et les substances alimentaires ne peuvent plus passer en quantité suilisaute de l'estoniac dans l'intestin, on a tout naturellement recoui*s à 1 alimentation rectale. L'estomac pi'ésente une vive iiritation, les aliments ingérés jirovoquent de vives douleui's, des vomissements immédiats, il y a un ulcère simj)le, cause de doulcui>i ou d'Iiémorrhagie, une gastrite suraiguO : il est tout naturellement indiqué de suspendre momentanément ringeslion des aliments dans Testoinac, de façon à laisser à rirrilation de la muqueuse le temps de s(» calmer, aux lésions le temps de s'nméliorer et d'entrer en voie d(» guérison. Il convient donc de savoir ce (pi'on j)eut attendre de l'alimentation rectale, com-
THÈRAPEUTIOUE GÉNÉRALE 379
ment on doit Tinstituer, pendant combien de temps on peut la maintenir.
L'idée de nourrir les malades par la voie rectale est déjù ancienne. E31e i^emonte à Régnier de Graaf. Toutefois, il voyait de sérieuses objections à cette façon de faire, il se demandait si les substances injectées seraient absorbées, si elles ne se putrifîeraient pas au contact des matières fécales accumulées dans le gros intestin , et si elles conserveraient encore des propriétés nutritives.
Il y a trente ans \'oit et Bauer ont démontré que le rectum était i-éellemcnl capable d'absorber des sublances alimentaires liquides, et les lavements alimentaires ont été expérimentalement tHudiés par une série d'auteurs. Depuis, ils sont entrés dans la pratique ; leur emploi dans certaines conditions rend de très grands services.
Démonstration de l^ absorption par le gros intestin, — L'emploi des lavements alimentaires ne serait pas justifié si le rectum et le gros intestin ne possédaient pas la faculté d'absorber l'eau et les substances nutritives qu'elle peut tenir en solution ou en suspension. A l'état physiologique, le gros intestin ne joue certiiinement qu'un l'Ole infime dans l'absorption alimentaire, ce qui semble tenir surtout il ce que celte absorption s'est faite déjà très largement dans l'inlestin grêle. Une chienne, à laquelle Filippi avait réséqué i^.OO d'intestin grôle, et qui n'avait plus que 23 centimètres d'intestin, a pu survivre, et même mener une grossesse à bien. Les substances iizotées et les hydrates de cai'bone étaient absorbés en pro})Oi'tion normale, mais les matières fécales renfennaient une quantité de graisse exagérée.
L'absorption des matières alimentaires injectées dans le gros intestin se fait moins bien; mais elle se fait cependant dans des pro- |>ortions notables. Voit et Bauer laissaient un chitn à jeun [)endant quelques jours, jusqu'à ce qu'il se fût établi une excrétion régulière d'urée, à ce moment ils administraient des lavements avec de l'albumine, de l'œuf, des pe])tones, ou du suc de \iande. Leube, apivs avoir rais un homme à une alimentation mixte exactement déterminée supprimait les substances albuminoïdes dans les aliments donnés par la bouclie et les remplaçait par des albuminoïdes introduits en lavement. D'autres auteurs, Huber, |)ar exemple, après avoir mis leurs sujets en équilibre nutritif ont donné des lavements alimentaires l'enfermant une quantité détenninée de substances albuminoïdes ; ils ont ensuite recherché combien il y avait d'azote dans l'urine et dans les matières fécales, de façon à savoir combien d'azote des lavements avait été absorbé. Des recherches analogues ont été faites pai' Ewald, Munk, Gatillon, etc.
De ces expériences il résulte que le gros intestin peut absorl)or une notable proportion des substances albuminoïdes introduites parla voie rectale. Dans les recherches de Huber qui paraissent avoir été tix\s bien conduites, cette absorption s'est élevée de 25 à 35 p. 100 jK)ur Tazote des œufs crus, environ à 70 p. 100 pour Tazote des œufs additionnés de chlorure de sodium et à près de 75 p. 100 pour Tazote des œufs peptonisés avec de la pepsine et de THCl.
Un point fort intéressant, nettement démontré par Grutzner est à retenir : c'est que l'absorption de Talbumine de l'œuf se fait dans d(*s proportions beaucoup plus considérables lorsqu'on ajoute aux la\ t^ ments une certaine quantité de chlorure de sodium.
L'absorption des hydrates de carbone se ferait aussi dans des proportions relativement étendues, ainsi que l'ont démontré Voit et Bauer. L'amidon serait tout d'abord transfonné en glucose. La diarrhée apparaît lorsque la proportion du sucre contenu dans l'intestin atteint 20 p. 100. Le lactose serait d'après Aldor, la substance la première absorbée lorsqu'on injecte du lait dans le gros intestin.
Les graisses sont beaucoup moins facilement absorbées que les albuminoïdes. Cette absorption est notaljlement plus considérable avec de la graisse émulsionnée qu'avec de la graisse liquide, de l'huile en nature par exemple.
