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TRAITEMENT DE LA COLITE MUCO-MEMBRANEUSE

Considérations générales. — Sur les notions de pathologie et de pathogénie précédemment exposét^s, on peut baser un traitement logique, et nous oserons dire, souvent efficace de la colite mucomembraneuse.

Nous avons appiis que, dans la colite muco-membraneuse, il y a trois éléments symptomatiques prépondérants : la constipation, l'évacuation de muco-membranes et la douleur. Nous savons que le nei*vosisme joue souvent un rôle important dans la genèse et l'aggravation de la maladie. L'étude histologique et chimique des membranes nous a montré qu'il s'agit d'une hypersécrétion de mucus avec desquamation exagéi^ée de l'épithélium de revêtement du colon, et que ces membranes renferment une quantité énorme de microbes.

De ces notions découlent immédiatement certaines grandes indications thérapeutiques qu'on peut considérer comme fondamentales :

1" Combattre la constipation;

2^ Faire l'antisepsie du gros intestin ;

3** Combattre l'inflammation mucogène de la muqueuse coliqu<s

1° Combattre les phénomènes douloureux;

.*)• Diminuer, le nervosisme général.

Les notions acquises sur le mécanisme de ces phénomènes nous aideront beaucoup dans le choix des moyt»ns théivipeutiques destinés h les combattre.

1" Combattre la constipation, — Dans un chapitre antérieur nous avons exposé les principes généraux du traitement de la constipation; il ne peut-être question, naturellement, de reproduire ici les développements dans lesquels nous sommes entré à ce sujet, mais seulement d'ex|)oser quels sont les moyens qu'il convient le mieux d'employer

lorsque la constipation est compliquée de colite muco-membrîuieuse.

Il faut ne pas oublier la tendance du côlon à un mode particulier d'inflanunation calarrhale, mucinogène, sa tendance h rhyperesthésie et à la contracture. On devra donc, en principe éviter tous les moyens susceptibles d'augmenter cette irritation.

Boas et von Xoorden ont défendu cette idée qu'il fallait avant tout chercher à faiœ disparaître la constipation par un régime alimentaire convenable. Von Noorden dit avoir obtenu de ti'ès bons résultats d'une alimentation végétale riche en résidus rebelles à la digestion, et d'une grande quantité de graisse sous forme de lard ou de beurre.

Nous pensons en principe qu'il est excellent de combattre la constipation par les moyens hygiéniques et, en j)articulier, par un régime alimentaire convenable dans lequel les fruits et les légumes tiennent une assez lai'ge place. Toutefois, une alimentation végétale un peu grossière n'est pas également bien tolérée pour tous les malades. Beaucoup d'entre eux ne sup[)orient que les légumes et les fruits cuits réduits en purée ou en marmelade. Les légumes verts, les fiiiits crus déterminent des coliques, des crises douloureuses intenses. 11 faut aussi tenir compte de l'état de Teslomac ot de sa tolérance. C est ainsi que certains malades ne su[)portent pas le [)ain de Graham, ou lo pain dit naturel.

Des moyens très simj)les peuvent, dans certains cas d'une intensité moyenne, ou à la fin d'une période de crise, donner des résultats inattendus. Xous avons vu récemment une malade obtenir des selles régulières, quotidiennes en prenant simplement un verre d'eau froide le matin à jeun et guérir de sa colite muco-membraneuse, momentanément tout au moins. Dans ces conditions, on pourra aussi avoir recours avec avantage aux applications froides et au massage de l'nbdomen. Le massage ne doit pas être employé quand il existe une hyperesthésie marquée de l'intestin et un degré accentué de contmcture.

Dans un certain nombre de cas, on est bien forcé d'avoir recours aux purgatifs et aux lavements. Le laxotif que nous préférons, dans ces conditions, c'est l'huile de ricin dont nous donnons le plus souvent une cuillerée à café le matin h jeun quel(|ues minutes avant le premier déjeuner. En général, nous alternons r(*m|)loi de l'huile de ricin et des grands lavements; un jour l'un, un jour l'autre.

