TRAITEMENT DES VOMISSEMENTS
Du traitement des vomissements il a été]question déjà dans les chapitres précédents, il en sera encore question ultérieurement, à propos de la gastrite, de l'ulc^ère, du cancer ; cependant il nous paraît utile de résumer rapidement ici les principes de la thérapeutique de ce phénomène, et d'en faire une étude d'ensemble. L'occasion nous sera ainsi donnée d'exposer certaines indications et de faire connaître certaines fonnules qui n'ont pas ti'ouvé ailleurs l'occasion de se produire.
Nous n'aurons pas ù nous occuper maintenant des vomissements de .simg, un chapitre devant être consacré plus loin au traitement des hémorrhagies gastro-intestinales.
Nous avons, dans notre étude séméiologique, divisé les vomissements de la façon suivante :
Vomissements naiisétMix.
— douloureux.
— caractéristiques do la stase <2^astri(iuc.
— nerveux.
— pituiteux.
Reprenons cette division au point de vue de la thérapeutique. Vomissements nauséeux, — Les vomissements nauséeux sont le phis souvent des vomissements dus à des ph<''nomènes d'une intoxica-
tioii produite soit par Tingestion ou la formation de toxines en excès dans le tube digestif, et surtout dans Tintestin, soit par le défaut de leur élimination par les reins. Le type des vomissements nauséeux se trouve réalisé d'une part dans l'indigestion stomacale ou Tembarras gastrique, et, dans Turémie, surtout Turéinie chronique, qui peut tn\ l)ien exister sans qu'il y ait d'albumine dans Turine.
C'est au vomissement nauséeux de la première variété, c'est-à-dire au vomissement par indigestion ou par embarras gastrique que se rapporte surtout le traitement classique du vomissement. Un certain nombre des moyens que nous allons indiquer peuvent du i*este être employés dans d'autres variétés de vomissements : on appréciera leur indication dans ch.aque cas particulier.
\j indication pathogéniqtie est de supprimer ou tout au moins de restreindre dans la mesure du possible les phénomènes d'hétérointoxication alimentaire et d'auto-intoxication d'origine gastro-intestinale. Nous renverrons à ce propos à ce qui sera dit plus loin de l'antisepsie gastro-intestinale.
Vindicaiion symptomatique est de produire au niveau de la muqueuse stomacale une action calmante ou révulsive légère, qui arrête le réflexe vomitif, ou qui agisse indirectement sur le centre bulbaire du vomissement. Les moyens employés pour obtenir ce résultat sont nombreux et variés.
La glace a été souvent employée avec succès. 11 vaut mieux faire avaler de petits morceaux de glace comme on avale des pilules que d'en faire sucer des fragments plus volumineux qui fondent seulement dans la bouche. On pourra donner aussi des boissons glacées.
En outre des boissons glacées signalons aussi les boissons acidulées ; les limonades'gazeuses, le Champagne. 11 est actuellem(*nt focile grâce à rem[)loi des ovules métalliques d'acidiî carbonique de gazéifier instantanément les boissons les plus variées.
La classique potion de Rivière agit en amenant le développement et la. mise en liberté de l'acide carbonique dans l'estomac lui-même ; il est des cas dans lesquels elle réussit mieux que les autres moyens.
L'eau chloroformé(», le menthol donnent souv(»nt d'excellents résullais ; nous avons indiqué leur mode d'administration plus haut à propos du traitement de la douleur.
Vomissements' douloureux. — Certains vomissements sont évidemment subordonnés à la douleur, soit (jue l'irritabilité de la muqueuse» stomacale amène parallèlement la douleur et le vomissement, comme dans l'ulcère rond sans sténose pylorique, soit que la douleur et le vomissement soicMit la consé(juenre simultanée de l'excitation des centres cérébro-spinaux, comme dans les crises gavstriques du labes.
Dans le premier cas, riiidicaiion est avant tout d'avoir recours aux calmants locaux, directs de Testomac : dans le second, de calmer le svstème nerveux central.
Nous avons indiqué plus haut la médication de la douleur gastrique, nous n y reviendrons pas. Dans les crises gastriques tal)étiques, les injections de morphine représentent le moyen le plus efficace ; il a le grave inconvénient d'exposer les malades à la morphinomanie.