Si l'expérimentation a démontré qu'il peut se faire par le gros intestin une absorption relativement considérable de substances alimentaires, elle a démontré aussi que l'alimentation rectale ne peut être com[)lètement substituée à l'alimentation buccale. Elle |>eul fournir un appoint à l'alimentation, elle peut combler le déficit d'une alimentation insuffisante, elle peut, en cas déjeune complet, ralentir la dénutrition, elle ne peut pas suffire pour couvrir les dépenses nutritives de l'organisme. Réduite à ce rôle secondaire, l'alimentation rectale peut cependant encore rendre de signalés services.
Amaigrissement des malades soumis à r alimentation exclusive^ ment rectale. — 11 est très intéressant de rechercher ce que devient le poids des malades soumis à l'îdimentation exclusivement rectale, et de comparer leur perte de poids à celle des sujets soumis au jeûne» absolu.
Les recherches faites sur des individus sains soumis à un jeûne absolu, mais buvant de l'eau à volonté ; ont montré qu'après une perle de |)oids rapide pendant les [)remiei*s jours, l'amaigrissement quotidien devient ensuite moins considérable. Les dépenses tendent à se restreindre, il semble que la vie se réduise à un taux minimum d'échanges organiques. C'est ainsi que» Cetti dans un jeûne de dix jours dans le laboratoire de Senator a perdu 100 grammes en moyenne
|>ondani les cinq premiers jours et 390 grammes seulement pendant les cinq autres. Merlatti pendant un jeûne de cinquante jours a perdu quolidiennement 520 grammes les cinq premiers jours, et 320 grammes seulement les vingt jours suivants.
Comme le fait remarquer J. Ch. Roux, il est curieux qu'on n'ait pas [)esé d'une façon plus régulière les malades soumis à l'alimentation rectale, qu'on n'ait pas plus souvent enregistré d'une façon méthodique les variations quotidiennes de leur poids. Les renseignements i-elalifs à l'amaigrissement des malades dans ces conditions sont relativement peu nombreux dans la littérature médicale.
Dans une série de cas, l'amaigrissement a été fort peu retardé. Des malades cités par Gros recevaient chaque jour six lavements alimentaires com[)Osés de plusieurs jaunes d'œuf délayés dans du bouillon ou du lait salé. Ils ont perdu en général de 300 h 500 grammes par jour, et, comme les jeûneurs, davantage dans les cinq ou six premiers jours que dans les jours suivants.
Dans une autre série, au contraire, des malades ont vu leur amaigrissement fortement diminué sous l'influence des lavements alimentaires. Quelquefois môme, ils ont dépassé le poids qu'ils présentaient au moment où l'alimentation rectale a été instituée. D'où vient cette contradiction ? J. Ch. Roux qui a fait cette remarque l'explique par la déperdition d'eau qu'avaient auparavant subi les malades.
Les jeûneurs, dont il a été question plus haut, ne mangeaient pas, mais ils buvaient de l'eau, sans cela ils n'eussent pu supporter une privation d'aliments aussi prolongée. Fleischer a supprimé complètement la boisson h des chiens auxquels il donnait une alimentation solide des plus riches. En trois jours, ces animaux étaient réduits à un état de maigreur et d'abattement considérables; il suffisait de leur donner à boire pour les voir reprendre rapidement du poids et de la vigueur.
Il en est de môme pour les malades déshydratés par une longue privation de boisson en vertu, par exemple, d'un rétrécissement très marqué du pylore. 11 suffit d'introduire de l'eau dans leur organisme, pour leur faire regagner rapidement une partie du poids qu'ils ont perdu.
Chez les malades qui n'ont pas été déshydratés auparavant, il semble donc que l'amaigrissement se produise ù peu près de la môme façon que chez les individus qui ne reçoivent rien autre chose que de l'eau; fhez ceux qui ont été incapables de résorber une quantité d'eau suffisante depuis long^em|)s déjà, les lavements alimentaires leur font rapidement regagner du poids, ou tout au moins enmyent Tamaigrisîsement en leur fournissant une certaine quantité d'eau (J. Ch. Roux).
382 TUAITÈ DES MALAtlIES IIE 1,'ESTOMAC ET IIE LINTESTIN
Nous Binons on pffet que la chose la plus ui-geiili- c'psI do (uuraîi aux inaoîlii^s In quanlilt^ d'enu snns laquelle l-i vie ne peiH se nininli*" nir; les liivoments aliaicntjiires se bomeraieuUils A cpla (juo knir ul' lit»' SLT.iil déjiV très prundr. II ivsulk^ des expr-nenoes |ilivstoIi>gîqucs qu'on pst en droit de leur deiimiidei' davantage »■( de les reiKlr-e di une certaine mesure nutritifs.
.Vous allons dire maintenant comment il eonvieni de riiin|>i>si'i d'adminislrcr les laveinenl-salinienliûivs.