Nous employons quelquefois aussi, mais moins volontiers, la poudre de cascara, la poudï'e de r('»glisse composée, un mélange i\ parties égal(\s de crème de tarti*e, de magnésie et de soufre précipité.

La belladone est (|uel(|uefois très utile; elle combat la contracture du colon, et calme son liypc^vslhésie.

Les gninds lavages du ciMon nous paraissent fort utiles dans le traitement de la colite muco-membraneuse. Ils doivent être donnés avec un bock à injection, ou mieux encore un litre muni d'un vide-bouteille, le malades étant dans la situation horizontale. On emploiera, suivant les cas, suivant la tolérance du malade, de 1 à 2 litres d'eau bouillie à 40-42", et additionnée quelquefois d'une petite quantité d'une substance antiseptique ou modificatrice de la muqueuse; nous reviendrons plus loin sur ce point.

Les grands lavages du c6lon sont utiles de plusieurs façons : ils agissent comme lavemcuits évacuateurs; pris à fîiible pression, ils pénètrent très loin dans Tintestin sans exciter sa contractilité d'une façon exagéive; ils produisent un véritable lavage de la muqueuse, sur laquelle ils exercent une action calmante par leur température. On jxîut ceriainement affirmer que le lavage est le meilleur moyen d'amener l'expulsion des microbes et des substances toxiques; il représente la meilleure des manœuvres antiseptiques pour le côlon.

Lorsqu'il y a contractuie de l'intestin sous forme de corde, l'injection d'eau chaude à faible {)ression, fiûte lentement, contribue certainement h détendre l'intestin et à faire cesser le spasme. Il n'en est pas de même lorsque l'injection est faite trop vite, à une pression trop éle^'ée. Il tend alors, comme nous l'avons démontré plus haut pai* un exemple probant, à se produire un spasme du colon qui peut se généraliser et amener môme dans les cas extrêmes, des accidents d'obstruction.

La constipation s[)asmodique est précisément l'indication donnée par Fleiner pour les grands lavements d'huile. .Nous n'en avons pas toujours obtenu un résultat aussi bon que le promettait leur auteur. On peut (ce procédé donne souvent de bons résultats) faire prendre le soir un petit lavement d'huile qui sera gardé toute la nuit, et donner le lendemain un lavage du cohm ou studement un assez grand lavement.

2^ Antisepsie du gros intesùn, — Nous avons déjà parlé des grands lavages ; nous faisons souvent ajouter à l'eau bouilhe, ou à la décoction de racine de guimauve, 6 à 10 grammes de biborate de souile, ou bien 2 à 4 grammes de salicylate de soude piu* litre. Nous considérons l'eau boricjuée saturée et l'eau naphtolée comme irritiuites, et, à ce titre, dangereuses. Nous ne croyons pas (|u'ily ait utilité à se servir des autres antiseptiques qui ont été conseillés.

Dans certains cas de fausse diarrhét», nous conseillons l'usage répété des purgatifs salins ou de vérit^ihles cures avec une eau laxalive. Dans ces conditions, une cure à (^hi\tel-Guyon, à Marienbad ou dans quelque station similiiire siérait parfaitement indiquée.

3*" Combattre l inflammation mucinogène, — La njeilleure façon

de la combattre, c'est d'en supprimer la cause principale, la constipation et la stase des matières fécales, du mucus, des membranes et des innombrables microbes qu'ils renferment : nous en avons déjà indiqué les moyens. On écartera aussi de l'alimentation tout ce qui pourrait être irritant pour la muqueuse : les é|)ices, les boissons alcooliques, les mets fermentes, et aussi, dans un grand nombre de cas, les résidus alimentaires rebelles à la. digestion. Nous ne reviendrons pas sur ces dernières substances dont il a été question déjà à propos du traitement hygiénique de la constipation.

On a cherché à produire sur la muqueuse une action directement curative, en portant à son contact des substances modificatrices. 11 a été question plus haut du biborate et du salicylate de soude, que nous avons considérés surtout comme des substances antiseptiques. On a employé encore le chlorure de sodium en solution à 5 ou 7 p. 1000, l'eau de Carlsbad, l'ichthyol, le nitrate d'argent, le tannin, le sousnitrate de bismuth, etc.

