‹ Traité des maladies de l'estomac et de l'intestinChapitre 89 sur 184 · GLANDULAIRE · texte numérisé non relu

GLANDULAIRE

a. Gastrite chronique avec hypergenèse des éléments de sécrétion glandulaire. — C'est la forme que Hayem dénomme G. parcnchymateuse hyperplastique ou encore G. hy[)orpeptique en prenant pour point de repère le fonctionnement exagéré de la sécrétion gastrique 11 serait plus juste de dire, pour exprimer la même idée : Gastrite hyperchlorhydrique ou hyperchlorhydro-peptique. Ce qui caractérise cette lésion de Testomaf*, c'est Fhyperplasie des éléments de sécivtion chlorhydro-peptique.

Le plus hal)ituellement, l'estomac est augmenté d(» volume, plus ou moins dilaté. La muqueuse est épaissie, S(\s saillies naturelles, ses sillons et ses mamelons sont fortement accentués ; dans certains cas même, les saillies allongées sont si [)rononcées (|ue leur aspect rapp<^lle celui des circonvolutions cérébrales.

L'examen hislologique confirme cet épaississenient de la muqueuse et démontre qu'il est causé par l'augmentîition de volume des glandes sécrétantes qui sont à la fois plus longues et plus larges que nonna-

leinent. Trop longues pour occuper une direction exactement perpendiculaire à celle de la muqueuse dits be conlournent et se replient surtout dans leur paKie profonde de telle h(,on que la coupe les rencontre obbqucmtnt ou transvei salement L aspect général peut être alors celui d un polyndénome

PÎR. 18. — Coupe de la mu(|uuuse slomarula représontée <luns la Sif. 17. montrant .1 un faible groas Use ment l't']iai9si?soriiijnl de la niui|u<iU!C il l'alluDgcment des '

l^landos. ,

Les faits où ce développement des tubes glandulaires est aussi prononcé sont toutefois rclalivement rares, et, le [)Ius souvent, les tul»es ptu^isscnt simplement plus dé\'clop[«^s qu'à Tétat normal.

350 TItAITÉ DES MALADIES DE LESTOHAC ET DE L'INTESTIN

Les cellules de sécrétion chlorhydro-peptiques sont plus noinbi-cuscs et plus grosses qu'A 1 elat i>liysîologique lors{[u' elles n'ont encore subi aucune atfophie, aucune régression.

L'accroissement de nombre et raiigmcnlalïon de volume des cellules bordantifi est surtout cai icttiistique c tst elle qu on rcncontn liabituclli ment mais I h\|>Gr|ilasii d apies Hi^em peut porter ans*-! i \elu^i\emtnt ou presque e\rlusivtmenl sur les cellules pnncqialest

Lorsqu on e\auime ii un fuble grossisisement une cou(>e ài. la muqueuse stomacale tolorte pni 1 hem itov\ but, et li*osme on est

Jiuk» pnni I al «

immednttmenl fiappt jmr li iiombic et It \oluim dos lellules bor (l!iiit( s qui sont surtout nombrt us( s dins la inoiliL un K ta rs superfi- < ici des glandi-' immtdinlemtnt ^u dessous du retiécisMinent qui constitue leur goulot Llks forment deux lignes as.MZ diiises le long des pirois du tube ghndulaire qu elles soulèvent çr et lA Elli s sont moins nombreuses dans les parties prafondes

OiielqiK fois bs cellules di bordure paraissent augm(ntti- dt nonibie suis iMii augmenltes de \olume quelquefois au eontrain augmenifcs de \oIuinc miis non multiplk«s On } rencontre ça et l\ deu\ 1 1 nrenuiit ti Jis no\ iu\ et plus quelqui fois d s v montre des vacuoles.

