TRAITEMENT DES CRISES GASTRIQUES
Comme type de la crise gastri(jue, nous prendnjns la crise gastrique iabétique; tout ce que nous pourrons dire de son traitement pourra s'appli(juer au traitement des îuitres crises gastriques quelle qu'en soit l'origine.
La pi'emière indication est de réduire au minimum l'irritation de la nuupieuse stomacale et du système nervt^ux. Si cela nt» suffit pas — et c(»la ne suffira pas dans la majorité des cas, — il faudra avoir l'ecours aux calmants directs de l'estomac et aux calmants généraux du système nc^rvcnix.
Les malades seront mis au repos, on cherchtM*a A huir éviter le plus
possible tout espèce d'émotùjn. Le séjour au lit sera préférable ; il est indispensable lorsque les ptôses abdominales paraissent être la cause directe ou indirecte du paroxysme gastralg^quc.
Le moyen le plus radical de supprimer les causes d'irritation de la muqueuse gastrique est de supprimer complètement Tingestion des aliments et des médicaments et, en particulier, des iodures et des bromures auxquels les tabétiques sont souvent soumis. Les malades pourront être d'emblée mis à Talimentation rectale, ou tout au moins on leur donnera en petits lavements espacés une certaine quantité d'eau; cela devient indispensable lorsque les vomissements sont absolument incoercibles, qu'il ne pénètre plus assez de liquide dans la circulation ])ar la voie stomacale, que les urines tendent à se supprimer et la tonsion artérielle h s'abaisser beaucoup sous l'influence de la diminution du volume du sang. On donnera seulement une petite quantité d'eau pure, par cuillerées, pour combattre la soif qui tourmente ces malades. Dans le même but. on pourra leur faii'e sucer de petits morceaux de glace. L'expérience nous a montré qu'en supprimant complètement l'alimentation buccale, on diminuait quel(juefois de beaucoup la durée et l'intensité des crises.
On sait du reste que, pendant les crises de quelijue intensité, les vomissements sont tellenu^nt répétés que l'alimentation par la voie stomacale se trouve complèlemens suspendue; au contraire les malades perdent par les vomissements une notable quantité de liquide, ce qui tend encore à les déshydrater plus rapidement, 11 est donc parfaitement inutile qu'ils essaient d'ingérer des aliments qu'ils ne pourraient garder.
Si les malades refusent de se soumettre à l'alimentaticm rectîile, il conviendra de ne leur lais km* prendre (jue des substances li(juides de Teau, des infusions cliaudes, du bouillon, du lait couj)é d'eau de Vichv ou de Vais.
Comme calmants directs de la muqueuse stomacal(\ on aura Accours au sous-nitrate de bismuth à haute dose, et i\ tous les calmants par lesquels on combat habituellement h»s douleurs gastralgiques, particulièrement à l'opium, hi morphine, la codéine, l'i^xtrait gras de cannabis indica. ha morphine et l'extrait gras de cannabis indica nous ont surtout paru utiles. On pourra donner des lavements laudanisés. Dans un grand nombre de cas, on est obligé d'avoir recours aux injections hypodermiques de morpliine. 11 n'y a qu'elles qui a iennent à l)out de certiûnes crises, ou tout au moins qui leur apporte une réelle atténuation. Malheureusement on doit hésiter à y avoir l'ecours à cause de la facilité avec laquelle les tabiHicpies qui ont des crises gastriques deviennent morphinojnanes. Leurs crises tdoi's, au lieu d'être
espacées, tendent à devenir quotidiennes, et la somme totale de leurs souffrances beaucoup plus considérable.
Le sous-nitrate de bismuth à haute dose comme il a été indiqué donne parfois de très bons msultats. On l'administrera le plus rapidt»ment possible au début de la crise, et son emploi peut très bien se combiner h celui de lalimcntation rectale.
On sait que les crises gastriques cessent avec une très grande brusquerie ; d'une heure fl l'autre, le malade ne souffre plus, ne vomit plus, il peut supporter une alimentation solide, copieuse et variée. A partir de ce moment le traitement de la crise devient complètement inutile ; toutefois certaines précautions prophylactiques pourront éloigner 1(* retour de crises semblables.
Prophylaxie des crises gastriques, — Une hygiène convenable peut dans une certaine mesure diminuer la fréquence et Tintensité des crises gastriques, même chez les tabétiques. 11 en est de même de l'abus des médicaments irritants, suivant la remarque très juste d<* Hayem. Les crises gastriques se montrent de piV*féi*ence dans la période préataxique du tabès, souvent chez des syphilitiques. Dans ces conditions, on juge utile de les soumettre à un traitement spécifique éner^que ; on leur donne de Tiodure de potassium et des prt paratioiis mercurielles à haute dose. D'autres fois encore, on les gorge de bn)mures alcalins. L'usage de ces médicaments rend beaucoup plus fréquent le retour des crises gastriques. Il suffit de lessuppiîmer pour voir immédiatement les crises devenir beaucoup plus rares. Si donc on veut instituer le traitement antisyphilitique chez ces malades, c'est aux frictions mercurielles et aux méthodes hypodei7niqu(\s qu'il conviendra d'avoir recours de préférence.
Pour une raison analogue, il faudra soumettre les malades î\ un régime alimentaire duquel seront exclues toutes les ii*i*itations inutiles. On se basera pour cela sur les principes exposés d'autre part. Tous ces faits sont étudiés avec détail dans la thèse de mon ancien interne, le D' Jean Ch. Roux.
Lorsque Thyperchlorhydrie préexiste aux crises tabétiques, la né- C(\ssité d'un régime alimentaire peu irritant, est plus urgente encore. L'observation clinique nous a amené à penser qu(» les crises gastriques sont particulièrement rapprochées et graves chez les hypeiv.hlorhydriqucs, et nous croyons qu'un traitement approprié de l'hy^erchlorhydrie , et surtout l'établissement d'un régime convenable, peuvent les rendre plus rares, et môme en diminuer l'intensité.
Les ptôses abdominales seront traitéc*s par les moyens convenables ; (»llcs peuvent, par elles seules, provoquer des paroxysmes de dyspepsii» douloureuse» qui rappellent beiuicoup l(»s véritables crises gastricpies.