L'ichthyol a été, à notre connaissance, employé par Bourget <le Lausanne, et par Blondel. iVous nous en sommes servi à leur exemple, et en avons obtenu de bons résultats. Nous conseillons d'employer une solution mère d'ichthyolate neutre d'ammoniaque au cinquième et d'en mettre une à trois cuillerées à bouche par litre d'eau bouillie.

Le nitrate d'argent peut être utile d'une façon passagèi'e lorsqu'il existe des phénomènes dysentériformes ; nous employons dans ce cas des solutions de 0,20 à 0,30 p. 1000. Nous n'avons jamais jugé opportun d'aller au delà de ces doses qu'on a parfois dépassées.

4° Combattre les phénomènes douloureux, — Les grandes injectiont chaudes y réussissent souvent très bien ; cependant, elles sont quelquefois mal supportées par des personnes nerveuses dont l'intestin est contracture et hypen^sthésié. Souvent, il est nécessaire d'agir directement sur l'élément douleur. Les apphcations chaudes, les gmnds bains sont souvent très utiles dans ce sens ; ils ne sont pas toujours suffisants, et il faut avoir recours à la belladone, à la codéine ou môme, dans certains cas rebelles, à la morphine. Les préparations belladonéc\s. non seulement ne provoquent pas la constipation mais môme exercent une action laxative ; on leur a attribué \i\ propriété très précieuse dans l'espèce de faire disparaître le spasme de l'intt^stin.

La cure de Plombières, loi'Sfprelle est mené(» avec modération, lorsque les injections sont faites lentement à faible [)ression, exerce une action calmante des plus utiles. Si elle est mal conduite, si on y abuse des douches ascendantes, elle [)eut être plus nuisible qu'utile,

5° Diminuer s'il y a lieu de nervosisme (jénéraL — Les formes gra^•es de la côlitti muco-nieml)raneus(» s(» rencontrent surtout chex des

nerveux, et il est certain que la névropathie générale tend à exagérer les accidents coliques.

L'hydrothérapie chaude, grands bains répétés, douches chaudes, quelquefois l'hydrothérapie froide sont souvent très utiles à ce point de vue.

Comme médication, nous nous servons de préférence du valérianate d'ammoniaque, moins volontiers des bromures qui sont souvent mal supportés par Testomac.

Il nous reste maintenant à indiquer quel doit être le traitement des principales formes cliniques de la colite muco-membraneuse.

Formes légères. — Les formes légères bénignes sont celles dans lesquelles la constipation ne s'accompagne que du rejet habituel d'une (juantité minime de mucus et de pellicules ou de très petites membranes mucineuses, ou encore, celles dans lesquelles il ne se produit qu'à des périodes très éloignées des débâcles passagères de colite muco-membraneuse. Dans ces conditions, le traitement pourra être à peu près exclusivement celui de la constipation simple. C'est alors (|u'on pourra voir assez souvent la colite muco-membraneuse disparaître complètement sous Tintluence d'un régime plus richement végétarien, de l'usage de quelques laxatifs légers, du massage de l'abdomen.

Au moment des poussées de colite muco-membraneuse, on aura recours au lavage du côlon par les moyens indiqués précédemment.

En somme, ces formes légères sont surtout une menace pour l'avenir et l'indice qu'il convient de ne pas négliger la constipation, de ne pas l'abandonner à elle-même, et, d'une fa^on générale, d'observer une hygiène meilleure du tube digestif, surtout s'il s'agit d'un sujet nerveux, plus particulièrement encore d'une femme atteinte de ptôses abdominales.

Formes communes. — Dans la forme commune, le syndrome est au complet : constipation, rejet de muco-membranes, crises douloureuses. La colite muco-membraneuse n'existe pas en permanence, d'une façon absolument continue, mais elle se montre par périodes assez longues, durant plusieurs semaines, se reproduisant plusieurs fois par an. Les phénomènes, sans avoir l'intensité (ju'ils atteignent dans la forme gmve douloureuse, sont ce[)endant déjà accentués, surtout au moment de certains pai'oxysmes.