Vomissements caractéristiques de la stase gastrique. — Ici le vomissement est plutôt un acte utile que nuisible puisqu'il amène révacuation du contenu stagnant de Testomac et que la stase est la cause de tout le mal. Malheuœusement, les vomissements nVnacuent jamais complètement Testomac, et cette évacuation incomplète n'est souvent obtenue qu'au prix de grands malaises et d'efforts très pénibles. L'emploi de la sonde fournit le moyen de vider l'estomac beaucoup plus complètement, avec beaucoup moins de peuie pour le malade. Gomme c'est avant tout la stase qu'il convient de faire disparaître, il en i*ésulte que la gîistro-entérostoinie peut dans certains cas être le meilleur mode de traitement du vomissement.
La pathogénie du vomissement de stase n'est pas purement mécani<juc ; il n'y a pas seulement rejet du contenu de l'estomac par trop plein. Il y a aussi irritation de la muqueuse, production exagért'e de toxines d'origine gastro-intestinale, et enfin, les différents individus (mt un système nerveux plus ou moins irritable ; on comprend donc qu'on pourra être amené pour faire disparaître les vomissements dans les cas de stase de s'adresser à un élément autre que la stase ellemême.
Dans certains cas d'irritabilité très grande de l'estomac, les phénomènes douloureux, la fréquence des vomissements, pourront, en cîts de vomissements douloureux ou de vomissement^s par stase, amener à supprimer momentanément toute ingestion des aliments par la bouche et à instituer momentanément Y alimentation rectale.
Vomissements nerveux, — Les vomissements nerveux peuvent être subdivisés en plusieurs variétés : les vomissements consécutifs à quelques lésions de l'axe céi'ébro-spinal, comme une tumeur cérébrale, les méningo-encéphalites chroniques, les vomissements hystériques dont le mécanisme est complexe, les vomissements réflexes comme ceux par exemple qu'on peut rencontrer avec des péritonites partielles ou des ptôses viscérales. Nous n'aurons pas à nous occuper ici des vomissements hystériques, le traitement de l'hysléiie gastrique devant être exposée dans un chapitre particulier. Nous ne nous occuperons en dehors de tout élément psychique, que du vomissement qui reconnaît en somme pour cause principale Texcitation réflexe du centrt»
biilj)aire du vomissement et rexcitabilité exagénV do ee oeiitn».
La glace, les boissons gla(»ées et gazeuses, la potion de Rivière, Teau chloroformée, Teau bromoformée, le menthol peuvent être employés ici encore. On pourra utiliser la révulsion sous ses différentes formes ; sinapismes et vésicatoires au creux épigastricjue, pulvérisations d'éther et de chlorure de méthyle, électrisation, et particulîèn> ment électrisation statique avec dégagement d'étincelles au crt^ux épigafitrique, ou faradisation révulsive comme dans le traitement de la douleur. On a aussi conseillé en cas semblable Télectrisation du pneumogastrique t\ la région cervicale ; cette méthode paraît avoir donné de lx)ns résultats surtout dans le traitement des vomissements incoercibles de Thvstérie et de la grossesse.
Ici et plus encore que dans le traitement des autres variétés du vomissement, il est indiqué d'atténuer par des calmants généraux Texcitabilité excessive du centre bulbaire du vomissement» Suivant les cas, on aura recours aux suppositoires opiacés, aux lavements laudanisés, aux injections hypodermiques de morphine, à Tusage interne de la morphine, de la cocaïne, du valérianate d'ammoniaque, des bromures, etc.
Vomissements pituiteux. — Y a-t-il lieu de traiter directement les vomissements pituiteux ? Il ne nous le semble pas. Les vomisst»ments pituiteux ne sont en effet que la conséquence banale d'une irriUition de l'estomac de cause assez variable. C'est donc h l'état dyspeplique lui-même qu'il faut s'attaquer. Les vomissements pituiteux indiquent seulement que l'excitabilité et l'excitation de l'estomac sont assez fortement accusées et qu'il y a lieu d'apjx)rter A cet élément une attention particulière.