11 est très diflicili' d'avoir des jiii'fcs sur lesquelles les cellules principales n'aient subi aucune atteinte par le fait de l'aulo-digestioii qu

de la putivfaction. Lorsque la pièce n'a pas été recueillie assez rapidomenl après la mort et que des précautions suffisantes n'ont pas été prises pour leur conservation, leurs contours ont le plus souvent disparu, on n'aperçoit plus qu'une masse grisAtre et granuleuse dans les intervalles laissés par les cellules bordantes. Celle-ci sont beaucoup plus nettes et beaucoup plus colorées, avec un certain nombre de noyaux plus petits et plus armndis. C'est cet aspect qui avait fait penser à Korczinski et à Jaworski qu'il devait y avoir digestion des cellules principales par les cellules bordantes, ce qui est vrai dans un grand nombre des cas du reste, mais s'CvSt produit après la mort.

Diaprés Hayem, les cellules piîncipales peuvent être seules le siège de rhv|)erplasie qui ne porte nullement sur les cellules bordantes.

Un fait très curieux signalé [)Our la prvmièi'c fois par Hayem, c'est que riiypei'plasie de la gastrite hyperclilorhydropeptique ne reste pas lirnit«'»(» ù la région peplique, mais qu'elle envahit la région pylorique elle-même. Dans la forme de gastrite hyperchlorhydropeptique pure que nous avons actuellement en vue, il n'y aurait pas de lésions de la charpente conjonctive interglandulaire; mais il faut bien savoir (ju*il s'agit la d'une rareté très grande. On peut bit^n assez souvent sur Testomac de malades qui ont succombé à un ulcère rond, par exemple, rencontrer des zones plus ou moins larges sur lesquelles il n y a pas de lésion interstitielle et seulement hyperplasie des élémentii de sécrétion chlorhydro-peptique, mais sur d'autres points, la dégénérescence de la muqueuse est déjà accentuée et les lésions interstitielles très prononcées. On peut supposer, sans pouvoir le démontrer du reste, qu'à un moment donné, il y avait uniquement un semblable hypergenèse sur toute l'étendue de la muqueuse.

Où commence la gastrite, où cesse le développement exagéré un organe dont les fonctions ont été par des excitations répétées et excessives amenées à leur maxhnum de développement physiologique ? 11 est impossible de le décider. En jugera-t-on par la multiplication des noyaux et par Tétat du processus de karyokynèse ? Mais ici encore, il faudrait pouvoir, ce qui n'est guère facile, déterminer la limite de l'état normal.

Dans ces conditions, le meilleur signe de l'hiflammation c'est encore la présence de lésions interstitielles.

b. Gastrite avec hypergenèse des éléments de sécrétion glandu^ iaires et lésions interstitielles» — Cette combinaison est extrêmement fréquente ; on la rencontre, en particulier, d'une façon commune à l'examen de l'estomac dans tous les cas où le malade a succombé à des accidents d'ulcère rond avec syndrome de Reichmann. Les lésions interstitielles sont d'autant plus accentuées que la maladie

a duré plus longtemps. Les îlots au niveau desquels elles tendent à prédominer et à s'accompagner de la destruction ou de la dégénérescence des tubes glandulaires sont de plus en plus nombreux, de plus en plus étendus, ils tendent à se rejoindre, et la gastrite toute entière tend à devenir une gastrite atrophique avec suppression anatomique et physiologique des éléments de sécrétion glandulaire. Les tubes s'amoindrissent, finissent par disparaître en grand nombre, et, ù la l)hase terminale, on ne trouve plus qu'un nombre restreint de tubes tapissés d'épithélium cylindrique dont un nombre plus ou moins grand ont subi la dégénérescence muqueuse.

Xous décrirons plus loin ces lésions interstitielles, peu denses au début, puis de plus en plus compactes, en foyers de plus en plus raj)prochés; elles n'ont rien de caractéristique pour la gastrite avec hy- {)ergenése des éléments de sécrétion glandulaire.