Ici il ne suffit plus de ne s'occuper que de la constipation, comme dans la forme précédente, il faut traiter directement la colite et avoir recours d'une façon suivie aux grands lavages de l'intestin. Dans ces conditions, nous instituons le traitement que nous considéi'ons en (|uek[ue sorte comme normal : régime alimentaire sévère dont sont

♦exclus les aliments fortement épicés *)U faisandés, les mets grossieis laissant des résidus indigestes volumineux et mécani(juement irritants ; tous les deux jours alternativement, iiuile de ricin à petites doses et grands lavages de l'intestin à faible pression, applications chaudes sur Tabdomen, grands bains fréquents.

En cas de crises douloureuses plus accentuées, un peu rebelles, usage momentané de la codéine ou de la belladone.

En cas de débAcles diarrhéi(jues répétées ou de fausst»s diarrhées, de congestion durable du foie, [>etites cures d'eau minérale iaxative,

A ces cîis surtout, s'ils sont sur la limite des formels douloureuses, si les crises paroxystiqu(»s ont réellement tendance h devenir pénibles, si elles se prolongent, conviennent les cures annuelles A Plombières. En cas de tendance aux débAcles diarrhéiques, i\ la fausse diarrhée persistante, aux [)Oussées fébriles répétées conviendrait mieux une cure d'eaux laxatives, et en France plus pai'ticuliùi'ement, uiie cure ù Chàtel-Guyon.

Formes graves douloureuses, — Dans les formes douloureus^îs, graves, qui sont des formes continues, ou i\ rechutes incessantes el pi'olongées, la gravité des acîcidents parait due dans une certain*» mesui^» à l'intensité du processus coli(]ue, mais surtout au nervosisme général, et, souvent aussi à l'exislence d(» ploses abdominales.

On insistera, dans c(\s conditions, sur les movens calmants locaux (4 généraux, ap[)lications chaudes répétées sur l'abdomen, grands bains fré(|U(»nts et sufiîsamm(»nt prolongés ; belladone, codéine, valériimate d'ammonia(|ue, plus rarement bromures alcalins.

Souvent, les niîiladt^s, très découragés, auront besoin d'être remontés moralement, on sera même quelcpiefois obligé de les changer de milieu, et même, dans certains cas. d'instituer un véritable isolemenl.

L'hydrothérapie chaud<* ou fi'oide pourra rendre de très grands services pour le traitement de l'état général de névropathie.

Les ptôses viscérales sont fréquentes dans ces conditions ; elles vont souvent avec la contracture douloureuse .du ccMon, l'endolorissement général de l'aljdomen. Dans ces conditions, il ne faut pas hésiter, pour connnencer le traitement, à condamner Ips malades ù un séjour absolu au lit de cjuinze i\ vingt jours. Pendant ce t(»mps, on fera des a})plications chaudes, répétées, sur le ventre, on fera prendre de grands bains chauds, un donnera de la belladone. On fera d(» grands lav.'iges de l'intestin, très lentement, à faible prtvssion. de fa(,'on ù les faire sup- |)orter le mieux possible. On ne permettra aux malades de se lever (|ue lors(|ue l'endolorissement de l'abdomtMi aui*a sensiblement diminué, et on ne [)ermelti*a de le faire (jue l'alKlomen maintenu avec une bonne ceinlure ou un corset ceinture.

Ces cas sont souvent désolants par leur intensité et leur ténacité. Le nervosisme prend alors un grand développement ; ces malades, qui sont surtout des femmes, doivent être traités comme de grands nerveux.

TRAITEMENT DE l'hYSTÉRIE GASTRO-INTESTINALE

Les recherches modernes ont démontré que la suggestion elVautosuggestion jouaient un rôle ccmsidérable dans la genèse et la localisation des déterminations symptomatiques de Thystérie. Par contre, la suggestion est un élément de traitement extrêmement important et souvent très efficace ; elle est, en somme, sous les différentes formes qu'elle peut revêtir, la base de la thérapeutique de cette névrose. Cela reste vrai loi'scpi'il s'agit de Thystérie gastro-intt\stinale.

