CHAPITRE II
GASTRITKS
Pendant lougiemps, la gastrite a été admise simplement d'après l'as- [lect macroscopique de la muqueuse stomacale à Tautopsie ; Tinsuffisanc-e de cet examen fait dans ces conditions a été la cause de p^ves eiTCurs d'appréciation et de doi*tiine.
En effet, la muqueuse gastrique subit rapidement la décomposition cadavérique et rauto-digestion, et il est extrêmement difficile et mèmt^ le plus souvent impossible sous les modifications survenues après la mort de reconnaître les lésions qui existiiient rc?ellement sur le vivant. La muqueuse se ramollit après la mort, surtout en été, lorsque restoniac renfeiTiie une certaine quantité de li(|uide acide ; des sugillations se produisent le long des vaisseaux; par le lavage ou un grattage léger, on enlève de la surface de l'estomac une couche transparente d'aspect muqueux, qui résulte surtout de la desc{uamation et de lii fonte par auto-digestion des couches superficielles de la muqueuse. Quelquefois celle-ci se trouve détruite dans presque toute son épaisseur. l^endant longtemps on a décrit comme une lésion véritable, comme un ramollissement survenu sur le vivant des modifications purement cadavériques. Comment, dans ces conditions, reconnaître ce qui pouvait dépendre réellement de la gastrite ? Toutes les afTirm:\tions étaient |)ermiâes, le contrôle im[>ossible. Il eut fallu [xnivoir examiner Testomac immédiatement après le décès.
Ainsi s'explique la coexistence de tliéori(\s aussi nettement opposées, les unes expliquant par un simple ti-ouble fonctionnel ce que les autres attribuaient à une lésion inflammatoire de la muqueuse. On devait étit» amené à la premièi*e d(» ces conceptions par l'étude clinique de la dyspepsie, à la seconde par Tapparence de lésion su|K*riicielle, catarrhale que doime si souvent la décom[)Ositi()n cadavt»rique à la muqueuse stomacale.
Lorsqu'<Mi voulut se servir du micix>scope pour trancher la question (MI litige, on se trouva en présence de difficulU^s tout aussi grandes La loi ne permettant de faire les autopsies (ju'au moins vingt-quatre heures après la moH, la muqueuse gastrique avait toujoui^ subi des
altérations cadavériques plus ou moins avancées. Sa pai'tie supeHicielle avait complètement disparu, les cellules persistantes avaieni subi des altérations dont il était bien difficile d'évaluer Timportance.
On pouvait ceilainemenl, surtout dansla {)rofond(»ur dt» la membrane, reconnaître Texistence de lésions interstitielles, la raréfaction des glandes, leur dilatation kystique, la transformation muqueuse» de leuî*s éléments épithéliaux; il était impossible d'aller plus loin et de reconnaître les dégénérescences parenchymateuses des élém(*nts glandulaires. C'est pourquoi Tintervention du microscope n'a pas pu faire cesser d'emblée la querelle» pendante entre les partisans de la d ysepsie d'origine purement fonctionnelle et les partisans de la gastrite cause» unique et suffisante de la dysp(»psie. Dans ces dernières années s(»ulement, l'examen de la muqueuse stomacales ayant été fait avec une» teîchnique meilleure, nos connaissances sur le»s lésions histe)logiques ont pu devenir plus précises et plus éte»ndues. On a lavé la ca\ilé de l'estomac immédiatement après le de'»ce*s, on y a injecté des Iicpnde»s fixateurs et antiseptiques; em s'est servi de» réactifs colorants nemveaux. L'intervention chirurgicale a aussi j)e»rmis assez souAcnt de» recueillir des morceaux d'estomac directement sur le» vivant.
Les plus importantes de ce« recherches e>nt e'»té faites depuis que»lejues années par Hay<^m et ses élèves; nous le'ui's de»vons de\s notie)ns [)lus exactes. Toutefois, bien que plus étenelue»s. nejs ce)nnaissances se» heurtent toujoui's h la nu^me difficulté : à une certaine limite il <»st encore impossible à l'heure actuelle» de siive)ir el'une façon indise»utiiblc», si les modifications cjue présente le pare»nchyme cellulaire sont de^s lésions in vivo ou des altérations /)057 mortem. Il semble en effet que» les altérations auto-digestives et cadavériques des,celluleîs glandulaire^s de l'estomac marchent a\ec une très grande rapidité, et qu'il e\st extrêmement difficile, sinon impossible ele les e»mpécher complètement lorsque les fragments i\ examiner ne sont pas dire»ctement emprunti»s «\ l'estomac vivant. Et e^nceire dans ces derniers cas les morceaux plongés dans les liquides fixateurs eloivent-ils être très petit^^. Autn» elifficulté : les cellules glandulaire»s de re»stomac subissenil certainement eles modifications appréciables au microscope', suivant qu'e»lles sont î^ l'étal de repos e)u ele sécrétion. 11 impe)rterait donc de se mettre e^gnlement ù l'abri de toute confusion re'\sultant de ce»s variations physiejlogie|ues.
On comprend, e»n pre'»sence de ce»s elifliculle's si graneie»s, qu'il re\ste» encore une ass(»z grande incertitude» sur la fréquence, l'eHendue et l'iniporiance physiologique des lésions ele gastrite parenchymateuse.