Mentionnons pour terminer la dilatiition des vaisseaux des espaces interglandulaires et l'épaississement de la musculaire sous-muqueuse. Souvent il y a également hypertrophie des minces travées de fibres musculaires lisses qui s'élèvent entre les tubes glandulain^s. On peut y voir un indice de la tendance à l'hypertrophie totale de l'appareil glandulaire.

B, — Gastrite chronique avec prédominance des lésions atrophiques

Nous avons subdivisé cette classe de gastrite chronique en trois variétés secondaires d'après l'importance plus ou moins grande des lésions atrophiques de rap|)areil de sécrétion glandulaire, l'absence^ ou l'existence d'ulcérations,

a. Gastrite chronique avec atrophie prédominante mais incomplète des éléments de sécrétion chlorhi/dropeptique, — Entre les deux degrés extrêmes représentés d'une part par la gastrite avec hypergenèse des éléments ghmdulaires et hypersécrétion chlorhy- (h-ique et la gastrFle avec (hvstructioii totale ou |)res(|ue totale de la muqueuse (*l diminution très grande» et même supjïression complète (le la sécrétion gastrique normale, tous les intermédiaires peuv(»nl se rencontrer, on ne saurait tro|) y insister.

La dégénérescence parenchymateuse des éléments cellulaires el la gastrite interstitielle peuvent y intervenir dans une proportion diffé»rent(»; mais il convient avant tout de ne pas oublier que ces lésions ne procèdent pas uniformément sur toute l'étendue de la muqueuses, mais par îlots plus ou moins éti'ndus. 11 est frécjuent (|u'on puisse, suivant les régions, trouver dans le mèm(» estomac, par l'examen his-

GASTRITES CHRONIQUES oo3

lologique, des échanlillons des différentes lésions que nous avons étudiées au début de ce chapitre à propos de la pathologie générale des gastrites. Le suc gastrique dont le chiniisme sert à diagnostiquer Texistence, la nature et Tétendue des lésions, est donc en réalité constitué, le plus souvent, par le mélange du produit de la sécrétion dllots de muqueuse d'une structure anatomo-pathologique très difféix*nte.

Les lésions interstitielles précédemment décrites, jouent toujours un rôle plus ou moins important dans les gastrites chroniques.

Description macroscopique, — C'est aux formes anatomiques que nous avons actuellement en vue que correspondent le plus grand nombre des faits de gastrite chronique : c'est donc à eux que s'appliquerait la description classique de la gastrite chronique admise d'après la simple inspection macroscopique.

L'estomac atteint de gastrite chronique a été décrit le plus souvent comme dilaté, quelquefois comme rétracté. Dans le premier cas, les parois sont en général plus ou moins amincies; dans le second, au contraire, elles peuvent être notablement é[)aissies. Il est à croire que les faits dans lesquels il y avait rétraction, diminution du volume, de l'estomac et épaississement des parois doivent en réalité être rapportés à la linite plastique.

Ce sont les modifications de la muqueuse qui ont surtout attiré l'attention. Tantôt elle a été trouvée amincie, tantôt épaissie. Les zùnes amincies sont souvent pâles, décolorées, et lisses. A leur niveau, les plis et les mamelons de la muqueuse tendent à disparaître. En dehors de ces points, la muqueuse, d'épaisseur normale ou même augmentée présente souvent une coloration ardoisée. Sa surface est souvent revêtue d'une couche de mucus j)lus ou moins é{)ais et adhérent.

La muqueuse épaissie est quelquefois parsemée de saillies exagérées, mamelonnée ; mais cet aspect appartient plutôt aux formes dans lesquelles il y a hypertrophie de l'appareil de sécrétion glandulaire.

Des saillies veloutées ou véritablement papillaires sinon polypeuses peuvent résulter de l'hypertrophie des éperons interglandulaires.