La suggestion peut être mise en œuvre de façons tivs différentes. Vax confiance du malade dans le médecin en est un facteur important. Ici plus encore que dans les autres maladies, il importe que le médecin inspire une pleine confiance, et qu'il ait une grande autorité morale /sur le malade.

Si cette autorité est réelle et la plasticité psychique du névrosé suffisante, l'affirmation énergique que les accidenti» observés sont purement nerveux et de nature à guérir spontanément peut suffire pour les faire disparaîti^e. 11 suffira quelquefois d'ordonner de ne plus vomir, de ne plus souffrir pour que les douleui's et les vomiîsisements disparaissent.

Dans d'autres cas, la suggestion se sert comme intermédiaire d'un agent thérapeutique. La foi profonde dans certains médicaments, dans certaines manœuvres thérapeutiques : hydi*othérapie, électricité, massage, etc., est quelquefois la raison principale de leur efficacité. Il en est de même de l'action bienfaisante des cures dans telle ou telle station thermale.

De même encore pour les médicaments proprement dits. 11 faut chercher à inspirer aux névrosés la confiance la plus entière dans leur action. On sait quelle est quelquefois l'action vérital)lement miraculeuse produite par des pilules de mie de pain ou par d'autres substances tout aussi indifférentes lorsqu'on a su entourer leur administration de la mise en scène nécessaire.

On a guéri des hystériques d'accidents variés, de vomissements incoercibles entre autres en leur faisant prendre des pilules d'extrait de pissenlit, en ayant soin de leur prési^nter ce produit comme extrêineraent actif, et même dangereux s'il est manié imprudemment. Des

cachets de bleu de méthylène amènent une coloration verte de Turine ; cette circonstance frappe vivement les malades, et on peut quelquefois tirer parti de leur étonnement pour amener la guérison d accidents névropathiques variés. Il est inutile de multiplier ces exemples.

On peut souvent par ces moyens ou par des moyens analogues obtenir d'excellents résultats dans le traitement de Thystérie gasti-ointestinale.

Ils ne réussissent pas toujours ; il est des malades sur lesquels ils n'ont pas prise, et des milieux dans lesquels leur emploi est impossible.

La suggestion' dans quelques cas pourra être faite avec succès dans V hypnose provoquée; mais il n'est pas toujours sans danger de la provoquer, certains malades y sont rebelles, et, enfin, la suggestion échoue quelquefois dans ces conditions.

Isolement. Séquestration médicale. — Il nous reste à parler d'un moyen des plus importants, de celui qui certainement a donné le plus de succès dans les cas graves, nous voulons parler de l'isolement des malades, de leur séquestration médicale.

Souvent le milieu dans lequel vivent des malades qui présentent des accidents graves d'hystérie gastro-intestinale, tels que l'anoroxic*. les vomissements incoercibles, est tout à fait contraire à leur guérison. Les personnes qui les entourent contribuent inconsciemment à perpétuer les accidents, les unes en rudoyant les malades, les autres, au contraire, en s'attendrissant sur leur triste sort. Qu'on se reporte î\ la descri[)tion donnée plus haut d'après Lasègue de l'anorexie hystérique et l'on saisira mieux l'influence néfaste de l'entourage. D'autn» part, l'habitation môme rappelle aux malades un long passé de souffrances.

On comprend dès lors quel intérêt considérable il y a à soustrain* les malades à ce milieu. On leur a, en vertu de ces considérations, appliqué avec grande raison et avec beaucoup de succès le traitement conseillé par W'eir-Mitchell aux femmes neurasthéniques, on les a médicalement séquestrés. Charcot a plus que tout autre contribué h faire entrer ce traitement dans la pratique courante.

Les malades sont emmenés hors de leur famille dans une maison médicale: sanatorium, maison d'hydrothérapie, peu importe. L'essentiel est de les soustraire au milieu dans lequel ils vivent habituellement de les séparer complètement des personnes qui les entouraient.

