SYMPTOMES DES GASTRITES CHRONIQUES
La gastrite chronique quelle que soit sa forme anatomique peut rester absolument latente tout au moins au point de vue des phénomènes subjectifs et des manifestations extérieures.
Hayem considère les vicialions du chimisme comme le seul signe propre à la lésion inflammatoire de la muqueuse stomacale. Il décrit comme symptômes de la gastrite chronique les divers complexus symptomatiques que nous avons successivement passés en revue dans la première partie de cet ouvrage. Toutefois, il est obligé de reconnaître que, sans Tinter vention du système nerveux et môme le plus souvent d'un degré plus ou moins accentué de névropathie, ces symptômes ne se produiraient pas.
Les choses se passent donc le plus souvent en clinique exactement comme si la névropathie gastrique était Télément isolé ou prépondérant. Nous ne tracerons donc pas de nouveau ici le tableau symptomatique des divers états dyspeptiques, ce qui ferait inutilement double emploi. Nous nous contenterons d'indiquer quelles sont les raisons étiologiques ou cliniques qui pourront plus particulièrement faire présumer qu'il existe un degré notable de gastrite chronique, quels sont les signes qui pourront faire reconnaître la variété anatomique de cette gastrite, soupçonner le degré plus ou moins marqué d'hypergenèse ou d'atrophie de l'appareil de sécrétion chlorhydropep tique.
Uéiiologie fournit des données d'une très grande importance. Les excès alimentaires, l'usage longtemps prolongé d'une alimentation de mauvaise qualité, de mets grossiers, l'abus des boissons alcooliques, des essences, l'usage de médicaments irritants pendant des années et des mois constitueront de fortes présomptions de l'existence d'une gastrite chronique. 11 en sera de môme s'il y a eu manifestement une ou plusieurs crises de gastrite aiguë d'origine toxique.
Des lésions étendues et profondes de gastrite sont encore rendues certaines par l'existence d'une dilatation avec stase datant de longtemps, par une maladie chronique cachectisante : tuberculose, mal de Bright, affection du cœur, etc., et cela plus encore si, au cours de ces affections, il a été fait un usage excessif des médicaments. Voyons maintenant les renseignements fournis par le chimisme, Vhyperchlorhydrie simple indique tout au moins un développement considérable, supérieur à la moyenne normale de l'appareil glandulaire stomacal. Où commence la présomption de gastrite hypertrophique dans ces conditions? 11 est impossible de le décider. Des variations assez étendues dans les chiffres obtenus par l'analyse, la
prise du suc gastrique ayontélé faite dans les mômes conditions apparentes, après un repas d'épreuve identique, seraient de nature à faire penser à Tinfluence de Tinnervalion sur la sécrétion.
Dans certains cas, il v a des variations non seulement dans le degré derhyperchlorhydrie, mais passage rapide, h des examens ra|)prochés, de l'hyper à Thypochlorhydrie. Pour expliquer ces variations par la gastrite, on a fait intervenir les variations de la congestion, de rinfiltralion interstitielle de la muqueuse; en réalité il semble légitime d'admettre qu'elles peuvent dépendre de Tinnervalion stomacale, et en particulier de Faction psychique : Sollier n'a-t-il pas pu, par la suggestion chez les hystériques, arrêter ou remettre à volonté la sécrétion stomacale en mouvement.
Dans la stase avec hypersécrétion continue, surtout s'il y a des signes antérieurs ou actuels d'ulcère, Texistence de la gastrite ne fait pas de doute. On trouve toujours dans ces conditions une hypergenèse des tubes glandulaires et des cellules de sécrétion chlorhydropeptique, avec des lésions de gastrite interstitielle plus ou moins étendues. Dans les cas récents, le processus hyperplastique l'emporte ; dans les cas anciens, surtout si la stase existe depuis longtemps, il y a un degré beaucoup plus accentué de gastrite interstitielle et une tendance marquée à la dégénérescence et à la destruction des tubes glandulaires. Les lésions sont réparties sur la muqueuse irrégulièrement par taches plus ou moins étendues, celles où existent les lésions destructives ayant tendance à prendre avec le temps une extension de plus en plus considérable.
Nous avons dit comment certains auteurs considèrent Thypersécrétion continue comme la conséquence d'un simple trouble fonctionnel ; l'exagération de la fonction, dit Albert Robin, précédant la lésion. On fait intervenir encore le spasme du pylore, qui, en conséquence de l'hyperchlorhydrie, provoque la stase et entretient l'hypersécrétion continue. Nous ne reviendrons pas davantage sur l'exposé et la discussion de ces théories; nous nous contenterons de faire remarquer que, si la lésion hy|)ergénétique et inflammatoire de la muqueuse ne fait aucun doute dans des cas d'une durée déjà prolongée, il est im|>ossible (le déterminer à quel moment elle apparaît dans un a\s donné, à quel moment on doit l'admettre dans la série morbide.