L'existence du ramollissement et de l'auto-digestion cadavériques fait qu'on ne doit apporter qu'une importance tout à fait secondaire à l'aspect macroscopique de la muqueuse et à sa résistance bien que des lésions marquées d'atrophie ou d'hypertrophie puissent souvent être soupçonnées de par le seul examen macroscopi(|ue, avant tout examen histologique.

Description histologique. — On rem-oiiti-e à la fois des it-sioiis intcrsliliellcs ol des lésions |)urenchymalcuscs.

Lésions interstitielles. — Diins les formes subniguCs de la gastrite, on observe surtout une abondante infiltration des espaces interglandulaires par des ôlômciits embryonnaires représentés par des leucocytes migratt>urs ou par des cellules fixes du tissu conjonclif en voie de prolifération. Il se forme des amas et des nappes embryonnaires plus ou moins denses. Dans la prafondeur de la muqueuse, au voisinage de la musculaii-e sous-muqueuse, se trouvent des amas arrondis qui paraissent bien «Mr-e des corpuscules lynijiiioïdes endammés.

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! itefoi des an is cnil 1 bits si ti oi 1 1 nt 1 1 1 ns 1 r & ou le processus nifl mn aluii-c \ lu It, Ii f ^on la | lus chronique c qui rend imposs bl d jugiri U n ii I <, dt, I (,atrl(, lapés k sim| le c\amLn histolu^ qu II I muq i i

D 1 s les fonn s ou m u\. I ni 1 | u nls o i le [ i ce sus -.1 K plus fran heme it eh o u ] i o i trouve non plus s uleinent lt> il mei t ni \on i m J I nlsionjoiiitifs qui tLntknt ft la m1 I se

L' in lill ration embryonnaire peut amener le simple écartement des glandes el lepaississement do la muqueuse ; mais, le plus souvent, les glandes s'atro|)hiei)l, se détruisent, tendent à dis|)araitre ; el IVlément sécirleur perd tout le terrain gagné par 1 elémenl iiitersiitiel. Celui-ci peut devenir trvs prt-pondérant.

L'inlîltration embryonnaiie, ou le sait f\v]i\, et nous nurotus l'occasion d'y n^venir est un faeleur inq>orlant de destruction et d'ulcération de la muqueuse, lors<|ue rorganisaliun srléi-euse ne peut se faire.

Lésions parenchyinateuses. — Lorsque la gastrite dég^némlive se <ié\oioppo sur une muqufus<! dont les (éléments de sécrétion glandulaire sont Iiypertropliîés, on retrouve encore cette h\peigentie sur desilots plus ou moins étendus, elmfme sur des tub<b di^'^ocieslcauns des autres. Toutefois avec lo temps, Ingastiife chronique tond toujours i"i amener In disparition des éléments dt stci-étion chlorhv di opeptique

A niesurt que \onl tugmentei lis 1 iions u terstitiellts quelles \ont progresseï sir le mém [jo nt ou se montrer bur des pomts de plus en plus nombreux dL In lavili sttnncale, nous allons trouver des signes de i-égression de plus eu plus accusés des éléments de sécrétion chlorliydropeptique. Les tubes glandulaires sont plus minces, leurs cellules plus effacées. Les cellules bordantes, plus petites sont encore assez nombreuses au voisinage du collet des glandes ; dans la moitié ou le tiers profond des tubes, elles le sont beaucoup moins. Elles tendent à y être remplacées par des cellules cubiques, à noyau assez petit, plus régulièrement rangées le long des parois du tube que les cellules principales. Souvent les tubes sont écartés les uns des autres;

rapement la coupe les suit dans toute leur étendue ; on rencontre seulement dans la profondeur de la muqueuse soit des tronçons de glandes obliquement sectionnées, soit de simples culs-de-sac plus ou moins élargis.

Çà et là on peut rencontrer des lésions dégénératîves des cellules semblables à celles que nous avons décrites plus haut : dégénérescence vacuolaire ou granuleuse, ou encore d'après Hayem, dégénérescence grenue et dégénérescence translucide.

