CHAPITRE VI ULCÈRE SIMPLE
Définiiion. — L'ulcère simple est une ulcération bien limitée, en général plus ou moins nettement arrondie, qui, partie de la muqueuse, a tendance à entamer successivement les diverses tuniques de Testomac. Cette ulcération ne se fait pas aux dépens de tissus anormaux comme les ulcérations cancéreuses; elle ne repose pas sur une base néoplasique. La perforation de Testomac, Touverture d'un vaisseau et la production d'une hémorragie quelquefois considérable, telles sont les complications les plus habituelles de celte ulcération progressive.
Synonymie. — L'ulcère simple a reçu des dénominations différentes; on Ta appelé ulcère rond, ulcère chronique, ulcère perforant, gastrite ulcéreuse, ulcère peptique. Ces appellations ont pour point de départ des caractères habituels de Tulcéralion que nous allons étudier ou des idées théoriques sur sa pathogénie. Toutefois, comme aucune d'elles ne correspond à une particularité en quelque sorte spécifique, nous préférons le terme iVulcère simple^ par lequel Cruveilhier a voulu désigner une lésion non cancéreuse.
En effet, l'ulcère simple n'est pas toujours rond, il n'est pas toujours perforant, il a quelquefois une marche rapide. Quant à la dénomination de gastrite ulcéreuse, elle tend à établir une confusion; on effet, l)ien que la gastrite joue souvent un rôle important dans la pathogénie de l'ucère simple, ainsi que nous le dirons plus loin, il y a d'auties modalités de l'ulcération dans les gastrites chroniques. Le terme ulcère peptique usité en Allemagne a le tort de ne correspondre (ju'à un seul des éléments pathogéniques de la production de l'ulcère simple; cependant, il offre l'avantage de ne s'appliquer qu'à cette variété d'ulcération; mais il en affirme la nature d'une façon peut-être trop définitive. Celui d'ulcère simple laisse la discussion ouverte.
Historique, — Cruveilhier, dans une série de travaux publiés de 1830 à 1830, a eu le mérite de séparer définitivement l'ulcère simple (les autres ulcérations de reslomae, en particulier des ulcérations cancéreuses et d'en faire un type morbide distinct.
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A côté des publications de Cruveilhier, il convient de donner la première place c^ un travail de Rokitansky qui date de 1839, dans lequel cet auteur a fait de Tulcère simple une étude originale des plus importantes basée sur un nombre respectable d'observations.
Ce n'est pas qu'auparavant on n'ait vu et décrit des ulcères simples sans les C(mfondre avec des ulcérations cancéreuses; des monographies intéressantes avaient même été publiées par plusieure auteurs, en particulier parBaillie; mais, avant les travaux de Cruveilhier, la confusion entre l'ulcère simple et l'ulcération cancéreuse était encore faite communément comme, par exemple, dans un mémoire d'Abercrombie qui date de 1824, tandis qu'après leur publication, elle ne le fut plus.
Depuis cette époque, de nombreux travaux ont été consacrés h l'étude de celte question, nous aurons l'occasion, chemin faisant de citer les principaux d'entre eux.
ËTIOLOGIE
Fréquence. — D'après une statistique de Lebert qui porte sur 40 000 malades, on observerait l'ulcère simple un peu plus d'une fois sur 200 malades.
Les statistiques des salles d'autopsie ont à ce point de vue l'avantage de mettre, non pas complètement, mais dans une plus large mesure à l'abri des erreurs de diagnostic.
D'après Riegel, à la Charité de Berlin, Berthold, en quinze ans, de 1868 à 1882, a relevé 262 cas d'ulcère simple représentant 2,7 p. iOO des autopsies. Ce chiffre a été souvent dépassé. En effet, si Nolte à l'Institut anatomo-pathologique de Munich n'a trouvé que 1,3 p. 100, cette proportion s'est élevée à 8,3 pour Griess à Kiel; à 4,33 pour Ziemssen à Erlangen, î\ 13 pour Stark à Co[)eiihague. Brinton admettait la proportion de 5 p. 100. Les chiffres les plus élevés ont été cités par Griînfeld qui, sur 430 autopsies, a trouvé Tulcère simple ou des cicatrices d'ulcus 92 fois, soit 20 fois p. 100.
On peut être étonné à bon droit de constater des variations aussi considérables dans la fréquence de l'ulcus simplex. Ces variations si étendues doivent dépendre dans une ceutaine mesure des conditions dans lesquelles les autopsies ont été pratiquées; il peut y avoir un plus grand nombre d'ulcères de l'estomac dans certains services hospitaliers.
Contrées. — Il a semblé aussi qu'on pouvait admettre une véritable influence des diverses régions. Gerhardt a, à plusieurs reprises, attiré
ratlention sur la fréquence de Tulcère simple en Turinge; von Solhcrn a prétendu que cette lésion était très rare chez les paysans russes qui ne mangent que peu de viande, consomment beaucoup de légumes et ont un sang fortement alcalinisé par la potasse. Westphalen a contredit ces conclusions et montré que rhyperchlorhydrie était fréquente chez les paysans russes.
Sexe, — 11 résulte de Tensemble des faits publiés que Tulcère simple est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Cependant Riegel a trouvé seulement 134 hommes contre 126 femmes. Pour la plupart des auteurs, on rencontre Tulcus environ deux fois plus souvent chez la femme que chez Thomme. Fiedler a examiné 2200 cadavres; il a constaté soit Tulcus, soit sa cicatrice dans une proportion de 20 fois p. 100 chez la femme et seulement de 4, 5 chez r homme.
Age. — Quel est ïtige de la plus grande fréquence de Tulcère? La question, à différents point de vue, ne manque pas d'intérêt.
La plu[)art des auteurs sont d'accord pour déclarer que hi fréquence la plus grande de Tulcère est de 20 h 40 ou 30 ans, de 20 à 30 ans <*hez la femme de 30 à 40 chez Thomme.
Voici le tableau des 260 cas observés par Riegel :