A partir de ce moment, toute communication avec leurs parents et leui>> amis leur est interdite, ils ne voient plus <|ue le médecin et les gardes chargés de les surveiller* et de les soigner. On leur interdit

même de recevoir ou d'écrire des lettres. Les gardes doivent èti'e choisis avec soin ; ils doivent avoir de la fermeté sans rudesse, ils doivent être les collaborateurs du médecin et l'aider à inspirer aux malades la confiance la plus entière dans leur guérison. Autant que possible ils seront intelligents, de caractère enjoué, capal)les de cause»»avec les malades, de leur faire la lecture, etc.

Dans ce milieu nouveau, la tâche du médecin devient beaucoup plus facile. Les conditions sont bien meilleures pour qu'il impose son autorité aux malades, pour qu'il les amène à souhaiter leur guérison, à y croire, à y collaborer.

Les mahides ne sont pas c(mfinés dans leur chambre pendant toute la durée de la cure. Plus ou moins rapidement, on leur permet de descendre, de se promener dans le jardin de l'établissement. Ils mangent à la table commune, etc. Au bout de quelque temps, ils peuvent sortir sous la surveillance de leui's gardiens, seuls même quelquefois lorsqu'ils sont convenablement disciplinés (*t qu'on n'a à craindre de leur part aucune infraction au régime et à la rt'gle.

Ce traitement moral, cette véritable rééducation psychique, pendant laquelle se reconstitue la volonté pervertie ou abolie, n'empêche nullement d'avoir recours suivant les indications h d'autres agejïts thérapeutiques : hydrothérapie, électricité, massage, et même médicaments.

Le médecin devra agir sur ces malades d'une fayon ditîérente : il usem plus ou moins de l'autorité'» ou de la persuasion suivant les cas. 11 fera bien de chercher à leur faire comprendre qu'il s'agit d'une maladie sans lésion ; il leur décrira le mécanisme des accidents qu'ils présentent de fa(,*on à leur en faire saisir la guérison possible. Il vhorchera à leur donner une confiance absolue dans cette guérison. L'isolement ainsi compris et pratiqué donne d'excellents résultats ; il est particulièrement indiqué dans les cas de spasme de l'œsophage, d'anorexie, de vomissements incoercibles lorsque la vie du malade se trouve mise en danger par le fait de l'inanition progressive.

L'isolement médical ne s'aj)plique pas qu'aux seuls hystériques, il est aussi indiqué chez certains dyspeptiques neurasthéniques, et, plus particulièrement encoi'e, chez ceux qui ont tendance à s'aliment*»r insuffisamment.

Xous venons de dire (|uelle part considérable on doit donner à la suggestion dans le traitement de l'hystérie gastro-intestinale, nous allons maintenant passer rapidement en revue ses [)rincipales fomuîs cliniques, et dire les indications thérapeuti(|ues qui correspondent plus particulièrement à chacune d'elles.

Spasme de l'œsophage. — Le passage de la sonde élastique suffit

498 TRAITE DKS MALADiES DE L'ESTOMAC ET DE L INTESTIN

quelquefois pour franchir le rétrécissement causé par le spasme de Tœsophage ; mais, plus souvent encore» la pression que Ton peut obtenir avec c(ît instrument est trop faible ; la sonde se replie sans pouvoir passer outre et Ton est obligé de se servir d'un cathéter plus rigide. Le dilatateur à boule est souvent employé dans ces conditions. mais nous lui pi'éférons les sondes œsophagienn(»s du ly Ynurigaro. dont nous nous servons habituellement [)our l'exploration et pour In dilatation de Tœsophage en cxks de rétrécissement de ce conduit.

Gomme médicaments en cas semblable on a employé toute la série des antispasmodicjues. donnés directement ou en lavements. Sans nier leur utilité possible, nous pensons qu'ils ne \ iennent qu'en secon<lr ligne après k» cathétérivsme et la suggestion. Certains cas exigent risolement médical.

Anorexie hystérique, — L'anorexie hystériques est paj' excellence Taffection hystérique qui réclame Tisolement. 11 convit^ndra de Téliiblir le plus rapidement possible, avant que Tinsufiisance de Talimentation ait trop gravement compinimis la santé des malades. Dans certains cas, on aura recours au gavage.