Ce sont des facteui-s très secondaires de la régression inflammatoire des éléments cellulaires de sécrétion chlorhydro-peptique. Hayem dont la tendance à caractériser les gastrites par les lésions cellulaires est bien connue, s'exprime ainsi : « Ces lésions dégénératives sont distribuées sous forme de plaques ou d'îlots et limitées à la région peptique. Elles peuvent être combinées avec la gastrite parenchymateuse pure, mais plus souvent elles accompagnent une forme de gastrite mixte. Elles se montrent donc comme des lésions surajoutées et ne constituent pas par elles-mêmes des forynes de gastrite à proprement parler.

La variété décrite sous le nom d'état grenu est habituellement très disséminée ; elle atteint un ou deux tubes épars au milieu d'autn^s tubes non dégénérés. Dans un tube malade, elle peut fmpper un groupe de cellules et épargner les autres éléments ou bien s'étendre à toute la longueur du tube.

L'état translucide ou nécrose abshithique intéresse ù la fois un nombre plus ou moins considérable de tubes et forme des plaques ou îlo^s qui, sur les préparations examinées à un faiblcî grossissement, frappent par leur pâleur et leur transparence. Fré(|uemment, c'est dans leur tiers inférieur, au niveau de leur cul-de-sac, (|ue les glandes sont envahies. »

Il résulte des citations que nous venons de faire que les dégénél'cscences vacuolaires, granuleuses, grenues et ti'anslucides ne peuvent servir à constituer des types de gastrite. Lys deux dernièivs dr ces dégénérescences sont encore, du reste, d'une valeur très discutable.

Nous n'avons pas parlé de la dégénérescence graisseuse qui, d'apn\s Hayem, ne s'observe jamais dans les gastrites chroniques sim|)les el ne se rencontre qu'à la suite de l'intoxication par le phosphore et lo sublimé,

La r/astrite avec dégénérescence muqueuse des tubes glandulaires constitue un type anatomifjue assez net. Dans la gangue conjonctive, plus de tubes glandulaires normaux, ou même d(î tubes renfermant encore des cellules de sécrétion chlorhydropeptique. On ne trouve

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plus qu'un certain nombre de lubes disséminés, assez fortement dilatés, dont les parois sont tapissées par une palissade très régulière de cellules cylindriques à noyau basai. Beaucoup de ces cellules renferment une grosse gouttelette de mucus transparente, arrondie, légèrement allongée. La surface libre de la muqueuse est tapissée d'un revêtement absolument analogue. Les entonnoirs dans lesquels viennent déboucher les glandes sont notablement élargis. Dans la cavité des tubes des amas de mucus granuleux.

Les tubes ainsi constitués sont toujours éloignés les uns des autres ; ils sont séparés par des amas plus ou moins étendus d'éléments embryonnaires, souvent en voie d'organisation scléreuse.

Atrophie totale de la muqueuse, — Sur certains points, la muqueuse peut se trouver complètement détiaiite et réduite à Tétat d'une mince lame scléro-conjonctive complètement dépourvue de productions glandulaires ; leur surface libre peut être tapissée par un épithélium cylindrique pAle, grêle, peu résistant.

GASTRITE CHRONIQUE ULCEREUSE

Les doimées anatomo-pathologiques précédemment exposées permettent de comprendre que la gastrite chronique puisse quelquefois devenir la cause de véritables ulcérations. La désagrégation de véritables amas embryonnaires, les viciations de la circulation, les troubles nutritifs subis par les éléments glandulaires, peuvent devenir le point de départ de pertes de substance plus ou moins étendues.

Nous discuterons plus loin les rapports de la gastrite chronique et de l'ulcèF-e simple qui ne doit pas nous occuper ici.

Les pertes de substances dues à la gastrite chroni(|ue {)euvent se présenter sous forme d'érosions ou de véritables ulcérations.