La diminution de la sécrétion chlorhydro-peptique a naturellement la signification exactement contraire ; mais les mêmes réservées s'imposent. Pour qu'elle signifie une lésion destructive de l'appareil glandulaire, il faut qu'elle soit marquée et constante.
L'embarras n'est pas grand aux deux extrêmes de la série, lorsqu'il y a hypersécrétion continue avec st^se et probabilité et même certî-
lude d'ulcus, etde l'autre lorsque la diminution de la sécrétion chlorhydropeptique est très accusée et permanente, surtout s'il y a dilatation avec stase, s'il s'agit d'un malade qui s'est notoirement exposé à une cause active de gastrite : excès alcooliques, abus de certains médicaments, etc.
Pour les cas intermédiaires, l'interprétation des faits devient beaucoup plus délicate. On ne peut attribuer une valeur réelle qu'à tles écarts accentués du chimisme, au-dessus ou au-dessous de la moyenne habituelle du chimisme stomacal.
Mucus, — Quelle importance doit-on actuellement attribuer à la présence du mucus dans les vomissements ou dans le liquide fourni par la sonde ? Les anciens auteurs jugeaient surtout la gastrite par le mucus. Les notions d'anatomie pathologique actuellement acquises montrent que, dans certains cas, il doit y avoir une notable exagétion de la quantité de mucus sécrété ; il arrive môme que le mucus augmente au fur et à mesure que diminue la sécrétion chlorhydropeptique, lorsque les tubes glandulaires tendent à disparaître et se trouvent remplacés par des tubes exclusivement tapissés d'épithélium muqueux. L'apparition du mucus en quantité notable a donc une réelle valeur séméiologique ; malheureusement il est presque impossible de se mettre à l'abri de la cause d'erreur qui résulte du mélange au contenu de l'estomac de la salive et des mucosités de rœso[)hage. L'étude du vomissement pituiteux œsophagien nous a montré toute sa valeur. Une seule variété de gastrite présente un ensemble chronique symptomatique qui permet d'en faire directement le diagnostic ; c'est la gastrite alcoolique^ tout au moins lorsqu'elle se n'îvèle par des pituites du matin et un endolorissement marqué à la palpation non seulement du point épigastrique, mais même de toute la face antérieure et de la grande courbure de l'estomac.
Gastrite chronique ulcéreuse, — Très souvent, les ulcérations de la gastrite chronique ne sont pas soupçonnées, ce sont des trouvailles d'autopsie. L'intensité de la douleur, la fréquence des vomissements, une sensibilité marquée à la palpation au creux éj)igastrique en dehors du point épigastrique pourront les faire soupçonner. L'existence d'hémorragies stomacales pourra faire penser aux érosions hémorragiques chez les malades atteints d'affection cardiaque, de tuberculose pulmonaire, de néphrite chronique ; mais il sera souvent diificile de rejeter totalement l'idée d'un ulcus ou môme d'un carcinome. L'hémalémèse due aux varices œsophagiennes dans la cirrhose du foie ne peut guère se distinguer de l'hématémèse par raptus sanguin ou pnr érosions hémorragiques qui peuvent s'observer aussi dans la môme maladie.
Pronostic. — L'existence de lésions étendues de gastrite chronique rend évidemment beaucoup plus graves des faits de dyspepsie* d'égale intensité symptomatique.
Les états accentués d'hypergenèse ou d'atrophie glandulaire ont naturellement une importance plus grande, non seulement parce que la viciation de la lésion est permanente, sinon irréparable, mais aussi à cause des lésions secondaires graves qui peuvent se produire : ulcus érosions hémorragiques, dilatation permanente de Testomac, etc.
L'atrophie très étendue de l'appareil de sécrétion chlorhydropeptique présente une réelle gravité ; cependant la compensation est possible, si la motricité est conservée et si l'état anatomique et fonctionnel de l'intestin et de ses glandes annexes est satisfaisant. Cette question sera du reste discutée plus loin, comme elle le mérite.
La gastrite prend aussi une gravité plus grande chez les névropathes ; elle se complique alors de phénomènes douloureux et de viciation de la motricité d'une conséquence beaucoup plus grave que la gastrite par elle-même.
Traitement. — La notion de la gastrite n'apporte pas grande indication au traitement de la dyspepsie. Sa connaissance montre bien que, chez les dyspeptiques, les précautions hygiéniques doivent être longtemps prolongées et survivre à la disparition des phénomènes de dyspepsie douloupeuse. Le traitement, d'une façon générale, sera purement symptomatique; nous n'avons donc qu'à renvoyer purement et simplement à l'exposé que nous avons fait de la thérapeutique générale des états dyspeptiques à la fin de la j)remière partie de cet ouvrage.
Nous ne connaissons pas de traitement spécifique de l'élémenl inflammatoire lui-même. Peut-être les eaux alcalines, l'eau de Carlsbad prises en boisson ou employées en lavage, ont-elles une ceiH^jine valeur contre l'élément catarrhal et l'hypersécrétion du mucus, mais il reste encore incertain que les effets ainsi obtenus soient de bien longue (hirée.