Vomissements. — Les vomiss(»ments hystériques sont (|ueh|uefois d'une guérison facile ; d'autres fois, au contraire, ils sont extrômt*ment rebelles. Souvent ils se combinent à l'anorexie ; les malades s*» rcîfusent à manger de [)eur de» vomir. Les cas les plus graxes sont ceux dans les(|uels les douhnirs précèdent et accompagnt»nt les vomissements.

Les malades ser'ont soumis à un ré»gime plus o«i moins sévèri? suivant les cas, le régime lacté exclusif dans les plus graves. Toutefois, on n'oubliera pas que, par un<» bizarivrie ass<*z ftvcpiente chez c(*t ordre de malades, des aliments lourds et indigestes s<mt quelquefois iieaucoup mieux supjx)rtés que des aliments légi*rs. On tiendra compte des susceptibihtés individueH(\s sans cepcMidant céder sans raison à des caprices injustifiables.

Dans les cas légers, on peut obtenir (piehjuefois la guéris4«i par des moyens très simples, tels (|ue l'eau chloroformée saturét». quelques gouttes d'éther, ou, encore, grôee à une dose élevée de sugge.stion. par d(»s médicaments parfaitement indifférents.

Nous avons obtenu de bons résiiltîds de la faradisation au pinceau de la paroi abdominale dans la l'égion épigîistri(jue ; on peut lîniployer également l'éli^trisation des pneuniogastriques, comme* dans le> vomissements incoercibles de la gn)ss<vssi', les inhalations d'o.xygi'Mie. Teau oxygénée. G. Ballet a pivconisé le gavage.

Du reste, des méthodes tr*ès variées, avant donné des succès enin' les mains de certains praticiens ont échoué dans d'autres cas.

THERAPEUTIQUE GÉ1SÉRALE DES MALADIES 499

Heureusement, on le sait, les malades ne vomissent souvent que partiellement les aliments ingérés, ce qui explique la façon dont ils survivent à des périodes prolongées de vomissements répétés.

Dans les cas graves, en présence d'une diminution considérable du volume de Turine et de la quantité de Turée, il ûiudra isoler les malades ; c'est en(x>re le moyen le meilleur d'obtenir leur guérison.

Gastralgie. — Tous les moyens thérapeutiques usités contre les phénomènes douloureux de l'estomac et les crises gastriques sont de mise ici. Ils éclKHieront assez souvent. 11 conviendra de n'avoir recours que de la façon la plus modérée aux calmants toxiques dans le traitement. On n'usera des injections hypodermiques qu'avec beaucoup de n'iserve, les malades ayant une grande tendance à verser dans la morphinomanie. On recourra à la suggestion toujours, sous toutes ses formes, et à l'isolement dans les cas graves.

COMPOSmON DES PRINCIPAUX ALIMEKTS D APRES LES TABLES DE KOENiti

Nous donnons ici la composition chimique des principales substances alimentaires d'après les tad)les de Kœuig. Si l'on se souvient que 1 gramme d'albumine et 1 gramme d'hydrate de carbone peuvf^nt fournir en moyeiine 4 calories, 1 et 1 gramme de graisse 9 calories, 3, il sera facile, en prenant ces chiffres comme point de départ, de calculer en calories la valeur d'une ration ahmentaire dans laquelle ils figurent.

Viande (sans os).

SubsLaoces Graisse,

azolée».

Viande de bœuf très grasse 46,75 W.^

— moyennement grasse. . . . 20,96 5,41

— maigre »>;70 1,74

Veau gras 1«,88 7,41

— maiijre 19,86 0,82

Rognons de veau 22.13 3,77

Foie de veau 17,66 . 2,39

Mouton très gras 16.62 28.61

— moyennement gras 17,11 5,77

Rognons de mouton lt>,56 3,33

Porc gras 14,54 37,34

— maigre 20,-25 6,81

Rognons de porc 18,14 6,69

Foie de porc 18,65 5,66

Cheval (viande) 21,71 2,55

oOO TRAITE DES MALADIES DE L*ESTOMAC ET DE L'IiNTESTiN

Poissons a.) Poissons gras.