EROSIONS PONCTUEES

Les érosions ponctuées ainsi dénonnnées par Brinton, ont été apj)elées encore érosions folliculaires et érosions hémorragiques par Cruveilhier. Ces deux appellations font allusion au développement de ces petites ulcérations aux dépens des follicules lymphoïdes enflammés, et à leur tendance à devenir le siège d'hémorragies plus ou moins abondantes.

Les érosions ponctuées sont constituées par de petites pertes de substance arrondies, quelquefois lenticulaires, si petites parfois

qu'elles resscnihlciil aux

tf^r-'

[»{îLils trous faits par los vers dans du IkjJs vermoulii, et qu'une assez

„ (rraiK)c ationtion est néces-

g ^ saire pour ne pas les laisser

= 5 passer ïnHpertjues. En gé-

".-1 néral, leurs dimensions ne

■j."^ d^'passent pas celles d'une

- 5 tôte d'épingle. Les érosions

2 3 deviennent plus évidentes

■-^ lorsque l'estomac a sé-

"^ I. journé pendant quelque

gi| temps dans un liquide Itxa-

g = leur tel que la liqueur de

S 9 MiUlei' ou une solution de

9 ï formol. Elles sont souvent

I p assez nombreuses, quel-

M^ quefois très multipliées; il

~ ^ |)eul y on avoir des ccii-

I ~ laines dans l'estomac. Elles

•g s peuvent se montrer dans

Z !! toutes les i-égions.

.o"£ Leurs bords sont très

£ = nets, comme découpés ii

c I rem|)orte- pièce ; il n'est

5 J pas raiïî de ti-ouver leur

■| J cavité comblée par un

Z, c caillot de sang iioirAtrc ;

£ 5 quelquefois il y a une

g S mince zone «l'iiililtration

'^'^ sanguine de la muqueuse

;: S. avuisinonle. Plus rarement,

l" 'i l'érosion plus étendue pr»V

g 3 sente une forme allong<''e,

I I ovalaire ou même îrn'gu-

^■tt lîère, ainsi qu'il résulte

.s g des dessins qu'en.a donnés

jl â Cruvcilliier.

I 5 Ces perles de substance,

^ 3 cela est évident déjà il l'ieil

«i " nu, sont peu profondes, elles ne déjmssent pas l'épaisseur de la muqueuse.

GASTRITES CHROMOl ES 559

A rexamen histologiqtie\ on constate la destruction de toute Tépaisseur de la muqueuse. La perte de substance se trouve creusée dans un amas d'éléments embryonnaires, ainsi que le fait voir bien nettement la figure que nous donnons ci-contre. Elle a été faite d'après un cas d'érosion hémorragique observé par nous chez une femme atteinte de cirrhose alcoolique du foie. On voit aussi sur ce môme dessin que les glandes sont très espacées et qu'elles ont subi la transformation muqueuse. De loin en loin se trouvent des amas plus denses d'éléments embryonnaires qui paraissent correspondre A des follicules lymphoïdes enflammées. Souvent on trouve des globules sanguins infiltrés dans la profondeur de l'ulcération, et, au voisinage des vaisseaux dilatés, gorgés d'hémalies. La musculaire sousmuqueuse est toujours respectée et cela nous paraît un caractère très important; il différencie l'érosion ponctuée de l'ulcère simple et de Vexulceratio simplex de Dieulafoy qui paraît n'être que le stade initial de l'ulcère simple.