Substances Graisse, azotées.

Saumon 21,60 12,72

Anguille de rivières 12,83 28,37

Anguille de mer 18,46 9,09

Hareng 14,55 9,03

Maquereau 19,36 8,08

Ablette 16,81 8,13

Barbue 18,53 5,16

b.) Poissons maigres.

Brochet 18,42 0,53

Morue 16,93 0,26

Cabillaud 16,23 0,33

Perche 18,53 0,70

Sole 18,71 1,93

Carpe 21,86 1,09

Raie 19,51 0,91

Truite 19,18 2,10

Esturgeon 18,00 1,90

Coquillages et crustacées,

Huitres 9,04 2,04

Homard frais 14,49 1,84

Cuisses de grenouilles 16,00 0,46

Gibier.

Lièvre (chair). 23,34 1,13

Lapin gras 21,47 9,76

Chevreuil 19,77 1,92

Poulet maigre 19,72 1,42

— gras 18,49 9,34

Jeune coq maigre 23,32 3,15

Dindon (chair) assez gras 24,70 8,ri0

Canard sauvage 22,65 3,11

Pigeon (chair) 22,14 1,00

Viandes de conserve.

Jambon fumé 24,74 36,43

Langue 15,33 15,14

Lait et dérivés.

Substances azotées.

Lait de vache 3,55

— de chèvre 4,29

Graisse.

Substances noo azotées.

Substances . Graisse. Substances

azotées. non azotées.

Lait de brebis 6,52 6,86 4,91

— d'ànesse 2,22 1,64 5,99

Crème 3,76 22,66 4,23

Beurre de vache 0,74 84,39 0,62

Fromage à la crème 18,84 40,71 1,02

Fromage gras i'5,35 30,25 1,43

— demi-gras 29,67 23,92 1,79

~ maigre 34,06 11,65 3,42

Lait de beurre 4,03 1,09 4,04

Petit lait vache 1,86 0,32 4,79

— chèvre 0,62 0,11 4,88

— brebis 2,13 0,25 5,07

Céréales et légumineuses. — Analyse de la substance naturelle

Blé 12,04

Seigle 10,81

Orge 9,66

Avoine 10,66

Mais 9,45

Riz cuit 6,73

Pois 23,15

Lentilles 25,94

Haricots 23,66

Farines .

Farine de blé fine 10,21

— grosse 12,06

— de Graham 11,70

— de seigle 11,57

— de riz 6,91

— de haricots 23,19

— de pois 25,20

— de lentilles 25,46

Nouilles, macaroni 9,02

Tapioca 5,31

Pain de blé fin 7,06

— — gros 6,15

Biscuit de blé 8,55

Pain de seigle 6,11

Racines ,

Pommes de terre 2,08

Topinambour 1,76

Chou-navet t,54

Betterave 1,27

Carottes 1,23

50â TRAITE DBS MALADIES DE L^ESTOJf AC ET DE LTNTESTIN '

Légumes.

Substances axolées.

Petits radis 1,23

S'aisifis 1,04

Oignons 1,68

Cornichons 1,1S

Melon 1,00

Asperges 1,79

Pois (non mûrs) 6,35

Fèves 5,43

Chou-fleur 2,48

Chou blanc 3,99

— de Bruxelles 4,83

Kpinards 3,4t>

Laitue 1,41

Romaine 1,26

Œitfs, — Les œufs tiennent une si large place dans Talinientation des gastro et entéropalhes qiie nous devons donner quelques indications sur leur composition et leur valeur nutritive.

Un œuf de poule pèse un peu plus de 50 grammes ; il renferme environ le I/IO"" de son poids de substances albuminoïdes et autant de graisse. Celle-ci est exclusivement contenue dans le jaune.

Un œuf de poule a une valeur approximative de 70 calories. Pour fournir à la ration calorique d'un adulte vigoureux il faudrait donc plus de 40 œufs par jour !

Graisse.

SubsUnevs

non Biotées

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