Pafhogênie. — Ti-ois ordres de facteurs ont été invoqués pour expliquer le mécanisme pathogénique des érosions : à) la désagrégation d'amas embryonnaires, b) l'infarctus hémorragique, c) la nécrose toxique de la muqueuse.

a) Cruveilhier a le premier considéré les érosions comme la conséquence de l'inflammation et de la désagrégation des follicules lymphoïdes; de là la dénomination d'érosions folliculaires. Sans admettre nécessairement l'intervention des follicules, d'autres auteurs ont admis un mécanisme analogue aux dépens des amas embryonnaires qui se rencontrent si communément dans la gastrite chronique.

b) Comme les érosions se rencontrent le plus souvent dans des cas où il existe une congestion veineuse passive de la muqueuse stomacale, que souvent on a constaté des infiltrations hémorragiques de la muqueuse sur les parois de l'ulcération ou dans la muqueuse, dans leur voisinage, on a été amené à attribuer une importance considérable à la congestion et à l'hémorragie interstitielle. Rindfleisch, et cette théorie a été plus récemment reprise par Pillet, pensait que l'infiltration hémorragique de la muqueuse représentait toujours la première phase de l'érosion ; la mortification de la muqueuse infiltrée par le sang était la cause même de la perte de substance. L'épanchement sanguin, pour Pillet, déterminait, l'action digestive du suc gastrique aidant, la production d'une véritable escarre.

c) Hayem et Lion, dans un cas, ont observé au voisinage d'éro- .sions ponctuées de petites zones de nécrobiose de la muqueuse. La partie superficielle de cette membrane était devenue amorphe, parsemée de quelques rares noyaux. 11 leur a paru s'agir là d'une morli-

o63 TRAITÉ DES MALADIES DE LESTOMAC ET DE L'INTESTIN

ficalion due à Taction irritante d'une substance toxique sur la muqueuse, et, dans Tespèce de Fabsinthe. I Élioloffie. — Les érosions ponctuées se rencontrent dans tous les

I cas où il existe une gastrite chronique à tendance destructive mar-

quée, et, par conséquent, dans des conditions pathologiques très différentes; la forme hémorragique, se voit surtout dans des maladies chroniques qui amènent une congestion veineuse longtemps prolongée de Tesfomac en môme temps que des lésions de gastrite chronique : affections cardiaques, tuberculose pulmonaire, néphrite chronique, cirrhose du foie, etc. On a encore rencontré assez fréquemment ces érosions dans le cancer de Teslomac et dans Tathrepsie des jeunes enfants où elles ont été bien étudiées par Parrot.

ULCERATIONS PROPREMENT DITES

Les ulcérations au cours de la gastrite chronique, de la gastrile alcoolique en particulier ont été étudiées et décrites par Ledet et par Lancereaux. Ce dernier auteur a donné dans son atlas d'anatomie ■pathologique plusieurs dessins reproduisant des ulcérations alcooliques (voir pi. I, fig. 4 et pi. II, fig. 1, i\ 2, 3, 3'). Il existerait, d'après Ledet comme d'après Lancereaux, deux variétés d'ulcère alcoolique. ,

Chez certains malades morts à la suite d'excès alcooliques répétés, on trouve dans l'estomac des ulcères multijJes, ovoïdes, ayant de 1/3 à 1 centimètre de longueur, superficiels, n'intéressant j)as toute l'épaisseur de la muqueuse. Sur le bord et dans le fond on voit d(\s taclies noirâtes produites par des extravasions sanguines. Ci\s ulcérations pimvent guérir et laissent des cicatrices blanchies étoilées. C(\s ulcérations paraissent très analogues h celles que Dieulafoy a décrites sous le nom d'exu/ceraiio simplex.

Une seconde variété d'ulcération alcoolique est constituée» par un ulcère chronique qui, au premier aspect présente à |)eu pms tous les caractères de l'ulcère simpl(\ Pourtant, à s'en rapporter à la descri|>tion de Ledet et de Lancereaux, l'ulcère chronique alcoolique serait beaucoup plus superficiel, ne dépassant jamais les couches muquc^uses; son fond serait induré, ses bords festonnés et non taillés à j)ic, enfin à son pourtour*, la mucpieuse serait vivement injectée. Il nous semble (|u'avant de se prononcer définitivement sur la réalité de l'ulcèi'e alcooli(jue, il faut attendre des études plus complètes.

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